Voir t. ÎI de la Coll. ouvr. anc. Madag., p
sont certainement aussi prévoyants et aussi énergiques que les autres Européens, il en ressort nécessairement qu'il est dangereux pour qui que ce soit de s'aventurer au milieu de pareils sauvages et de s'exposer à leur merci, car ce sont les gens les plus faux, les plus traîtres et les plus inconstants du monde. Boothby se flatte de donner les meilleures informations sur celte iie de Madagascar; je ne le crois pas, car, pour les honnêtes gens, les informations exactes et vraies sont seules les bonnes.
L'abondance d oiseaux sauvages n'est pas aussi grande que Boothby le prétend et je suis sûr qu'il n'y a pas de dindons à Madagascar; on n'y rencontre que quelques pintades, quelques perdrix et, dans le Nord, quelques oiseaux aquatiques qu'on trouve là où il est tombé un peu d'eau.
La jalousie que, d'après Boothby, la Compagnie des Indes Orientales témoigne à l'égard des entreprises ayant pour but la colonisation de l'Ile de Madagascar, ne peut, dit-il, qu'encourager à en prendre possession. Voyez comment l'ignorance et la mauvaise foi peuvent faire bon ménage. Tout le monde, à ce que je suppose, sait que tous les membres de cette Compagnie, ou au moins la plupart d'entre eux, sont des commerçants accomplis, qui, faisant depuis nombre d'années le commerce avec les Indes, n'ont pas à apprendre d'autrui comment ils doivent mener leurs affaires pour en tirer le plus grand profit possible; car les corporations aussi bien que les particuliers s'efforcent de tirer avantage de tout, et il n'est pas douteux que la Compagnie des Indes est dans une meilleure situation qu'un commerçant quelconque nouveau venu pour coloniser Madagascar et elle l'eût certes fait sans hésiter, s'il y avait eu la moindre chance de succès.
Boothby et MM. Cartwright et Churchman attestent que
Madagascar est un pays éminemment sain. Je ne puis qu'être étonné qu'on accepte sans discussion une assertion aussi fausse. Le factum de Boothby montre que son auteur n est pas digne de foi; quant à M. Cartwright, je ne le connais pas, mais je sais que M. Churchman est, depuis six ans tout au moins, un ivrogne fieffé et que depuis longtemps il ne mérite aucune créance en quoi que ce soit et, à plus forte raison, en des affaires d'importance. Il commandait le James et a été révoqué de son commandement, pour cause d'ivresse, à la suite d'un conseil tenu par tous les marins de la flotte de M. Courteen; il est actuellement tourne-broche à bord d'un navire et Thomas Page, qui est revenu de Newcastle sur ce navire, peut en témoigner, l'ayant vu dans l'exercice de ces fonctions. Je crois d'ailleurs que ces trois personnes ont été des agents infidèles de la Compagnie lorsqu'elles étaient à son service.
Boothby vante surtout la partie septentrionale de Madagascar, qu'il dit être la plus convenable pour l'établissement d'une colonie et où, d'après lui, il existe du sucre et du riz en abondance. Mais, si des étrangers quelconques s'avisaient d'ôter le pain de la main aux indigènes, en leur enlevant le commerce des denrées qui assure leur existence, et si les Arabes, qui sont perfides et ennemis mortels des Anglais, étaient frustrés des transports de riz et d'esclaves qu'ils font actuellement, on peut être assuré que ces indigènes et ces Arabes s'efforceraient par tous les moyens possibles, soit de vive force, soit par ruse, d'anéantir notre colonie et d'envoyer les colons non seulement accompagner leurs rois défunts dans l'autre monde, mais même les y attendre.
Ni or, ni argent, ni aucunes marchandises, si précieuses soient-elles, ne sont aussi estimés, dit Boothby, que les grains de cornaline rouge. Peut-être, au moment où cet auteur a fait
son voyage, les cornalines étaient-elles recherchées par les indignes, mais, si tel était le cas, il n'est pas étonnant que ces articles eussent plus de prix que des objets beaucoup plus précieux, tels que l'or et des marchandises d'Europe, pour des gens auxquels ces objets étaient inconnus et auxquels ils attribuent une valeur à leur fantaisie, un jour préférant le laiton à toute autre chose et donnant le lendemain la préférence aux « aran- • goes » [haranga] ou cornalines, puis aux petites perles de verre jaunes, noires, bleues ou vertes.
