La baie de la Table est par
2. Hubert Hugo a été le septième commandant de l'île Maurice, de 1671 à 1677, d'après Valentyn, Oud en Nieuw Oost-lndien, 5*deel, 2* stuck, p. 156.
trouvions pas de fond. Le Bow arriva peu après, mais il se tint plus près de la côte.
Le 22, nous découvrîmes un îlot situé à moins d'une demilieue du rivage [Nosy Yé à l'entrée de la baie de Saint-Augustin]; Y Arrow y jeta l'ancre par dix-sept brasses; les matelots y furent pécher et ramenèrent deux pirogues, appartenan t aux indigènes, qui étaient chargées de noix de coco et de melons d'eau.
Le Bow, ayant remis à la voile, jeta l'ancre dans la baie de Saint-Aùstin [baie de Saint-AugustinJ auprès d'un ilôt [presqu'île de Sarodrano?]; Y Arrow l'y suivit et découvrit à l'embouchure delà rivière deux promontoires blancs qui s'avançaient dans la mer.
Les indigènes nous apportèrent quelques fruits, et, le jour suivant, M. Hugo et M. Nieuhoff descendirent à terre afin de tâcher de trafiquer avec eux; mais ils ne purent acheter que quelques esclaves; M. Nieuhoff pécha une grande quantité de poissons à l'embouchure de la rivière.
Le 2 juillet, le Bow entra dans la rivière afin de réparer les avaries qu'il avait éprouvées pendant la traversée ; malgré tous nos efforts, nous ne pûmes prendre une seule tortue. Vers midi, le chef des Madagascarians [Malgaches] vint à bord pour nous vendre quelques esclaves.
Le 7, le Bow, sur lequel se trouvait M. Nieuhoff, se sépara de Y Arrow et s'avança de quelques lieues vers le Nord ; mais il fut convenu que les deux navires se retrouveraient à l'île de Majotte [Mayotte].
Le 14, le Bow, après avoir fait 17 lieues, arriva en vue de la côte de Mozambique, par 16°56' de latitude Sud; à trois lieues du rivage, nous trouvâmes cent brasses d'eau auprès d'un banc de sable ; le jour suivant, nous fûmes à la hauteur et & une demi-lieue de l'île de Paimbris [îles Primeira].
Le 18, par 16° 15', nous avons aperçu des dunes blanches et, le soir, nous ayons jeté l'ancre auprès d'un banc de sable, par dix-huit brasses, tandis qu'à 1 arrière du navire, il y en avait au moins soixante. Le 20, nous avons franchi une large baie, fermée par un grand banc de sable qui, à marée basse, était recouvert de six brasses d'eau.
Le 22, nous sommes passés entre les lies méridionales de Mozambique, appelées Saint-Jacques et Saint-Joris, où nous avons jeté l'ancre par neuf brasses. Il y avait sur cette rade, mouillés en arrière du fort, un grand navire portugais, à bord duquel était le gouverneur de Goa, récemment venu du Portugal, et trois autres navires plus petits. V Arrow, ayant aussi jeté l'ancre sur cette même rade, plusieurs Portugais se sont rendus à notre bord pour nous acheter diverses marchandises. Trois autres navires portugais, dont l'un avait à bord le gouverneur de Mozambique, arrivèrent de Sofala. Le vent souffla en tempête pendant toute la journée.
Le lar août, le Bow et Y Arrow remirent à la voile, faisant route vers l'Ile de Madagascar, vers Masyeleyn [Massalege ou baie de Mahajamba, sur la côte Nord-Ouest de Madagascar]. Le 10, ils arrivèrent en vue de Madagascar, par 15° 53' [pointe Ouest de la baie de Maroambitsy] ', et ils jetèrent l'ancre par dix brasses d'eau à une demi-lieue environ d'une montagne ronde [mont Boteler, haut de 60 mètres]. Le Bow entra dans la rivière et aperçut deux barques matées et plusieurs pirogues, mais il ne put les atteindre. Comme chaque jour le vent fait tout le tour du compas, il est facile de naviguer le long de cette côte.
