‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 44 sur 102 · LETTRES DE J. VAN DER WOUTBEECK ET DE M. DE JONGH · texte numérisé non relu

LETTRES DE J. VAN DER WOUTBEECK ET DE M. DE JONGH

SUR LE COMMERCE DES HOLLANDAIS AVEC MADAGASCAR, en 1053.

« Il est certainement difficile de détacher de la flotte hollandaise stationnée dans les eaux de Batavia un navire convenable pour aller visiter la baie d'Antongil à Madagascar, et cependant il serait très profitable à la Compagnie non seulement d aller voir ce qu'y font les Français, mais aussi d y porter une masse de vieilles étoffes qui encombrent nos comptoirs de l'Extrême-Orient et qu'on troquerait à Madagascar contre du riz et d'autres produits qui y sont à bon marché. On pourrait

aussi y prendre du bois d'ébène. Quant aux esclaves qu'on se procurerait à Madagascar, ils ne seraient nulle part plus utiles

qu'au Cap de Bonne-Espérance dont le climat ressemble beaucoup à celui de cette lie » (Lettres des sous-marchands Joost van der Woutbeeck et Maximiliaerï de Jongh, datées de Maurice du 25 juin 1653, Dagh-Regi&ter gehouden int Casteel Batavia, . 1653, pp. 89-90).

PREMIER VOYAGE DE FRÉDÉRIC VERBURG DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE À ANTONGIL, ex 185 4*.

Le conseil de gouvernement du Cap de Bonne-Espérance2, ayant constaté en juin 1654 que la provision de vivres diminuait d'une façon inquiétante, décida d'envoyer la galiote Tulp chercher du riz à Madagascar. Le commandement de

1. C'est à l'obligeance de M. Henri Déhérain que nous devons la connaissance et la traduction de cet intéressant document et du suivant.

2. La Compagnie hollandaise des Indes orientales occupait le Cap depuis le 6 avril 1652.

cette expédition fut confié à Frédéric Verburg, sous-marchand1 et second du gouvernement du Gap.

La Tulp appareilla le 3 juillet 1654 et revint au Cap le 12 décembre. A son retour, Frédéric Yerburg fit à Johan Van Riebeeck, commandant du Gap, une relation de son voyage, que celui-ci consigna en ces termes dans son Journal :

« Les Hollandais ont été bien traités dans la baie d'Antongil par le roi et par son peuple ; ils se sont procuré facilement des provisions et ont acheté trois tonnes de bon paddy [riz en paille] et deux tonnes de riz blanc, quoi qu'ils soient arrivés dans la mauvaise saison et que les réserves fussent en conséquence peu abondantes, Yerburg et plusieurs de ses compagnons ont été pendant un mois les hôtes du roi, qui les a logés dans des huttes séparées. Ils se sont quittés bons amis et les Hollandais lui ont promis de revenir avec un assortiment de marchandises; le roi de son côté doit préparer un convoi d'esclaves et une cargaison de riz. Il aurait désiré que quelques Hollandais restassent auprès de lui, car, lorsque Yerburg arriva, il était empoisonné et en danger de mort; soigné par le barbier de la Tulp, avec l'aide de Dieu, il guérit, de sorte qu'il en eut une grande reconnaissance et donna aux Hollandais la permission de faire dans son pays ce qu'ils voudraient.

« Ce roi a manifesté un grand chagrin en apprenant la mort du commandant Yan der Stel2 qui était venu autrefois et pour lequel il avait une grande affection.

« Si la Compagnie le désire, on pourrait établir un bon poste dans cette baie d'Antongil. Les Français, qui sont environ deux cents à Sainte-Luce, sont occupés à ramasser des peaux de bœuf.