Dans le but d'encourager rétablissement d'une colonie à Madagascar, Boothby compare le bas prix des bœufs dans cette ile avec leur prix en Angleterre. Quant à moi, j'affirme que celui qui ira là-bas pour faire un commerce quelconque, en sera mauvais marchand.
5° Dans le chapitre IV de son livre, Boothby loue la beauté
DES INDIGÈNES, LEUR FIGURE AGRÉABLE ET LEUR ÉLÉGANCE | IL DIT QUE lias ARMES SONT INOFFENSIVES ET Qu'lLS N'ONT PAS D'INDUSTRIE ET
sont malhabiles à travailler; il ajoute qu'll est très probable mc'il y a a Madagascar du sucre et des épices. Il fait un grand
ÎUMiZ DE CE PAYS, QU'lL COMPARE A LA TERRE DE ChANAAN. La
beauté des Malgaches n'est ni assez grande ni, j'ose le dire, assez attrayante pour nous faire oublier les Européens dont les visages sont si plaisants et nous pousser à aller habiter avec des gens qui sont noirs ou à peu près. La plupart sont certainement élancés, bien bâtis et agiles; ils arrangent leurs cheveux avec un certain art, les tressant comme nous tressons en Angleterre les crinières de nos chevaux, et ils s'oignent d'ordinaire la tête et le corps de graisse, de sorte qu'ils exhalent une odeur forte, qu'il est presque impossible de supporter.
Leurs armes consistent en lances et en javelots; quiconque, en Angleterre, verra ces armes, surtout sachant avec quelle
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dextérité ils les manient, pourra se rendre compte qu'elles sont très dangereuses et capables de faire beaucoup de mal. Parce que Boothby les a vus s'en servir pour transpercer des poissons dans la mer, il s'imagine sans doute qu'elles n'ont pas d'autre destination; mais comme j'ai, en compagnie de vingt-sept matelots, aidé un parti de Malgaches contre un autre et que j'ai pris part à leur combat, je sais avec quelle adresse ils utilisent leurs armes.
Boothby dit qu'il ne sait si les pots dans lesquels les indigènes font bouillir leur viande sont en cuivre ou en terre; j'estime, avec tous les braves gens, qu'on ne devrait point mentionner des choses sur lesquelles on a des doutes, quand on prétend faire un récit véridique et surtout quand on se targue de servir la religion et que, par ses descriptions, on veut encourager les gens à se hasarder dans de semblables entreprises. Pour moi, je n'hésite pas à éclaircir ses doutes, car je sais que les pots en question sont tous en terre et non point en métal, à moins qu'il ne s'agisse de vases que les indigènes ont dérobés aux Anglais ou aux autres Européens qui se sont arrêtés dans leurs ports pour s'y ravitailler. Boothby croit bon de parler de ces choses afin d'en imposer aux esprits légers qui se laissent facilement séduire; mais son coup de tam-tam ne donne pas un bon son. N'avoue-t-il pas que les indigènes pauvres se repaissent d'entrailles de bœufs dégoûtantes et qu'ils nagent autour des navires pour attraper les immondices qu'on jette par-dessus bord ; il n'en serait certainement pas ainsi, à mon avis, s'il s'agissait d'une « terre de Chanaan » .
