I. Dans l'Est du golfe de SamArang
des droits de douane à tout le monde, même aux Chinois et aux Javanais quoique ce fût leur pays. En effet, Bantam n'était pas encore ouvert. Mais, quand les Anglais eurent visité ce port, les javanais s'emparèrent du corps de garde des Hollandais et pénétrèrent dans la ville de Jacatra [Batavia], où ils tuèrent beaucoup de Hollandais; les autres durent se réfugier dans le château, poursuivis par leurs ennemis qui les détestent autant que le diable lui-même, tandis qu'ils aiment beaucoup les Anglais. Depuis cette époque, la ville de Jacatra, que les Hollandais appellent [depuis 1619] Batavia, nom qui dans leur langue signifie Nouvelle-Hollande, n'est pas la moitié de ce qu'elle était autrefois, car les Javanais, qui sont très audacieux, y font des incursions continuelles et y mettent fréquemment le feu.
Voici un fait qui s'est passé, il y a une vingtaine d'années : en rade de Bantam, il y avait trois vaisseaux de guerre hollandais, que j'y ai vus : l'amiral ayant 36 canons, le vice-amiral 32 et le contre-amiral 26. Trois Javanais, montés dans une petite barque, abordèrent le vaisseau amiral; deux d'entre eux pénétrèrent dans la grande cabine où ils tuèrent le capitaine, le maître d'équipage, deux marchands et trois autres hommes, et ils se retirèrent sans avoir été inquiétés.
11 est i noter que le commerce a beaucoup diminué en cet endroit; aujourd'hui les Hollandais ne perçoivent pas le sixième des droits de douane et autres qu'ils recueillaient jadis. Tels sont, en résumé, les détails qui intéressent ces régions du Sud.
Pris à Surate et portés à Moco [Moka] dans la mer Rouge, le tabac produit de 1 000 à 1 200 p. 100 de bénéfice; le riz, de 600 & 700 p. 100; la porcelaine, de 400 à 500 p. 100; les clous de girofle, le macis, les muscades et le poivre 200 p. 100; les baffetas blanches, étroites ou larges, 10 p. 100 ; les baffetas bleues
étroites, les bérams [sorte d'étoffe f] et les canekeens [kanikis ou cotonnades bleues] 200 p. 400; les chaders [sorte d'étoffe], les bralls [sorte d'étoffe], les pentathoses [pintados ou indiennes], les étoffes de Barbarie, les sallowes [shawls ou châles], les éi harpes et les ceintures, soit fines, soit grossières, 225 p. 100; le sucre, le gingembre confit, le sucre candi, le coton, les cardamomes, le savon et les chaussures, 200 et 300 p. 400. Toutes les marchandises qu'on achètera en Perse donneront aussi de très beaux bénéfices à Moco [Moka].
Il y a diverses sortes de marchandises que Ton tire de Surate et des mers du Sud et qui laissent 200, 300, 400 et 500 p. 100 de bénéfice, ce que je puis affirtner, en ayant moi-même beaucoup vendu à Moco [Moka].
On peut importer de Moco [Moka] i Surate des plumes d'autruche, du ruina [rusma] *, de l'opium, des pierres de bézoard, des tissus, diverses gommes et drogues précieuses qui rapportent 200 p. 100 de bénéfice et plus. Toutefois, je n'engage personne à rendre les plumes d'autruche à Surate, mais bien plutôt à les apporter en Angleterre où leur vente m'a laissé un bénéfice de 1 000 p. 100.
Je reviens maintenant au pays dont j'ai parlé au commencement, à nie de Madagascar ou de Saint-Laurent. On y pourra organiser, en quelques années, un commerce actif et prospère, à la condition d'en confier la direction à des hommes sages et avisés; il sera facile d'en faire en très peu de temps un second Ormouz, car cette ile est au centre du monde au point de vue du commerce entre toutes les nations et elle est plus rapprochée de deux mille lieues qu'Ormouz de tous les pays d'Asie. En effet, sa partie la plus septentrionale se trouve i onze degrés et demi
l. Voir la note 2 de la page 124.
i Voir plus haut la note, p. 144.
de l'Equateur* c'est-à-dire très près du cap Comorin, qui est le point le plus méridional de l'Inde ; il en résulte que la plupart des contrées de l'Inde, de l'Asie et de l'Afrique se trouvent à proximité de Madagascar et que beaucoup des marchandises que produit cette île peuvent être facilement transportées dans les pays voisins sus-mention né s. Peu de temps après que nous aurons établi une colonie à Madagascar, tous les peuples de l'Asie et de l'Inde, aussi bien que les Portugais et beaucoup d'autres, y viendront faire du commerce avec nous.
L'homme qui a voyagé connaît beaucoup de choses, et celui qui a acquis une grande expérience aura de la sagesse.
Celui qui na pas d'expérience, possède peu de savoir, mai* celui qui a voyagé est plein de prudence.
En voyageant, fai vu beaucoup de choses, et fen comprends plus que je nen puis exprimer {Ecclésiastique, 34 : 9, 10> 11 et /!?).
Quai- je donc fait? N'avais- je pas une raison? (I, Samuel
Il y a encore, & mon avis, un autre moyen de faire une grande fortune et d'acquérir des richesses, — moyen que devraient envisager, il me semble, nos riches usuriers et trafiquants d'argent. Ce moyen consiste à installer une banque dans l'Inde et à réunir des fonds que l'on placerait à intérêt au taux usuel du pays, c'est-à-dire à une livre [25 fr.] ou une livre et cinq shillings [31 fr. 25] ou même plus par cent livres et par mois de vinprthuit jours, car on compte en Orient par mois lunaires et il y en a treize dans Tannée. On obtient ainsi 13 livres sterling p. 100 d'intérêt annuel au taux le plus bas et 16 livres 5 shillings p. 100 au taux le plus élevé, soit le double du tarif légal dans les pays chrétiens. L'offense envers Dieu serait moindre si on faisail fructifier ainsi son argent au détriment des païens et des gens idolâtres. Les risques de perte ne sont pas grands et même très
inférieurs i ceux qu'on court en Angleterre; car dans l'Inde, il est plus infamant qu'en Europe de faire banqueroute et il y existe des lois plus sévères pour forcer les hommes à exécuter rigoureusement leurs conventions.
