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.es Anglais qui viennent quelquefois ici disent, au
, ue c'est leur capitaine qui eut la tête tranchée par
ief de Saint-Augustin. La plage où était, dit-on, bâti
>attue par la pleine mer qui y déferle constamment,
endroit, la côte est très haute, de sorte que, d'après
Haine, il n'y peut pas mouiller de navires.
n'avons rencontré à Madagascar aucun Européen, si ce
'ortugais dont nous avons déjà parlé plusieurs fois et
pelle Antony Fery. Il est arrivé dans la baie de Saint-
n, il y a cinq ans, à bord d'un navire portugais qui s'y
à la côte. Des 130 personnes qui se trouvaient sur le
, il était resté seul à Saint-Augustin; les autres avaient
u bien avaient été emmenés ou s'en étaient allés dans
ieur. Ni les Portugais, ni les Africains [Arabes de la côte
taie d'Afrique] ne fréquentent les côtes de Madagascar
au Sud que les Baixos Pracel [les îles Stériles].
Xous n'avons pu avoir aucunes nouvelles des navires retour-
t de l'Inde en Europe » (Dagh-Register int Casteel Bâta-
, 1664, pp. 211-216).
QUATRIÈME ÉTABLISSEMENT DES HOLLANDAIS DANS L'ILE MAURICE*, de 1664 À 1710.
1° Nouvelle prise de possession de l'île Maurice en 1661 '. — Une lettre du commandant du Cap, Zacharias Wagenaer, écrite en conseil du Fort de Bonne-Espérance, dit : « Conformément aux ordres de Messieurs les administrateurs de la Compagnie
1. Quelques habitants du Cap avaient déjà (à la An de 1063 ou au commencement de 1664) tenté de partir pour Maurice avec leurs familles, mais cette tentative fut ajournée par ordre de « Messieurs les Seigneurs » {Dagh-Register, 1664 [Batavia, 29 avril], p. 144).
hollandaise des Indes contenus dans une lettre du 22 septembre 1663, la petite flûte Waterhoen portera à l'Ile Maurice, dont elle prendra de nouveau possession, le comptable Jacobus van Niewlandt, qui vient d arriver ici au Cap avec le navire Brederode, et dix ou douze hommes, ainsi que du riz et d'autres provisions, pour un an au moins1.
Une autre lettre de Wagenaer, datée du 24 mai 1664, dit que le Waterhoen est parti du Gap le 20 mai pour Maurice et ensuite pour Madagascar (Dagh-Register gehouden int Casleel Batavia, 1664, pp. 259 et 285).
Une lettre emportée de Batavia par le yacht le Kalff, qui est parti le 25 octobre 1664, dit entre autres choses : Maurice n'a pas autant d'importance que le Cap de Bonne-Espérance et, par conséquent, les frais occasionnés par cette île ne doivent nullement être compris dans les charges de la Compagnie {Dagh Register, 1664, p. 464). — Le 14 décembre 1664, il est ordonné d'envoyer un navire visiter les iles situées à l'Est de Maurice afin d'y rechercher les navires manquants (/oc. c?7.,1664,p. 552).
2° Nous avons dit plus haut, pp. 285-286, qu'après la mort du gouverneur Adriaan Nieuland, l'île Maurice avait été évacuée pour la troisième fois, probablement vers 1663. L'année sui-
1. Voici ce que, dans son Histoire de l'Afrique du Sud, (ieorge Me Call Theal dit au sujet de ce nouvel établissement des Hollandais à Maurice : « Les administrateurs de la Compagnie hollandaise des Indes, craignant qu'une puissance étrangère s'établit à Maurice, donnèrent, le 24 août 1663, au gouverneur du Cap de Bonne-Espérance Tordre d'envoyer une douzaine d'hommes l'occuper. C'est le 26 juin 1604 que Jacobus van Nieuwland, le nouveau commandant de l'île, y débarqua. Maurice est resté en possession de la Compagnie jusqu'au 25 janvier 1710 et fut, pendant toute cette période, sous la dépendance du gouverneur du Cap (a). Son histoire ne peut plus être séparée de celle de l'Afrique du Sud » (History of South- Africa, 1. 1, pp. 155-159, 186, 195-196 et 241 ; t. II, pp. 31, 51 et suiv.).