1. Grade dans la hiérarchie des fonctionnaires de la Compagnie des Indes orientales.

2. Adriaan Van der Stel, commandant de l'île Maurice de 1639 à 1644.

Ils ont envoyé un de leurs petits bateaux, ainsi qu'une de ces embarcations appelées « barka longo », acheter du riz pour leur fort de Sainte-Luce dans l'Ouest de l'Ile de Sainte-Marie et à la baie d'Antongil. Poussés par la faim, ils ont fait la guerre aux indigènes et ont pris beaucoup de bétail pour vivre.

c II y avait cinq ans qu'ils n'avaient pas eu de bateau pour envoyer chercher des provisions à Antongil, de sorte que les habitants de cette baie n'ont plus confiance en eux.

« Notre Compagnie a donc l'occasion de prendre à Madagascar des dispositions qui lui assureront tout le riz que produit cette lie, et de plonger ainsi les Français dans l'embarras. Dès lors, ils s'en iront, vu qu'ils n'y restent que pour y ramasser des peaux et pour que leurs pirates de la mer Rouge aient une escale où se ravitailler. »

A ce récit de Verburg, Van Riebeeck ajoute : . « L'an dernier, le capitaine français qui a séjourné dans la baie de Saldanha1 nous a dit que les maîtres de la colonie de Madagascar étaient le cardinal Mazarin et Monsieur de Luynne [Louis-Charles, duc de Luynes], trésorier du roi, mais que, en raison des minces profits qu'ils en avaient tirés, ils avaient tout abandonné à un certain maréchal Miljerie [le maréchal duc de la Meilleraie]. Leur nombre en conséquence est tombé de 400 à 200 et, si nous pouvons leur couper le commerce du riz et diminuer le butin de leurs pirates, ils abandonneront la place.

Nous serons alors débarrassés de cette nation à l'Est du Cap, ce qui ne sera pas pour déplaire à la Compagnie » (Précis of the Archives of the Cape of Good Hope : Riebeeck' s Journal, by H. C. V. Leibbrandt, 3 vol. in-8°, Capetown, 1897, t. I, pp. 206-207).

1. En 1653 un navire français avait passé plusieurs mois à recueillir des' peaux de phoque dans la baie de Saldanha.

SECOND V.OYAGE DE FRÉDÉRIC VERBURG DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE A ANTONGIL, en 1655-1657*.

A la baie d'Antongil 4, nous avons acheté environ dix tonnes de riz; puis nous sommes allés à la baie de Kite [Lokantsantsa ou Loky, sur la côte occidentale de l'île Sainte-Marie?], où nous en avons encore obtenu une grande quantité; nous aurions même pu compléter notre cargaison en ce lieu, si le roi de Colamboela [Ghalemboule ou plutôt Analambolo, c'est-à-dire Fénerive] ne nous avait aimablement invités à venir le voir. Verburg ne voulut pas laisser échapper cette occasion de lier amitié avec ce roi; aussi, le 23 novembre [1655], nous dirigeàmes-nous sur Colamboela [Ghalemboule ou Fénerive], où notre galiote compléta son chargement.

Les rois d'Antongil et des autres lieux nous ont témoigné de l'amitié, mais ils ne veulent pas entendre parler des Français, parce que ceux-ci leur volent tout ce qui leur tombe sous la main.

Pendant la nuit du 2 décembre [1655], la Tulp, assaillie par un violent ouragan, chassa sur ses ancres et fut emportée en pleine mer. Le vent soufflant de plus en plus fort, nous dûmes couper le grand mât et nous fûmes ballottés au. gré des flots jusqu'au moment où nous fûmes jetés à la côte à Colamboela

. 1. Le commandant du Cap, Jphan Van Riebeeck, envoya une seconde fois, en 1655,. Frédéric Verburg à Madagascar, avec mission d'y acheter diverses denrées, telles que riz, haricots, cire, ivoire et peaux, d'en ramener des esclaves et d'y faire le plus grand nombre possible d'observations géographiques et nautiques. Frédéric Verburg partit sur la galiote la Tulp, le 14 août 1655. Pendant dix-huit mois, on n'entendit plus parler de cette expédition; enfin, le 31 mars 1657, arriva au Cap le vaisseau français le Maréchal, venant de Madagascar et ayant à bord quatre marins de l'équipage de la Tulp% qui firent à Johan van Riebeeck un récit de leurs aventures. C'est ce récit que J. Van Riebeeck a consigné dans son Journal, que nous reproduisons ci-dessus.

