Voir dans le tome II, p
2. Voir dans le tome II, les notes 1 et a, p. 507, et la note 2, p. 508.
Aussi, le 12 novembre 1641, partit-il avec YEendracht et le Klein-Mauritius pour Madagascar. Il s arrêta devant l'île de Mascarenhas (Bourbon), mais, n'y trouvant pas d'ancrage sûr, il continua jusqu'à la baie de Sainte-Luce [Manafiafy], où il arriva le 20 novembre. De là, il remonta le long de la côte orientale, sans trouver de traces du Maastricht * et sans trouver non plus les grandes richesses que Van Diemen croyait y exister. Tout ce qu'il rapporta de cette expédition fut une grande quantité de cire achetée à Antepera [Itaperinaj et cent cinq esclaves, tant hommes que femmes, pris dans la baie d'Antongil, au prix moyen de 2 réaux 1/8 [11 fr. 25] l'un; il laissa dans cette baie deux Hollandais afin qu'ils y continuassent ce commerce.
Pendant cette expédition, Van der Stel avait rencontré trois navires français, dont l'un était le Saint-Alexis, commandé par Goverte [Alonse Goubert], et qui revenaient de la mer Rouge. L'équipage de Goverte [Goubert] était en pleine discorde, de sorte que dix-sept marins abandonnèrent le Saint- Alexis, du consentement de leurs officiers, et passèrent au service de la Compagnie hollandaise des Indes *.
Les Français étaient en hostilités avec les indigènes, dont
1. Voir dans le tome II, p. 507 et notes, et la note 2, p. 508.
2. « Le lendemain (a), nous retournâmes au port de Sainte-Claire [Itaperinaj où était un vaisseau hollandais de 300 tonneaux, venant de la baie d'Antongil, où ils avaient acheté des nègres [Malgaches] pour s'en serrir à Maurice. Ils nous vinrent visiter en notre habitation, savoir comment nous nous portions et ce que nous avions fait avec les Malgaches depuis que nous étions en ce pays. Notre barque n'étant capable que de vingt-cinq hommes, ils se chargèrent de vingt-cinq des nôtres, qui, étant à Maurice, prirent parti avec eux et s'en allèrent aux Moluques » (Heiaticndu voyage de François Cauche, 1651, p. 22-23). Mais un peu plus loin, p. 24, il parle des dissensions qui existaient entre les équipages de son navire et d'un autre.
(a) D'après Gauche, cette rencontre, qui a eu lieu en réalité en 1642, aurait eu lieu en 1640 (lac* cit., p. 24).
ils avaient tué sept dans un combat (Lettre de Van der Stel au gouverneur général des Indes du 13 octobre 1642, Rijks Archief de la Haye, fonds Mauritius).
En s'en retournant à Maurice, les deux navires hollandais furent surpris le 29 avril par un cyclone et Van der Stel y arriva seul avec YEendracht. Le Klein-Maurilius resta en mer jusqu'au 21 juillet et, quand il mouilla en rade, YEendracht n'y était plus, étant parti le 2 juin pour Batavia.
Ce premier voyage à Madagascar ne fut pas sans désappointer Van der Stel. A Batavia, ses chefs crurent qu'il s'était laissé jouer par les Français et que, malgré tout, l'île renfermait toutes sortes de richesses, que le commerce des esclaves surtout devait réussir; Van Diemen avait demandé par une lettre, qu'Abel Tasman, venu avec le Heemskerck et le Zee-Haen<, apporta à Maurice le 5 septembre 1642 \ qu'on lui en envoyât par YEendracht.
