MADAGASCAR, L'ILE LA PLUS RICHE ET LA PLUS FERTILE DU MONDE
PAR WALTER HAMOND (1643)'.
Description sommaire et exacte des mœurs de ses habitants, de son excellent climat et de ses productions et Exposé désavantages que présenteraient les plantations que nos compatriotes pourraient y faire avec toute facilité et un plein succès.
Ouvrage dédié à l'honorable John Bond, gouverneur de l'Ile de Madagascar, dont les préparatifs faits en vue de cette expédition, ont reçu l'approbation du Roi et du Parlement a.
Imprimé à Londres pour Nicolas Bourne, afin d'être vendu en sa boutique qui est située à l'entrée Sud de la Bourse Royale, 1643.
X L'HONORABLE JOHN BOND, GOUVERNEUR ET CAPITAINE GÉNÉRAL DE MADAGASCAR.
Un homme vulgaire ne saurait s'illustrer par de grandes actions, car l'homme, quand il n'a pas de vertus éminentes, ne prend guère dans la vie d'autre guide que son intérêt personnel. Le projet que vous avez conçu témoigne de la grandeur de vos pensées, qui sortent des étroites limites ordinaires. Au temps glorieux où ils vécurent, les Romains, qui n'ont cessé d'être un objet d'envie pour tous les siècles suivants, ont envoyé leurs meilleurs généraux A la découverte des pays lointains et notre île elle-même a eu l'honneur d'être envahie par l'illustre César. A cette époque, notre population était plus divisée que ne le sont aujourd'hui les habitants de l'Inde, et nous n'avions pas comme eux de nombreuses forteresses et beaucoup de vaisseaux; mais, avec le temps, nous avons amélioré notre condition et nous avons atteint à la puissance dont nous nous
1. Ce second factum de Walter Haraond contient un certain nombre de passages déjà publiés dans son Paradox de 1640. — Voir plus haut, p. 1-29.
2. M. Alex. R. Grosart a donné, dans The Leisurc Hourdxi 27 mars 1876, une note (reproduite dans VAntananarivo Annual de 1876, p. :»I-5f>) où il résume ce factum de Walter Hamond, au sujet duquel, dit-il, il n'a pu trouver aucun renseignement, pas plus du reste qu'au sujet de John Bond, le « Gouverneur et Capitaine-général de l'île de Madagascar ».
glorifions à juste titre. Le bel et noble exemple qu'a donné César doit être pour vous aujourd'hui un encouragement; j'ai la certitude que la conquête de l'île de Madagascar, qui est si étendue et si fertile, vous récompensera grandement de toutes vos peines et que vous en retirerez de la gloire.
Avant même de mettre à la voile, vous avez essuyé une rude tempête, et votre flotte, avant d'être en mer, a couru les risques de naufrager. Mais l'opposition qu'on vous a faite a tourné à votre avantage, et ceux qui croyaient ruiner votre expédition, lont au contraire exaltée et élevée à une hauteur telle que . l'envie ne peut plus s'y attaquer et qu'elle ne peut plus être remise en question. Après un ample débat, le parlement a reconnu combien la faveur que vous témoigne Sa Majesté était justifiée et honorable pour le Royaume et il a en quelque sorte apposé, par son approbation, un second sceau sur le brevet que le Roi vous a octroyé.
Permettez-moi de vous offrir cette modeste esquisse de l'Ile
qui est le but de votre entreprise. Quoique la toile en soit
grossière et les couleurs peu brillantes et mal réparties, mon
tableau mérite cependant que vous lui fassiez un bon accueil,
car je l'ai peint d'après nature, ayant été témoin oculaire de ce
que je représente. Cette lie agréable et fertile m'a laissé des
souvenirs tels que j'ai l'ambition de quitter mon pays natal et
de vous suivre là-bas, si toutefois vous daignez admettre en
votre compagnie un homme qui est, Monsieur, très dévoué à
votre personne et au service de l'État,
Walter Hamond.
au lecteur.
En Angleterre, nous sommes entourés de tous côtés par la mer; mais l'art a corrigé cette imperfection et, grâce à l'in-
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vention de la navigation, nous nous en sommes affranchis et nous entretenons des relations avec les contrées les plus lointaines. Il n'y a pas un seul endroit qu'éclaire le soleil où nous n'ayons droit de cité, et c'est avec respect ou avec terreur que les nations les plus éloignées prononcent notre nom. Nos voisins nous reprochent avec dédain d'être des « insulaires », et cependant nous avons étendu le champ de nos conquêtes sur les divers continents, sans compter que nous sommes devenus les principaux maîtres de l'élément qui nous emprisonne. Les découvertes et les succès de nos ancêtres ont fait naître en nous le noble désir de les imiter, et le capitaine Bond, à qui j offre cette courte description de Die de Madagascar, comme File elle-même s'offrira bientôt à lui, je l'espère, suit aujourd'hui leurs traces glorieuses et méritera certainement dans l'histoire à venir des éloges tout aussi grands.
En effet, si nous faisons rénumération des richesses de Madagascar, richesses tant naturelles qu'industrielles, nous verrons que cette tle procurera de très grands bénéfices aux colons qui s'y établiront, car elle fournit des produits qu'aucune autre contrée ne possède et, si nous envisageons la salubrité de son climat et la fertilité de son sol, elle promet aux planteurs santé et joie; quant au caractère des habitants avec lesquels nous aurons à traiter, nous savons par expérience que, bien qu'ils ne soient pas civilisés comme nous, ils sont purs et innocents comme les premiers hommes.
