‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 5)Chapitre 106 sur 108 · Voir, dans le tome II de cette collection, p · texte numérisé non relu

Voir, dans le tome II de cette collection, p

CONCEHNANT MADAriASCAH 68f

[Matakasy]'; il y a encore aujourd'hui beaucoup de métis, nés des femmes blanches que les maudits assassins ont épousées après la mort de leurs maris. Il n'y a pas à s'étonner que ces métis aient presque entièrement oublié les préceptes du Christianisme. Dieu veuille faire savoir au Roi, notre maître, et au Vice-Roi de rinde cet abandon déplorable, pour qu'ils y remédient et, après avoir exigé des assassins la réparation convenable, secourent les innocents qui vivent dans un état misérable.

C'est à cet endroit que s'est terminée notre exploration, mais ce n'est pas une raison pour que j'omette de dire quelques mots du port de Sainte-Luce, que les indigènes appellent Mangafiafi [Manafiafyj, car nous avons eu par ouï-dire quelques renseignements sur ce port qui est par 24"30', comme nous l'avons su d'une manière certaine par une carte hollandaise. Il est formé par deux îlots très proches de la côte, que sépare un banc de sable, et les navires y trouvent un excellent mouillage. Il y a quelques habitants sur ces îlots, mais l'eau y manque; dans l'un d'eux il existe, d'après le dire des indigènes, un « padron », sur lequel sont gravés des caractères romains, et une pierre tumulaire. Il faut gouverner au Sud pour entrer dans ce port; il y a beaucoup de fond, et, sur la côte, débouche une rivière qui est très commode pour faire de l'eau. Il suffira de dire, pour en démontrer l'excellence, que les Hollandais y relâchent tous les ans, aussi bien en se rendant aux îles de la Sonde et aux Moluques qu'en en revenant. Combien il vaudrait mieux qu'il fût entre nos mains! Il donnerait un abri sûr et de grandes facilités à nos vaisseaux, particulièrement à ceux qui, étant en retard, arrivent dans ces parages hors de saison et, pour cette raison, perdent d'ordinaire la moitié de leur équipage. Dieu fasse

1. Voir, dans le tome II de cette collection, p. 37, 79, 13G-137, 179, 183 et 186.

682 OLVHA(ii:S ANCIENS

que des hommes, soucieux du bien public, appellent sur cette question l'attention de Sa Majesté, afin qu'EUe accorde à cet excellent port toute l'attention qu'il mérite !

Dernier chapitre. — Des courants, des vents, des oiseaux et AUTRES caractéristiques DE l'ile DE Saint-Laurent. — Pendant ce vovage, nous avons navigué presque tout le temps en vue des côtes, tout le long desquelles la mer est ordinairement soumise au régime des marées, aussi n'avons-nous fait que peu d'observations sur les courants. Nous avons seulement constaté que, du Cap de Saint-André vers l'Est [vers le Cap d'Ambre], ils ont ordinairement une direction Nord, ce que nous ont certifié du reste les Maures qui naviguent dans ces parages, et que, du 22^ au 2i' degré, ils ont une direction contraire et vont au Sud ou au Sud-Ouest. Il faut encore noter le courant que nous avons observé à la pointe de Saint-Romain [côte méridionale de Madagascar] pendant les mois de septembre, d'octobre et de novembre et qui, près de la côte, va vers l'Est avec une grande violence, tandis que, un peu plus au large, il se dirige, avec non moins de force, vers l'Ouest et vers le Sud-Ouest. Au point de vue des courants, je ne vois rien d'autre à mentionner.

Les marées suivent, à peu près, le cours de celles de la côte de Mozambique. Ce n'est qu'au Nouveau Mazalagem [baie de Boina] et sur la côte voisine, tant au Nord que surtout et sur une plus grande longueur au Sud, que l'on remarque, pendant toute la durée du flux, le curieux phénomène dont nous avons parlé au chapitre IV. A la pointe de Saint-'Romain [sur la côte méridionale de Madagascar], la marée se fait très peu sentir.