Deuxième voyage. — Avant de faire son second voyage à Madagascar, Van der Stel dut attendre le départ des navires hollandais et anglais qui étaient sur rade de Maurice. Quand le Derkhout eut mis à la voile pour Batavia et que les Anglais
1. Voir plus loin, p. 41. — Ces deux navires, ainsi que YArent, qui arriva le lendemain «\ avaient besoin de se ravitailler et désiraient y prendre des charpentiers. Leurs équipages ne se gênèrent pas pour voler le bétail domestique .h Lettre de Van der Stel uu gouverneur général des Indes, du 11 juin 1644 . Les relations entre Van der Stel et Tasman ne furent pas des meilleures, car, malgré le concours dévoué que le gouverneur de Maurice lui donna, Tasman, de retour à Batavia le 14 juin 1643, porta plainte contre lui, mais celui-ci dans sa lettre du 11 juin 1644 à son tour l'attaqua, le qualifiant d' « hypocrite qui aurait mieux fait de s'occuper de son navire que de passer les nuits à boire et à faire la fête u bord de [ Arent ». 11 est difficile de savoir lequel des deux avait raison. Van der Stel parait avoir (-1* un homme pieux et sévère. — Le Heemskerck et le Zee-Haen. après avoir débarqué quelques malades et les avoir remplacés par des 4î*mis bien portants, partirent de Maurice le 8 octobre. V Arent mit à la vu île cinq jours après.
\a Wir dan> le tome II, p. 5u0.
\l Ce qu'avaient déjà fait les matelots du Haarlem.
turent partis pour Madagascar, d'où ils devaient aller à Surate, il s'embarqua le 18 avril 1644 à bord du Welsing1 et se rendit dans la baie d'Ântongil, avec la pensée qu'il pourrait s'y procurer facilement des esclaves et du riz, du moins si les deux Hollandais qu'il y avait laissés à son précédent voyage vivaient encore; toutefois, il était d'avis que le riz de Madagascar ne pouvait pas se garder longtemps et que les esclaves malgaches étaient insoumis et difficiles à dresser.
Le 21 avril 1644, le Welsing mouilla dans la baie d'Antongil, où il apprit qu'il y avait treize mois que le plus jeune des deux Hollandais était mort et que l'autre était mort bien auparavant. Les Malgaches lui racontèrent qu'un navire français était venu sur cette rade, il y avait à peu près un an*, et que son équipage avait ravagé le pays; aussi se montrèrent-ils cette fois moins prévenants envers les Hollandais que la fois précédente. Le roi du pays raconta qu'à la demande des deux traitants que Vander Stel avait laissés dans cette baie, il avait, par trois fois, rassemblé un lot d'esclaves pour eux, mais, comme leur navire ne venait pas, il avait fait conduire ces esclaves par son fils sur la côte Nord-Ouest, où il les avait vendus à des Portugais contre des vêtements et des bœufs. Van der Stel ne put douter de l'exactitude de son récit en voyant entre ses mains des marchan-
1. Le Welsing y parti le 24 février 1644 de Batavia avec le Berkhout, était envoyé par le gouverneur général des Indes hollandaises pour aller trafiquer à Madagascar et y acheter des esclaves, du riz et généralement tout ce qu'on y peut trouver. Ce yacht avait un équipage de trente hommes et des articles pour Madagascar d'une valeur de 7 828 florins [de 16 500 francs environ (Dagk-Register yekouden int Casteel Batavia 4643-1644, p. 31).
2. « Cocquet, capitaine du Saint-Louis, arriva en l'île [de Madagascar] environ le mois de septembre [1642] et en passant alla aux îles de Mascareigne 'Bourbon] et Diego Rois [Rodrigues], desquelles îles le sieur Pronis avec Je sieur Foucquembourg] prit possession au nom de Sa Majesté
Très-Chrétienne et passa en l'île Sainte-Marie et à la baie d'Antongil, où ils en firent le semblable » (Flacourt, Histoire de Madagascar, p. 194).