(a). De 1679 à 1691, le gouverneur du Cap a été Simon van der S tel, fils du second gouverneur de Maurice.
vante, en 1664, l'enseigne Dirk Janszoon [Janszen] Smieftt fut nommé gouverneur1.
En 1668, il fut remplacé par Georg Frederik Wreede, dont la conduite fut si déréglée qu'il fut l'objet de nombreuses plaintes. Il se noya deux ou trois ans après2.
Ensuite, vint le sieur Hubert Hugo ', qui quelques années auparavant avait croisé dans la mer Rouge à bord d'un corsaire français, Y Aigle noir. Entré ensuite au service des Hollandais, il séjourna quelque temps à Surate, puis il vint avec sa femme à Batavia, d'où il fut envoyé en 1671 à Maurice comme gouverneur; il conserva ce poste jusqu'en 1677 \
. 1. En 1665, le gouverneur du Cap de Bonne-Espérance a envoyé à la fin d'avril le houcre Quickstaert et à la fin de juin le Pimpel approvisionner lile Maurice. Ce dernier avait ordre d'être de retour au Cap en novembre [Dagh-Reyister gehouden int Casteel Batavia, 1665 [Batavia, 29 avril et 16 août], p. 91 et pp. 220 et 342).
2. Le 26 septembre 1670, le Grundel est parti du Cap de Bonne- Espérance à destination de l'île Maurice, avec l'ordre de toucher en revenant à la baie d'Osmedos de Sura (Dagk-Register gehouden int Casteel Batavia, 1670-1671 [Batavia, 9 décembre 1670], p. 220).
3. Ce sieur Hugo a présenté le 26 janvier 1664 à Louis XIV un Mémoire sur l'utilité que présenterait la fondation d'une colonie à Madagascar, Paris, Arch. colon., Corresp. Madag., carton I, pièce 5 (publié dans le Bull. Soc. Études colon, et marit., 1893, pp. 5-25).
4. Le soir du 2 août 1673, est parti de Batavia pour l'île Maurice le petit yacht Wiltenburgh avec une lettre pour le commandant Hubert Hugo et le Conseil de Maurice, lettre datée du lor août.
Ce yacht a emporté pour cette île les articles suivants : 3 paquets de vêtements et 2 caisses de savon; 10 livres de mercure; 40 bottes de rotin pour lier; 1 caisse avec des chapeaux et 1 balle de toile à voile; 1 caisse de papier; quelques vêtements, des bas, etc.; 6 roues de cordage [cordages roulés en rond]; 30 bottes de lusin et de merlin [cordage plus ou moins menu, composé de 2 et de 3 fils de caret]; 1 horloge en métal; 2 ooghysers [?]; 6 leggers [grosses futailles] d'arak et 1/2 mesure d'arak apy [arak anisé (?)'; 1/2 mesure de vin d'Espagne; 2 aams [barriques de 150 litres environ] d'huile de coco; 2 piculs [250 livres] de cire; 4 demi-aams [demibarriques de 75 litres environ] d'huile d'olive; 2 demi-aams d'eau -de vie; 1/2 last [charge de 2 000 livres] de froment; 33 piculs [4125 livres] de sucre noir; 4 charges [8 000 livres] de sel; 8 charges 1/2 [i 700 livres] de riz et 50 bottes de paddy [riz en paille]; 1 caisse de médicaments et
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Hugo fut remplacé par le sous-commissaire Isaac Johannes Lamotius [ou Lomotius], qui resta à Maurice quinze ans, c'est-àdire jusqu'en 1692. Il consacra vingt et un jours à reconnaître Tétendue de Maurice, faisant chaque jour, le long du rivage, des marches de trois à six milles; il a calculé que l'île mesurait soixante milles de tour.