2. Dans le Journal de J. Van Riebeeck, cette partie du récit est par erreur rejetée à la fin.

[Ghalemboule ou Fénerive], où le navire et la cargaison furent perdus. Le lendemain, nous avons sauvé quelques marchandises. Nous sommes restés de sept à huit jours près de ré pave. Un chef et quelques noirs [Malgaches] vinrent nous voir et transportèrent ces marchandises dans un petit village, où ils nous donnèrent asile pendant près d'un mois.

Le roi de l'île Sainte-Marie, ayant entendu dire que quelques Hollandais avaient fait naufrage sur la côte en face, vint avec quatre canots et ramena à Sainte-Marie le pilote et quelques hommes. Verburg et les autres restèrent quatre jours sur un tlot voisin, dont le chef les transporta aussi à Sainte-Marie; ils y furent bien reçus par le roi. Verburg lui acheta quatre maisons dans l'un de ses villages; malheureusement une épidémie s'étant déclarée parmi nous, treize de nos compagnons périrent en peu de jours, entre autres Frédéric Verburg, le pilote Gornelis Janssen Holsteyn et le teneur de livres Cornelis van Heyningen.

En ce pays, la saison mauvaise dure de février à juillet; pendant ces mois, les coups de tonnerre, les éclairs, le vent et la pluie furent si violents que le ciel et la terre semblaient prêts à s'abîmer.

Le 19 mai [1656], trois vaisseaux français arrivèrent sur rade, le Duchesse, Y Armand et le Maréchal; nous apprîmes qu'un quatrième, le Saint-Georges, s'était rendu au fort français de Tolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin] *. Le Maréchal alla croiser dans la mer Rouge, où il captura un petit bateau

1. Ces quatre vaisseaux : la Duchesse, capitaine La Roche-Saint-André) qui était le vaisseau amiral, le Maréchal, capitaine Colon, Y Armand, capitaine Richmond, et le Saint-Georges, capitaine Labriants, avaient été envoyés à Madagascar par le maréchal duc de la Meilleraye, gouverneur de Nantes. Ils avaient relâché dans la baie de la Table [au Cap de Bonne- Espérance] du 24 mars au 2 avril 1656. Voir Archives coloniales, Correspondance générale, Madagascar, carton 1, pièce 2, et Flacourt {Hist. de Madagascar).

turc, chargé d'ambre, etc., et revint le 4 décembre à Sainte- Marie, où il trouva les deux autres vaisseaux * dans le plus triste état. Le 14 janvier 1657, la Duchesse emmena à Tolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin] les dix survivants de notre malheureux équipage et nos marchandises, abandonnant les deux autres vaisseaux, qui étaient incapables de tenir la mer et qu'on mit à la côte. Le Maréchal resta pour recueillir leurs épaves.

Après avoir navigué deux semaines, nous sommes arrivés à Tolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin], dont le fort, entouré de palissades, est armé de huit ou dix petites pièces de canon et occupé par une centaine d'hommes. Le Maréchal arriva deux semaines après nous avec l'artillerie et les débris des deux navires abandonnés.

Vers la On de février [1657], le Maréchal partit pour le Cap de Bonne-Espérance avec quatre d'entre nous, les six autres restant pour garder nos affaires, car l'amiral français* ne voulut pas nous emmener tous, parce qu'il avait tant de monde à bord qu'il avait même dû laisser quelques-uns de ses hommes à Madagascar. Ceux des nôtres qui sont restés à Tolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin] sont : Pieter Pieterssen, de Ter Yeer, cadet; Jonas Janssen, d'Amsterdam, marin; Jelle Hendrickssen, du Kuynder, matelot; Robert la Griève, d'Hesdin, cadet; Hendrik Janssen, de Koetsveed, soldat; et Hendrik Isbrantssen, de Worcum, marin. Les marchandises que nous avons sauvées ont été déposées dans le fort français. Nous n'avons pas touché à Mascareigne [lie Bourbon], où, dit-on, résident quelques Français.