dises portugaises, et ce ne fut pas sans peine qu'il le décida à envoyer ses gens à bord de pirogues courir sus à leurs ennemis. Pendant ce temps, arriva dans la baie d'Antongil, le 8 août 1644, un navire français qui y demeura jusqu'au 21 (Lettre de Van der S tel, du 25 novembre 1644 et Extrait de son Journal [Rijks Archief de la Haye, fonds Mauritius]). Dès qu'il avait aperçu une voile à l'horizon, Van der Stel avait fait préparer son navire pour le combat, car il craignait que ce fût un corsaire. C'était le Rootjael (le Royal), un navire de Dieppe de 280 lasts [de 560 tonneaux], armé de 28 canons ! et ayant un équipage de 200 hommes, commandé par M. Lormel [L'Ormcil]. Dès qu'il eut mouillé auprès de l'îlot Poule Nossebeeck [Nosy Mangabé ou Marosy], où était déjà à l'ancre le Welsiny, le commissaire hollandais Reinier Por alla s'enquérir d'où il venait et ce qu'il venait faire. Lormel [L'Ormeil] répondit qu'il y avait neuf mois et demi qu'il était parti de Dieppe f et qu'il venait chercher du riz et des bœufs, parce qu'il n'avait plus de vivres et qu'il s'en procurerait bon gré, mal gré. A son tour, il demanda à voir les lettres patentes d'Adrien van der Stel et le pria de lui
1. « Le 25 mars 1644, partit un navire du port de Dieppe, le Hoyal, appartenant aux Seigneurs de la Compagnie [française de l'Orient , du port de 400 tonneaux, qui portait quatre-vingt-dix Français passagers pour demeurer en l'île de Madagascar, et atterrit en la baie d'Antongil au mois de juillet, séjourna tant à ladite baie qu'à l'île de Sainte-Marie jusqu'au mois de septembre et arriva dans le même mois à Manghafia [Manaflafy] et de là au Port Dauphin, d'où ses deux barques firent jusqu'à sept voyages de riz, tant à Matitanana que chez les An ta va rat ra, h Analambolo [Fénérive], pendant les dix-sept mois qu'il demeura sur cette rade... Le capitaine de ce navire s'appelait L'Ormeil (a)... Le Royal séjourna dix-sept mois [à Madagascar] et partit au mois de janvier 1646, chargé d'ébène, de cuirs et de cire... Il emmena Foucquem bourg en France, où il mouilla sur la rade de Saint-Martin de Ré en mai, puis il alla à Saint-Malo » (Flacourt, Hist. de Madag., i658, p. 199-201, et 1661, p. 209-21 1).
2. Dans son Journal, Van der Stel dit que la traversée avait seulement été de cinq mois et que, pendant cette traversée, il était mort deux hommes.
(a) Flacourt écrit L'Ormeil, p. 209 et 210, et Lormel, p. 214.
céder des vivres, dont il le croyait abondamment pourvu. Les Hollandais qui se sentaient les plus faibles se tinrent sur la défensive et prêts, s'il était nécessaire, à mettre à la voile.
Le lendemain, un canot du Royal vint faire le tour du Wdsing, ce qui inspira de la méfiance aux Hollandais, puis le pilote français s'en fut voir le roi avec cinq hommes qui portaient chacun une carabine cachée sous son manteau. Le roi et les femmes du village se retirèrent aussitôt dans la forêt, emportant tous leurs biens; quant aux hommes, armés de leurs sagaies et de leurs boucliers, ils se massèrent auprès du magasin des Hollandais à qui ils demandèrent de leur venir en aide, déclarant qu'ils étaient décidés à résister aux Français, s'ils leur causaient des dommages comme les précédents. Le roi fit dire au pilote que son pays dépendait des puissants États-Unis des Pays-Bas dont le drapeau flottait auprès de la maison des Hollandais. Le chef de traite français, M. Morin, vint à terre le 10 août et passa toute la journée avec Van der Stel auquel il apprit qu'il y avait à bord du Royal tous les matériaux nécessaires pour construire un fort dans la baie de Sainte-Luce Manafiafy , où il devait rester avec cent hommes qui étaient engagés pour six ans, et pour monter deux yachts de 120 et de 60 tonneaux; il lui dit aussi qu'ils avaient laissé dix hommes dans ttle Sainte-Marie, dont ils avaient pris possession au nom du Roi de France, et qu'ils se proposaient d'y mettre dix hommes de plus en s'en retournant; qu'ils apportaient un moulina sucre1 et avaient avec eux plusieurs ouvriers sucriers venant des plantations de la Compagnie des Indes occidentales au Brésil ; qu'en» viron deux ans auparavant les Français s'étaient établis dans la
I. Dans son Journal, Van (1er Stel dit que, d'après le chef de traite Morin, les matériaux pour construire ce moulin avaient une valeur de 2uw florins [4 200 francs].
baie de Sainte-Luce, dont M. Pronis, de Dieppe, ayant M. Fockenbrouck [Foucquembourg] pour second, était le commandant. M. Pierre Morin, qui avait de la peine à tenir sa langue, l'avertit même que le capitaine du Royal avait des lettres qu'il ne devait ouvrir qu'une fois rendu dans la baie de Sainte-Luce [Manafiafy], où deux autres navires ne devaient pas tarder à venir. Van der S tel, en reconnaissance des sentiments amicaux que lui témoignait M. Morin et pour donner satisfaction i ses demandes, lui fit cadeau de quelques bœufs ', en échange desquels les Français lui envoyèrent six langues fumées, du fromage frais et du tabac. En outre, il les aida à en acheter d'autres et à se procurer des vivres. Quant à lui, il continua à acheter des esclaves, tant hommes que femmes, en échange de vêtements et d'étain.