1. La pointe Ouest de la baie de Maroambitsy est par 15°57' de latitude Sud. — Il y a lieu de remarquer que cette description de la côte Nord- Ouest de Madagascar est très confuse, à peu près incompréhensible, et qu'elle a dû être faite après coup, de mémoire, que par conséquent les identifications de lieux sont fort douteuses.
Le 12, M. Nieuhofffit voile avec le Bow vers les tles de Makandari et de Magelagie [Nosy Manja, dans la baie de Mahajamba?], emmenant avec lui un esclave malgache.
Le 15, le Bow et Y Arrow se rencontrèrent, mais ils n'avaient pas pu faire un grand trafic. Us virent passer neuf boutres avec quatre voiles carrées, et, dans une petite rivière, ils en croisèrent un autre qui leur fournit huit poulets et leur dit que plus loin, vers le Nord, ils trouveraient des vivres frais en abondance. Ils remirent donc à la voile et, au bout de cinq jours [!], arrivèrent à une grande baie [baie de Bombétoke?] où ils jetèrent l'ancre par sept brasses. Là, on leur dit que le pays était riche en provisions de toutes sortes et que Magelagie [la baie de Mahajamba] et les lies de Makandari [Nosy Manja?] étaient plus loin dans la direction de l'Est. Le 22, ils arrivèrent à une lieue d'une tle [Nosy Manja?] où ils jetèrent l'ancre par onze brasses. Le 24, M. Nieuhoff remonta, sur le Bow, la rivière Magelagie [baie de Mahajamba] ; revenu le 26, il rapporta que, sur le bord de cette rivière, s'élevait la ville populeuse et abondamment approvisionnée de Magelagie [Ampasindava, à l'embouchure de la Sofia], qu'il y avait vu un navire anglais qui achetait des esclaves destinés à la Barbade [l'une des Antilles] et plusieurs navires arabes faisant la traite. A la suite de ces renseignements, MM. Hugo et Nieuhoff se sont rendus à cette ville d'où ils sont revenus le 30. A environ deux lieues dans l'intérieur, on voit une haute chaîne de montagnes. Le 31, M. Nieuhoff débarqua un certain nombre de marchandises, mais il ne put pas s'entendre pour les achats, les habitants étant trop exigeants et demandant par esclave une somme de 16 couronnes [??]; le 2 septembre, MM. Hugo et Nieuhoff descendirent à terre avec quelques clous de girofle, pour lesquels le roi avait offert un peu d'argent, mais ils ne réussirent pas à lui en vendre.
Les Malgaches, qui sont très rusés, ayant souillé le puits où nous avions l'habitude de prendre notre eau fraîche, nous nous sommes dirigés vers la rivière Marigando [la baie de Narendry ? '] où nous avons jeté l'ancre le 9, dans l'Est du Cap; nous avons trouvé de la bonne eau fraîche sur la côte Ouest de la baie. MM. Hugo et Nieuhoff eurent la chance de pouvoir troquer quelques-unes de leurs marchandises avec le roi du pays, et ramenèrent 22 esclaves, 13 vaches, des moutons et d'autres provisions dont nous avions un grand besoin. Il fut décidé qu'on pousserait plus loin vers le Nord, de 36 à 40 lieues environ; M. NieuhofT prit donc les devants, le 22, avec le Bow, pour aller à la découverte du pays et des écueils et il arriva à la Young Man's Bay [la baie actuelle de Radama?] où il y a dix, douze et quinze brasses d'eau. Continuant son voyage, il arriva le 27 vers midi à la pointe de Par mira [cap d'Ângadoha?, à l'Ouest de la baie d'Ambavatoby], auprès d'une des cinq tles [Nosy-Bé?], par 13° 14' *. Le 29, il était près du cap de Konquiso [cap d'Ankify?], où il rencontra quelques pirogues de pécheurs. Le centre de ces tles constitue un rocher haut, escarpé et inaccessible, visible au loin de la haute mer. Quelques pêcheurs lui ayant montré l'endroit où résidait le roi, M. NieuhofT s'y rendit avec le Bow, laissant Y Arrow dans la baie; en compagnie du second et de quelques matelots, il descendit à terre, avec l'espoir d'échanger quelques-unes de ses marchandises avec les habitants; mais, le 7, Y Arrow fut très surpris de voir le Bow revenir en tirant deux coups de canon en signe de détresse. h* Arrow mit de suite sa chaloupe à la mer, qui ramena à bord
1. Les anciens cartographes dénomment d'ordinaire Marigando l'embouchure du Manongarivo, dans la baie actuelle de Radama.