Les usuriers ou les banquiers peuvent aussi faire des gains considérables et augmenter leur avoir en fournissant aux marins qui vont en Perse, à Bantam, à Moco [Moka], etc., soit de l'argent, soit des marchandises à un prix majoré (pourvu que ce soit dans la bonne saison) ; ils réaliseront ainsi au retour des navires, en six mois et même moins, de 20 à 25 ou plutôt de 30 à 40 p. 100 de bénéfice, puisque le prix des marchandises aura été augmenté de 10 à 20 p. 100; le gain atteindra même 60 p. 100, indépendamment de la majoration du prix des marchandises, dans le cas d'un voyage à Atchin, qui dure, il est vrai, environ une année.
Ces usuriers pourront faire leurs rentrées de numéraire en Angleterre en gagnant 50 p. 100 sur le change anglais et plus sur le change hollandais ou portugais ; le gain serait encore plus considérable si par hasard l'envoi pouvait se faire de Perse à Constantinople, car le taux usuel du change de l'Inde sur Ispahan, en Perse, lorsque je me trouvais en Orient, laissait un bénéfice de 60 p. 100; et, d'Ispahan sur Constantinople, on obtiendra certainement aussi un bénéfice qui s'augmentera encore de celui qu'on retirera entre Constantinople et Londres ; tontes ces opérations seront à l'avantage des banquiers» Dans les temps de trouble que nous traversons, qui sont pleins de dangers et où les pillages sont à craindre, il vaudrait mieux placer à l'étranger une partie de son avoir, dont on retirerait on meilleur revenu et qui y serait plus en sûreté que sous terre où tant de gens actuellement cachent leurs trésors en Angleterre. Cet argent enfoui sous terre est quelquefois perdu
154 OUVHAGES ANCIENS
pour la famille de son propriétaire qui est souvent tenue dans l'ignorance du lieu où se trouve la cachette, mais, en tout cas, le commerce n'en profite pas, tandis que si on remployait pour les transactions entre l'Angleterre et l'Inde, qui sont très lucratives, il rapporterait, comme je l'ai exposé, de 300 à 500 p. 100 et plus.
Les marchandises qu'on peut exporter de l'Inde sont innombrables et d'espèces très diverses, et toutes avantageuses. Cependant la Compagnie des Indes ne s'occupe que des principales : calicots et baffetas (blanches et teintes), basins, necains [sorte d'étoffe], châles et autres sortes de tissus ou de cotonnades, fils de coton, coton cardé, épices de toutes sortes, telles que poivre, clous de girofle, macis, cannelle, gingembre, sucre, semencontra, rhubarbe et racines de Chine [confitures de gingembre], et autres drogues, telles que salpêtre, indigo, gomme-laque, musc, civette, ambre, perles, diamants, etc. De ces diverses marchandises, il en est dont la Compagnie ne s'occupe pas, mais elle permet à ses traitants et à ses marins d'en faire le trafic, se réservant surtout les toiles, les épices et l'indigo, ainsi que quelques au'res articles particulièrement réputés pour les bénéfices qu'ils donnent.
Mais l'Inde produit beaucoup d'autres denrées dont tireraient profit des commerçants industrieux et intelligents, si le commerce était libre et même s'il était fermé, pourvu qu'ils eussent la liberté et la possibilité de se rendre en Orient. À mon avis, il y a, si j'en crois l'expérience que j'ai acquise pendant mon court séjour dans l'Inde, une foule d'articles qu'il serait avantageux d'importer en Angleterre, et que j'aurais essayé d'importer pour mon plus grand bénéfice et pour celui de mon pays si j'avais eu la liberté de me rendre en Orient avec une cargaison importante, ce qui m'a été refusé par pure méchanceté,
tout membre de la Compagnie que je suis, tandis qu'on en a donné gratuitement 1 autorisation i des étrangers qui sont nos ennemis au double point de vue religieux et commercial. Ces articles sont, en outre de ceux que j'ai déjà mentionnés et que néglige la Compagnie des Indes, les suivants qui, pour la plupart, n'ont pas encore été essayés et dont le trafic ne peut être en aucune façon préjudiciable à ladite Compagnie : poudre à canon; savon, à un penny [0 fr. 10] la livre, meilleur que notre i Castle Soap » ; matières tinctoriales, avec les ingrédients qui servent dans l'Inde à si bien fixer les couleurs; indiennes dont nos teinturiers anglais seraient, m'a-t-on dit, si heureux de connaître le mode de fabrication; laque, qui est si recherchée en Europe, avec la manière de s'en servir pour décorer les objets; poils de chameau pour les chapeliers et les feutriers. Les poils de chameau bruts et sans être triés se vendent en Turquie 18 shillings [22 fr. 50] environ la livre; on l'aurait à meilleur compte dans l'Inde et en Perse qu'en Turquie. Si on faisait faire le triage dans l'Inde, il reviendrait à environ un penny [Ofr. 10] la livre, tandis qu'en Angleterre les chapeliers la paient 9 pence [i fr. 80]. Je dois ajouter que non seulement cette opération diminue le poids de près de moitié, mais que le poil de chameau de l'Inde revient à 4 shillings [5 fr.] la livre, qu'il est moins grossier et meilleur que celui qu'on achète en Turquie, et qu'il se prête mieux au transport. C'est ce qui ressort de ce que m'a dit le chapelier de Londres Rogers, i qui j'ai montré un feutre fabriqué en Perse, qu'il a évalué à 30 shillings [37 fr. 50], tandis qu'il m'avait coûté cinq shillings [6 fr. 25]. Il serait donc possible, m'a dit ce chapelier, de faire venir de Perse des feutres prêts à être mis en forme pour une mode quelconque à bien meilleur compte que ceux préparés en Angleterre. Par ces temps de trouble, d'homicides et de guerre, les peaux
de buffle préparées dans l'Inde constitueraient un excellent article de vente, très lucratif, car elles sont beaucoup plus solides que celles qu'on fabrique ici et bien moins chères.