Il affirme que les indigènes sont très paresseux et ne se servent que peu d'objets manufacturés. S'il n'avait parlé que des objets manufacturés, il serait excusable; mais le genre de travail dépend de la position sociale de l'individu, et celui qui
est obligé de travailler en fait toujours le moins possible. Les indigènes des classes inférieures sont employés soit à garder le bétail, soit à pagayer dans les pirogues, soit à voyager d'un lieu à on autre, ce qu'ils font en parcourant souvent des distances considérables en un laps de temps si court que la chose est à peine croyable. Chacun a l'emploi qui convient à ses aptitudes. Boothby se demande, avec raison, si les Malgaches mangent autre chose que de la viande et du poisson . En effet, on trouve bien à Madagascar du riz, des haricots ou pois chiches et du millet, mais seulement à certaines époques de Tannée et en très petite quantité; quant à d'autres céréales, je n'en ai pas vu et je crois que personne n'en a entendu parler. Quelques voyageurs cependant ont prétendu que la partie extrême Nord de l'Ile est plus riche sous ce rapport, et il n'est pas absolument invraisemblable qu'il en soit ainsi, mais, d'après ce que l'on dit, je crains que, même dans cette région, les récoltes ne soient pas assez abondantes pour couvrir les frais de transport et assurer des bénéfices.
Boothby parle de vignes qu'il aurait vues à l'état sauvage dans les environs de la baie d'Augustin [baie de Saint- Augustin] et, au dire de marins de son bord qui tiendraient ce renseignement des Portugais, on y rencontrerait du poivre et d'autres épices. Le fait lui a été confirmé par des personnes qui ont remonté pendant quelques jours une rivière navigable ; il aurait bien fait d'indiquer où se trouve cette rivière, car j'ai la certitude que personne ne l'a encore trouvée. Bien plus, la rivière si réputée de Priscilla [Parcel las ou de Parcel] \ qui est située à soixante-dix
i. Le Rio de Parcel [rivière des Écueils] est le Demoka, qui se jette en face du petit archipel des lies Stériles, environ par 18° 10' de latitude Sud, ftqui, par conséquent est à 600 kilomètres ou environ i08 lieues marines de l'embouchure de la rivière de Saint-Augustin. Peut-être Powle Waldegrave veut-il parler du Morondava (qui est à environ 66 lieues marines de
lieues au Nord de la baie Augustin [baie de Saint-Augustin], n'est pas navigable, car notre chaloupe chargée d'eau douce n'a pu en sortir qu'avec peine à marée haute. Quant aux vignes, au poivre et aux épices, je n'en ai jamais vu et n'en ai point entendu parler, et cependant nous avons mis tout le soin possible à faire des recherches à ce sujet.
Boothby termine ce chapitre par les paroles que Moïse a adressées aux enfants d'Israël au sujet de la Terre de Chanaan : C'est une terre bénie, une vraie terre de promission, où des vallées et des montagnes jaillissent de toutes parts des rivières et des sources, où poussent sans culture le blé et l'orge, les vignes, les figuiers et les orangers, qui produit en abondance des olives, de Vhuile et du miel, où vous mangerez à votre faim sans jamais manquer de rien, où les pierres sont du fer et où les montagnes contiennent de l'airain. Profane impie, qui répète les paroles d'un homme aussi saint que Moïse pour soutenir un mensonge! On pourrait l'excuser si à Madagascar il y avait quelques produits qui eussent pu l'abuser, mais il n'en est rien, et, puisqu'il n'y a rien qu'on y puisse utiliser pour nos vêtements ou pour notre nourriture, j'en conclus que cette lie est un Golgotha maudit plutôt qu'un Chanaan délicieux.
6° Dans le chapitre V, Boothby dit que les indigènes de Madagascar SONT DES IDOLATRES QUI ADORENT DlEU OU LE DIABLE, ET QU'lLS ONT UN GRAND PENCHANT POUR LE VOL ET LE PILLAGE', IL PARLE ENSUITE DU PROJET FORMÉ PAB LES ÉVÊQUES ANGLAIS DALLER SE RÉFUGIER À
Madagascar. — Les. indigènes sont bien des idolâtres, car ils n'adorent pas Dieu ou le diable, mais Dieu et le diable, n'honorant Dieu qu'en paroles, mais servant fidèlement et dévotement le diable. On en trouve la preuve dans la perfidie avec laquelle
Saint-Augustin) ou du Mania ou Tsiribihina (qui en est à environ 73 lieues marines).