2. La pointe Ouest de Nosy Bé ou pointe Misaotsa est par 13° 14' de latitude Sud ; sa pointe Nord est par 13° 12' et sa pointe Sud-Est par 13° 24' 30".
le patron Au Bow; celui-ci déclara que M. Nieuhoff, accompagné de quelques hommes, était descendu i terre dans la baie d'Àntagoaou Ant Ofy Sambo (An tafia sa m bo) [Baie d'Ampasindava], appelée par quelques-uns Murlherers Bay [Baie des meurtriers], avec l'intention d'y trafiquer, et qu'il n'était pas revenu. En conséquence le Bow, après avoir attendu trois jours pleins, avait levé l'ancre et était parti sans eux. On décida à l'unanimité que le Bow devait retourner sur les lieux; mais M. Hugo fit valoir tout d'abord qu'on n'avait que six mois de vivres et qu'on courrait le risque de mourir de faim en s'attardant plus longtemps dans ces parages, et il insista pour qu'on retournât d'abord au Cap, ce qu'on fit. La même après-midi, on mit à la voile et on navigua par des fonds de 25 et de 30 et puis de 20 et de 25 brasses d'eau. Le soir, les deux navires passèrent auprès d'un grand banc de sable qui s'étend du Sud-Ouest au Nord-Est de la plus grande des trois îles près du cap de Konquiso [Cap d'Ankify?], à trois lieues environ de ladite lie et de la pointe Nord de la grande île de Naushy [Nosy Bé?].
Telle fut la fin de M. John Nieuhoff, qui avait passé tant d'années aux Indes occidentales et orientales et à qui était due une meilleure fortune. Les allégations de Hugo au sujet de manque de provisions était assez vrai, mais, d'un autre côté, il est hors de doute qu'on n'aurait pas eu besoin de consacrer beaucoup de temps à la recherche de Nieuhoff.
Le Bow et YArroio poursuivirent leur voyage. Le 8, ils se trouvèrent par 12° 40' de latitude, ayant à six lieues au Nord-Est le cap occidental de Saint-Sébastien [cap Orontany]1. Le lendemain, ils se trouvèrent en vue d'une petite île couverte d'arbres [Nosy Valiha], située à environ trois lieues du cap
1. Le cap Saint-Sébastien ou Orontany est en effet par 12° 26' 40".
Saint-Sébastien1. Les deux navires étant ballottés par la tempête et repoussés par les vents contraires vers ce cap, on se vit forcé de se nourrir pendant vingt-quatre heures avec une simple poignée de riz; c'est après avoir enduré beaucoup de misères et perdu beaucoup d'hommes que le Bow et Y Arrow arrivèrent enfin au Gap de Bonne-Espérance le 17 décembre 1672, où M. Hugo fut reçu avec indifférence. Le patron du Bow fut relevé de son commandement pour ne pas avoir attendu plus longtemps à l'endroit où M. Nieuhoff était descendu à terre.
Le Bow et Y Arrow, ayant embarqué des provisions en quantité suffisante, remirent à la voile le 1er janvier 1673 : le premier pour la baie où l'on avait laissé M. Nieuhoff, le second pour l'île de Saint-Maurice [ile Maurice] où il devait transporter M. Hugo. On a été très longtemps sans nouvelles du Bow, mais, à la fin, on découvrit que l'équipage s'était mutiné et avait vendu le vaisseau aux Français à Mozambique, de sorte que l'on n'a jamais su si l'on avait eu des informations au sujet de Nieuhoff. A la demande de son frère, M. Henry Nieuhoff, les directeurs de la Chambre d'Amsterdam ont envoyé, le 2 mai 1676, du Gap de Bonne-Espérance le yacht le Voerhout au point où M. Nieuhoff était descendu à terre; ce yacht est rentré au Cap le 20 septembre avec 250 esclaves; le seul renseignement que le capitaine ait rapporté de son entrevue avec le roi du pays, est que ce roi, interrogé à ce sujet, avait déclaré ne rien savoir1. Ainsi
1 . Cette île n'est en réalité qu'à une lieue et demie environ du Gap Saint-Sébastien.
