‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 46 sur 102 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p

Malabar, a, dit-on, relâché à Madagascar pour s'y procurer des mais en remplacement des siens qu'il avait perdus {Dagh- Register gehouden int Casteel Batavia, 1661 [Batavia, 30 avril], p. 96).

FLOTTE DE HUIT VAISSEAUX FRANÇAIS ALLANT À MADAGASCAR ET DANS L'INDE, en 1661.

La garnison du Cap de Bonne-Espérance comprend 120 hommes et on ne peut pas la diminuer, carie bruit court que les Français arment huit vaisseaux pour aller à Madagascar, en Chine, au Tonkin et en divers endroits de l'Inde, de sorte qu'au Cap on est inquiet

Le commandant Riebeeck écrit qu'il a appris que les Directeurs de la Compagnie néerlandaise des Indes en Hollande,, craignant que ces huit vaisseaux français tentassent un coup de main sur leurs navires, ont conseillé à ceux allant dans l'Inde de ne pas s'arrêter au Cap et de faire plutôt escale à Madagascar ou à Maurice pour s'y ravitailler; les mêmes ordres sont donnés à ceux qui reviennent en Europe.

On a examiné en détail la baie de Saldaigne [au Cap] et on a constaté que le port y est beau, mais qu'il n'y a pas de bonne eau ni de jardins potagers; aussi ne peut-elle servir qu'en cas de nécessité (Dagh-Regisler gehouden int Casteel Batavia, 1661 [Batavia, 30 mai], p. 146).

NAUFRAGE D'UN NAVIRE PORTUGAIS AU NORD DE LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN, en 1661.

...Le 1er mars [1661], le navire anglais YEgel est arrivé d'Angleterre à Surate, après avoir séjourné quelque temps sur la côte de Madagascar...

Il ramenait quatre ou cinq Portugais qui y avaient naufragé. Le

navire portugais qui a sombré sur la côte de Madagascar est ia Nossa Senhora de Strale [d'Estrella] ; le naufrage a eu lieu à 14 milles au Nord de la baie de Saint- Augustin. Quatre-vingtneuf des personnes qui étaient à bord sont restées à Madagascar [Dagh-Regi&ter gehouden int Casteel Batavia, 1661 [Batavia, 1er et 21 juin et 11 juillet], pp. 158, 190 et 212).

RELÂCHE DE SIMON VAN DER KERKHOVEN À MAURICE ET À MADAGASCAR (VOHÉMAR), m 1662.

[Depuis le 12 février 1662, jour où il nous avait fallu abandonner notre navire (Aernhem) qui avait quitté Batavia le 23 décembre 1661], nous avions couru de tels dangers, notre vie avait été si souvent en péril, nous avions enduré de si extraordinaires souffrances, que ce nous fut une grande joie d'arriver en vue de l'île Maurice. Lorsque nous fûmes près de terre, un oiseau nommé Pihteert [litt. : oiseau à la queue en flèche], venant de cette ile, s'abattit dans notre barque, où nous le saisîmes sur-le-champ avec la main. On lui coupa le cou, on but son sang et puis on le dévora. Des poissons volants s'étant jetés également dans notre barque, les officiers les mangèrent avec beaucoup de plaisir, car leur chair est succulente. C'était le 20 février 1662, à la tombée du jour. Nous ne voyions pas où atterrir, car nos yeux, qui étaient très malades, nous brûlaient terriblement, et autour de nous il y avait des récifs et de petites lies.

[Ayant enfin mis pied à terre, nous y trouvâmes une hutte où] quelques-uns d'entre nous se mirent à l'abri; elle était trop petite pour nous donner asile à tous, cependant nous pensions, étant maintenant au bout de nos misères sur mer, jouir enfin d'un bon repos pendant la nuit. Il n'en fut rien, car Dieu nous envoya une nouvelle et dure épreuve; vers minuit, un