1 soufflet neuf; plus, pour être plantés : 1 tonneau de vieux pienangb [?]; 100 jeunes cocotiers; C baquets de noyaux de divers fruits. Le XMltenburgh est revenu de l'Ile Maurice à Batavia le 14 janvier 1C74, rapportant seulement : 501 cuirs tannés; 1 horloge de métal; 34 livres d'ambre noir; 1G pièces de bois de charpente assorties; 1 grande planche d'ébène rouge, le tout valant 1 568 flor. 9 : 3 [environ 3 150 francs].
Ce yacht a apporté en même temps une lettre et divers papiers du commandant Hugo et du Conseil de Maurice, datés de la fin de novembre [1673]. A cette époque, tout allait assez bien dans l'Ile; on manquait seulement d'hommes et de femmes pour la culture (a) (Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia, 1673, p. 209, et 1674, p. 10). — La petite flûte VHeUna est partie le 9 novembre 1674 de Batavia pour Maurice (6), avec des lettres et des papiers pour le commandant Hugo et pour le Conseil de l'île et avec les articles suivants : 611 livres d'alun; 150 pièces de gony du Bengale [étoffe très grossière pour sacs]; 1 balance en fer; 1 000 livres de fer; 1 caisse de papier et d'articles de bureau; 12 livres de cannelle; 1 legger [grosse futaille] de vinaigre ; 1/2 legger d'arak anisé; 20 piculs [2 500 livres] de sucre noir; 12 charges [2 400 livres] de riz brun ; 2 000 livres de fer en barres; 2 fûts de poix; 2 fûts de goudron; 2 câbles; 2 vieilles voiles; 100 bottes de rotin de Java pour lier; 1 horloge; 1 récipient de craie de Timor; 50 pièces de très gros bambou; 30 baquets en bois avec des plants divers; 200 livres d'étain de Malacca; 200 noix de coco pour planter 3/8 charge [750 livres] de froment de Surate.
Cette flûte a été de retour à Batavia le 11 mai 1675, rapportant de Maurice les objets suivants, en retour non taxé : 506 billes d'ébène noir et
(a). Pour augmenter le nombre des travailleurs a Maurice, on y transportait quelquefois de Batavia des condamnés. Dans le Dagh-Hegisler (1674, p. 65), on lit ce passage : • Deux serfs du commissaire Johannes Bruyning sont condamnés le 28 février 16*4 & être fouettés, marqués au fer et exilés à Maurice pour vingt-cinq ans... et, le même jour, ont été également condamnés à être fouettés un homme et deux femmes esclaves pour s'être sauvés, l'homme devant en outre avoir une oreille coupée et la joue droite marquée au fer rouge et être exilé à Maurice, sans salaire pendant douze ans -.
(6). Quelques jours après le départ de YHelena, le 25 novembre 1674, est arrivée à Batavia la flûte le Marken, qui avait été expédiée du Cap de Bonne- Espérance à Maurice, mais qui n'avait pu y aborder et avait été poussée jusqu'à la Sonde; elle portait une lettre du 20 août 1674 du gouverneur du Cap, Isbrand Goske, et de son Conseil au commandant de l'Ile Maurice, Hubert Hugo {bagh- Begister, 1674, p. 322;.
Il fut remplacé en 1692 comme gouverneur par Roelof Diodati, qui était sous-commissaire, et, le 12 février 1693, il partit pour Batavia sur la flûte le Duif. Diodati resta à Maurice jusqu'à la fin de 1703, époque à laquelle il retourna à Java avec sa femme, qui y mourut le 6 mars 1704. Il fut, depuis, gouverneur au Japon où il est mort en 1721.
Abraham Mommer van de Yelde, qui avait été le second de Roelof Diodati à Maurice, lui succéda comme gouverneur de cette Ile; il y demeura jusqu'en 1710, époque à laquelle la Compagnie hollandaise des Indes Orientales jugea bon de l'abandonner et fit revenir tous les colons à Batavia, où Mommer mourut le 29 juin de cette année \
rouge; 118 livres de tabac roulé de Maurice, comme échantillon; 1 pot de beurre de Maurice ; 1 fauteuil en ébène rouge ; 70 peaux de bouc préparées, en caisse; 20 mousquets; 20 épées; 2 couvercles en cuivre et 1 serpentin pour distillerie; 12 planches en ébène et 23 tonnelets de poudre avariée. Elle apportait aussi une lettre d'Hubert Hugo, datée de mars, où le commandant se plaignait que le pays fût désert, sans habitants et désagréable et que la moisson eût souffert des ouragans et de la pluie (a).
