‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 41 sur 102 · SUR LA CÔTE OUEST DE MADAGASCAR · texte numérisé non relu

SUR LA CÔTE OUEST DE MADAGASCAR

PAR CH. WILDE en 1650».

Parti de Blackwall le 4 février 1650% le « Bonito » mouille successivement i Gravesend, puis à Hope en compagnie de trois autres navires aussi à destination des Indes Orientales, puis aux Downs de concert avec le capitaine Brookehaven; enfin, le 28 février, nous avons le cap Lizard à 6 lieues dans l'Ouest; c'est de ce cap que nous avons compté nos longitudes. Le 9 mars au matin, nous avons la vue de Porto Santo et le soir de Madère; le 17, nous passons auprès de File Bonavista et, le 18, nous jetons l'ancre devant File de May, où nous nous procurons du poisson et des chèvres, qui y sont en abondance. Les 25 et 26 avril, étant par 32° 1/2 de lat. S., nous apercevons des oiseaux Pantado [Damiers] et perdons de vue le navire du capitaine Brookehaven, la « Lyonness » ; dans les parages du Cap, la mer est démontée et nous y subissons plusieurs fortes tempêtes. Le 8 mai, nous sommes par 32° 19' lat. S. Le 12, nous retrouvons le capitaine Brookehaven. Le 16, nous apercevons la terre d'Afrique entre le Cap Falso et le Cap des Aiguilles. A partir du 28 mai, nous faisons route vers le Nord

Le 8 juin, à 6 heures du matin, grâce à Dieu, nous avons la vue de l'ile Saint-Laurent [Madagascar], étant par 24° 40' lat.

1. Ce journal de route, qui a été tenu jour par jour par Ch. Wilde qui conduisait à Assada ou Nosy Bé des colons désireux de se joindre au colonel Hunt pour coloniser Madagascar (voir plus haut, pp. 259-266), contient surtout des renseignements nautiques qui ne présentent aucun intérêt et que nous avons laissés de côté, nous contentant de traduire surtout ce qui a trait à Madagascar et à la malheureuse tentative de colonisation du colonel Hunt et de ses compagnons.

2. Sur les cinq premiers feuillets, il est mis 1649, puis sur tous les autres 1650. Il y a évidemment là une erreur de copie.

S. et 47° 16' long. Est du Cap Lizard; la côte est basse, sans une colline au Sud de la baie Augustin [de Saint-Augustin], et, au Nord, elle n'est pas très haute. Nous avons longé la terre à une distance de 3 à 6 milles; il y a des falaises qui ressemblent à de petits bateaux sous voiles. Le 9, n'ayant fait en vingt-quatre heures qu'une dizaine de milles à cause de vents contraires qui soufflaient du Nord, nous voyons des falaises de calcaire blanc, et, pendant la nuit, nous mouillons, étant par estime à 4 lieues des lies de la baie de Saint- Augustin. Le 11, étante 1 mille des îles de sable de Saint-Augustin [Nosy Yé], nous jetons la sonde et trouvons par 16 brasses un sol de roches et nous entrons dans la baie où nous mouillons par 10 brasses 1 /2 dans de la vase, ayant l'embouchure de la rivière à l'E. 1/2 N. et, au N. N. E. i/i E., le Westminster Hall qui est une montagne très remarquable par son sommet tabulaire comme il y en a peu. Ci-jointes la carte de cette baie (p. 268 bis) et la vue de l'entrée (n° 1, p. 268 ter). Quand on y veut relâcher, il faut prendre vue de la terre vers 24° 1/2 ou plutôt vers 25° de lat., car, à cause des vents qui sont du Sud, si Ton dépasse la baie, on peut courir des bordées pendant longtemps avant d'y arriver, comme je l'ai expérimenté dans deux voyages précédents.

Nous quittons la baie de Saint-Augustin le 16 juin et, le 24, par 14° 51' lat. S. et 3° 29' long. E. de la baie de Saint- Augustin, nous trouvons à environ 50 lieues à l'Est du cap Saint-André, la grande entrée de la baie de Manongara [Mananara (baie de Bombétoke)], qui se présente comme le montre la vue n° 2, p. 268 ter, le bord Ouest ressemblant beaucoup à l'île de Wight avec des falaises blanches comme celles de Calais et de Dovor [Dover (Douvre)] et le bord Est étant très élevé avec de hautes dunes. Nous mouillons sur la côte par 13 brasses, sur un fond de vase.