Le 11, les Français allèrent avec leur chaloupe jusqu'au village du frère du roi pour y chercher, ont dit les Malgaches, du bois d'ébène. Le 14, ils se rendirent en canot à la pointe Nord de la baie, sans qu'on ait pu savoir ce qu'ils y ont été faire.
Le 18, Van der Stel eut une conversation avec le chef pilote français David du Menij [Dumesnil?], qui autrefois avait été au service de la Compagnie hollandaise des Indes à Ternate [une des Moluques], où un sergent lui avait coupé la main gauche d'un coup de hache, et qui y avait connu le maître d'équipage du Welsing 2. Ce pilote lui raconta que le cardinal Mazarin et quelques autres nobles seigneurs de Paris avaient formé une compagnie avec privilège octroyé par le Roi de France pour un certain nombre d'années, compagnie qui devait construire un grand fort dans la baie de Sainte-Luce [Manafiafy], où l'on projetait
i. Dans son Journal, Van der Stel dit qu'il donna aux Français une première fois un bœuf et une seconde fois deux bœufs.
2. Ce maître d'équipage, Pieter Jansg de Vries, avait eu en effet de bonnes relations avec David du Menij [Dumesnil?]; il était revenu en Europe avec lui à bord du Nicuw Enrkhuysen.
d'établir des moulins à sucre et où, sous peu, viendraient des navires autant pour faire le commerce avec les Indes, que pour y prendre de l'ébène. Le lendemain, il confirma que le Roi de France avait fait don de Madagascar à la susdite compagnie et que beaucoup de gens étaient partis, depuis longtemps déjà, sur deux navires à destination de la baie de Sainte-Luce [Manafîafy] sous les ordres des capitaines Concquet [Cocquet] ' et Gille Resuoout [Rezimont]' et il donna les mêmes informations que M. Morin, ajoutant que Lormel [L'Ormeil] avait l'intention de prendre possession de la baie d'Antongil. Van der Stel répondit que les Pays-Bas en étaient depuis longtemps déjà en possession el que les Français ne feraient pas cela s'ils voulaient le maintien de la paix en Europe. Il leur parla aussi, mais sans succès, en faveur des indigènes de l'îlot [Nosy Mangabé] qui étaient venus se plaindre à lui des vexations auxquelles ils étaient en butte de leur part s.
i. La Compagnie française de l'Orient, que dirigeait le sieur Ricault auquel le Roi avait octroyé la concession, a envoyé en mars 1642 le Saint- Louis à Madagascar sous les ordres du capitaine Cocquet, avec Pronis et Foucquembourg qui étaient chargés de fonder un établissement à Sainte-Luce r Manafîafy]. Us y trouvèrent quelques sept ou huit Français provenant de l'équipage d'un navire dieppois commandé par le capitaine (■oobert, qui avait sombré dans l'anse d'Itapère fltaperina], soit qu'il eût tuoché un récif, soit que les matelots l'eussent sabordé ; Goubert avait t'instruit un petit bateau d'une quarantaine de tonneaux et était retourné à Dieppe avec 25 de ses hommes. Cocquet alla en 1643 prendre une cargaison d'ébène à Matitanana, mais, surpris par une tempête, il perdit son navire sur un rocher et il en mourut de chagrin. Les matelots, étant allés atterrir à Ranofotsy, vendirent la cargaison aux Malgaches, au lieu de la remettre entre les mains de Pronis (voir Flacourt, Hist. M ad., p. 193-195).