Le houcrele Brantgans est arrivé à Batavia de Maurice le 17 décembre 1675, apportant : 405 billes d'ébène noir et 20 d'ébène rouge ; 1 caisse contenant 12 chaises en ébène ; 1 pièce de bois puant d'anagyre (6), 2 fûts de fèves; 357 pièces de cuir blanc et 337 pièces de cuir gris, en 2 caisses (Dagh-Registcr gehouden int Casteel Batavia, 1675, p. 124 et p. 342).
1. Le 23 septembre 1721, le chevalier de Fougeray, trouvant qu'il serait avantageux pour la Compagnie française des Indes de posséder Maurice, en prit possession (c). Il dressa un poteau haut de 40 pieds, auquel il attacha un drapeau blanc et l'inscription suivante :
Vivat Ludovicus XV, rex Galliarum et Navarœ!
In œternum vivat!
Hanc ipse insulam suis dictionibus voluit Adjungi, illamque jure vindicatam in Poste ru m insulam francicam nuncupari.
(a). Une lettre postérieure (du 25 août 1675), arrivée à Batavia le 24 octobre, dit qu'il ne s'est produit depuis le mois de mars aucune amélioration dans la culture, ni dans l'exploitation du bois d'ébène {Dagh-Register, 1675, p. 285).
(6) VAnagyris fœtida ou • bois puant » est un arbrisseau de la famille des Légumineuses.
(c). C'est en 1710 que les Hollandais ont abandonné Maurice; c'est en 1715 que M. du Fresne, capitaine d'un navire du Roi de France, arriva dans le port
Les employés qui se trouvaient à Maurice en Tannée 1704 ' et suivantes, étaient au nombre de quarante-huit; la garnison se composait de cinquante hommes et Ton comptait de vingt à trente familles de colons, dont plusieurs sont allées se fixer au Cap de Bonne-Espérance, lorsque la Compagnie abandonna définitivement cette île *.
In gratiam honoremque tanti principis, lstud vexillum nlveum extulit Joannes Raptista Garnier de Fougeray, Dux Navis dicta? « le Triton », ex urbe San Maclovio oriundus, in minori Brilannia, Cura ipse hue appulerit, die 23 sep te m bris. Eodem anno, in Galliam navigaturua, Deo favente, anchoras solvit (a),
A une portée de canon de cette place, il érigea une croix sur les bras de laquelle il Ht inscrire d'un côté : Garnier de Fougeray de Saint-Malo, commandant le Triton, avec les armes de France, et, de l'autre côté, le distique suivant :
Lilia fixa Crucis capite mirare sacratœ Ne stupeas; jubet hic Gallia s tare crucem (6). 29 oc t., anno 1721.
(Baron Grant, The History of M'iuritius, 1801, p. 28-29, note, et Magon de Saint-Elier, Tableaux historiques, politiques et pittoresques de nie de France, Port-Louis, 1839, p. 51).
1. Valentyn, l'auteur du livre d'où est tiré ce passage, était à Maurice cette année 1704.
(2) Nous croyons qu'il est intéressant de donner ici le récit suivant où le capitaine le sieur de la Merveille raconte sa relâche h l'île Maurice :
« [Partis de Moka le 20 août 1709], nous trouvant le 18 septembre à l'Ouest des Maldives, nous avons rencontré un navire d'Amsterdam armé de 44 canons, nSus l'avons attaqué et, après une assez bonne défense,
du Nord-Ouest [Port-Louis] et, ayant arboré le pavillon blanc, donna à cette ile le nom d'Ile de France. M. de Beauvilliers, gouverneur de l'île de Bourbon de 1715 à 1121, en envoya prendre possession et M. de Fougeray y fit le premier établissement français en 1721. Le 11 octobre de cette année, M. de Nyon en fut nommé gouverneur et il y est arrivé en janvier 1722. Cette île a été cédée au Roi par la Compagnie des Indes en août 1764.
