‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 16 sur 102 · Voir la note 3 de la p · texte numérisé non relu

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2. Les bérams sont de grosses toiles de coton, les unes blanches do 9 aunes sur 7/8et et les autres rayées de couleur de il aunes 1/2 sur 3 4 (Savary, Dict. univ. du Commerce, 1723, édition en 5 vol. de 1759 à 1765).

3. On n'a aujourd'hui, aucune idée de la vogue énorme que les étoffes et toiles de l'Inde ont eue au wn° siècle. Leur commerce, qui a été tout d'abord permis en France, a été ensuite sévèrement prohibé. En effet, comme les fabriques d'étoffes françaises périclitaient, le Roi s'occupa de mettre une digue au torrent des étoffes de l'Inde qui inondaient son royaume. Les premières défenses datent du 28 octobre 1686. « L'obstination des marchands à débiter les toiles des Indes et celle des particuliers à les acheter et à s'en servir ont toujours été et sont encore si grandes qu'après quarante années et trente-cinq arrêts, les uns et les autres ne sont pas encore guéris de cet entêtement de contrebande, quoique, à la confiscation des marchandises et à l'amende de mille écus dont on punissait ceux qui vendent comme ceux qui achètent, le Roi ait, par un édit du 15 septembre 1717, ajouté des peines afflictives, entre autres celles des galères perpétuelles, et de plus grandes, si le cas y échoit, contre ceux qui feraient entrer de ces toiles dans le Royaume » (Savary, Dict. univ. du Commerce, 1723, nouv. édit. en 5 vol. publiée de 1759 à 1765, t, II, p. 401, et t. IV, p. 1022). On voulait ainsi favoriser les manufactures d'étoffes diverses établies dans le Royaume.

4. L'anacarde oriental ou Semecarpus anacardium est tout à la fois un purgatif et un antiodontalgique.

A mon dernier voyage en Perse, j'ai fait la connaissance d'un certain Podomsee, marchand banian de Surate, dont. le frère était courtier des Hollandais ; nous nous appelions frères et nous nous traitions comme si nous étions en réalité parents; il me fit cadeau d'une grande chaîne d'or qui faisait six fois le tour de mon rou et tombait encore au-dessous de l'épaule, chaîne d'un très beau travail qui en doublait la valeur. Il me remit ce « piscash » [« pichkech », cadeau] pour que je le rapportasse à ma maîtresse. Il me témoignait une affection plus grande qu'aux autres Anglais et m'appelait son grand frère, ce qui,. dans la langue du pays, se dit « Marrabigee ». Il se connaissait fort bien en perles et fut envoyé en Perse par Vergenor et d'autres marchands banians qui payèrent son voyage à notre Président le chef de notre mission]; comme nous étions de grands amis, il tint à faire la traversée sur le même navire que moi avec plusieurs autres marchands et il voulut aussi absolument revenir avec moi à bord du Charles. Deux jours avant notre départ de Perse, il apporta un « supeta » [sepet ', corbeille ou coffre] dans ma maison à Gombroun et me pria d'en avoir le plus grand soin et de le déposer dans ma cabine, sans me dire ce qu'il contenait. Mais quand nous fûmes au large, en route pour Surate, Podomsee, avec trois autres banians, l'ouvrit dans ma cabine et pendant quatorze jours, ils ne firent que trier des perles, les unes rondes, les autres en poires; il y en avait quelques-unes qui pesaient de .'iO à 55 carats, ayant la grosseur d'un œuf de pigeon, et ils m'en montrèrent qui, me dirent-ils, valaient chacune 10 000 livres sterling 250000 fr.]. Je lui demandai quelle était la valeur du contenu de ce « supeta » [« sepet », coffre] et il me répondit : dix millions. Ce même Podomsee a acheté pour moi à Gombroun

1. « Sepet » est un mot turc qui signifie « cuisse », « coffre ».

quelques perles et quelques diamants; j'ai revendu en Angleterre les perles avec 500 p. 100 de bénéfice et les diamants avec 600 p. 100. Je donne ma parole d'honneur que ce que je viens de dire est la pure vérité.

Il ne faut pas avoir une bien grande intelligence pour se rendre compte combien les actionnaires de l'honorable Compagnie des Indes Orientales sont lésés et combien peu habiles sont les gens que le Comité de direction charge de ses intérêts, puisqu'ils n'envoient en Angleterre que de la soie brute donnant à peine 200 p. 100 de bénéfice.

Chap. X. — La perte d'Obmouz a porté un préjudice considérable aux Portugais, qui y percevaient d'énormes droits de douane. Cette île aurait pu appartenir aux Anglais si, après s'en éthe

EMPARÉS, ILS NE l' AVAIENT INCONSIDÉRÉMENT ABANDONNÉE AUX PERSANS.

