‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 4)Chapitre 85 sur 102 · Voir plus loin la Vie d'Halsey, p · texte numérisé non relu

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dément, laissant le brigantin sous les ordres de Norlh. Les deux navires firent voile pour Madagascar, mais, séparés par une tempête, Halsey atterrit à Ambonavoula [Àmbanivolo (Fénérive)], et North à Maratan [Matitanana] où, trouvant que le brigantin était tout rongé aux vers et faisait eau de toutes parts, d'un commun accord avec ses hommes, il fit mettre à terre toutes les marchandises et l'abandonna.

Les pirates furent très bien accueillis par le roi de Maratan [Matitanana]. Ce roi était alors en guerre avec son frère; North en profita pour nouer des relations intimes avec sa sœur, mais, lorsque le roi revint victorieux, il fut fort en colère contre lui pour s'être permis de prendre de semblables libertés avec une femme de sa famille et il décida de le mettre à l'amende de 200 sequins [environ 2 000 francs] pour le punir d'avoir fait un semblable affront à sa noble lignée. North, qui se méfiait du coup, le calma en lui en faisant présent d'une centaine.

Les pirates vécurent à Maratan [Matitanana] toute une année; puis, désireux de gagner Ambonavoula [Ambanivolo (Fénérive)', ils demandèrent au roi de les aider à construire un bateau; moyennant un don de mille piastres, ils obtinrent son concours et celui de ses sujets qui, sous la direction de North, firent en très peu de temps un bateau de 15 tonnes avec lequel ils allèrent à la bouche d'une rivière, le Manangaro [MananjaraJ, qui est à 30 lieues au Nord de Maratan [Matitanana" !. Là ils rencontrèrent quelques-uns de leurs camarades du navire écossais le Neptune, qui les aidèrent à transporter leurs marchandises à Ambonavoula [Ambanivolo (Fénérive)], où North avait eu autrefois son établissement et où il avait laissé une femme et trois enfants.

1. L'embouchure du Matitanana est par 22°24'45'r et celle du Mananjara par 2i°i4'30\ soit une distance de 70' ou environ 130 kilomètres.

A peine arrivé North apprit par les indigènes que les Timouses [Tanosy] qui étaient venus autrefois avec lui avaient formé le projet de se révolter contre lui et de tuer tous les blancs. Prêtant une oreille trop crédule à ce racontar, il leur déclara la guerre et les chassa du pays.

Quelque temps après, il construisit un sloop et s'en alla à Antonguil [Antongil], où il acheta quatre-vingt-dix esclaves et prit à son bord le subrécargue écossais, M. George Crookshank, avec l'intention de le mener à Mascarenas [lie Bourbon] ; mais tous ses compagnons s'élevèrent contre cette idée, disant que ce subrécargue, une fois en Europe, amènerait leur perte. North répondit qu'il serait trop cruel, après avoir dépouillé cet excellent homme de tous ses biens, de le retenir par force éloigné de son pays et de sa famille, que c'était son prisonnier à lui et qu'il n'avait pas à leur demander leur avis au sujet de l'acte d'humanité qu'il voulait faire, que c'était du reste la seule manière de réparer le dommage qu'on lui avait causé, ses biens et marchandises étant répartis entre un grand nombre d'individus.

Cette affaire fut soumise au vote de tout l'équipage et, comme la plupart des pirates étaient ses obligés et ne voulaient pas aller à l'encontre de son désir, quarante-huit sur cinquantequatre lui donnèrent raison. Ils lui demandèrent ensuite s'il avait aussi l'intention de prendre avec lui un certain J. B., pour lequel il avait de l'amitié; ce J. B., qui avait été enseigne à bord du Neptune, était un jeune écossais, artiste distingué, excellent marin et très capable de commander un navire. North répondit qu'il avait besoin de lui à bord à cause de ses connaissances spéciales; les pirates ayant exprimé la crainte qu'il lui faussât compagnie, ce qui serait une perte sensible pour tous, car c'était un habile artiste et un joyeux compagnon, et ayant

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conclu qu'il était nécessaire pour le bien commun de le garder prisonnier, il les assura qu'il prendrait toutes les précautions nécessaires pour l'empêcher de s'échapper, d'autant plus que personne autre n'était capable de retrouver la route pour retourner à Ambonavoula [Ambanivolo (Fénérive)].