(a). Vive Louis XV, roi de France cl de Navarre! Puisse-t-il vivre à jamais! c'est lui qui a donné l'ordre d'ajouter cette Ile à ses domaines et de l'appeler à l'avenir I'Ile de France, aussi ce drapeau blanc a-t-il été arboré en l'honneur de ce grand prince par Jean-Baptiste Garnier de Fougeray, capitaine du navire le « Triton -, originaire de la ville de Saint-Malo, qui a abordé en ce lieu le 23 septembre 1721 et qui en est reparti le 3 novembre de la même année pour, avec la grâce de Dieu, retourner en France.
(b). Ne soyez point étonné de voir des lis fixés au haut de la Sainte Croix, puisque c'est la France elle-même qui Ta fait élever.
Ces colons ont pourtant regretté Maurice et beaucoup d'entre eux, devenus acquéreurs de métairies de huit à vingt mille florins [de 16800 à 42 000 francs], ont déclaré qu'ils les quitteraient volontiers pour retourner à Maurice où la vie, selon eux, était douce et agréable, où ils avaient, disaient-ils, trouvé
nous nous en sommes rendus maîtres. Sa cargaison valait plus de 200 000écus; il y avait plusieurs caisses d'argent et des lingots d'or. Nous le menâmes à l'île Maurice afin de débarquer l'équipage.
« Dès que nous vîmes cette ile, nous en approchâmes et rangeâmes sa côte à une demi-lieue. Nous aperçûmes presqu'au bord de la mer un petit bâtiment en pierres blanches ayant la forme d'une chapelle, ce qui nous fit juger qu'il y avait là des habitants. Continuant notre route, nous vîmes peu de temps après les montagnes marquées dans notre Miroir de la Mer, à la hauteur desquelles devait se trouver le meilleur havre de File, appelé le Port de Peterbothed [Pieter-Botte]; nous mouillâmes à trois quarts de lieue et on mit les chaloupes et les canots dehors pour aller le reconnaître.
« Nos gens, bien armés, descendirent à terre et, ayant trouvé un troupeau de bœufs sauvages, ils en tuèrent deux et les portèrent à bord du navire de M. de Champloret, qui nous en fit part. Les matelots avaient pris de fort beau poisson, qui se trouva excellent; ce qui nous fit bien augurer du pays en général, pour y faire notre relâche. Nous tirâmes de notre navire trois coups de canon pour appeler les habitants, mais personne ne parut.
« Le lendemain matin, on renvoya les chaloupes à terre pour tâcher de retrouver les bœufs ou d'autres animaux, ce fut assez inutilement; mais on fit une meilleure découverte, car nos gens trouvèrent un chasseur hollandais avec une meute de chiens; on l'amena à bord; ses chiens firent un terrible bruit sur le rivage, où ils l'attendirent deux jours entiers, criant presque toujours après lui.
« On apprit de ce Hollandais que lui et un autre chasseur que nos gens n'avaient pas vu demeuraient dans une habitation proche de la maison blanche que nous avions prise pour une chapelle ; qu'ils appartenaient au gouverneur hollandais de l'île, lequel leur donnait une piastre pour chaque douzaine de peaux de cerfs qu'ils lui apportaient; qu'ils avaient pour toute arme un bon couteau, dont ils se servaient, après que les chiens avaient forcé le cerf, et qu'ils leur donnaient la chair à manger, ne gardant que la peau, laquelle était ensuite passée au chamois. Ils étaient partis au lever du soleil pour chasser et ils n'avaient point entendu notre canon.
« Là-dessus, on trouva bon de faire deux choses : la première, de renvoyer le lendemain matin cet homme avec une lettre pour le Gouverneur, par laquelle on lui demanderait, en payant, des vivres et des rafraîchisse-
iii. 21
tout ce qu'ils pouvaient souhaiter et où ils possédaient de jolies habitations, de beaux vergers, des champs magnifiques et des bestiaux qu'ils avaient dû abandonner à cause de l'impossibilité qu'il y avait de les emporter.