— A mon retour de l'Inde, les directeurs de la Compagnie des Indes, ayant appris que le maître d'équipage Clément, le capitaine Weddall et moi, nous rapportions 18 ballots de soie, nous ont interrogés pour savoir qui avait acheté ces marchandises. Je leur ai répondu que j'avais acheté 12 balles et que maître Clément en avait acheté six; ils m'ont demandé alors combien je les avais payées et, quand je leur en eus dit le prix, ils m'ont déclaré que j'avais acheté à aussi bon compte que leurs facteurs i Ispahan. Quant au lapistulia [lapis-Iazuli], au semen-contra, à la rhubarbe, aux galls [noix de galle?], i l'assa-fœtida, ce sont des marchandises qui donnent en Angleterre un gain de 400 p. 100. Il y a, du reste, d'autres articles dont on tire également de bons bénéfices.

Les marchands qui viennent des parties les plus reculées de la Perse et franchissent des centaines de milles pour trafiquer avec nous à Gombroun [Bender-Abbas], savent que nos navires n'y séjournent guère plus de six semaines et que, tant Anglais

que Hollandais, nous aimerons mieux céder nos marchandises avec un bénéfice modéré plutôt que de les remporter à Surate. Aussi les prix ont-ils beaucoup diminué; les facteurs anglais eux-mêmes les paient aussi cher que les Persans, les Banians et les Juifs et ils doublent leur mise de fonds en les revendant à Ispahan. Les marchands de l'Inde expédient en Perse de grandes quantités d'acier, d'étain et de cannelle, ce qui leur procure des gains considérables.

L'île d'Ormouz, lorsque les Portugais en étaient les maîtres, était un centre commercial des plus prospères; on peut même dire qu elle était l'entrepôt du monde entier et que nul autre port ne pouvait lui être comparé. Si le monde était un anneau, a écrit Healine [Heylin1], Ormouz en serait le chaton. En effet, on y venait trafiquer de presque tous les points du monde, et l'Asie tout entière s'y donnait rendez-vous, y apportant des marchandises sur lesquelles les Portugais percevaient un droit de douane peu élevé. En perdant la ville d'Ormouz, les Portugais ont perdu, du seul chef de la douane, un revenu annuel de 260 000 livres sterling [6 millions et demi de francs]. Le roi de Perse lui-même était obligé de payer des droits d'entrée pour ses marchandises, sous peine de ne pouvoir les faire pénétrer dans le golfe Persique.

Chaque année les Anglais, afin d'alimenter leur comptoir, y envoyaient une grande flotte portant une petite quantité de marchandises ; cette flotte apportait des « royals » de 8 [valant

i. Peter Heylin (1600-1662) est un théologien et un historien qui a beaucoup écrit sur des sujets ecclésiastiques et qui a pris une part active aux controverses religieuses. Il était disciple et grand admirateur de Laud lJ73-iHô)y archevêque de Canterbury et ministre d'État sous Charles Ier, qui à soutenu une lutte acharnée contre le Dr Abbot et qui, après avoir joui pendant quelque temps d'un crédit sans bornes, fut accusé de vouloir ramener les protestants au catholicisme et eut la tête tranchée le 16 janvier 1645.

12 fr.?], du drap, de l'étain, et elle remportait, suivant les années, de 150 à 300 balles de soie. N'eussent été les Portugais, un seul petit bâtiment aurait suffi pour le transport, tant à l'aller qu'au retour, de cette cargaison insignifiante, mais, comme ils s'opposaient par la force à ce qu'une nation quelconque entrât dans le golfe Persique et qu'ils entretenaient une escadre importante à l'entrée du détroit d'Ormouz, en rade du cap Gascosse [cap Djask '], nous dûmes leur livrer de nombreuses batailles navales, ce qui chaque année entraînait la Compagnie des Indes Orientales à des dépenses considérables. Le golfe était cependant la propriété du roi de Perse, qui nourrissait à ce sujet une grande haine contre les Portugais.