2. « Le Voerhout est parti du Cap le 22 mai 1676 et y est rentré le 29 novembre. Dans les deux baies de Magelage [baie de Mahajamba] et de Marangaan [Maringando (baie de Narendry?)], distantes de 9 milles Tune de l'autre, il a acheté 254 esclaves et en a perdu 22 pendant le voyage. Les officiers rapportent qu'on peut y obtenir chaque année un bon nombre d'esclaves, mais que les indigènes sont très regardants au sujet de l'argent qu'on leur donne en paiement et qui doit être de très
donc il est très probable que M. Nieuhoff et ses compagnons ont été massacrés par lés barbares habitants du pays au moment même où ils ont mis pied à terre (John NieuhofTs Voyages and Travels1, in : Churchill* $ A Collection of Voyages and Travels, t. II, 1732, p. 324-326).
VOYAGE DU NAVIRE HOLLANDAIS LE PIJL À MAYOTTE, À MADAGASCAR ET À MAURICE, en 1672-1673.
Le Pijl [La Flèche] est revenu à Batavia le 14 juin 1673, après un voyage de dix-huit mois, ayant été au Cap de Bonne-Espérance, à Majottes [Mayotte], à Mozambique, à Madagascar et enfin à Maurice. Voici un résumé de ce voyage :
Le commandant Hubert Hugo était parti du Cap à bord de ce bateau le 30 mai [1672] pour Majottes [Mayotte], Mozambique et Madagascar, où il n'a pas fait grand' chose, n'ayant pu acheter ni esclaves, ni denrées quelconques. Il est rentré au Cap le 16 décembre 1672, sans avoir touché à Maurice. Le 1er janvier 1673, il est reparti pour Maurice sans attendre le sloop le Boogh [LArc\. On n'a jamais su ce qu'était devenu le marchand Johan Nyhof [Nieuhoff] qui était à bord de ce bateau et qui, étant descendu à terre à Madagascar le 3 octobre pour acheter quelques esclaves, n'a jamais reparu2....
Le Pijl apporte de Maurice à Batavia 812 pièces de bois
bon aloi; ils n'acceptent que des piastres mexicaines, qu'ils pèsent avec soin et qu'ils rendent lorsque le poids n'est pas exact. En revenant, le Voerhout s'est arrêté à l'île d'Anjou an pour acheter des vivres pour les esclaves » (Leibbrandt, Précis of the Archives of the Cape of Good Hope, Journal 1671-1676, p. 301) [communiqué par M. Henri Dehérain].
1. Le récit du Troisième voyage par mer et par terre de John Nieuhoff aux Indes Orientales à bord de VArrou\ est tiré de son Journal, qu'a rapporté et remis aux mains de son frère, Henry Nieuhoff, le capitaine Reiner Klacson.
2. Le Pijl et le Boogh, commandés par Hugo, sont partis du Gap le 29 mai 1672 et y sont rentrés le 17 décembre. Ils ont touché en juillet à Solaer [Salara, dans la baie de Saint- Augustin] et peut-être en d'autres
d'ébène et 1 mât, 1 quartier de lard, 1 pot de beurre, 90 morceaux de viande fumée, 60 langues fumées diverses, 1 boisseau de fèves et 1 caisse d'ambre gris.
Le commandant Hugo dit, dans une lettre en date du 24 avril 1673, adressée au Gouverneur des Indes Néerlandaises à Batavia, que, à son passage à Maurice, il Ta trouvé dans la désolation, que partout il n'y avait que des ruines, que les maisons étaient renversées, que le bétail était dispersé, que le pays était inculte, que cette île magnifique était en somme dans l'état le plus lamentable. Il a de suite donné des ordres pour que les maisons fussent réparées, les jardins replantés, la campagne défrichée, et on espère que, dans un an d'ici, l'île aura un tout autre aspect et produira beaucoup de vivres. Les bras manquaient pour le travail, mais le pays est extrêmement fertile, la mer très poissonneuse, etc. On n'a pas pu y trouver le vrai ambre gris (Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia, 1673, p. 29).