Voir plus haut p. 127 et la note
reste de leur permettaient pas de trafiquer avec d'autres; sous peine de voir leurs jonques capturées et confisquées. En réalité, les Portugais étaient les rois de toutes les mers de l'Orient, bien des centaines d'années [!} avant que les Anglais y vinssent. Lorsque nous avons pris l'île d'Orraquz, nous avons tu gravéç au-dessus de la porte de la forteresse la date de l'année de Notre-Seigneur en laquelle ils ont construit cette forteresse, 500 ans auparavant1. J'ai avec plusieurs autres Anglais noté soigneusement cette date, et nous nous sommes dit que les Portugais avaient certainement résidé de longues années dans l'Inde avant de bâtir ce château; ce sont eux qui les premiers ont découvert toutes les riches contrées de l'Inde et de l'extrême Asie et ils ont eu l'habileté d'en choisir les meilleurs ports pour y installer leurs entrepôts, où ils ont fait un trafic très lucratif. Je crois en vérité que les cités. de Londres et d'Amsterdam réunies n'auraient pu, au point de vue du commerce, soutenir la comparaison avec Ormouz où, avant l'arrivée des ' Anglais aux Indes, on échangeait tant et de si riches marchandises. Aussi, la perte de cette tle a-t-elle si fort irrité les Portugais, qu'ils n'ont pas hésité à mettre en ligne toutes leurs forces pour tâcher de la reprendre; ils ont, à cet effet, armé tous les galions qu'ils avaient dans l'Inde et qui portaient 48 pièces d'artillerie en brome et beaucoup d'autres bâtiments, tels que frégates et galères venant d'Espagne *. Avant que cette flotte sortit de Goa, tous les commandants, les officiers, les marins et les simples soldats se soumirent à un jeûne général et communièrent,
1. BooUiby se trompe grandement en donnant la date 1122 après J.-C, comme celle à laquelle les Portugais se sont installés à Ormouz. Tout le monde sait que c'est Vasco de Gama qui a le premier atterri dans l'Inde à Caiicut (le 20 mai 1498) et que c'est Pierre Alvares Cabrai qui, le premier, a touché à Ormouz (en 1500).
t. On sait que, de 1580 à 1640, le Portugal était réuni à l'Espagne.
en faisant le serment de capturer, de brûler et de couler nos navires et de nous chasser du golfe Persique. Leur tentative ne réussit pas; nous n'eûmes pas cependant trop à nous glorifier de notre succès, et, comme chaque année nous nous attendions à être attaqués de nouveau, nous avons fait alliance avec les Hollandais et réuni une grande flotte pour en finir. Nous les avons rencontrés dans le golfe Persique une seule fois en deux ans; il s'ensuivit un grand combat, pendant lequel, sans l'intervention de notre vice-amiral, les Portugais eussent capturé l'amiral hollandais, qui, en remerciement du secours qu'il lui avait apporté, lui donna sa chaîne d'or. En somme» notre victoire ne fut pas très brillante, mais les Portugais, voyant que nous étions trop forts pour eux, lâchèrent prise et s'en allèrent à Muscat [Mascate] pour s'y ravitailler; depuis, ils ne sont plus revenus dans le golfe Persique.
Chap. XI. — Grand combat naval avec les Portugais sur la côte de l'Inde. — Combat héroïque d'un navire anglais contre plusieurs navires portugais. — Cruauté exercée de sang-froid par les Portugais sur nos gens faits prisonniers. — Les Portugais qui sont venus les premiers aux Indes ont cherché à nous en chasser. J'ai assisté au dernier combat qu'ils nous y ont livré. Ayant mouillé sept grands galions et vingt-quatre frégates, chacune montée par 200 hommes, devant la barre de la baie de Swallow [dans le golfe de Cambaye] où nous avons coutume d'embarquer et de débarquer nos marchandises1, ils provo-
1. Les Portugais ont été, jusqu'en 1008, les maîtres incontestés du golfe de Cambaye, mais en cette année apparut le premier vaisseau anglais, que suivirent bientôt d'autres, et, après plusieurs combats navals, ils durent en 1612 céder la suprématie dans ces parages aux Anglais qui établirent à Surate le comptoir principal de leur Compagnie des Indes. A la même époque, les Hollandais obtinrent l'autorisation d'y installer aussi leur principale factorerie des Indes.
quèrent à la fois les Hollandais, qui disposaient de six bâtiments, et les Anglais qui avaient le navire Jouas dans la dite ride de Swallow [dans le golfe de Cambaye]. Ils ne pouvaient les atteindre, car la barre de Swallow ne peut être franchie qu'aux grandes marées et par un seul navire à la fois; il leur était donc impossible de les attaquer de conserve. Sur ces entrefaites, nos navires le Palsgrave, le Dolphin et le Lion, qui venaient d'Europe, arrivèrent en vue de la' côte de l'Inde, entre Bassine [Bassein *] et Dabul ', ayant à bord un grand nombre de malades. Ayant aperçu au lever du soleil deux frégates qui nous espionnaient, le conseil se réunit de suite à bord du vaisseau amiral et conclut à l'unanimité qu'il devait y avoir certainement une escadre portugaise dans les environs de Surate, ce qui était vrai. Nous fîmes voile aussitôt vers ce port dont nous étions distants d'une vingtaine de lieues, profitant du vent et de la marée, et entre temps nous mtmes nos navires en état de combattre, ce qui ne fut pas sans fatiguer nos gens. Les deux frégates ennemies ne nous quittaient pas de vue, serrant de près la côte et se tenant hors de la portée de nos canons. Vers midi, nous nous trouvâmes en présence de la grande flotte portugaise, qui, dès qu'elle nous aperçut, leva l'ancre et marcha sur nous; de notre côté, nous allâmes à leur rencontre, n'étant plus séparés d'elle que par une distance de trois lieues. Les Portugais ayant arboré leurs couleurs, nous comptâmes un amiral, deux vice-amiraux, un contre-amiral et trois autres gros galions, plus vingt-quatre frégates; comme ils avaient deux vice-amiraux, ce qui était habile de leur part, nous supposâmes qu'ils avaient une autre flotte et qu'ils s'étaient emparés de la petite rade de Swallow [dans le golfe de Cambaye], où, comme