L'obligation de tout recommencer à nouveaux frais fit mourir
me nts, tant pour nous que pour les Hollandais dont nous avions pris le vaisseau, sans quoi ils ne pouvaient manquer de souffrir extrêmement, lui promettant de lui rendre les prisonniers. On résolut aussi que ce chasseur, que nous avions empêché d'avoir dans le vaisseau aucun entre* tien avec les Hollandais de notre prise, serait conduit par dix de nos soldats jusqu'au lieu où il trouverait son camarade ; que de là il poursuivrait son voyage vers le gouverneur, nous laissant son camarade en otage jusqu'à son retour, s'il n'aimait mieux revenir lui-même au vaisseau et faire partir l'autre avec la lettre.
« Tout cela fut fort bien exécuté, car le canot revint le soir même, nous amenant le second chasseur jusqu'au retour de l'autre avec la réponse du gouverneur. Nous apprîmes de lui que les Hollandais ne faisaient presque plus cas de l'Ile Maurice depuis qu'il ne s'y trouvait plus d'ambre gris et que le bois d'ébène se vendait mal en Hollande; que d'ailleurs les récoltes de riz manquaient depuis longtemps par suite d une extrême sécheresse, sans compter qu une multitude infinie de singes [Macacus sinicus] et de rats détruisait tout. Il nous dit aussi que, du côté où nous étions mouillés, il y avait beaucoup de cerfs et de cabris, et que, de l'autre côté de l'île, au delà des montagnes, on trouvait force sangliers [cochons marrons] qui faisaient un tel dégât qu'on avait depuis peu ordonné une battue générale pour les détruire et que, les habitants s'étant assemblés, on en tua en un jour plus de 1500. Cet homme nous dit enfin qu'il ne restait plus dans cette île qu'environ 80 Hollandais et qu'un navire de la Compagnie, qui était passé il y avait deux ans, avait apporté au gouverneur un ordre de les transporter avec leurs familles à Batavia et qu'on attendait à tout moment le navire qui devait les y emmener.
« Ce même jour-là, nous entrâmes avec, deux de nos vaisseaux dans le port de Peterbothed [Pieter-Bottej, après l'avoir fait sonder et avoir envoyé les canots de nos prises à la pointe des bancs qui sont à craindre. Les autres navires entrèrent le lendemain et, le jour d'après, notre chasseur revint avec une lettre du gouverneur et un présent de fruits du pays, oranges, citrons, patates, etc. La lettre portait qu'à la rigueur il pouvait ne nous rien fournir à cause de la guerre ouverte entre nos deux nations et qu'il était en état de se défendre, si nous entreprenions de l'insulter; que néanmoins, en considération des serviteurs de la Compagnie de Hollande, nos prisonniers, il nous enverrait des chasseurs qui pourraient nous fournir de cerfs et de cabris, s'excusant de ne pas envoyer de bœufs, n'en ayant que
de chagrin beaucoup de ces malheureux. C'est le plus grand éloge qu'on puisse faire de l'île Maurice et c'est ce que nous avons de plus important à en dire (François Valentyn, Beschryving vant Nederlandsch Comptoir op de Kust van Malabar en van onzen handel Japan, mits gaders een Beschryving van Kaap
pour sa subsistance, outre qu'il était presque impossible de les conduire de si loin à travers les bois; que, quant aux légumes et autres semblables choses, nous en trouverions fort aisément.
« Sur cette réponse, nous résolûmes de lui envoyer un présent. Un lieutenant qui savait le hollandais et l'écrivain de M. de Champloret en furent les porteurs. Il y avait, du lieu où nous étions mouillés, sept lieues à faire pour aller par terre au port et à la forteresse où demeure le gouverneur. Ils trouvèrent en chemin une petite rivière qu'ils passèrent, audelà de laquelle ils le recontrèrent escorté de 25 hommes bien armés. Nos gens furent bien reçus de lui et régalés en ce lieu-là même de viandes froides; ils burent de la bière et de la ponche [punch], qui est une boisson faite d'un tiers d'eau-de-vie et deux tiers d'eau, avec du citron, du sucre et de la muscade.