Au sujet des vents, nous devons forcément faire une distinction entre ceux qui régnent le long des côtes et ceux qui soufllent au large. Les marins qui ont une grande expérience de la

CONCEHNANT .MADAnASCAll 683

navigation dans ces parages donneront sur les vents du large de meilleurs renseignements que je ne saurais le faire; je me contenterai de dire que, dans le canal entre l'île de Saint-Laurent [Madagascar] et la côte de Sofala, les vents qui régnent de mars à août sont ceux du Sud-Ouest, du Sud et du Sud-Est, celui du Sud-Ouest dominant du côté de Sofala et celui du Sud- Est du côté de l'île-Saint-Laurent; on est assuré de toujours rencontrer ce dernier à partir du méridien du Cap de Saint-André, surtout à l'Est de ce cap [vers le Cap d'Ambre]. Pendant les autres mois, ce sont les vents d'Est qui régnent; ils soufflent à l'époque où le soleil se rapproche du zénith et ils apportent avec eux des pluies, mais non pas aussi abondantes et aussi continuelles que dans les Indes pendant la mousson opposée. Dans ces contrées, on désigne sous la dénomination de vents d'Est non seulement le vent d'Est proprement dit, mais encore ceux du Nord-Est et du Nord ainsi que les vents intermédiaires; or, sur la côte de Saint-Laurent, le vent du Nord-Ouest règne avec une telle persistance pendant les mois ci-dessus que l'on peut le joindre aux trois autres et le ranimer au nombre des vents d'Est. Toutefois, cette distinction des vents d'après les mois ne doit pas être prise dans un sens absolument rigoureux, car, en réalité, ils se confondent très souvent; ainsi l'expérience nous a appris que le vent d'Ouest, pendant la durée de sa mousson, est parfois remplacé pendant quelque temps par des vents d'Est et vice versa; toutefois le vent dominant est toujours celui de la mousson. J'ai d'ailleurs eu l'occasion d'observer que, dans le canal, il souffle plus fréquemment et avec plus de violence des vents d'Ouest à la saison des vents d'Est que des vents d'Est à la saison des vents d'Ouest, qui dure de janvier à mars. C'est aux mois de mars et d'août que ces sautes de vent sont particulièrement fréquentes, c'est-à-dire aux époques de transition d'une

mousson à l'autre. Voilà tout ce que j'ai à dire au sujet des vents du large.

En ce qui concerne les vents côtiers qui soufflent de la terre, ainsi que leurs sautes, nous avons déjà parlé un peu plus haut de ceux qui régnent depuis le Cap de Saint-André jusqu'au Cap Natal [cap d'Ambre]. Quant à la côte comprise entre le Cap de Saint-André et le 22" degré, je dirai qu'on peut la parcourir dans tous les sens et par n'importe quel temps, non seulement parce que le rég;"ime des vents de terre et des sautes est invariable pendant toute l'année, mais encore parce que, tout du long, il y a un fond excellent pour mouiller. Néanmoins, à l'époque des vents d'Ouest, qui soufllent avec une grande violence et une grande persistance, la navigation vers le Sud est plus difficile. Pendant la mousson d'Ouest, les vents de terre ordinaires sont ceux du Sud-Est et du Sud-Sud-Est, avec des sautes au Sud-Ouest et au Sud. A la mousson d'Est [de Nord-Est], laissant de côté les averses qui viennent de partout, particulièrement de l'île, le vent de terre souffle de l'Est et du Nord-Est, avec des sautes depuis le Nord-Nord-Ouest jusqu'à l'Ouest. Par tous les temps, lorsque le vent de terre souffle le matin, c'est un signe qu'une saute se produira dans l'après-midi.

Ce que je viens de dire pour la région jusqu'au 22" parallèle, s'applique aussi au reste de la côte, jusqu'à la pointe de Saint- Romain [jusqu'à la côte méridionale de l'île] exclusivement, avec cette restriction que, cette partie de côte étant moins abritée et dépourvue de bancs et de récifs, les vents généraux et ceux des moussons y régnent plus longtemps, tandis que ceux de terre et les sautes y sont plus rares.

Que dire maintenant des vents qui soufflent au large de la pointe de Saint-Romain et à cette pointe rncMne [sur la côte Sud de Madagascar]? Si nous interrogeons à ce propos les hommes

CONCERNANT MADACASCAR 685

(lu métier, ils nous répondront que le vent y souffle toute l'année du Sud-Est, en passant à l'Est à la mousson de Nord-Est et au Sud à la mousson de Sud-Ouest. Si nous demandons le même renseignement aux naturels de cette pointe [du Sud de Madagascar], ils nous diront que, sauf pendant deux ou trois mois, ceux (autant que j'ai pu m'en rendre compte) de novembre, de décembre et de janvier, pendant lesquels le vent vient de l'Ouest, du Sud-Est et du Sud et apporte de la pluie, pendant tout le reste de l'année le vent souffle continuellement et furieusement du Nord-Est et de l'Est. Si maintenant l'on me pose la même question, je me bornerai à répondre ce que l'expérience ma fait connaître que, pendant les mois de septembre, d'octobre et de novembre, les vents ont soufflé d'ordinaire du Nord-Est, de l'Est et du Sud-Est, tous violents et amenant des orages aussi bien le long de la côte qu'au large, et que, quand ces vents se calmaient, surtout lors des conjonctions de la lune, le ciel se couvrait de nuages; parfois la pluie était accompagnée de vent d'Ouest ou de vent de Sud-Ouest et peu à peu, en vingt-quatre heures, ce vent augmentait continuellement de violence et tournait au Sud ou au Sud-Ouest, pour se fixer enfin à l'Est ou au Nord-Est, d'oîi il soufflait avec furie. Ces indications suffiront pour les vents, dont l'expérience fera dans la suite mieux connaître le régime et les variations.