H faut encore noter les peaux de moutons de Perse, qui constituent une bonne fourrure, fine et chaude, dont les princes en Europe se servent comme vêtements et qu'on utilise aussi comme couvre-pieds des lits des grands personnages; leur laine est soyeuse, finement bouclée et d'une couleur grisâtre. Autant que je sache, je suis le seul à avoir essayé d'en faire le commerce et j'ai revendu avec un grand bénéfice celles que j'ai rapportées; j'en aurais pu tirer davantage si je ne les avais vendues à un ami.
Si j'avais eu ma liberté d'action, j'aurais essayé d'introduire en Angleterre de nombreuses marchandises que notre pays ne fournit pas encore, telles que futaines, basins, bougrans noirs et de couleurs, soit fins, soit grossiers, toutes sortes de rubans faits en calicot, fins ou grossiers, larges ou étroits, cuir tanné et non tanné, peaux de chèvre teintes, parchemins et papiers ayant les dimension^ en usage en Angleterre, cuir doré pour tentures, beaux lits, chaises et fauteuils» peints ou dorés, tables rondes incrustées de nacre, d agates et de cornalines, courtespointes, couvertures et tentures en soie, indiennes et belles calottes piquées ou brodées, gilets, caleçons pour hommes, d'excellente qualité et à bon marché, et quelques-uns pour femmes, soit élégants, soit communs, couvertures pour livres de toutes dimensions, plumes d'autruche excellentes et à bon marché, éventails en cuir et en papier, curieusement ouvragés et dorés, chapelets, boucles d'oreilles, bagues ornées de diverseï pierres, cristal de roche, agates, cornalines^ jaspe, . hélio tropes, elc, tasses en agate et plats de différentes sortes, écailli de tortue, boites et coffrets, soit en ivoire, soit en ébène,. a\e<
CONCEHNANT MADAGASCAR 157
incrustations de matières diverses, soies de toutes sortes, velours, satins, taffetas, damas de Chine, de Perse et de l'Inde, mellicks i sorte d'étoffe] de Perse, tissés en fils d'or, cotonnades indiennes, pierres de différentes sortes pour tombes, pour pendules et pour pavages dans les cours ou revêtements des grandes salles et galeries des palais, pierres dures que les Indiens coupent et taillent i bon marché suivant les modèles qu'on leur donne et dont les personnes de qualité et de goût feront certainement grand cas en Angleterre comme ailleurs.
En résumé, la variété des marchandises est si grande en Orient et les quantités que Ton peut s'y procurer sont si considérables que, sacrifierais-je beaucoup de temps et beaucoup de papier pour les énumérer, je n'arriverais pas à en donner la liste complète, car, lorsque le commerce sera libre, on en trouvera chaque jour de nouvelles.
Toutes ces transactions seraient non seulement profitables à la colonie de Saint-Laurent ou Madagascar, mais elles occuperaient un très grand nombre de navires et d'hommes qui deviendraient de bons soldats et des marins habiles et actifs, supérieurs à ceux que le commerce a fournis jusqu'à ce jour.
Si j'avais fait un autre voyage dans l'Inde, j'aurais cherché à y emmener avec moi des préparateurs de malt, des brasseurs de bière et de vin, des distillateurs de liqueurs et des fabricants sachant bien préparer le tabac, qui est si mauvais dans l'Inde, où cependant il serait facile de l'obtenir aussi bon que le Verinas
sorte de tabac] et d'autres qui sont beaucoup plus estimés en Perse, et qui donne néanmoins, comme je l'ai dit plus haut, un bénéfice de 400 p. 100. J'aurais aussi amené des jardiniers, des peintres et de bons portraitistes, des horlogers, etc., ainsi que des faucheurs avec leurs outils afin d'enseigner aux Indiens la manière de faire le foin; en effet, pendant la saison sèche, qui
dure d'ordinaire de six à sept mois chaque année, leur bétail souffre de la faim au point de périr. Tout cela n'eût pas été sans avantages pour mes compatriotes. En outre, j'y aurais introduit le lin et le chanvre dont j'aurais apporté des graines et, si elles eussent réussi comme dans notre pays, la toile aurait pu y être tissée à un prix si bas qu'on l'aurait vendue dans toute l'Europe à bien meilleur compte qu'aujourd'hui, sans compter que ces toiles de lin ou de chanvre auraient été plus recherchées dans tout l'Orient que leurs calicots et autres tissus de fabrication païenne.
Tous les articles que j'ai mentionnés dans ce factum auront leur utilité pour la colonie de Madagascar ou de Saint-Laurent, soit qu'on les y introduise tout fabriqués, soit qu'on les y fabrique. En ce qui concerne le bas prix de la main-d'œuvre des hommes, des femmes et des enfants dans l'Inde, il faut remarquer qu'un penny ou deux pence [0 fr. 10 ou 0 fr. 20] par jour suffisent à un Indien pour se nourrir, lui et sa famille; or, à Madagascar, la nourriture coûte encore bien moins cher et Ton peut s'y procurer toutes sortes d'aliments d'excellente qualité. De plus, on achète les esclaves pour une bagatelle, tant à Madagascar que dans l'Inde et dans d'autres régions de l'Extrême-Orient. Il faut noter que, une fois la colonie établie, de nombreux artisans y afflueront de l'Inde et d'ailleurs pour vivre sous la protection des chrétiens, au milieu desquels ils seront mieux à l'abri de l'injustice, des abus et de la tyrannie que dans n'importe quel royaume d'Asie.