« Le gouverneur les mena au fort, où il leur donna fort bien à souper; la gouvernante fut de ce repas. Le lendemain, il les expédia, en faisant porter avec eux quantité de fruits et d'autres rafraîchissements. A leur retour, nous fîmes assembler les officiers hollandais, qui écrivirent eux-mêmes à ce gouverneur pour lui représenter que deux ou trois cerfs par jour, c'était bien peu de chose pour les équipages de quatre vaisseaux. Le gouverneur envoya tout aussitôt le lieutenant de la garnison, qui vint nous faire des compliments de sa part et visiter les officiers hollandais et qui nous amena deux chasseurs de plus; nous eûmes alors quatre ou cinq cerfs par jour.
« M. de Champloret et moi et quelques officiers, tous bons tireurs, nous allâmes aussi à la chasse et nous fîmes assez de chemin sans rencontrer les bœufs à qui nous en voulions principalement. Nous nous partageâmes en deux troupes pour parcourir les deux côtés de la montagne qui était fort haute et tâcher de tuer du moins quelques cerfs et des cabris, mais il nous fut impossible de les approcher; nous eûmes seulement le plaisir d'en voir un grand nombre. On domine du sommet de cette montagne toute la côte qui est toute couverte de bois.
« Nous redescendîmes dans la plaine, marchant toujours à l'ombre, et nous rejoignîmes nos gens qui, étant descendus par un autre côté, avaient trouvé un grand étang dont l'eau était très bonne ; un ravin assez profond s'y dégorge et sa décharge se faisait à la mer, qui, en cet endroit-là, forme un bras s'avançant tout contre l'étang.
« Celte découverte nous dédommagea de notre rude et inutile chasse, et nous choisîmes ce lieu pour faire notre aiguade ; les eaux y sont d'une
dera Goede Hoope erit eyland Mauritius [Histoire du Comptoir hollandais au Malabar et de notre commerce au Japon, ainsi que C Histoire du Cap de Bonne-Espérance et de Vile Maurice], t. V, 2e partie, 1726, pp. 155-156).
qualité si parfaite qu'elles ne se sont jamais gâtées pendant notre traversée de l'île Maurice en France qui a duré près de cinq mois.
«< Toute notre chasse se borna à quelques pigeons rougeâtres [Nesœnas Meyerî] qui se laissent tellement approcher qu'on les assomme facilement à coups de pierres. Je tuai aussi deux chauves-souris d'une espèce particulière [roussettes (Pteropus)], de couleur violette avec de petites taches jaunes, ayant une espèce de crampons aux ailes, par où cet oiseau [ce mammifère] se pend aux branches des arbres, et un bec de perroquet [f . Les Hollandais disent qu'elles sont bonnes à manger et que, en certaine saison, elles valent bien nos bécasses. Enfin, nous vimes des chats devenus sauvages, qui ont été apportés dans l'Ile pour tâcher de détruire les rats dont il y a une très grande quantité.
« En tirant vers le bord de la mer, nous trouvâmes, à côté d'un petit ravin, un fort beau tombeau de pierre taillée, couvert d'une table de marbre avec une inscription qui nous apprit que c'était le tombeau de la femme d'un général hollandais, morte en cette tle en allant aux Indes. Avant que de nous embarquer, nous mangeâmes sur le rivage d'excellentes huitres, ce qui acheva de nous remettre de notre fatigue.
« J'allai à bord du navire de M. de Champloret, où nous délibérâmes sur le carénage de nos vaisseaux qui en avaient un extrême besoin, outre que la doublure était peut-être endommagée par les vers. Je crus que l'ile Sainte-Marie, éloignée seulement d'une lieue de Madagascar et qui a environ vingt lieues de circuit, nous serait de toutes manières plus commode pour cette manœuvre; M. de Champloret, au contraire, fut d'avis de caréner au port où nous étions, malgré la disette de vivres et les autres incommodités. Je ne voulus point m'opposer à son avis et, pendant qu'on travaillait, je fus me promener à la maison blanche, où je vis un très bon port et au pied du coteau, quelques huttes, qui avaient apparemment servi à des vaisseaux qui y étaient venus mouiller. Nous y déjeunâmes dans l'intention d'aller aussi voir l'habitation de nos chasseurs hollandais. Nous poursuivîmes donc notre chemin à travers les bois dont les arbres sont propres à diverses teintures; au reste, nous sentions par intervalles une très forte odeur de clous de girofle, quoique cette île n'en produise point, ce qui venait, à ce qu'on nous dit, d'une certaine plante qui croit à la hauteur de deux ou trois pieds et qui a le même goût et la même odeur que le clou; on me la montra et j'en fis moi-même l'épreuve.