1 C'est le l,r mai 1643 qu'est arrivé à Sainte-Luce le Saint-Laurent envoyé par les Seigneurs de la Compagnie française de l'Orient sous les ordres du capitaine Gilles Rezimont et amenant à Pronis soixante-dix Français. Plusieurs matelots sont allés jusqu'à Mananjary, mais quelquesuns ont été massacrés par les indigènes; d'autres sont morts de la lièvre à Sainte-Luce. Rezimont est parti du Fort-Dauphin le 17 janvier 1744 et est arrivé en France le 17 juin (voir Flacourt, Hist. Afad., p. 195-197).
3. Ils avaient, paraît-il, pris de force dans cet îlot, sans les payer, des cannes à sucre et du riz en paille ainsi que des bœufs.
38 ÛUVHAGES ANCIENS
Nonobstant tout, les Français prirent possession de la partie Sud-Ouest de la baie et dirent qu'ils auraient également planté les armes de France au fond de la baie s'ils y eussent trouvé des Anglais, des Portugais ou des Espagnols, mais que, comme ils avaient affaire à des Hollandais qui étaient des alliés du Roi de France, ils ne le feraient pas.
Toulefois, la veille de leur départ, ils vinrent en armes sous la conduite de Morin à l'embouchure de la rivière [de l'Antanambalana] où se trouvait le magasin des Hollandais, et ils avertirent Van der Stel que, conformément aux ordres de leur Roi qui leur avait dit de prendre possession de toute l'ile de Madagascar, ils allaient planter les armes de la France dans les hauts de la rivière, lui demandant s'il avait l'intention de les en empêcher. Celui-ci leur déclara, en présence de son maître d'équipage et de son commissaire, que, quelques années auparavant, il avait pris possession de ce pays au nom des Pays-Bas et de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, mais qu'il n'avait pas l'ordre de s'opposer par la force à leur projet et que, d'ailleurs, il n'en avait pas les moyens, et il ajouta : « Faites comme il vous plaira, mais tenez-vous pour avertis que, si un jour ou l'autre il survient un conflit entre nos compagnies, nous déclarons et proclamons devant Dieu, qui connaît toutes les pensées, que c'est vous qui serez la cause des malheurs qui pourront arriver et du sang qui sera répandu, car, tout en repoussant votre demande, nous avons usé de courtoisie à votre égard ». Ils n'en plantèrent pas moins les armes du Roi de France sur le bord de la rivière [l'Antanambalana] et tirèrent quelques salves avec leurs mousquets; en s'en retournant à leur bord dans la chaloupe, ils en tirèrent encore quelques-unes, puis ils mirent à la voile pour la baie de Saintc-Luce [Manafiafy]. Pendant leur séjour dans la baie d'Antongil, les Français
araieot causé beaucoup de dommages aux indigènes, coupant surtout des pisangs [bananiers] et d'autres arbres fruitiers. Le capitaine Lormel [L'Ormeil] confia à Van der Stel deux lettres avec prière de les expédier en Europe.
Dès que le Royal fut parti, quelques-uns des indigènes qui s'étaient enfuis dans les bois revinrent trafiquer avec Van der Stel qui acheta quatre-vingt-dix-sept esclaves, tant hommes que femmes, en échange d'étain et d'étoffes d'une valeur de 475 florins [d'un millier de francs]; il en aurait eu davantage, s'il n'avait été obligé de retourner à Maurice, faute de riz, car le Welsing n'en avait pas chargé à Àntongil plus de deux lasts et demi [cinq tonneaux]. Le roi du pays et plusieurs chefs lui demandèrent de laisser à terre cinq ou six Hollandais, auxquels ils s'engageaient à fournir tous les ans des esclaves et du riz.
Parti de Madagascar le 20 octobre 1644, Van der Stel rentra à Maurice le 22.
Troisième voyage. — Quand sur sa demande il eut été relevé en mai 1645 de son commandement et eut transmis ses pouvoirs au nouveau gouverneur Van der Meersch, Van der Stel fit, sur l'ordre du gouverneur général des Indes hollandaises, un troisième voyage à Madagascar avec les deux navires le Welsing et le Dolphijn. II devait informer les chefs malgaches du changement survenu dans l'administration de Maurice et laisser à terre cinq ou six hollandais.