1. D'après le contexte, ce sont Y Armand et le Saint-Georges qui étaient venus de Taolankara ou Fort-Dauphin à l'île Sainte-Marie.

2. Van Riebeeck le nomme ailleurs M. de Laros ou La Ros [La Roche St-André].

La Duchesse a été laissée à Tolanhaer [Taolankara ou Fort- Dauphin] et mise à la côte. Le seul fort qu'aient les Français à Madagascar est ce fort de Tolanhaer [Fort-Dauphin], pauvrement défendu par de piètres palissades. Dans la baie d'Antongil, ils ont cependant un poste avec dix-sept hommes, où l'un d'entre nous, Hendrick Dirckssen, de Yaarden, est volontairement resté.

Vers le 1er août [1656] les Français ont remarqué une galiote, qui croisa pendant huit jours devant Tolanhaer [Fort- Dauphin] ; c'était probablement le Nachtglas, qui avait quitté le Gap le 18 juillet à la recherche de la Tulp. Mais comme elle ne mouilla pas, ils n'ont pas osé aller la reconnaître » (H. C. V. Leibbrandt, Précis of the Archives of the Cape of Good Hope : Riebeeck ls journal, Capetown, 1897, t. II, pp. 5-5-57.)

RELÂCHE D'UN NAVIRE HOLLANDAIS DANS LA BAIE D'ANTONGIL, en 1651 (?)

Au commencement de 1655, le sieur La Forest, qui commandait un navire armé en course pour le compte du maréchal de la Meilleraye, ayant été tué par les Malgaches sur les bords de la Manantsatrana, rivière qui débouche en face de la partie Sud de l'île de Sainte-Marie, où il avait été chercher une cargaison de cristal de roche, le sieur Bachelier de Belleville, qui était le second du bord, prit le commandement du navire et s'en fut dans la mer Rouge, où, ayant aperçu un navire européen à la voile, il alla avec sa chaloupe aux nouvelles; la nuit survint avant qu'il eût atteint le navire vers lequel il se dirigeait. Le lendemain matin, ne voyant aucune voile à l'horizon, il dut accoster la côte d'Arabie et, après des péripéties diverses, il gagna Moka, où il trouva un navire hollandais qui le conduisit à Batavia. Il séjourna quelques mois dans cette ville et prit passage à bord

d'un autre navire hollandais qui retournait en Europe. Ce navire, surpris par une violente tempête dans les parages de Madagascar et ayant éprouvé de grosses avaries, relâcha dans la baie d'Antongil pour les réparer. Le sieur de Belleville, ayant trouvé dans cette baie quelques Français qui y étaient restés i la suite d'accidents arrivés à des navires du maréchal de la Meilleraye, se décida & demeurer avec eux et laissa le navire hollandais remettre à la voile après avoir terminé ses réparations (François Martin, Mémoires sur rétablissement des colonies françaises aux Indes Orientales , 1665, MS. des Archives nationales [pp. 53-54 de la copie Biblioth. Grandidier].

NAUFRAGE D'UN NAVIRE PORTUGAIS DANS LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN, en 1658.

Un Portugais, nommé Antony Fery, a raconté aux Hollandais venus à la baie de Saint- Augustin en 1663 (voir plus loin, p. 305) que, cinq ans auparavant, le navire sur lequel il naviguait s'était mis à la côte dans cette baie. Des 130 personnes qui se trouvaient à bord, il était seul resté à Saint-Augustin; les autres avaient péri ou bien avaient été emmenés ou s'en étaient allés dans l'intérieur {Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia, 1664, p. 216). Peut-être -ce naufrage est-il le même que celui de 1661 qui est raconté plus loin, p. 295.