ils ont cherché à nous assassiner, ainsi que dans leur habileté à Toler, qui est si grande qu'on peut difficilement conserver un objet, une fois qu'ils l'ont vu et qu'ils ont conçu le dessein de s en emparer. Ils sont si foncièrement pervers, que nos Evêques, s'ils avaient mis à exécution leur premier projet, ce que j'eusse souhaité, car ils nous eussent fourni des informations plus exactes que celles que nous donne Hamond dans son livre, auraient certainement échoué dans leur tentative de conversion, à cause de l'horreur qu'ont tous les Malgaches de la lecture et de l'écriture où ils voient de la diablerie et qu'ils considèrent comme l'œuvre de sorciers. Quand ils aperçoivent quelqu'un occupé à lire ou i écrire, ils poussent immédiatement les cris de Bon Dieu! Bon Diable! pour se mettre à l'abri des sortilèges.
7° Dans le chapitre VI, Boothby dit que les Anglais ne doivent PAS HÉSITER JL FONDER UNE COLONIE 1 MADAGASCAR À CAUSE DU »>N MARCHÉ DES VÊTEMENTS QU'ON PEUT TIRER DE l'InDE, À CAUSE DU PRIX MODIQUE DES RICHES ÉTOFFES À l' USAGE DES PERSONNES DE QUALITÉ, i CAUSE ENFIN DE L'ABONDANCE DES FRUITS, DES FLEURS, DES PLANTES UTILES ET DES ARBRES QUI DONNENT UNE LIQUEUR AUSSI AGRÉABLE QUE LE \1N SUCRÉ, AINSI QUE DES MVROBOLANS DE l'InDE DONT LES VERTUS
sost si remarquables. — Boothby invoque la gloire de Dieu et ensuite la nécessité de convertir les indigènes, comme arguments pour inciter les riches à coloniser Madagascar. Si l'on ne savait qu'il ne dit pas un mot de vérité, il pourrait séduire un saint. En effet : 1° il célèbre la salubrité de cette lie; 2° il la représente comme abondant en toutes sortes de productions; 3* il prétend qu'il y a des bœufs excellents pour le labour; 4° il avance qu'on peut tirer de l'Inde qui est toute voisine une foule d'objets.
Premièrement, si le pays était si salubre, ceux qui y ont
débarqué sains de corps n'auraient point été affligés de diarrhées et de fièvres ; or, beaucoup de personnes, à ma connaissance, ont été malades, à commencer par moi.
Deuxièmement, si le pays était fertile, les habitants n'y auraient pas été en proie à la famine et réduits pour se nourrir à manger des chiens et du cuir de bœuf.
Troisièmement, en ce qui concerne les bœufs propres au labour, ces animaux y sont aussi sauvages que des bêtes fauves, ne souffrant pas que quelqu'un les approche, sauf les noirs [Malgaches]. Il serait aussi facile de labourer avec des cerfs ou, suivant un vieux proverbe, avec des chiens qu'avec les bœufs de Madagascar.
Quatrièmement, on peut certainement tirer de l'Inde les vêtements et les objets nécessaires, mais il vaut mieux s'y rendre directement et les y acheter, plutôt que de s'arrêter à Madagascar et de les envoyer chercher. En outre, ces marchandises coûteront un peu plus que des cornalines ou d'autres articles du même genre.
Après avoir dit qu'on peut se procurer à Madagascar toutes sortes de plantes, de fruits, de racines et de fleurs, Boot h Inexpliqué qu'il faudra d'abord apporter ces végétaux et en essayer la culture dans un sol sur lequel il ne possède point d'information. Quanta la liqueur qu'il vante comme aussi bonne, sinon meilleure que le vin sucré, il n'en est rien, si l'on en croit ceux qui ont habité l'Inde et qui trouvent qu'elle est malsaine et indigeste et qu'elle engendre l'hydropisie lorsqu'on en boit fréquemment.
Quant aux bananes et aux myrobolans, ce sont des fruits qui ont plutôt la propriété d'exciter à boire que d'être réellement utiles. Dans toute l'Inde, on trouve à un prix insignifiant des myrobolans de diverses sortes, qui, ici, en Angle-
terre, se vendent ordinairement de 12 a 16 pence [1 fr. 25 à i fr. 60] la livre. Il y a une espèce que Boothby dit valoir 1 000 livres sterling [25 000 fr.] et qu'il vante comme un présent royal ; cette assertion est absolument ridicule et ne mérite aucune créance ; il dit, en effet, que quatre espèces sont abondantes et, moi, je sais que la cinquième, la grande espèce, est aussi commune que les autres. Ayant été quelque temps droguiste, j'ai une certaine connaissance de ces fruits.