L'année qui a suivi notre dernier combat au cap Gascosse [cap Djask], nous nous sommes rendus avec une grande flotte dans le golfe Persique, nous attendant a avoir une autre rencontre avec les Portugais. Cette flotte comprenait les navires suivants : le Jonas, capitaine Weddall; la Baleine, capitaine Woodcock; le Dolphin, capitaine Stevens; le Lion, capitaine Beaverstone; le London, capitaine Bligh; la Roue, capitaine Johnson; le Richard, capitaine Davis, et enfin le Robert et le Shilling, deux petits bâtiments de 200 tonnes chacun. Tous ces navires étaient en parfait état; ils portaient 236 pièces d'artillerie avec des munitions de guerre et des équipages de choix. Quand nous parûmes i l'entrée du golfe, un bateau sortit de la rade du cap Gascosse [cap Djask] et nous remit avec quelques vivres une lettre de nos agents anglais et une autre du khan de Perse; ce bateau avait à son bord des pilotes qui devaient conduire nos navires dans l'intérieur du golfe jusqu'en un point assez éloigné appelé Custake [Bender-BouchîrJ, où se trouvaient

1. Le Ras Djask est situé sur la côte méridionale de la Perse, à l'entrée du détroit d'Ormouz qui donne entrée dans le golfe Persique.

nos traitants avec le khan et divers sultans et où nous avons embarqué 800 balles de soie. A la demande des Persans1, les Anglais convinrent de s'unir à eux pour chasser les Portugais des îles de Kishme [tle Kichm ou Tawila] et d'Ormouz, i condition que nous aurions le monopole du commerce en Perse, avec franchise de douane, et que, si d'autres nations apportaient des marchandises dans le golfe, nous percevrions la moitié des droits qu'elles acquitteraient. Il fut aussi stipulé que tous les chrétiens qui seraient faits prisonniers dans ce combat, seraient remis entre nos mains, tandis qu'ils auraient la garde des prisonniers païens.

La convention portait que tous les marins de nos navires recevraient une gratification équivalente i six mois de leur solde, que toutes les munitions dépensées pendant les opérations militaires seraient remplacées aux frais du khan, que la Compagnie des Indes Orientales recevrait une quantité suffisante de marchandises pour charger ses navires, enfin que les deux alliés se partageraient également le trésor, l'artillerie, les munitions, en un mot tous les objets qu'on pillerait dans les deux lies de Kishme [Kichm ou Tawila] et d'Ormouz, ainsi que dans les navires, les galères, les frégates, les villes et les villages, et que les Anglais auraient le commandement des châteaux. C'est ce qui fut en effet exécuté d'un commun accord. Il serait fastidieux de relater cette affaire en détail; il me suffira de dire que les Portugais capitulèrent et nous remirent les deux forteresses de Kishme [Kichm] et d'Ormouz, et que nous leur donnâmes deux navires avec quelques provisions et bagages pour trans-

i. Cest en 1506 que l'amiral Alfonso de Albuquerque installa par la f rce les Portugais dans nie d'Ormouz, où ils construisirent une forteresse, <rl cest en 1622 que les Anglais, aidant les Persans, les en ont chassés. Les Persans, laissés maîtres de la ville, la rasèrent.

tu. 9

porter à Muskat [Mascate] les hommes, les femmes et les eqfants. Quant aux Persans, ils mirent tous les païens à mort; j'ai vu, dans une seule matinée, couper mille têtes:

A la suite de cette victoire, nous nous sommes trouvés les maîtres du plus beau joyau du monde, comme le proclament Healine [Heylin] ' et d'autres auteurs. Si lès capitaines de nos navires et ceux qui faisaient partie du Conseil avaient eu seulement l'intelligence de l'ànesse de Balaam, ils ne l'auraient pas livré aux Persans, sans avoir préalablement consulté le gouvernement anglais et les membres de l'honorable Compagnie des Indes Orientales. C'est qu'en effet. Ormouz est un port incomparable, où les Portugais faisaient leur commerce le plus lucratif. Ils s'y procuraient tout ce qu'ils pouvaient désirer, car ils étaient seuls à introduire des marchandises dans le golfe Persique, et ils alimentaient par conséquent toute la Perse et la plupart des régions de l'Arabie, d'où leurs produits se répandaient par terre dans les pays limitrophes. 11 y venait, pour trafiquer avec eux, des marchands de contrées même très éloignées, de Turquie, de l'Inde (notamment de la côte de Cornidell [Coromandel], du Bengale et des bords du Gange), de l'île de Sumatra qui est l'île la plus riche du monde entier (c'est l'Ophir des poètes, d'où Salomon tirait son or, car il y a là plus d'or que partout ailleurs, ainsi que beaucoup d'épices, de gommes et de drogues précieuses), des détroits de Malacca et de Sindia [détroit de la Sonde], de Java major [Ile de Java], de la côte de Cochinchine, de Bornéo, des Moluques, des lies Manille et de tous les ports de la Chine» De tous ' ces pays affluaient à Ormouz des jonques richement chargées, qu venaient vendre leurs marchandises aux Portugais, lesquels di

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