Yan Diemen, dans la lettre qu'il lui avait écrite, approuvait la conduite qu'il avait tenue vis-à-vis des Français lors de son précédent voyage, tout en regrettant qu'il n'eût pas appuyé davantage sur les droits primordiaux de la Compagnie hollandaise; il lui prescrivait de continuer à entretenir des relations commerciales avec les Malgaches, même dans les lieux où les Français s'étaient établis sans y construire de fort, et, au cas
où ceux-ci useraient de force pour les en empêcher, de se contenter de leur remettre une protestation écrite; il lui enjoignait aussi d'inspecter lui-même ou de faire inspecter par un agent intelligent, avec le WeUing9 leur établissement de la baie de Sainte-Luce [Manafiafy]; enfin, il lui recommandait de recruter surtout des esclaves, bien plutôt que du riz. Le WeUing était destiné à rester à Maurice à la disposition du gouverneur pour faire le commerce avec Madagascar, tandis que le Dolphijn devait retourner directement d'Antongil à Batavia avec tous les esclaves qu'il pourrait se procurer.
C'est le 20 mai 1645 que le WeUing et le Dolphijn quittèrent Maurice; ils arrivèrent le 28 dans la baie d'Antongil. Van der Stel conclut avec le roi de cette baie un traité par lequel celuici s'engageait à fournir à la Compagnie hollandaise des Indes, et i elle seule, des esclaves; en deux mois, il en recruta quatrevingt-quinze. Le traitant Jacob Jacobsz resta à terre avec cinq matelots et un mousse; on leur donna 776 florins [1 630 francs] pour leur permettre d'acheter des esclaves et du riz.
Van der Stel avait demandé à Batavia du sel dans le but de saler de la viande à Madagascar. A un voyage précédent il avait fait un essai, mais il n'avait pas de bon sel; celui que lui avait apporté le WeUing lui permit cette fois de le renouveler avec succès.
Le 9 août 1645, les deux navires partirent de la baie d'Antongil. Le WeUing se rendit à Maurice, où il arriva le 6 septembre et où il resta, comme nous l'avons dit, à la disposition du gouverneur pour continuer à faire le commerce avec Madagascar ; il y transporta huit esclaves pour les travaux des champs1; il
1. Il paraît que ces huit esclaves comprenaient quatre individus malingres et quatre enfants âgés de trois à quatre ans. Trois moururent avant la fin de l'année et Van der Meersch, le successeur de Van der Stel, envoya les cinq autres à Batavia.
devait en outre remettre à Van der Meersch un rapport sur Madagascar. Le Dolphijn fit voile directement pour Batavia où il atterrit le 16 octobre; il apportait cent un esclaves, dont dixsept moururent pendant la traversée, 980 billes d'ébène et de la viande salée, qui fut si appréciée que le gouverneur général des Indes et ses conseillers demandèrent aux XVII Seigneurs l une quantité considérable de sel hollandais ainsi que quelques bouchers et saleurs connaissant bien leur métier, dans le but de développer cette industrie à Madagascar.
Van der Stel est mort peu après avoir accompli ce troisième voyage à Madagascar (Lettres de Van der Stel et du gouverneur général des Indes hollandaises, Van Diemen, conservées dans les Rijks Archief de la Haye, fonds Mauritius, 1642-1645, et aussi Dr K. Heeringa, de Nederlanders op Mauritius en Madagascar, De Indische Gids, Juli 1895, p. 1000).
RELÂCHE À MAURICE D'ABEL JANSEN TASMAN, en 1642.
« Le 14 août 1642, j'ai quitté Batavia avec deux navires, le Heemskerk et le Zee-Haen. Le 5 septembre, j'ai mouillé en rade de Tile Maurice, par 20° de lat. S. et 83° 48' de long. E. f J'ai trouvé cette ile à 50 milles allemands, c'est-à-dire à 3° 33' de longitude plus à l'Est que je ne comptais.
t C'est en l'honneur du prince Maurice qu'on a donné ce nom à cette île qu'on appelait auparavant Cerne. Elle a environ
1. La Compagnie néerlandaise des Indes Orientales était régie par un Conseil de XVII Directeurs ou « Seigneurs » représentant les six Sociétés on Chambres dont la fédération constituait cette Compaguie : la chambre d'Amsterdam y envoyait huit délégués, celle de Middelburg quatre, et celles de Delft, de Rotterdam et d'Enckhuysen chacune un; le XVIIe membre •fiait nommé à tour de rôle par Tune de ces cinq dernières Chambres • H. Dehéraio-.