Collection des Ouvrages anciens concernant Madagascar, t. III, p. 268 *«

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Ch. Wilde (MS. dessin VII, f° 9.)

Plan de la Baie de St- Augustin.

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Le 25, nous côtoyons la terre à 3 milles ou 3 milles et demi, et voyons Pedro Island [Nosy lava] à l'entrée de la baie de Narendry; nous mouillons la nuit par 19 brasses non loin de Yerde Island [Nosy Beroja ou Saba] et du cap Rogon [cap Ankirakanga] (voir la carte de la côte Nord-Ouest ci-jointe, p. 268 bis).

Le 26, nous apercevons dans les terres trois montagnes à doubles sommets ou mamelles [Marotaolana], qui sont très remarquables lorsqu'elles ne sont pas enveloppées parle brouillard (voir le croquis n° 3, p. 268 ter). Nous arrivons auprès de Bonito Island [Nosy Valiha], où il y a un bon mouillage, mais dont la pointé Nord se prolonge dans la mer par un banc de rochers; il y a sur sa côte Nord une belle rade; elle est habitée, car nous avons vu qu'on y brûlait l'herbe sèche en plusieurs endroits de la côte Est; elle à près de 12 milles de long. Puis viennent Camell Island [Nosy Antanimora] et Long taile Island [Nosy Berafia ou Ovy], que j'ai nommée ainsi à cause d'un long récif qui lui forme comme une queue dans le Sud. Nous avons jeté l'ancre à dix heures du soir par des fonds variant de 17 à 28 brasses.

Le 27, nous mettons à la voile à six heures du matin et passons auprès d'une terre (Quoine Land) couverte de brousse et d'une île (Quoine où Quine Island) [Nosy Kalakajoro] qui est à 3 milles de terre. Par le travers des grandes montagnes à mamelles [Marotaolana], nous apercevons une coupée ou grande ouverture rappelant celle de Dartmouth en Angleterre, que je crois être une rade excellente et qui parait être l'embouchure d'une belle rivière [le Manongarivo] ; au Nord, il y a une haute montagne [Ambohimirahavavy ou les Deux Sœurs | et, à l'Est, une montagne-selle [Antoanina] avec huit ou neuf pitons, au lieu de deux comme il a été dit plus haut. Nous nous retrouvons avec le capitaine Brookehaven qui avait passé

en dedans de Long taile Island [Nosy Berafia] pour aller à la découverte de Maringando [Manongarivo, dans la baie de Radama]. Nous passons à 1 1/2 mille de Sandie Island [Nosy Iranja] et voyons trois petits Ilots rocheux, dont deux [Antsoha et Ankazoberavina] sont boisés, et dont le troisième [Kivinjy] a la forme d'une meule de foin et est vert, quoique n'ayant ni arbres, ni arbrisseaux; il n'y a pas un mille entre la côte et le plus Est de ces îlots. Nous mouillons vers minuit dans le chenal entre le . rocher conique et les autres flots, par une douzaine de brasses (voir le croquis n# 4, p. 268 ter). Le 28, nous mettons à la voile à six heures du matin, puis nous mouillons i 4 lieues de File d'Assada [Nosy BéJ, sa pointe Nord étant au N.-N.-E. et sa pointe Sud à l'Est-l/4-Sud-Est. Repartis dans l'après-midi, nous nous sommes dirigés vers cette tle, où nous avons aperçu, en en approchant, beaucoup de baies profondes et une rivière venant de l'intérieur. Ayant longé pendant la nuit la côte Ouest, au lever du jour, nous vtmes un petit bateau allant de la terre ferme à Assada [Nosy Bé] ; nous pensâmes qu'il appartenait aux colons d'Assada [du colonel Hunt] et nous tirâmes un coup de canon; ils nous répondirent de même. Le capitaine Brookehaven vint â notre bord avec le major Hartly et MM. Bridgeman et Fairefax qui nous apprirent que le colonel Hunt était mort ainsi que la plupart de ses hommes à Goats Island ou l'Ile des Chèvres; cinq jours avant l'arrivée de la « Lyonness », le roi du pays avait traîtreusement massacré le colonel, le commissaire et neuf matelots ou colons qu'il avait fait venir à la côte sous le prétexte de leur vendre de gros morceaux d'ambre gris.