ouragan terrible s'abattit sur l'île; le vent, qui fit tout le tour du compas [de la boussole], était si violent que jamais je n'en ai vu de pareil, et en même temps il tomba une pluie torrentielle. Notre maisonnette fut mise en pièces. Nous étions couchés par terre les uns sur les autres, comme des morts, et on eût cru que nous n'étions qu'un tas de cadavres. Ce cyclone dura jusqu'au lever du jour. Dieu nous envoya alors un beau soleil qui, non seulement, sécha nos vêtements, mais nous réchauffa et nous donna du courage et comme une nouvelle vie; nos compagnons n'en souffrirent pas comme nous, parce qu'ils avaient trouvé à un quart de lieue de là un rocher sous lequel ils s'étaient abrités; aussi étaient-ils plus dispos que nous. Avisés par eux de l'existence de cette caverne qui était fort vaste, nous nous y sommes tous transportés et y avons établi notre camp. Mais, comme nous étions très nombreux et que les vivres étaient difficiles à se procurer, nous résolûmes, d'accord avec le capitaine du navire et les officiers, de quitter l'Ile Maurice.

Nous en partîmes en juin et nous fûmes en vue du Cap de Bonne- Espérance au commencement du mois de juillet; mais, quoique la saison de la mousson fût passée, nous ne cessâmes d'avoir orage sur orage, de sorte que, après être restés à la cape pendant quelques jours, le conseil du navire jugea opportun de faire route sur Madagascar et d'y séjourner jusqu'à ce que les vents eussent changés.

Nous sommes arrivés le 5 août dans la baie de Saint- Augustin, où nous avons trouvé un navire appelé Kancker \le Cancer], qui, après être arrivé à dix milles du Cap, avait été obligé de revenir en arrière. Quelques jours après, une frégate du Roi nommée le Lupaert entra également dans ce port.

Ayant quitté Madagascar, nous fîmes route vers une île appelée Joanne [Anjouan], qui en est à environ 200 milles;

les vents étant contraires, nous ne pûmes l'atteindre et nous cherchâmes, mais encore en vain, à aborder l'île Mehiele [Mohély] qui en est toute voisine; nous nous dirigeâmes alors vers File Gommeren [la Grande Comore ou Ngazidya]. Comme nous comptions trouver des vivres dans une de ces îles, nous avions quitté Madagascar sans nous y être suffisamment approvisionnés. Nous n'en étions plus qu'à 3 ou 4 milles, lorsque, notre navire s'étant presque échoué sur des rochers que cachait l'eau et qui n'étaient pas à plus de 6 pieds de la quille, nous eûmes peur et nous renonçâmes à y relâcher.

Cette île Comore est si élevée qu'il est effrayant d'y arriver à la voile ; car il n'y a pas que de petits accidents de terrain et, sauf aux deux extrémités, il y a une masse de grandes montagnes qui se perdent dans les nuages, ce qui est fort beau à voir. Ces trois îles sont, dit-on, riches en bétail et en provisions de toutes sortes, si bien qu'il y en a peu qu'on puisse leur comparer, mais elles ont un climat si brûlant et si malsain que les Européens qui passent même une seule nuit à terre peuvent être considérés comme voués à une mort certaine; c'est ce qu'on sait par de nombreuses expériences.

Ayant laissé ces îles derrière nous, nous n'avons pas aperçu d'autre terre qu'un îlot appelé Melyque [Mali?] auprès des Maldives, d'où quatre indigènes vinrent à notre bord dans une pirogue, apportant un régime de « pyssangh » [pisang (bananes)] qui leur fut généreusement payé par le chevalier; comme ils disaient que cette île contenait des choses curieuses, le chevalier se rendit lui-même à terre avec la barque, mais, voyant qu'en somme il n'y avait rien d'autre que des bananes et des noix de coco et qu'il n'y avait pas de bon lieu d'ancrage, nous repartîmes après quelques heures de séjour et arrivâmes en octobre à Madras. Le petit canot qui me conduisait à terre

avec quelques Arabes, chavira par l'imprudence du noir qui le gouvernait et nous tombâmes à la mer qui était fort houleuse, au milieu des brisants; ayant déjà enduré tant de souffrances, je me voyais perdu à deux pas du rivage lorsque, heureusement, deux ou trois des Arabes me sauvèrent en me conduisant i terre sur une planche.

Deux jours après, je fis mes adieux au chevalier et à ses compagnons qui m'avaient toujours témoigné une réelle amitié.