Je n'ai pas encore parlé des précautions i prendre contre les ennemis, soit étrangers, soit indigènes. En ce qui touche les ennemis étrangers, la question exige des connaissances plus étendues que les miennes et je laisse aux militaires la tâche de s'occuper des fortifications offensives et défensives qu'il sera
nécessaire d'y construire. Mais la défensive aussi bien que l'offensive contre les sauvages indigènes est plus facile à Madagascar que dans tout autre lieu où les Anglais se sont établis.
En effet, d'après mes informations, les sauvages des autres pays n'ont pas seulement des dards, mais des arcs et des flèches, qui portent plus loin et sont plus dangereuses, et aussi des massues. A Madagascar, les indigènes n'ont d'autres armes que des dards, et encore en petit nombre et d'un maniement difficile. Voici, à mon avis, ce qu'il faudrait faire pour se défendre contre eux : on prendra dans l'Inde des peaux de buffle, qu'on y trouve en grandes quantités et à bon marché, on en disposera une par-dessus sa chemise et son caleçon et ou la recouvrira avec le gilet et la culotte, puis, si on le veut, od pourra chausser des brodequins pour protéger les jambes, et il n'y aura alors aucun danger d'être blessé par leurs dards. Cette sorte de casaque de cuir est plus légère et plus facile à porter que des armures de fer.
Pour l'offensive, de légers mousquets et des carabines seront utiles; les fusils de chasse rendront aussi de bons services. A ces armes, on pourra ajouter des épées minces et courtes, ainsi que des boucliers légers tels que ceux dont on se sert en Orient, On trouve encore à très bon compte dans l'Inde de petits arcs avec des flèches à pointe large ou fourchue dont on pourra tirer un bon parti. Les Indiens, en outre de leurs fusils, de leurs épées et de leurs boucliers, portent ordinairement ces arcs sur le dos, avec leurs flèches renfermées dans un léger carquois. Ainsi armés, des enfants de dix à douze ans suffiraient pour harceler et combattre les sauvages de Madagascar, surtout en ayant soin de se tenir à une distance plus grande que celle que peuvent franchir leurs dards, et pourraient leur causer de fortes pertes.
Si le gouvernement de l'île établit quelques droits légers sur le commerce d'importation et d'exportation avec l'Inde et les autres pays d'Orient, ainsi que sur le commerce de cabotage le long des côtes, le commerce de la colonie, qui n'en éprouvera aucun dommage, deviendra très lucratif et tout à fait avantageux.
En outre, un appel adressé au public, notamment aux trafiquants, pour obtenir des souscriptions volontaires aura certainement du succès. En 1628, à bord des deux navires anglais, le Jonas, de 7 à 800 tonneaux, et l'Expédition, d'environ 200 tonneaux, le capitaine Swanley prit l'initiative d'une quête pour subvenir à l'entretien d'un hôpital à Black Wall, destiné à secourir les marins infirmes ou blessés venant des Indes ; l'amiral et les équipages versèrent une somme de 250 livres sterling [6250 fr.]. Il avait été stipulé que le Comité de direction de la Compagnie des Indes placerait, dans ledit hôpital, en un endroit convenable, une plaque où seraient inscrits en gros caractères les noms des bienfaiteurs avec le montant de la somme versée, afin d'encourager d'autres personnes à coopérer à une œuvre aussi charitable, à laquelle plusieurs marins s'étaient au début montrés hostiles parce que, ayant autrefois contribué à la création d'écoles et d'églises en Virginie et & la construction de 1 église de Wapping, ils avaient eu le regret de voir d'autres s'en attribuer tout le mérite. C'a été une honte pour les Directeurs de la Compagnie des Indes de refuser cette subvention volontaire prise sur les gages des marins; si elle n'avait pas dédaigné et repoussé cet acte de charité tout spontané, il aurait été certainement imité, comme on l'espérait et comme l'avaient promis tous les trafiquants et marins, et on aurait actuellement réalisé une somme considérable qui assurerait à cet hôpital un revenu annuel de plusieurs centaines, peut-être
même de plusieurs milliers de livres sterling. Mais la condition que les noms des bienfaiteurs seraient inscrits dans l'hôpital a empêché que cette initiative, si louable cependant, réussit, car les Directeurs et les Administrateurc de la Compagnie des Indes, dont l'esprit est étroit, ont craint que la construction d'un hôpital fait à l'aide des souscriptions de leurs pauvres serviteurs ne nuisit à leur renommée. Un appel de fonds pour être mis gratuitement à la disposition de la colonie de Madagascar, auquel répondraient certainement les marchands et les marins qui connaissent toute la valeur de cette fie, aurait le plus heureux effet pour mener à bien cette affaire dans un temps court.
Le Roi pourrait en outre daigner conférer des titres ou des dignités aux hommes de bonne volonté qui transporteront et installeront à Madagascar, à leurs frais, un certain nombre de colons, honneurs qui seraient conférés, soit de suite en Angleterre par le Roi lui-même, soit à Madagascar par un représentant de Sa Majesté. Ces honneurs, auxquels tant d'individus aspirent, décideraient probablement les capitalistes opulents, les gentilshommes, les cadets de famille, etc., à apporter plus «le hardiesse dans l'accomplissement et la réussite de cette importante entreprise.