Le 30, le capitaine Brookehaven jugea à propos de faire mouiller son navire la « Lyonness » à côté du nôtre, le « Bonito ».

Le 1er juillet, le capitaine Brookehaven et le major descen-

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dirent à terre avec quelques hommes pour voir le pays et se rendre compte s'il y avait quelque endroit favorable où leurs passagers pourraient s'établir. Quant i moi, j'allai dans la baie où avaient d'abord mouillé le capitaine Brookehaven et le bateau marchand d'Assada afin de nous assurer si M. Gosuell avait exploré la baie de Maringando [Manongarivo] avec la pinasse de la < Lyonness ». Ce jour-là, on tint à bord de la « Lyonness » un conseil auquel prirent part tous les principaux personnages des trois navires; après discussion sur ce qu'il y avait de mieux à faire et où il fallait s'établir, ils convinrent qu'il était opportun de laisser les colons à la pointe Sud de l'Ile avec des provisions pour six mois en attendant qu'on ait pris des avis à Surate. Donc, nous levâmes l'ancre ce jour même et nous nous transportâmes à la pointe extrême Sud de l'Ile, où, au pied d'une haute montagne, il y a un village, mais où, de l'avis des gens de bon sens, la baie n'est pas aussi bonne que celle d'où nous venions, dont elle est distante d'environ trois lieues dans l'Ouest.

Le 4 juillet, tous les colons descendirent à terre et les charpentiers fortifièrent la place et préparèrent un mouillage sur pour la petite pinasse.

Le 5, nous fîmes de l'eau, remplissant nos barriques à plusieurs petits cours d'eau venant des montagnes.

Le 6, notre capitaine fit porter à bord de grandes poutres et divers autres objets, tels que charrues, un millier de livres de charbon, provenant du moulin à sucre, etc., ainsi que des pierres pour lest.

Le 7, après la prière du soir, car c'était le Jour du Seigneur, nous allâmes souper à bord du navire du capitaine Brookehaven et on délivra au major Hartly une commission comme gouverneur d'Assada, en remplacement de feu le colonel Hunt,

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puis on décida qu'on partirait le 9 pour aller déposer à l'Ile d'Anjouan des lettres à l'adresse des capitaines de navires anglais qui y relâcheraient, afin de les prévenir de ce qu'on venait de faire; quant à la « Lyonness », après avoir débarqué ce qu'elle avait à son bord pour la colonie, elle devait se rendre en toute hâte au fort Saint-Georges, à Madras.

Le 8, étant tout prêts à mettre à la voile, nous sommes allés à bord du bateau marchand d'Assada où il ne restait plus que deux matelots du nom de Thompson et le chirurgien M. Clinch, tous les autres onze Anglais ayant été, comme il a été dit, tués traîtreusement par le roi du pays.

Le 9, nous avons mis à la voile et nous nous sommes rendus de l'Ile Noosa ou Assada [Nosy Bé] à l'île d'Anjouan où nous sommes arrivés sains et saufs, ayant le désir de ne plus jamais revoir Assada [Nosy Bé]. Vers midi, nous sommes passés en vue du rocher qui a la forme d'une meule de foin, à 5 lieues S.-S.-O. de la rade d'Antafia.

Le 18 au matin, après avoir subi de grands calmes, nous apercevons enfin à environ 9 lieues l'île de Mayotte, et, le soir, nous avons vu l'Ile d'Anjouan; mais, à cause des courants, nous n'y avons jeté l'ancre que le 20. Nous y avons chargé un bateau d'eau et un bateau de pierres et nous en sommes repartis le 24.

Le « Bonito » est allé successivement à Madras, à Gambroun [en Perse] (en 1651), puis à Madras, à Metchlapatam [Masulipatam], à Madras, à Bantam où il fut condamné comme incapable de retourner en Angleterre, et Wilde ainsi que les autres personnes, qui étaient à son bord et sa cargaison revinrent en Europe à bord de YAnn; ils partirent de Bantam le 26 juillet 1652.

Collection des Ouvrages anciens concernant Madagascar, t. 111, p. *72

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Ch. Wilde (MS. dessin XVIII, i* 16).

Ile cTAnjouan.

JOURNAL DE ROUTE DU « BON1TO », D'ANGLETERRE À L'ILE D'ASSADA [NOSY BÉ]

ANNÉE 1650 DATB

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