TROISIÈME ÉTABLISSEMENT DES HOLLANDAIS BANS L'ILE MAURICE, en 1659'.

Comme nous lavons dit plus haut, page 279, les Hollandais ont abandonné l'île Maurice en 1654, peu après en avoir pris possession pour la seconde fois. En 1659, on y envoya du Cap

\. Voir ce que nous avons dit au sujet du récit de Valentyn, note 1, p. 276.

de Bonne-Espérance, dont dépendait cette île, Adriaan Nieuland comme gouverneur; il avait avec lui on comptable, douze hommes d armes et un petit bâtiment avec des munitions et des pièces de charpente permettant de construire de suite une habitation. On lui avait promis de lui expédier au plus tôt un navire avec un plus grçnd nombre d'hommes et une plus grande quantité de munitions.

Adriaan Nieuland arriva sain et sauf à Maurice; il y fit bâtir de suite une maison et maintint son monde aussi longtemps qu'il eut de l'eau-de-vie â distribuer; mais, quand l'eau -devie vint â manquer et qu'en outre il tomba malade, ses hommes lui déclarèrent qu'ils ne voulaient pas demeurer avec lui plus longtemps et qu'ils étaient décidés â se retirer dans les bois. Ils s'emparèrent de tous les ustensiles dont ils pouvaient avoir besoin et qu'ils pouvaient facilement emporter avec eux et partirent.

Nieuland avait pris note de tous ces événements jusqu'à ses derniers moments. Deux jours après sa mort, un navire arriva; le capitaine et son secrétaire en débarquant trouvèrent le gouverneur étendu sut* son lit, ayant près de lui le journal qu'il avait tenu jusqu'à son dernier soupir. En ayant pris connaissance, ils jugèrent sage de le porter à bord, puis ils tirèrent un coup de canon afin de faire revenir les rebelles qui ne pouvaient être bien loin. En effet, ceux-ci ne tardèrent pas à arriver sur la plage et saluèrent amicalement les matelots auxquels ils déclarèrent que le gouverneur se portait bien. On pénétra alors dans la maison du gouverneur qu'on trouva mort. On en vint aux mains. Les rebelles prétendirent n'avoir pas su que le gouverneur était malade et qu'il avait dû mourir subitement pendant qu'ils étaient allés dans la forêt. On enterra Nieuland et on ferma la maison, car les hommes qui étaient venus avec lui refu-

sèrent de rester à Maurice et demandèrent à retourner au Cap. Ils n'y furent pas reçus aussi agréablement qu'ils le pensaient. Trois de ces bandits furent pendus, deux furent fouettés et marqués au fer, deux autres, qui avaient été entraînés par leurs camarades, furent laissés en liberté. Ces événements me paraissent remonter vers 1663 (Fr. Valentyn, Beschryving van Malabar en onsen handel aldaar, etc. [Histoire des comptoirs hollandais au Malabar et de notre commerce au Japon, ainsi que V Histoire du Cap de Bonne- Espérance et de Vile Maurice], t. V, 2e partie, p. 255, reproduit par Adrien d'Épinay dans ses Renseignements pour servir à l'histoire de File de France, lie Maurice, 1890, pp. 17-18).

UN NAVIRE HOLLANDAIS DE BATAVIA VA CHERCHER LE GOUVERNEUR FRANÇAIS DE FORT-DAUPHIN, en «661.

Le 13 février 1661, Jacques de Bollan (ou Boullan) est parti de Batavia à bord de la petite flûte le Postillon qu'il était venu y louer à la Compagnie hollandaise des Indes, afin d'aller chercher à Madagascar le gouverneur français de Fort-Dauphin, M. Durivaux, ainsi que les canons d'un navire naufragé. Le gouverneur de Java lui remit le jour de son départ des instructions sous pli cacheté (Dagh-Register gehouden inl Casteel Batavia, 1661, p. 34).

