‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 76 sur 102 · En réalité, il y a environ 35 kilomètres en ligne droite · texte numérisé non relu

En réalité, il y a environ 35 kilomètres en ligne droite

3. Samsam est le nom que, sur toute la côte de l'Afrique orientale, on donne aux petites perles de verre rouges.

des « samsams3 », qui sont des grains d'agate [!], ils furent appréhendés par une bande de soldats du gouverneur qui se saisirent d'eux et les ligottèrent, puis les torturèrent pendant presque toute la journée, leur jetant des cendres brûlantes à la figure et sur la tète et les faisant battre avec des baguettes par des enfants. Williams promit au gouverneur une somme de 2000 dollars [10000 fr.] s'il lui laissait la vie, mais celui-ci lui dit que sa proposition n'avait aucune raison d'être puisqu'il aurait l'argent en même temps que le plaisir de le martyriser; quand il fut près d'expirer, on l'acheva à coups de sagaie. Son compagnon, également injurié et battu, subit le même triste sort. Après avoir commis ces meurtres barbares, le gouverneur songea à s'emparer de leur bateau, où il n'y avait plus que deux Européens, quelques esclaves, soit en tout six hommes et quelques jeunes femmes malgaches, et il usa du stratagème suivant : il mit dans le canot de Williams douze de ses gens bien armés avec une chèvre et quelques calebasses de « toke » [toaka, sorte de rhum indigène] et il les fit conduire à bord par les esclaves mêmes de Williams. Quand ils furent près du bateau, ils demandèrent la permission de monter à bord ; l'un des Européens, qui s'appelait William Noakes, demanda aux nègres de Williams où était le capitaine : « A boire du « toke » [toakà] avec le gouverneur », répondirent-ils et ils ajoutèrent qu'il leur envoyait pour se régaler des provisions et du « toke » [toaka]. Une des esclaves du bord lui conseilla de ne pas les laisser monter sur le navire, car, comme il y avait à terre quatre blancs et qu'aucun d'eux ne revenait, elle suspectait quelque trahison. Il ne voulut pas l'écouter et, lui donnant un coup de pied, s'écria : « Que le diable t'emporte ! Veux-tu qu'à cause de tes lubies ridicules nous soyons privés de vivres frais? » 11 fit donc monter les Malgaches à bord; l'un d'eux, lui arrachant des mains son

pistolet, lui en tira un coup en pleine tête, et, saisissant à brasle-corps l'autre Européen, le jeta dans la mer où il se noya. Maîtres maintenant du bateau, ils le menèrent au fond de la baie et le pillèrent.

Le roi était alors à la chasse aux sangliers, chasse à laquelle il se livre tous les ans pendant trois mois. La nouvelle de ces meurtres lui parvint dans la brousse; il n'en continua pas moins à se livrer à son sport favori ; quand il fut revenu chez lui, les blancs qui résidaient dans son pays lui demandèrent justice; il les calma et leur dit qu'ils pouvaient s'en fier à lui. Il envoya au gouverneur de Boyn [Boina] un messager, qui, après l'avoir complimenté sur sa manière de faire et l'avoir avisé qu'il était décidé à suivre son exemple et à chasser du pays tous les étrangers, devait le prier de venir conférer avec lui, mais de ne pas se laisser voir par les blancs qui seraient capables de vouloir venger leurs compatriotes.

Le gouverneur s'empressa de venir et s'arrêta dans une petite ville située à deux milles de celle du roi, d'où il lui fit demander ses ordres. Le roi lui recommanda de venir de très bonne heure le lendemain matin, avant que les pirates fussent levés; c'est ce qu'il fit, mais, saisi sur la route par une troupe de Malgaches mise dans ce but en embuscade, il fut conduit devant le roi qui, après lui avoir reproché sa barbarie, le fit remettre entre les mains des blancs afin qu'ils fissent de lui ce qu'ils voudraient; mais ils le lui renvoyèrent, disant qu'il avait le droit de répandre le sang de ses sujets, mais qu'il n'en était pas de même pour eux. L'oncle du roi le fit alors sagayer, puis on fit venir de Boyn [Boina] tous les objets qui avaient appartenu à Williams et à ses hommes et on les distribua entre leurs compatriotes. Le roi exprima le regret que cet Arabe n'eût qu'une seule vie, ce qui ne lui permettait pas de le punir de ses crimes

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abominables, comme il l'eût désiré (Ch. Johnson, The History ofPyrates, t. H, 1724, p. 268-264 !).

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