Voici environ treize ans que je suis revenu de l'Inde et, depuis que j'ai quitté Madagascar, j'ai toujours pensé à cette Ile, dans l'idée de rendre service à mon Roi et à mon pays et en même temps de m 'avantager moi-même. J'ai donné à ce sujet aux Directeurs de la Compagnie des Indes, qui les ont du reste dédaignés, quelques informations et avis. Pendant neuf années, j'ai été eu butte à leur envie, à leur méchanceté et à leur vengeance et j'ai été cruellement opprimé sans pouvoir obtenir la réparation des torts considérables que m'ont faits la Compagnie et ses agents; depuis lors, la maladie m'a empêché pendant six années ri'eom. 11
treprendre un nouveau voyage en Orient, comme je désirais le faire à bord d'un navire hollandais ou portugais, puisque Ton me refusait méchamment mon passage sur les bâtiments anglais. Étant aujourd'hui tellement affaibli par la maladie que je ne puis ni marcher ni monter à cheval, n'étant plus du reste en état d'entreprendre aucun voyage à cause de mon âge, car je n'ai pas moins de soixante ans, et cependant ayant à cœur que les Anglais colonisent Madagascar qui est un pays si plein d'espérances et d'avantages, surtout en ces temps de troubles et de révolutions qui font que de nombreuses personnes respectables sont obligées de quitter leur pays natal, j'ai cru de mon devoir de publier cette étude, toute grossière qu'elle est, mais véridique, qui, j'espère, recevra un bon accueil du public et atteindra le résultat que je me propose. Je ne doute pas que les nombreux marins et marchands qui connaissent l'Orient, témoigneront de l'exactitude de mon récit, notamment le noble et digne capitaine Richard Swanley, auquel la très honorable haute cour du Parlement a adressé des éloges, les marchands Gregory Clément et John Cartwright, le capitaine William Swanley, le capitaine John Proud, le chirurgien Walter Hammond, Georges Gosnell, r aide-commissaire du Charles, le capitaine John Weddall, devenu depuis amiral et aujourd'hui décédé, les citoyens de Londres John Hamerton et Thomas White, ainsi que nombre d'autres marins dont j'ai oublié les noms ou qui sont morts, tels que M. Richard Wilde et M. Georges Page, quoique ces derniers, qui ne m'ont pas seulement menacés méchamment de me ruiner, mais qui se sont plus à consommer ma ruine aient été mes ennemis mortels; nous avons résidé ensemble à Madagascar pendant trois mois. J'en appelle aussi au témoignage de M. William Methold, qui est actuellement sous gouverneur de la Compagnie des Indes, et de M. Thomas Kir-
ridge, qui est membre du comité de cette même Compagnie, ainsi qu'à celui des nombreux traitants des mers du Sud que je ne connais pas. J'espère que quelques-uns d'entre eux, qui me sont supérieurs en jugement et en capacités, voudront, pour la gloire de Dieu comme pour le bien du Roi et du pays, joindre leurs conseils oraux ou écrits aux miens afin de faire réussir cette honorable et utile entreprise. De mon côté, je prierai Dieu de persuader aux bons chrétiens de s'y intéresser et je demanderai dans mes prières que leur œuvre prospère pour la gloire du Très-Haut, pour l'honneur du Roi Charles et de ses descendants, et pour la prospérité et le bien-être de mon pays bienaimé. Ma plume inhabile a tracé la route; elle a pour ainsi dire brisé la glace, afin de permettre à ceux qui me suivront de pousser plus loin l'attaque et de ne pas se trouver arrêté par trop d'obstacles.
Il me serait particulièrement agréable de savoir que la haute Cour du Parlement considère cette œuvre si excellente et si pieuse comme une affaire d'une haute importance pour l'Etat, et que des nobles, des chevaliers, des gentilshommes et même de simples bourgeois ont commencé à agir. Je regrette bien de n'avoir ni les ressources pécuniaires, ni la force physique nécessaires pour pouvoir lui apporter un appui sérieux; certes, je n'y épargnerais point mes efforts, quand bien même j'aurais la certitude que je n'en tirerais aucun avantage personnel et que j'y perdrais la vie.
Chap. XIV. — On peut faire un commerce avantageux dans le
**T DE SWALLOW [DANS LA BAIE DE GaMBAYe], QUE FRÉQUENTENT LES NAVIRES CHRÉTIENS ET AUTRES. Il SERAIT BON D'ATTIRER À
Madagascar les jeunes traitants ou les personnes ruinées qui ont xêanvoins une bonne réputation et ceux qui ne craignent pas
d'aventurer DANS DES ENTREPRISES LOINTAINES LEUR PERSONNE ET LEUR
des relations amicales, de la captivité où Ton me retenait si injustement. Je suivis leur conseil et écrivis au capitaine Swanley pour le prier d'intervenir en ma faveur, et je mis à sa disposition l'argent nécessaire à Tachât de sa cargaison de clous de girofle, offrant de lui abandonner la moitié du bénéfice que produirait cette affaire. Mais, intimidé par le Président qui exerçait un pouvoir tyrannique et auprès duquel il était luimême en disgrâce, il n'osa pas accepter ma proposition et tenter cette opération qui nous aurait rapporté plusieurs milliers de livres, et dont profitèrent nos adversaires, Richard Wilde, le Président, et Georges Page, un des membres du Comité.
J'ai cru devoir exposer ce qui précède d'abord pour montrer quel bénéfice on peut réaliser par un simple commerce de cabotage au long des côtes sans s'aventurer au loin en mer. Si j'avais pu obtenir l'autorisation de retourner dans l'Inde à mes frais, — autorisation qui m'a été très malhonnêtement refusée, tandis qu'on l'a accordée gratuitement à des étrangers, — j'aurais surtout placé mes fonds dans ce genre de commerce, qui n'aurait porté aucun préjudice à la Compagnie des Indes, et j'aurais réalisé, proportionnellement à mes peines et à mes faibles ressources, une plus grande ou au moins une aussi grande fortune que la Compagnie des Indes avec ses immenses cargaisons et son énorme crédit. C'est peut-être là la cause de la jalousie de cette Compagnie à mon égard ; elle aura craint que mes actes ne tournassent à sa confusion.
Un autre motif qui m'a fait écrire ce mémoire est que je désire encourager à entreprendre ce commerce tous les négociants honnêtes et industrieux qui n'ont pas réussi à faire fortune dans leur pays, ainsi que mes confrères les traitants anglais auxquels je porte le plus vif intérêt et qui sont les gens le plus aptes à trafiquer dans l'Inde; car ils connaissent mieux que qui que ce
soit les marchandises et les articles européens qui conviennent pour les échanges dans les pays d'Orient. Ces négociants sont assurés de trouver auprès des Banians tout le crédit dont ils peuvent avoir besoin, à la condition toutefois que leur vie ait toujours été honorable dans leur pays comme i l'étranger, car les Banians de l'Inde font à cet égard une enquête minutieuse, et aussi à la condition qu'ils aient une bonne conduite dans Tlnde et qu'ils ne se livrent pas aux orgies et aux débauches si préjudiciables à la bourse, au corps et à l'âme; il faut naturellement qu'ils soient affables et courtois avec eux, qui jamais n offensent ni n'insultent personne et qui supportent patiemment tous les affronts, ne résistant ni en paroles, ni en action, mais dissimulant leur haine jusqu'à ce qu'ils trouvent l'occasion de se venger.