En un mot, il s'agit d'une terre qu'on peut comparer à l'Eden, terre fort agréable dont le sol, très fertile, ne demande pas qu'on le féconde par le travail, dont les habitants se rapprochent, dans une certaine mesure, d'Adam, allant nus sans péché et innocents non point par suite de pratiques vertueuses qui leur ont été imposées de force, mais par ignorance du mal, où, enfin, les
animaux sont aussi doux et aussi serviables pour l'homme qu'avant sa faute. Mais ce qui nous encourage d'une manière toute particulière à entreprendre cette honorable conquête, c'est que la nature a rais dans les âmes des indigènes une affection extraordinaire pour notre nation; le respect avec lequel ils nous accueillent est garant du triomphe facile qui nous y attend. Ce n'est pas que nous voulions asservir ces hommes, quoique la conquête en soit facile, mais, en les instruisant dans la religion et dans les arts, nous leur paierons très suffisamment les richesses que nous prélèverons sur leur pays. Du reste, quel que soit l'heureux sort que nous réserve la fortune, Tes habitants de Madagascar le partageront avec nous et peut-être même récolteront-ils avant nous les avantages que nous tirerons de leur île.
Car ce qui fera notre richesse ne les appauvrira nullement, et leur trésor ne sera pas diminué par ce que nous leur prendrons. Les objets, en effet, ont la valeur que leur donne la mode et, tandis que nous attribuons un prix considérable, par exemple, à l'or et aux pierres précieuses, les habitants de Madagascar n'y attachent au contraire aucune importance, mais ils apprécient grandement nos verroteries et autres babioles qui à nos yeux sont insignifiantes.
Ce qui doit nous engager à tenter la conquête de Madagascar, c'est que nous n'y allons pas pour planter, mais pour récolter. Au lendemain de notre arrivée, nous pourrons moissonner immédiatement, tant sont nombreux et précieux les produits qui attendent notre bon plaisir et qui se perdent en l'absence d'hommes de bon sens sachant utiliser ce que la nature distribue si libéralement.
En un mot» je puis le dire avec plus de vérité qu'on ne le disait de Thèbes, le soleil, dans toute sa carrière, n'éclaire pas de pays plus riche ni plus agréable que l'Ile de Madagascar.
DESCRIPTION COURTE ET TRÈS VÉRlDKjl'E DE LA RICHE ET FLORISSANTE ILE DE MADAGASCAR.
Description générale de Madagascar. — Madagascar, comme on Tappelle généralement dans tous nos livres et sur toutes nos cartes, quoique ses habitants lui donnent un autre nom. est une lie située au Sud de l'Equateur. Elle s'étend du Nord au Sud, du 12e au 26° degré de latitude, et a par conséquent une longueur de 14 degrés, c'est-à-dire de 280 lieues ou de 840 milles anglais. C'est la plus grande Ile connue du monde. A l'Ouest, il y a le continent d'Afrique, au Nord les lies de Comoro (lies Comores), à l'Est l'île de Maurice et au Sud l'Océan immense.
Baie Augustin [baie de Saint-Augustin]. — C'est dans Tune des baies de cette Ile, la baie d'Augustin [baie de Saint-Augustin], que les navires anglais à destination de l'Inde s'arrêtent d'ordinaire, aussi bien à l'aller qu'au retour, pour y prendre du bois, de l'eau et d'autres provisions et surtout pour donner du repos aux malades de leurs équipages et leur permettre de se guérir; le séjour le plus long qu'on y fasse n'est, d'ordinaire, que de cinq ou six jours, et, au bout de ce temps, les malades sont parfaitement rétablis. Cette baie se trouve sur la côte Ouest de l'île, par 23° de latitude, sous le tropique du Capricorne.
Nous y sommes arrivés le premier juillet de Tannée 1630, à bord du Charles et du Jonas que commandait en chef le capitaine Weddell. Nous y avons séjourné jusque dans les premiers jours du mois d'octobre, consacrant ces trois mois à visiter la côte et à étudier les mœurs et le caractère des indigènes.
L'île est basse et plate du côté de l'Est, où il y a de nombreuses et grandes criques. A l'Ouest, le pays est plus accidenté
et plus boisé ' ; dans les vallées, qui sont arrosées par de nombreuses rivières navigables, il y a de vastes pâturages. Le sol y est généralement formé d'une terre rouge; j'ai remarqué que la plupart des roches et des pierres étaient du marbre blanc[!].
Nous sommes arrivés dans la baie d'Augustin [baie de Saint- Augustin] au cœur de l'hiver, car le soleil se trouvait alors dans le tropique du Cancer, et nous y avons cependant trouvé les plantes et les arbres en pleine verdure, tout chargés de fruits de diverses sortes. L'air était si tempéré et si sain que, bien qu'il soit souvent arrivé à nos gens de coucher sur la terre nue, nous n'avons pas eu un seul malade pendant tout le temps de notre séjour, comme plusieurs personnes peuvent l'attester.
Pour décrire les arbres, les plantes et les fruits de Madagascar et en détailler les propriétés, il faudrait plusieurs volumes et non les quelques pages d'une courte notice; du reste, je ne serais pas en état de mener à bien une semblable tâche, car Dieu a donné à chaque pays et à chaque climat des plantes et des fruits particuliers, qui sont pour la plupart inconnus des habitants des autres pays. Cependant, il y en a quelques-uns que nous connaissons et que je vais indiquer. Les forêts renferment de nombreuses essences bonnes pour faire des mâts et des planches ainsi que pour tous les travaux de charpente. La principale de ces essences est le tamarinier, qui s'y trouve en abondance et dont nous avons débité en planches quelques-uns ayant quatre pieds de diamètre; l'ébène, tant blanche que noire, y est très abondante, ainsi que des arbres dont le bois, qui est rouge et très dur, ressemble au bois dit du Brésil et sert aux indigènes pour fabriquer le manche de leurs sagayes; j'en ai rapporté des spécimens. Il y en a dont nos gens se sont servis