La côte dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent est très pauvre en oiseaux de mer. Depuis le Cap Natal Cap d'Ambre] jusqu'au Cap de Saint-André, il est assez rare de voir quelqu'un de ces oiseaux. Dans la petite île du Saint-Esprit [Nosy Vao] par 18° [en réalité, par n°29'] et dans les îles du Corpo de Deos [îles Stériles] par 19° [en réalité entre 18°! 8' et 18°34'], on trouve des troupes nombreuses d'albatros [!] et de petits émerillons [!]. Par 23°, on voit encore des albatros [!] et

686 OUVRAOKS ANCIKNS

(les cormorans en grand nombre. Par 25°, dans l'îlot [Nosimborona] qui est en face de la pointe de Saint-Augustin [baie d'Androka ou des Masikoro], il y a de nombreux albatros [!j plus petits que Ton voit s'en aller au large. En face de la pointe de Saint-Romain [sur la côte Sud de Madagascar], à dix ou douze lieues au large, on trouve presque toutes les variétés d'oiseaux : des albatros, grands et petits, des mouettes, des pétrels, des manchots [!], des cormorans, des grèbes et des alcyons.

Sur toute cette côte, depuis le Cap Saint-André jusqu'à la pointe de Saint-Romain [à la côte Sud de Madagascar], et même à cette pointe [sur la côte Sud], on aperçoit souvent pendant la nuit des feux, surtout pendant la mousson de Sud-Ouest qui est la saison la plus fraîche. La plupart de ces feux sont allumés par les nègres [Malgaches], non pas pour débarrasser les bois des herbes desséchées, mais bien pour se réchauffer, ce dont ils ont grand besoin, car c'est au moyen de ces feux qu'ils suppléent au manque de couvertures et de matelas.

Du 22'' au 24'' degré et plus Sud, on voit fréquemment des sargasses émergeant des grands récifs qui sont semés tout le long de la côte.

En ce qui concerne les variations de la boussole que j'ai observées, quelquefois môme à terre, j'aurais à parler longuement; mais je réserve cette question pour le moment où je retournerai à Saint-Laurent, comme j'en ai l'espoir; car je pourrai alors appuyer par de nouvelles observations celles que je viens de faire.

Sur ce, je termine le présent Routier, souhaitant qu'il soit de quelque utilité pour le service de Dieu et pour celui de Sa Majesté le Roi et qu'il vienne en aide aux navigateurs. Je serai heureux que chacun le perfectionne en y ajoutant ou en en sup-

GONCKHNANT .MADAOASCAR C87

primant tout ce que l'expérience à venir apprendra ou fera mieux connaître.

HISTOIRE DU GRAND ET ADMIRABLE ROYAUME D'ANTANGIL. PAR I. D. M. G. T, EX 1616.

Cette histoire est citée dans plusieurs bibliographies des livres concernant l'île de Madagascar, sans qu'aucun des auteurs l'ait eue entre les mains. Elle n'existe en effet dans aucune des bibliothèques de France, d'Angleterre, etc., qu"il nous a été donné de fré(|uenter, ou, du moins, on n'a [lu nous la donner. Le hasard nous ayant mis en [)Ossession d'un exemplaire, nous avons constaté que ce livre contenait simplement la description d'un pays imaginaire placé au Sud de Java, dont l'auteur, laissé soi-disant à Bantam par l'amiral Jacques Corneille Van Neck en lo98, aurait eu connaissance par un ambassadeur du prétendu royaume d'Antongil venu à Java pendant son séjour.

Ce royaume d'Antangil (qui n'a rien de commun avec la province malgache d'Antongil, comme on le croyait), dit l'auteur I. D. M. G. T., est « incogneu jusques à présent à tous historiens et cosmographes : composé de six vingts provinces très belles et très fertiles, » et il prétend donner la description non seulement du pays, mais aussi « de sa police nompareille, tant civile que militaire, de l'instruction de la jeunesse et de la religion », le tout compris en 5 livres et 16 chapitres (pages v-203) ', imprimé à Saumur, par Thomas Portav, 1616.

1. Ce petit in-12 carré ne présents aucun intérêt, Je quelque sorte que ce soit.

COMMERCE ENTRE MOHÉLY, L'ABYSSIME ET MADAGASCAR

Page 1