J'ajouterai encore quelques mots sur la manière d'encourager les Anglais à aller à Madagascar. Si l'on adopte la méthode qui a été suivie en Virginie ou une meilleure que pourront trouver des hommes plus éclairés que moi, il sera peut-être; à mon humble avis, opportun d'allouer à chaque colon une superficie de 100 acres de terrain [40 hectares] par 12 livres sterling et demie [312 fr. 50], qui auront été versées et inscrites sur un registre spécial; on pourrait même fixer une somme moindre et concéder des terrains d'une étendue proportionnelle aux sommes souscrites, en n'admettant pas toutefois de souscriptions inférieures à 20 shillings [25 fr.]. Je crois qu'on réunira ainsi une somme considérable, qui permettra de mener promptement à bien l'entreprise. Je conseille de ne pas recourir au système de la loterie, comme on l'a fait dernièrement pour la Virginie, car la loterie est dispendieuse et ruine les pauvres gens, à moins que le gouvernement n'exerce une surveillance très sévère.
11 serait bon d'allouer 100 acres, libres de toutes charges, aux travailleurs ou artisans qui iront à leurs frais dans la colonie pour s'y établir, et aussi une certaine étendue de terrain aux femmes pour les encourager à entreprendre ce voyage lointain. On devrait également, à l'expiration d'une période de sept années, accorder aux apprentis des deux sexes, qui auront fait le voyage aux frais de leur maître, un avoir de 100 acres environ, selon du reste ce que jugeront des hommes de bon sens.
Comme la colonisation de Madagascar augmentera la gloire de Dieu par la conversion au Christianisme d'àmes ignorantes, qu'elle ajoutera à l'honneur et à la renommée de notre Roi en augmentant l'étendue de ses états, qu'elle assurera la prospérité de notre pays, qu'elle sera utile à nos pauvres frères chrétiens qui se trouvent déjà dans l'île en les enrichissant et procurant à leur postérité de grandes richesses et des dignités, je crois qu'on devra demander aux ministres du culte des diverses paroisses de pousser leurs paroissiens à s'y intéresser et aux juges des comtés ainsi qu'aux diverses municipalités d'Angleterre d'ouvrir des registres de souscription; si les juges et les officiers des municipalités donnaient l'exemple en souscrivant eux-mêmes, la très fameuse colonie projetée deviendrait vile florissante. Enfin, il serait bon d'accorder pour un certain temps la franchise de douane, comme on le fait en ce moment au profit des colons de la Trinidad, ce qui serait un grand encouragement pour les promoteurs de cette œuvre noble et digne qui consiste à coloniser l'île de Saint-Laurent.
Chap. XV. — Les Anglais ont réussi à soumettre à leurs lois jjîs sauvages de la Virginie et de la Nouvelle-Angleterre, et les Espagnols et les Portugais se sont emparés du Brésil dont les habitants sont cependant une nation puissante et belliqueuse. — Les autres nations s'étonnent que nous n'ayons pas de colonies
en ol'elyue endroit des meks des indes pour la protection de notre commerce et notre défense, ce qui devrait nous inciter à coloniser Madagascar. — Une nation pieuse et chrétienne, qui introduira pour la gloire et l'honneur de dleu la vraie religion chez ces idolatres, en recueillera certainement profit et honneur. cruautés exer- CÉES par les Hollandais a Batavia, et leur tyrannie À Amboine à l'égard des Anglais qui étaient dans l'impossibilité de leur résister à cause de leur trop grande force. — Si quelqu'un objecte qu'il sera difficile de fonder une colonie solide dans cet excellent pays de Madagascar à cause de la grande étendue de l'Ile et du nombre considérable de ses habitants, je lui répéterai ce que Moïse a dit aux enfants d'Israël, qui, dans la crainte de n'en pouvoir venir à bout, hésitaient à attaquer leurs ennemis qui étaient beaucoup plus nombreux qu'eux : « Ne les craignez point! Rappelez-vous ce que votre Dieu a fait au Pharaon et à toute l'Egypte, car votre Dieu est avec vous, et il est tout-puissant et terrible. » Si nous autres, gens d'Angleterre, nous prenons en mains cette œuvre pour la plus grande gloire de Dieu, comme le firent les Israélites, puisque nous ne voulons pas chasser les Malgaches, mais les convertir, notre Dieu nous viendra en aide, comme il est venu jadis en aide au peuple d'Israël, dans notre lutte avec le peuple que nous craignons et que nous soumettrons et convertirons. Je ferai du reste remarquer que les Malgaches, nus et sans armes à feu, sont incapables de lutter contre des troupes expérimentées et bien exercées. Rappelons-nous aussi la valeur et les exploits de nos soldats et les entreprises plus difficiles et plus hasardées qu'ils ont menées cependant à bien en Virginie et dans la Nouvelle-Angleterre et qui ne peuvent être comparées à celle-ci au point de vue de l'utilité et des bénéfices. Nous savons du reste que, grâce à leur vaillance, les Espagnols ont conquis leur opulent et vaste Empire des Indes Occidentales
avec une simple poignée d'hommes, qui est cependant venue à bout de ses nombreux habitants. Si mes souvenirs sont exacts, car il y a bien des années que j'ai lu cette histoire, trois cents Espagnols à cheval, ayant pénétré dans la grande ville de Mexico, ont fait prisonnier l'Empereur qui était cependant accompagné d'une foule énorme de gens et que deux esclaves portaient sur un trône d'apparat. N'oublions pas non plus que les Espagnols et les Portugais ont conquis facilement le Brésil, pays très populeux, et que les Portugais ont réussi à imposer leur commerce dans les Indes Orientales et se sont installés sur les points les plus avantageux des côtes de l'Inde, tels que Goa, Du a [DiuJ Daman, Dabul, Mascate, Mallaco, Calicut, etc., où ils ont construit des forteresses malgré l'opposition d'un puissant et belliqueux Empereur, le grand Mogol. Ils se sont aussi emparés d'Ormouz, malgré les Persans dont le courage est cependant si réputé de tout temps; l'tle où ils se sont établis est située à trois lieues de la terre