2. Le port du Sud-Est ou le Grand-port, où Tasman a mouillé, est en réalité par 20° 22' de lat. S. et 55° 22' de long. E. de Paris, ou 75° 22' à l'Est de File de Fer.
quinze lieues de tour f et possède une belle rade à l'entrée de laquelle il y a cent brasses d'eau.
« Le pays est accidenté; les montagnes, qui sont très élevées et boisées, sont souvent couvertes de brouillards et ont d'ordinaire leur sommet caché dans les nuages. L'air y est pur et sain. On y trouve du bétail et des volailles en abondance et la mer est très poissonneuse. Les forêts contiennent les plus beaux ébéniers du monde : ce sont de grands arbres droits, dont l'écorce est épaisse et verte et sous laquelle le bois est noir comme de la poix et a le grain uni comme l'ivoire ; il y a dans cette lie d'autres arbres, les uns à bois rouge, les autres à bois jaune comme la cire.
« Les navires de la Compagnie hollandaise des Indes Orientales, qui vont à Batavia, relâchent d'ordinaire à Maurice pour s'y ravitailler.
« J'ai quitté cette tle le 8 octobre et ai continué ma route vers le Sud jusqu'au 41e degré de latitude australe, poussé par un fort vent du Nord-Ouest. »
[Tasman a atteint le 6 novembre le 49" parallèle et a découvert peu après, par 42° 25', la grande tle qu'il a nommée Terre d'Antony Van Diemen (Tasmanie) ; longeant la côte, il a mouillé dans une baie qu'il a appelée Baie de Frederick Hendrick et d'où il est parti pour découvrir le 13 décembre la Nouvelle- Zélande où quatre de ses matelots furent massacrés par les indigènes] {Journal van Tasman s Reisf 1642, et Voyage of Gaptain Abel Jansen Tasman for the discovery of Southern Countries by direction of the Dutch East India Company, taken from his Original Journal, dans John Harris' Navigantium atque Itinerantium Dibliotheca or A Complète Collection of Voyages, t. I, 1744, p. 325-326»).
i. La circonférence de l'île Maurice est d'environ 200 kilomètres.
2. On trouve aussi, dans An introductory discourse containing the whoU
PROJET DB COLONISATION ANGLAISE À MADAGASCAR PAR LE CAPITAINE BOND, en 1642-1643.
• Par ordre, le Conseil du commerce, dont Sir Henry Vane est le président, se réunira lundi prochain [26 décembre 1642], à deux heures de l'après-midi, dans la salle de l'Échiquier [du ministère des Finances] pour statuer sur le privilège accordé au capitaine Bond et sur l'instance pendante entre ledit Bond et la Compagnie des Indes Orientales. Le capitaine Bond est requis de présenter son privilège audit Conseil à l'heure indiquée 9 (Journal of the House of Common$> vol. II, from the \T April 1640 to the 14* May 1643, p. 898).
« Après avoir pris connaissance du rapport du Conseil du commerce au sujet de l'opposition faite par la Compagnie des Indes Orientales au capitaine Bond qui a des lettres patentes pour coloniser l'île de Madagascar et y commercer, il a été décidé le lundi 13 février 1643 :
Que le capitaine Bond aura toute liberté d'aller à Madagascar et d'y établir des plantations ;
« Qu'il aura toute liberté d'y faire du commerce;
« Qu'avant de quitter l'Angleterre, il devra s'engager à ne rien faire et à ne rien entreprendre qui puisse porter un préjudice quelconque à ladite Compagnie1 (Journal of the House of Commons, vol. II, from the 13th April 1640, to the li,h May 4643, p. 963). — Ce projet n'a pas été mis à exécution.
kistory of Navigation from ils original to this time {Churchill* s Collection of Voyages and Travels, t. I, 1732, p. lxi), la mention de cette relâche de Tasman à Maurice.
1. Walter Hamond a publié en 1643 un factum qu'il a dédié à ce « capitaine Bond, gouverneur et capitaine général de l'île de Madagascar, dont les préparatifs faits en vue de cette expédition ont reçu l'autorisation du Roi et du Parlement ». Voir ce factum à la page suivante.