Le 4 octobre, je suis arrivé à Palliacatta [Palikat, un peu au N. de Madras, premier établissement des Hollandais dans l'Inde] où se trouvait en rade le Provintien et nous eûmes des nouvelles de notre barque qui était venue de la baie de Gale [Pointe de Galles], dans Die de Ceylan, à la dite ville de Palliacatta.

Après nous avoir laissés à l'Ile Maurice au commencement de mars 1662, les marins de la barque étaient arrivés le 12 de ce mois à [la côte Nord-Est de] Madagascar, où les habitants leur avaient fait un accueil amical et leur avaient vendu du poisson, du riz et d'autres vivres, mais leur avaient volé de l'argent et diverses marchandises; ils revinrent deux jours après, le 28 mars, en faisant tout d'abord hypocritement montre de sentiments amicaux, et tout à coup tuèrent avec leurs sagaies deux hommes, le second pilote et le quartier-maître, et blessèrent le charpentier et le bosseman. Les autres, effrayés, se hâtèrent de regagner leur barque et de s'enfuir, mais les indigènes les poursuivirent, les uns à la nage, les autres en pirogues, avec tant de rapidité que les pauvres Hollandais n'avaient plus guère d'espoir de leur échapper, lorsque, pensant que les indigènes en voulaient surtout aux objets qu'ils possédaient, ils jetèrent par-dessus bord leurs couvertures, leurs chapeaux et tous les vêtements qu'ils avaient sur le corps, jusqu'à leurs chemises, que les indigènes repêchèrent et dont ils se contentèrent,

laissant la barque s'éloigner sans la poursuivre davantage.

Le 30 du même mois, ils arrivèrent à Bonamare [Vohémar?] où trois d'entre eux, le comptable, le bosseman et le charpentier, allèrent faire visite au roi qui demeurait à une demi-lieue dans l'intérieur; auquel ils se plaignirent de la conduite féroce des susdits Malgaches. Le roi demanda que le capitaine du navire vint le voir ; comme celui-ci était malade, il dut se faire porter sur un brancard et amena avec lui le pilote chef; il apporta comme cadeaux une paire de pistolets, deux brasses de toile et un vêtement i demi usé. Le roi accepta ces divers objets avec reconnaissance et le retint chez lui jusqu'au 3 avril [1662], date à laquelle il lui permit de s'en retourner à la côte, d'où il regagna de suite son bord. Jusqu'à leur départ qui eut lieu le 45, les Hollandais purent se procurer facilement les vivres dont ils avaient besoin; ils partirent ensuite pour Ceylan. Deux jours avant leur départ, le capitaine, et, cinq jours après, le 20 avril, le charpentier Gerrit Martensz moururent.

Les survivants arrivèrent le 21 mai aux Iles Maldives, où ils prirent quelques provisions, et, le 27, ils firent voile pour Ceylan .où ils arrivèrent au nombre de neuf à la pointe de Galles. C'est la seconde fois que nous avons entendu parler de celte barque; en saura-t-on davantage, Dieu seul peut le dire; quant à moi, je ne le crois pas.

Après trois jours passés àPalliacatta[Palikat], le navire mentionné ci-dessus, le Provintien, fit voile le 1 octobre avec nous six pour Batavia, où nous sommes arrivés le 2 novembre 1662; nous y avons appris que cinq des neuf personnes de la barque dont nous avons parlé plus haut y étaient arrivées 8 à 10 jours avant nous. Nous avons le devoir en terminant ce récit de rendre grâce à Dieu de nous avoir sauvés d'une façon si miraculeuse et contre toutes probabilités (Historisch Verhael der Wonderlike

ende seer zeldsame voor-vallen den gène bejegent die met het Retourschip AERNHEMy van Batavia na het Vaderland verreist zijn den 33 Decem. 1661 [Récit historique des événements merveilleux et très extraordinaires arrivés à ceux qui sont partis le 23 décembre 1661 avec le vaisseau « Aernhem », retournant de Batovia en Hollande], bechreven door Simon van den Kerkhoven, Siecken-trooster van Middelburg [écrit par Simon van den Kerkhoven, consolateur des malades de Middelburg, pp. 9-10 et 17- 20* à Middelburg, imprimé chez Jacques Fierens, 1663]).

Page 1