North alla donc à Mascarenas [Ile Bourbon], où il mit à terre le subrécargue et son esclave avec tout l'argent qu'il possédait, environ 1600 piastres [8000 francs], et dont il lui fit cadeau, car, quand les pirates eurent capturé le Neptune, comme il est dit plus loin (p. 606-607), ils n'avaient pas pris l'argent qu'ils avaient donné au capitaine, au subrécargue ou à des marins quelconques en échange de liqueurs et autres divers objets, ce qu'ils eussent considéré comme une action malhonnête, mais, quant au navire et à sa cargaison, ils considéraient au contraire qu'ils étaient parfaitement dans leur droit en s'en emparant. Il est vrai qu'ils ont forcé les traitants du Greyhound à rembourser l'argent qu'ils avaient pris; mais, avant de les accuser d'injustice, il y a lieu de peser les circonstances et se rappeler l'histoire entière.

En réalité, ils n'ont pas pris ce navire, puisqu'ils l'ont renvoyé avec les provisions nécessaires pour le voyage ; on ne peut cependant nier qu'ils eussent un certain droit sur lui, puisqu'il appartenait à des ennemis et était venu sur une de leurs rades sans passe-port. D'autre part, ils n'ont pas volé à ces traitants l'argent qu'ils leur avaient versé auparavant, ils l'ont pris en paiement des liqueurs qu'ils avaient enlevées du Neptune et mises à son bord; les traitants ne pouvaient pas, en toute honnêteté, croire qu'ils les leur donneraient pour rien. Supposons un instant qu'ils s'en fussent emparés par force et ne l'eussent pas échangé contre des marchandises, comme il est cependant évident qu'ils le firent, n'était-ce pas un acte de jus-

tice, tel qu'on pouvait raisonnablement l'attendre de ces pirates qui ne supportent pas qu'une mauvaise action reste impunie, et personne ne peut justifier la conduite de ces traitants qui ont dénoncé la prise du navire écossais.

Mais revenons à notre sujet.

North ne permit pas à J. B. d'aller à terre ; toutefois, pour le dédommager de sa captivité, il lui fit cadeau de quatre esclaves, que celui-ci vendit 300 piastres [1 500 francs], et il prit soin qu'il fût bien nourri et bien traité à bord. Le but de North en venant à Mascarenas [île Bourbon] était d'obtenir l'autorisation d'y amener ses enfants afin qu'ils fussent élevés dans la religion chrétienne, autorisation qu'il obtint du gouverneur moyennant de riches cadeaux, après quoi il retourna à Madagascar. Dans la traversée, il raconta à J. B., pour lequel il avait une grande amitié, son dessein d'amener ses enfants à Mascarenas [île Bourbon] et de remettre entre les mains d'un honnête prêtre une grosse somme d'argent pour constituer à chacun d'eux une fortune et de charger ce prêtre de leur donner une éducation chrétienne, car il aimait mieux, disait-il, qu'ils fussent catholiques plutôt que païens. Son désir était ensuite de se rendre à Maratan [Matitanana] et de tâcher de racheter par la pénitence les erreurs de sa vie, et, comme il avait l'intention de ne plus jamais quitter Madagascar, il comptait donner à J. B. son sloop avec 200 piastres [un millier de francs], afin qu'il pût trouver le moyen de retourner dans son pays, puisqu'il avait la sagesse de ne pas vouloir se livrer à la piraterie.

A son arrivée à Madagascar, North apprit qu'un navire français y avait touché et y avait laissé quelques hommes en détresse; il partit de suite vers le Sud, longeant la côte pendant une centaine de lieues afin de rechercher les malheureux abandonnés et de leur venir en aide. C'est là un acte d'huma-

nité qu'il est bon de signaler & tant de personnes qui prennent les dehors de la religion et agissent avec plus de barbarie que ceux qu'on considère comme l'opprobre du monde.

North ne rencontra qu'un seul de ces hommes qu'il ramena avec lui, vêtit et nourrit. Quand il arriva à Ambonavoula [Ambanivolo (Fénérive)], il trouva tout le pays en désordre et ses compagnons prêts à partir en guerre contre les indigènes; sa présence suffit à rétablir le calme.