8*Dass le chapitre VII, Boothby vante le bon marché des vivres i Madagascar, où, dit-il, il existe des dindons, et il ajoute que l'établissement de laiteries v donnerait de grands bénéfices. Il prjlcomse aussi la salaison de la viande de bœuf et la fabrication \>i la bière. — Au lieu de continuer son récit, Boothby parle du mouton de Perse qui a une belle fourrure et qui est, dit-il, un mimai remarquable, supérieur à ceux de l'Inde, et il conseille d'en introduire dans l'île de Madagascar pour en faire l'élevage, de manière qu'on puisse en apporter les peaux en Angleterre. Je oe conteste pas la possibilité d'importer à Madagascar les moutons de Perse, mais je crois que la qualité supérieure de la peau de ces animaux réside non pas tant dans la fourrure ellemême que dans l'art avec lequel elle est travaillée. Cependant, supposons qu'il en soit comme le dit Boothby, lorsque ces moutons arriveront à Saint-Laurent, il faudra les nourrir; or, j'ai la conviction qu'ils n'y trouveront qu'une nourriture très maigre, quelques arbrisseaux et quelques broussailles, et que les colons ne tarderont pas à regretter leur tentative.
Quant aux bœufs de Madagascar, ils coûtent certes très bon marché. Boothby assure que, dans l'Inde, on peut les vendre 20 livres sterling [500 fr.] par tête. Or, on a constaté pendant ces dernières années que les bœufs malgaches ne peuvent pas vivre dans l'Inde, où ils ne trouvent pas les plantes dont ils se
nourrissent à Madagascar et qui diffèrent de l'herbe ordinaire.
Boothby dit que le suif et les peaux sont une bonne marchandise pour les colons et qu'elle ne leur coûtera rien; mais, si Ton considère le prix du transport pour une distance aussi longue, il y a beaucoup de chances pour que les bénéfices soient à peu près nuls.
Le projet de porter dans l'Inde le beurre que l'on fabriquerait à Madagascar est en réalité puéril. On fait du beurre dans l'Inde, où il est à un bon marché extraordinaire, et on en exporte de grandes quantités en Perse et dans d'autres pays. Du reste, j'ai la conviction que, quand même il serait dans l'Inde hors de prix et au contraire à aussi bon marché à Madagascar que les peaux et le suif qui, dit Boothby, n'y coûtent rien, les Indiens qui ne veulent pas manger ni boire avec nous ou après nous, n'achèteront jamais du beurre fabriqué par des Européens. Si Boothby avait fait un second voyage aux Indes, ce dont, dit-il, il a été empêché par la méchanceté d' autrui, dévoilant ainsi sa pensée secrète, il aurait étudié les moyens d'établir une laiterie et une brasserie à Madagascar. Ce sont en réalité des projets impraticables et qui ne donneraient aucun avantage.
9° Dans le chapitre VIII, Boothby préconise de saler à Madagascar DE LA VIANDE DE BŒUF POUR l/APPROVISIONNEMENT DES NAVIRES, ET IL DONNE LES MOYENS d'y FABRIQUER DU SALPÊTRE i MEILLEUR MARCHÉ
qu'aux Indes ; il ajoute qu'il y a d excellents matériaux de construction ET QUE LES OUVRIERS PEUVENT Y VIVRE DE LEUR TRAVAIL MIEUX QU'EN AUCUNE AUTRE PARTIE DU MONDE, ET IL ASSURE QUE LE COMMERCE D'IMPORTATION ET D'EXPORTATION Y DONNERA DE PLUS BEAUX PROFITS
qu'en tout autre pays. — La viande des bœufs de Madagascar, même salée, je puis l'attester en connaissance de cause, ne se conserve pas longtemps et, par conséquent, ne pourra jamais
avoir une grande valeur pour le ravitaillement des navires. Un mois après avoir été salée, elle devient sèche et sans saveur et souvent elle a un goût d'ail.