ferme et n'offre pas la moindre ressource aux colons, car on n'y trouve ni bois de construction ou de chauffage, ni bétail, ni céréales pour la nourriture de l'homme, ni herbe pour l'alimentation du bétail, ni eau douce pour étancher sa soif, sauf celle que laisse la rosée du matin, et pourtant les Portugais y ont demeuré, apportant avec eux leurs vivres ou allant les prendre de vive force sur les côtes voisines de Perse ou d'Arabie, et ils ont fait une œuvre réellement admirable et parfaite en y construisant autour d'un beau château fort une cité riche et puissante qui surpasse en opulence les principales villes du monde. Aussi Ormouz était-elle comparée avec raison à un beau diamant enchâssé dans une bague comme étant la ville la plus grande et la plus riche de la ceinture terrestre, jusqu'au moment où les Anglais, pour se venger du tort que leur avaient souvent faits les Portugais, s'en sont emparés et
les en ont chassés avec l'aide des Persans qui opéraient sur terre. Malheureusement les Anglais commirent l'imprudence d'abandonner cette ville au roi de Perse, qui cependant nous en eût volontiers laissé la possession ; mais, aujourd'hui qu'il en connaît la valeur, plusieurs centaines de milliers de livres ne la lui feraient point vendre, quoiqu'elle ait perdu son ancienne suprématie.
Je ne dois pas non plus passer sous silence la vaillance des Hollandais qui de nos jours, malgré le puissant Empereur de Java, se sont construits dans son pays une ville forte et fameuse qui s'appelait Jacatra, mais qui depuis est connue sous le nom de Batavia, qui est, dit-on, l'ancien nom de la Hollande. L'Empereur de Java a été, de ce fait, si irrité contre les Hollandais qu'en 1 629, lorsque j'étais dans l'Inde, on m'assura qu'il avait juré par ses dieux païens de raser la ville hollandaise et d'en expulser les habitants, quand même cela devrait lui coûter la vie de plusieurs ce d laines de mille de ses sujets. Les Javanais sont très téméraires, et ils n'hésitent pas à s'engager dans les aventures les plus désespérées, tout en sachant qu'ils y trouveront certainement la mort ; c'est ce dont on a pu se rendre compte à plusieurs reprises dans ces derniers temps. Ainsi, une fois, un Javanais a eu la témérité de monter à bord d'un navire anglais dans 1 intention de massacrer tous les hommes de l'équipage ou de périr; il en tua cinq ou six ou même plus, avant que les autres raient mis à mort. L'Empereur a exécuté sa menace de chercher à escalader les murs de la ville hollandaise sur des monceaux de cadavres de ses sujets, tandis qu'une autre armée était chargée de couper la retraite aux assiégés par derrière ; il n'a pu cependant en avoir raison.
Eu présence de ces faits, pourquoi la nation anglaise, qui est ai réputée pour sa vaillance dans le monde entier , redou*
avec une cruauté inouïe, attachant ensemble en effet un gra nombre d'indigènes et pariant à qui d'un seul coup de rapi< en tuerait le plus, n'épargnant ni les femmes, ni les enfants, serait un grand bonheur pour moi, quoique je désespère d'av cette joie tout comme Moïse désespérait de visiter la terre
Ghanaan, de voir les Anglais, les Ecossais et les Hollande qui appartiennent tous à la même religion, s'entendre p< prêcher d'un commun accord le christianisme aux pauvres in gènes de ces régions lointaines ; ce serait une action très hoi rable et assez importante pour occuper nos trois nations réuni tous les athées, païens et chrétiens idolâtres en éprouverai une grande terreur.
D'autre part, il y a lieu de regretter et de s'affliger que < chrétiens se conduisent les uns envers les autres avec la perfî et la déloyauté qu'ont montrées les commandants holland à l'égard des Anglais, à Amboine1. Ces faits regrettables <
1. Un des soldats japonais au service des Hollandais, ayant été sur) le 11 février 1622 dans l'intérieur du fort d' Amboine, fut accusé d'espi nage et soumis avec quelques-uns de ses compatriotes à la torture avoua tout ce que voulurent ses bourreaux, c'est-à-dire que les Ànj:| comspiraient avec eux pour s'emparer du pays. Il y avait, à ce moine là, en prison un certain Abel Price, chirurgien anglais qui, étant n avait voulu mettre le feu à la maison d'un Hollandais ; on lui dit que Japonais avaient confessé que lui m et ses compatriotes complotai ensemble contre les Hollandais et qu'il eût à donner des détails sur a conspiration. Torturé le 15 février 1622, il fit tous les aveux qu'on demanda. Le gouverneur d' Amboine fit alors comparaître devant lui capitaine Towerson et les huit autres Anglais qui étaient en ville et, ap leur avoir fait part de l'accusation qui pesait sur eux, il les fit mettre prison; puis, il fit piller les magasins de la Compagnie anglaise et saisir dans les autres comptoirs les douze autres Anglais qui élaii dans les Moluques. Tous furent mis à la torture et, pour échapper a souffrances qu'on leur fit subir, se reconnurent coupables des actes <; minels qu'on leur imputait et que cependant ils n'avaient point co mis. Cette enquête dura huit jours, du 131 au 23 février. Le jugement i lieu le 25; le 26, tous les prisonniers furent amenés dans la grande salle Conseil et la sentence leur fut signifiée : dix Anglais, un Portugais et oi
été par deux fois divulgués au monde, et pourtant les préjudices considérables qu'ont subis les sujets de Sa Majesté n'ont encore été l'objet d'aucune réparation; il n'a été donné aucune indemnité aux parents de nos compatriotes qui ont péri dans cette affaire ni aux marchands, comme moi, qui en ont éprouvé de grandes pertes. Aussi je prie Dieu de faire que nous d entendions plus jamais parler d'actes aussi cruels que ceux qu'ont commis à notre égard les Hollandais et qui peuvent être très préjudiciables et même désastreux pour les deux nations, tandis qu'il importe beaucoup qu'étant si voisines Tune de l'autre, elles vivent en paix et bonne amitié. Que Dieu leur accorde celte grâce pour sa gloire et pour leur prospérité !