Quatre mois après, il mit de nouveau son sloop à la mer pour aller acheter des esclaves à Antongil; n'y en trouvant qu'un très petit nombre, car en deux mois il ne put pas s'en procurer plus de quarante, il revint chez lui avec l'intention de mener ses enfants à Mascarenas [lie Bourbon]; J.-B. l'en ayant dissuadé à cause de la saison, il s'en alla à Methelage [Bombétoke], sur la côte Nord-Ouest de Madagascar, afin de s'y procurer des samsams [perles de verre rouge]. En ayant acheté une quantité considérable, il se rendit à Anjouan, puis à Mayotte, et retourna à Madagascar; ne réussissant pas à doubler le Cap d'Ambre à cause des courants, il revint à Mayotte; il mouilla sur la côte Ouest de cette lie, dans un port nommé Sorez [?], où quelque temps auparavant était venu commercer un navire anglais. Le commandant, un certain Price, étant allé à terre avec le docteur, tous deux furent faits prisonniers et ils ne furent relâchés que contre une rançon de 200 barils de poudre et de 1 000 petites armes. Quant aux matelots du canot, ils furent laissés entre les mains des Mayottais qui n'exigeaient cependant que deux petites armes par homme, mais il n'y avait plus rien à bord; ils furent par la suite vendus à des Arabes.

Apprenant cette infamie, North et ses hommes firent une descente dans l'île, incendièrent la principale ville et ravagèrent la plus grande étendue possible de champs.

De Mayotte, North retourna à Madagascar, où il apprit d'un roi de ses amis que les blancs et les indigènes étaient en pleine guerre àAmbonavoula [Ambanivolo (Fénérive)]; il acheta trente esclaves, se ravitailla et retourna chez lui.

A la nouvelle de son arrivée, les indigènes lui envoyèrent des messagers pour conclure la paix, mais il refusa de les écouter et, ayant levé une armée, il brûla un grand nombre de leurs villages et fit beaucoup de prisonniers. Les Malgaches s'empressèrent de faire amende honorable et lui demandèrent très humblement de vouloir bien cesser la guerre et leur accorder la paix. Il finit par y consentir et conclut avec eux un traité d'amitié environ quatre mois après son retour. Mais ceux-ci, ayant corrompu quelques-uns de ses voisins, le firent assassiner dans son lit. Les pirates en furent fort alarmés et, ayant pris de suite les armes, ils se jetèrent sur ces traîtres dont ils firent un épouvantable carnage. Pour venger dignement la mort de Nathaniel North, ils continuèrent cette guerre pendant sept années, ne s'arrêtant que lorsqu'ils furent maîtres de tout le pays environnant et que tous les habitants leur eurent juré fidélité et pleine et entière soumission (Ch. Johnson, The Hislory of Pyrates, t. II, 1724, p. 373, 380-382, 384-387, 391-395, 397413).

LES PIRATES THOMAS WRITE, BOOTH ET BOWEN A MADAGASCAR (1701 ET ANNÉES suivantes).

Thomas White, qui est né à Plymouth, où sa mère tenait un cabaret, servit d'abord sur un navire de guerre, puis alla aux Barbades où il se maria et entra au service d'un négociant de l'endroit. On lui donna le commandement d'un brigantin, le Marygold, avec lequel il fit avec succès deux voyages à la côte de Guinée; au troisième, il fut pris par des pirates français

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qui, après avoir croisé quelque temps sur la côte d'Afrique, doublèrent le Cap de Bonne-Espérance et s'en furent à Madagascar; étant ivres, ils mirent leur navire sur un rocher en un lieu nommé Elexa [Ilinta, dans la baie des Masikoro, ou plutôt falaises de Lanivato?], situé dans le pays que gouvernait alors un roi nommé Mafaly [Mahafaly] !.

Dès que le navire eut touché sur le rocher, les capitaines White, Boreman *, Bowen et quelques autres prisonniers s'emparèrent du canot et, avec des morceaux d'aviron et des douves de tonneau qu'ils y trouvèrent, ils gagnèrent la baie de Saint- Augustin, qui est située à une quinzaine de lieues plus Nord et où ils furent très bien accueillis par le roi du pays, Bavaw [Baba], qui parlait bien anglais et dont ils furent les hôtes pendant une année et demie; ce roi, comme il avait coutume de le faire pour tous les blancs qui venaient dans son pays, leur fournit tous les vivres nécessaires jusqu'à ce qu'il vint un navire sur lequel ils pussent s'embarquer. Au bout de ce temps, il arriva un navire pirate à bord duquel il força ses hôtes à prendre passage, à moins qu'ils n'aimassent mieux s'en aller chercher dans l'intérieur de Madagascar une autre résidence; ils préférèrent s'embarquer à bord du navire dont le commandant William Read les accueillit fort civilement.

Ce commandant longea la côte afin de recueillir les Européens qui pouvaient y être abandonnés. Comme il n'avait pas plus de quarante hommes d'équipage, il eût pris à son bord avec plaisir quelques-uns des Français naufragés, n'eût été la barbarie avec laquelle ils s'étaient comportés à l'égard de leurs prisonniers

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