Prévoyant qu'on lui objecterait, à propos de son projet de laiterie et de brasserie, que la fabrication du fromage et de la bière ne serait pas rémunératrice à Madagascar à cause du prix élevé du salpêtre, Boothby dit qu'on pourra faire venir ce sel de Tlnde, où on l'a à très bon marché, et il ajoute qu'on pourrait même diminuer les frais en tirant presque sans dépenses de grandes quantités de salpêtre de la terre salée qui existe au voisinage de la baie Augustin [baie de Saint- Augustin] ; or, il ne faut pas oublier qu'on ne peut pas tirer de salpêtre d'une terre qui a été inondée par l'eau de mer, comme c'est le cas dans cette plaine de la baie Augustin que je connais fort bien.
Quant au beau torrent dont parle Boothby, c'est un tout petit ruisseau qui sourd du bas d'une colline et va se jeter de suite à la mer; il n'y a pas d'autre source dans le voisinage. La mer bat quelquefois les rochers de la côte jusqu'à une hauteur de trois ou quatre brasses; aussi je ne crois pas qu'il soit possible de poser en cet endroit des tuyaux pour canaliser cette eau douce.
En ce qui concerne le bois de charpente, nous avons déjà dit qu'il était rien moins qu'abondant.
Boothby veut faire croire que des colons habiles y découvriraient bientôt des mines d'or, d'argent, de cuivre, de plomb, de fer, d'étain et d'autres minéraux, ainsi que nombre de drogues médicinales. Il est fort étrange qu'ayant séjourné si longtemps dans ce pays avec des hommes aptes à découvrir toutes ces richesses, nous n'en ayons jamais pu trouver la moindre trace, et cependant Boothby prétend que ces objets précieux abondent.
Quant aux ouvriers qui doivent vivre du travail de leurs mains, je sais -que le climat de Madagascar ne permet pas aux m. *6
Européens d'y travailler sous peine de mort. La chaleur y est si grande et si débilitante que, à moins de soins continuels, on perd ses forces et on meurt rapidement. Boothby s'imagine cependant que Ton rendrait service à notre pays en le débarrassant des vagabonds et en envoyant tous les parasites à Madagascar1. Voilà ce qui s'appelle bien parler, car, si tous les honnêtes gens connaissaient cette lie aussi bien que moi, personne autre que des vagabonds n'irait la coloniser. Je ne veux rien dire qui puisse nuire à la réputation des dignes personnages qui ont actuellement le projet de coloniser Madagascar, car ce sont des hommes que j'honore et pour quelques-uns desquels j'ai de la reconnaissance à cause de la bienveillance qu'ils m'ont témoignée en maintes circonstances, mais je leur conseille de ne pas se fier outre mesure à des informations qui les entraîneraient dans des entreprises sans profit pour eux-mêmes et pour leur pays.
Boothby parle des gains extraordinaires à tirer du commerce de Madagascar avec les Indes, la Perse, l'Arabie, la Chine, Atchin [dans Sumatra], Mocho [Moka], Bagdad et Babylone, ainsi qu'avec les pays d'Europe. S'il peut me prouver qu'il y a dans cette lie des produits et des richesses existant ailleurs que dans son imagination et dans la tête pleine de chimères de deux ou trois auteurs de projets vains et ridicules, je me rangerai volontiers à son opinion; mais je garderai la mienne jusqu'à ce qu'il m'ait fourni des preuves convaincantes. En effet, dans ces derniers temps, les seules personnes qui ont publié des relations sur Madagascar sont celles qui n'ont pas l'intention d'y
1. Il y avait en France des gens qui avaient la même idée. Guy Patin écrivait à Falconet le 9 juin 1665 (Lettre DXL) : « On cherche ici des gueux et des misérables, tant hommes que femmes pour les envoyer à Madagascar afin de travailler et d'y peupler le pays. Cela déchargera un peu la France de tant de gens oiseux qui y abondent ».