« Après avoir passé un grand ruisseau sur de grosses pierres de marbre, nous arrivâmes au logement des Hollandais, qui est assez agréable et environné de cinq autres maisons, dans lune desquelles est tout le
3° Lorsque les Hollandais se sont établis à Maurice, les Drontes (Didus ineptus), les Poules à bec de bécasse (Aphanapteryx Broeckii), les Tortues de terre gigantesques, etc., y étaient encore abondants; mais, si Ton sait par le Journal manuscrit du
ménage des cannes de sucre; nous y vîmes le pressoir pour faire ce qu'on appelle là le vin de cannes et ailleurs du flrangorin, liqueur blanche, qui a de la force et de la douceur, mais dont l'odeur est désagréable à ceux qui n'y sont pas accoutumés. Nous vîmes au dehors une belle et grande allée en berceau d'orangers et, d'un autre côté, un grand jardin bien entouré de petits citronniers qui servent de haie contre les singes. Tout cela est entouré de champs cultivés, dans lesquels croissent les patates. Nos Hollandais me menèrent aussi voir les habitations voisines, où c'était à peu près la même chose, et enfin un beau bois d'ébéniers. Au retour, nous mangeâmes du cerf et nous bûmes du ftangorin. Le lendemain, en me promenant dans leur jardin, j'eus le plaisir de voir de derrière la haie plus de 4000 singes dans le champ voisin; ils étaient de la plus petite espèce ; en un moment, assis sur le derrière, ils eurent tiré de terre avec leurs pattes de devant une grande quantité de patates; à mesure que les uns s'en allaient, il en venait d'autres, qui faisaient le même manège, ce qui aurait duré longtemps, sans les chiens qui survinrent et leur ûrent gagner le bois.
« J'allai me promener ensuite jusqu'à la petite rivière où nos gens avaient rencontré le gouverneur; je vis de fort belles plaines et quantité de i>ois, avec des habitations abandonnées. A mon retour chez nos chasseurs, je fus assez surpris de voir des poulets à la broche; ils me dirent qu'ils venaient des coqs et des poules apportés d'Europe, qui depuis étaient devenus sauvages, en sorte que, pour tuer des poulets, il fallait aller à la chasse; ces animaux vivent singulièrement d'une espèce de petit piment ou de graines d'un goût si fort qu'une seule a plus de force dans un ragoût que le poivre concassé. Le lendemain, je fis couper du bois d'une grande beauté, propre à faire des meubles, et je retournai à nos vaisseaux en traversant des forêts dont tout le pays est presque couvert jusqu'au bord de la mer.
« Cependant nos gens continuaient d'aller à la pêche et prenaient beaucoup de poisson, qui était d'un grand secours aux équipages ennuyés de manger du bœuf et du lard salés. Le peu de viande de cerf qu'on avait était réservé aux malades et à la table des officiers, qui le plus souvent étaient réduits à manger du poisson. On en fit même beaucoup saler et sécher au soleil pour le voyage, ce qui nous a été d'une grande utilité.
« Enfin nos malades étant rétablis et nos vaisseaux bien réparés, notre eau et notre bois embarqués, nous tînmes, la parole que nous avions donnée au gouverneur de l'Ile, en lui rendant tous nos prisonniers hollan-
second du navire « Berkley Cas lie », M. Benjamin Harrxj\ qui a hiverné à Maurice en 1681, qu'il y avait encore à cette époque des Drontes, on sait, d'autre part, que ces oiseaux étaient éteints en 1693, quand Léguât y a passé quelques mois.