Le 15 octobre 1661, Jacques de Bollan arrive de Madagascar en rade de Batavia avec le susdit Postillon, ayant à bord le gouverneur de Fort-Dauphin et 29 pièces de canon provenant d'un vaisseau français qui s'était échoué dans la baie de Tolanhar [Taolankarana ou Fort-Dauphin]; il apporte pour le compte du dit gouverneur 3720 peaux et 572 « rondscherp » (?) et 170 esclaves, plus 29 pour son propre compte. Voici un résumé de ce voyage de Bollan d'après son journal de bord :

♦ Parti d'ici [de Batavia] le 13 février dernier, il s'est arrêté d'abord à l'Ile Maurice, puis il est arrivé le 29 mars à Madagascar, dans la baie de Sainte-Claire [Lokara, à l'embouchure du Mananivo], et, le 2 avril, il a mouillé devant Fort-Dauphin, où il a été bien reçu et bien traité par le gouverneur, M. Durivaux; après avoir embarqué les canons et divers autres objets, il en est parti le 19 mai avec le dit gouverneur et un autre gentilhomme français nommé M. Chatnet Au sortir de la baie de Tolanhar [Taolankarana], sur le bord de laquelle est construit le fort, il se déclara une voie d'eau dont ils ne s'aperçurent pas tout de suite, mais, dès qu'ils en eurent connaissance, ils firent route vers le Cap de Bonne-Espérance; quelques jours plus tard, le 25, comme les vents ne cessaient d'être contraires, ils résolurent de gagner l'île Maurice, mais, lorsqu'ils aperçurent la terre le 11 juin, ils constatèrent qu'au lieu d'être en vue de cette lie, comme ils le pensaient, ils étaient de nouveau sur la côte de Madagascar; le fort courant qui existe dans ces parages les avait fait dévier de leur route. Us abordèrent à l'île Sainte-Marie, où ils furent étonnés de ne trouver ni eau, ni riz, ni habitants; ils allèrent alors à la baie d'Antongil où ils arrivèrent le 17 juin. Le chef, qui s'appelait Filohariva [Filohaniarivo, le chef des mille], demanda à Jacques de Bollan cinq ou six hommes pour faire la guerre aux habitants de Sainte- Marie; Bollan les lui promit à la condition qu'il lui procurerait d'abord du riz et d'autres vivres, mais, une fois en possession* de ces provisions, il leva l'ancre sans tenir sa promesse.

Parti le 1er juillet d'Antongil, Bollan est arrivé à Batavia le 15 octobre.

Il y avait à bord trois des matelots échappés au naufrage de

la galiote la Tulp1 [en décembre 1655] et du yacht le Welsing, qui ont sombré sur la côte de Madagascar. Le gouverneur, M. Durivaux [Du Rivau2], à la demande de Jacques de Bollan, nous les a rendus; l'un d'eux, qui n'avait plus qu'une jambe et qui n'était bon à aucun service, fut débarqué. En revanche, deux matelots de la flûte le Postillon, qui étaient descendus à terre avec quatre des esclaves de Bollan pour couper du bois, se sont enfuis sans qu'on ait pu les rattraper : ce sont Jan Jansz Oudhollander et Juriaen Jansz van Maersen. M. Durivaux a raconté que, dans un voyage précédent à la baie d'Antongil, il y avait laissé vingt Français, et nos gens disent que, lorsque le navire Arnhem, qui est parti du Gap pour la métropole en février 1657, y hiverna, trois agents de la Compagnie et deux Français qui avaient pris passage sur ce navire, restèrent à terre. Les Malgaches disent qu'ils sont morts de maladie, mais il y a plutôt lieu de supposer qu'ils ont été massacres.

Une grande discorde régnait parmi les officiers du Postillon. ■ ••<••*•••••*••• ■ • . ..

Le gentilhomme français Chatnet et le comptable Joannes Swarts sont restés dans l'Inde, à Tuticorin, à cause d'un différend avec Bollan (Dag h- Register Batavia, 1661, p. 306).

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