Cuap. XVI. — Projet du squire Courteen de coloniser Madagascar. — Parti auté, injustice et ingratitude du Comité de la Compagnie des Indes envers ses fidèles et loyaux serviteurs et fayecbs indues accordées a ceux qui ne sont que de vils flatteurs,
DES DÉBAUCHÉS ET D'iNDIGNES MERCENAIRES. Il Y A À MADAGASCAR
cn produit de grande valeur qui procurera d'importants bénéfices
aux personnes assez heureuses pour le recueillir. grand
désir qc*a eu le prince rupert de fonder une colonie prospère k Madagascar et intention du comte d'Arundel de le remplacer lorsqu'il eut abandonné son projet. — Depuis que j'ai commencé à écrire ce factum, j'ai appris que le noble squire Courteen a armé, au cours de ce printemps de 4644, trois navires bien pourvus d'hommes et chargés des munitions et provisions nécessaires à l'alimentation, à la défense et à Tins- Japonais, déclarés coupables, furent condamnés à mort et exécutés le lendemain 27 février 1622. Les autres accusés furent remis en liberté (An authentick copy of the confession and sentence agaimt M. Towerson and Complices concerning the hloudy compiracy against the castle of Amboyna, Londres, 1632, in-4, 38 p., et Harris, Navigantium atque Itinerantium hOAiolhecay A Complète Collection of Voyages, t. I, 1744, p. 877-898).
foliation d'un groupe de colons à Madagascar (voir plus loin, pp. 184-187). Que cette très noble entreprise soit bénie de Dieu! Puisse-t-elle prospérer et être une source de contentement et de richesses pour celui qui en est l'initiateur et pour les siens et un exemple pour ceux qui voudront l'imiter! Puisse le Dieu de grâces et de miséricorde rendre efficace le moyen qu'il veut, dit-on, employer pour faire le commerce avec les indigènes! Il a fait en effet fabriquer des perles en verre ayant la forme et la couleur des haranga ou olives en cornaline qui sont si appréciées des Malgaches ; espérons qu'elles ne seront pas dédaignées par eux et que les colons pourront les utiliser pour Tachât de leurs provisions et -pour leur trafic, jusqu'à ce qu'ils puissent en faire venir de l'Inde. Toutefois j'ai des doutes à ce sujet, sachant par expérience avec quelle habileté et quel soin les indigènes choisissent les véritables cornalines et quelle différence de valeur ils leur attribuent suivant leur couleur, leur beauté, leur éclat et l'absence de taches et de défauts.
Je ne puis qu'adresser tous mes éloges au digne et noble squire Courteen et encourager d'autres personnes à se joindre à lui pour mener à bien sa digne et noble entreprise, et je lui donne ces éloges quoique je lui sois tout à fait étranger et que je n'attende rien de lui. Je m'en réjouis d'autant plus volontiers qu'il n'a pas été élevé pour être marchand, mais qu'il a fait ses études au collège des avocats, qu'il a été membre du tribunal royal et que par conséquent il pourra, avec le concours de quelques compagnons intelligents et dignes de confiance, diriger notre commerce dans l'Océan Indien avec plus de succès que la Compagnie des Indes Orientales. Les directeurs, les délégués et les membres des vingt-quatre ou vingt-six comités de cette Compagnie ont tous reçu une éducation commerciale et sont des négociants estimés, mais leurs officiers et leurs agents,
qui sont si nombreux, ont créé une foule de difficultés et provoqué, par leur manque de jugement, par leur partialité dans l'administration de la justice et par leurs mesures d'oppression gouvernementale, un mécontentement et un découragement général. Les emplois dans l'Inde sont tenus par des gens malhonnêtes, par des imposteurs, par des débauchés perdus de réputation et par des mercenaires méchants et rancuniers; tous ces gens dédaignent et oppriment cruellement ceux de leurs collègues qui sont honnêtes et loyaux, et ils les persécutent et les calomnient auprès du Comité de la Compagnie, et les directeurs laissent commettre ces injustices, quoiqu'ils en aient connaissance et que leur conscience certainement les leur reproche, quoiqu'ils aient promis de réparer les torts causés injustement i autrui et que les tribunaux leur en aient donné l'ordre. Telle est la récompense que reçoivent leurs bons serviteurs. Plus tard, me déciderai-je peut-être à exposer en détail les faits dont j'ai eu à me plaindre, si Dieu m'en donne l'intelligence et la force, car actuellement je suis très faible. Il est de mon devoir, en effet, de sauvegarder ma réputation et mon crédit et de renseigner les marchands honnêtes qui se proposent d'entrer au service de la Compagnie, afin qu'ils soient prudents dans leurs conventions avec des personnes aussi injustes et aussi ingrates. S'il ne s'agissait que de moi, puisque voilà treize ans que j'attends, je pourrais, par charité, accepter sans récriminations les affronts qui m'ont été infligés et les oublier, mais la situation précaire dans laquelle se trouve ma famille me forcera certainement à adresser à la très honorable Haute Cour do Parlement un humble appel et une très respectueuse pétition afin d'obtenir la réparation des torts que j'ai subis.
C'est une démarche que je ferai avec un réel chagrin, car je considère comme fâcheux et regrettable d'être obligé d'apporter
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