tenter elles-mêmes la moindre entreprise, mais qui incitent les autres à partir sans se préoccuper si elles les envoient à la ruine. Boothby termine ce chapitre en calomniant indignement ses honorables patrons, qui, dit-il, négligent leur propre intérêt et l'intérêt commun par pure méchanceté. Peut-il y avoir un homme assez bête pour croire que, s'il y avait jamais eu le moindre espoir de gain, des gens aussi avisés et aussi bons commerçants auraient volontairement négligé de s'assurer ces gains dans le seul but de nuire à la communauté. Je crois plutôt que les invectives de Fauteur à l'égard de ses patrons proviennent de leur juste sévérité envers lui, qui aura mal exécuté quelque mission de confiance. Si tel est le cas, la Compagnie des Indes ne mérite pas plus un blâme qu'un maître qui a justement châtié un serviteur désobéissant.
10* Dans le chapitre IX, Boothby dit que, si on laisse aux colons
de Madagascar la liberté du commerce, les richesses qu'on tire aujourd'hui du trafic de l'Inde pourront leur revenir, ainsi que
LE GAIN QUE PROCURE LE COMMERCE DE l'In'DE AVEC LA PERSE ET VICE- VERSA ; IL AJOUTE QU'IL SE FAIT UN RICHE COMMERCE DE PERLES ET DE HUMANTS ENTRE LA PERSE ET L'INDE ET QUE LA VALEUR DU PRÉSENT DE 500 LIVRES STERLING [12500 FR.] QUE LUI A FAIT PoDOMSEE n'eST PAS O IMPARABLE AU BÉNÉFICE QUE CELUI-CI A RÉALISÉ SUR LE TRANSPORT ET
l'entrée gratuite de ses marchandises. — Boothby a déjà affirmé et il affirme de nouveau qu'aucun trafic n'égale celui qu'on fait dans Tlnde, ce qui est tout â l'honneur des dignes personnes qui l'ont fondé jadis à si grands frais et avec tant de risques, et il s'efforce de prouver que, si l'on organisait à Madagascar un commerce libre, tout le bénéfice de ce trafic reviendrait aux colons de cette île, parce que, suivant son système, les jonques de l'Inde et des autres pays d'Orient viendraient de préférence trafiquer avec ces colons. En effet, si ceux-ci avaient quelques
produits et denrées à leur donner en retour, ses prévisions pourraient se réaliser, mais je suis persuadé qu'ils n'auraient rien qui convînt à l'Inde, et, si les marchandises, transportées de Surate à Gombroun [Bender-Abbas en Perse], donnent les bénéfices que Boothby énumère1, les négociants seront plus disposés à envoyer là-bas leurs navires, qui y trouveront un meilleur emploi et de plus grands profits qu'à Madagascar. Dans cette lie, même en supposant que les colons y soient riches et que les marchandises de l'Inde puissent y être écoulées à des prix rémunérateurs, l'ennui d'une longue traversée, l'ignorance où l'on est des règles de la navigation à observer dans ces parages et le chiffre minime ou même nul des bénéfices définitifs, mettront promptement un terme à ce trafic. Si donc Boothby n'a pas de meilleurs arguments à fournir à l'appui de sa thèse, tout le monde le jugera comme n'étant pas ce qu'il prétend être, c'est-à-dire un vrai et bon commerçant; on le considérera plutôt comme un rêveur formant des projets en l'air et ayant l'esprit encore plus décrépit que sa personne.
Le courtier Podomsee a fait à Boothby un présent de 500 livres sterling [12 500 fr.]; je ne puis que m'étonner qu'il ait l'audace de mentionner un fait semblable, car, d'après ce qu'il dit lui-même, ce cadeau lui a été fait pour le corrompre, afin d'obtenir, au détriment de la Compagnie, qu'il ne lui fit point payer le prix du transport ni, si c'était après la prise d'Ormouz, les droits de douane sur des marchandises valant une dizaine de millions. S'il avait été honnête, Boothby aurait certainement mieux servi ses maîtres en ne préférant pas ses propres intérêts aux leurs qu'il a complètement négligés. Je crois vraiment que, si on l'avait mis en demeure de fournir des