C'est l'île Harlow des cartes hydrographiques anglaises
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ChAP. IX. Du PORT ET DES ILES DE SaINTE-IsABELLE [bAIE
DE MOROMBÉ] ; DES POKTS DE SaINT-FÉLIX [bAIE DE FaXEMOTRa] ET DE SaIXTE-ClAIRE [bAIE de RaXOBÉ] ET DE LA BAIE DE JÉSUS [bAIE
DE Saixt-Augustix]. — Un peu avant le 22"^ degré de latitude [en réalité, par 2l°40'], se trouve la principale des sept petites îles de Sainte-Isabelle que les indigènes appellent Monani [Nosy Andramona], puis, plus au Sud, il y en a quatre autres [les deux Nosindolo, Nosy bé et Nosy Trozonal, espacées le long de la côte et reliées ensemble par un grand récif qui ne laisse aucun chenal entre elles et la côte. Au Nord de la rade que forme cette côte [baie de Tsingilofilo], il y en a deux autres, distantes de trois lieues [!] l'une de l'autre et disposées N. N. E.- S. S. 0. [Nosy Timpoy et Nosy Ratafany]. Entre ces deux îles et celle de Monani [Andramona], on trouve un bas-fond sur lequel il y a de 9 à 14 brasses et qui est bien abrité des vents du Sud et du Sud-Ouest.
Le port dont il va être maintenant question est en dedans du récif, qui longe la côte depuis ces deux îles jusqu'auprès de l'île Monani [Nosy Andramona] ; en cet endroit, il y a un bon et large chenal allant de l'Est à l'Ouest, avec des fonds de 6 brasses à marée basse. Quand on a l'île Monani [Nosy Andramona] au Sud quart Sud-Ouest, ce chenal est aussi au Sud quart Sud- Ouest et il convient de gouverner dans cette direction, en mettant le cap sur quelques taches blanches, que l'on aperçoit près d'un groupe de très grands arbres s'élevant en pointe. Si le navire n'est pas d'un fort tonnage, le mieux est d'entrer à marée basse, car c'est à ce moment où l'on peut le mieux apercevoir les deux dents; à marée haute, il faut baliser la passe pour pénétrer dans ce port, où les courants qui viennent de la mer sont forts, entrant et ressortant de plusieurs côtés. Il y a 6 brasses d'eau, et le fond n'y est pas très bon, par suite, il
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vaut mieux s'éloigner du centre et se rapprocher tie l'île Monani [Nosy Andramona], où l'eau est plus limpide, quoique un peu moins profonde. Dans le Sud-Est de cette île Monani, il y a, sur la côte qui est en face, à l'extrémité d'un grand bois de palétuviers et de tamariniers une aiguade excellente, formée par trois ou quatre sources qui jaillissent sur la plage même, mais que l'on ne voit qu'à marée basse, lorsque la mer s'est déjà retirée d'un tiers environ. Cette eau est très abondante et potable, quoique saumâtre, mais, pour la recueillir, il faut que la plage soit à sec, parce que les eaux de ces sources s'étendent en nappe. En résumé, ce port peut, en cas de besoin, donner asile à une caravelle ou même à un galion. L'île Monani [Nosy Andramona], ainsi que deux ou trois autres de celles dont j'ai parlé plus haut, est habitée par de pauvres et misérables pêcheurs qui vivent des produits de la mer. Les indigènes de la côte, qu'on peut considérer comme la terre ferme par rapport aux petites îles, sont également pauvres et misérables. Tout près du rivage, on trouve d'excellent bois de construction. En outre, le poisson y abonde.
Jusqu'au delà du 22'^ degré et demi, la côte a une direction Sud-Sud-Ouest, puis, jusqu'au 24% elle fléchit vers le Sud et parfois vers le Sud quart Sud-Ouest. Elle est entièrement bordée par un récif très dangereux, qui s'étend en mer jusqu'à une lieue et plus de la terre et qui, comme on le verra plus loin, présente en certains endroits une solution de continuité. Il ne faut pas songer à mouiller le long de cette côte, car on n'y trouve le fond que très près de terre, fond qui n'est formé que de roches ou d'un mélange de terre et de roches, loutefois elle a l'avantage de ne point avoir d'écueils en pleine mer, et qu'on peut y naviguer sans crainte. Jusqu'au delà du 22" degré et demi, on voit, à l'intérieur des terres, de grandes montagnes;
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plus au Sud, elles se rapprochent du bord de la mer, qu'elles longent jusqu'à la baie de Jésus [baie de Saint-Augustin].
Par le 22" degré et un quart, on voit une petite île du nom de Saint-Félix [Nosy Hao (île du Meurtre)], qui est éloignée d'une grande lieue de la côte; elle est peu élevée et a une plage de sable ; un récif l'entoure. Au Nord, à la distance d'un tiers de lieue, il y a un banc de sable [Nosy Fasy], entre lequel et la petite île existe un chenal avec des fonds de 8 à 12 brasses, chenal assez large pour qu'un grand vaisseau de guerre puisse y passer; il faut gouverner droit vers l'Est, et, dès qu'on y a pénétré, on peut tourner au Sud-Est ou au Sud et jeter l'ancre par un fond de 10 à 14 brasses, dans un secteur limité par la côte [baie d'Antseranambé] et la petite île [Nosy Hao]. Si ce port, qui n'offre pas d'ailleurs un excellent abri, était pourvu d'eau potable, il aurait de l'importance; malheureusement, on ne trouve d'eau ni dans l'île, ni sur la côte voisine, autant du moins que nous sachions. Les nègres [Malgaches] nous ont montré une grande lagune pleine d'eau à une demi-lieue <lans les terres, vis-à-vis d'une autre petite île qui est au Nord-Est de la première et qui est plus rapprochée de la côte [Nosy Andamotibé], là où il y a une plage de sable, la première qu'on trouve au delà d'un rocher taillé à pic contre lequel la mer se brise avec fracas. A partir de cette plage, on peut naviguer sans crainte droit vers le Sud et le Sud-Sud-Ouest. Le meilleur point de repère de ce port est une petite île qui est à trois lieues environ au Nord-Nord-Est et où il y a deux bois épais de palmiers; en outre, en allant vers le Sud, tout le long de la côte, on distingue un autre bois de palmiers-dattiers, très grand et très touffu. On voit très nettement le banc de sable. On peut aussi entrer dans ce port en se dirigeant du Sud vers le Nord et suivant le milieu du chenal entre la côte et la petite île,
avec (les fonds de plus de 9 brasses, mais il faut faire grande attention au récif qui s'étend au loin dans la mer au Sud de la petite île.
Par 22°30' [en réalité par 22°12' ou 22''17'1, se trouve la baie de Saint-Bonaventure [baie de Fanemotsa ou plutôt de Fandivotsa], qui n'est pas importante et où le fond, qui est de roche, est mauvais et est tout au plus de quatre brasses; on y entre du côté de l'Est; du côté Sud, on trouve un fond plus favorable et de nombreuses sources ou aiguades. A l'intérieur de cette baie, il y a deux bras de mer, mais qui n'ont pas une grande importance; il y a plusieurs villages habités par de pauvres gens. On la reconnaît à quatre belles falaises qui, de loin, ressemblent à quatre villes qui seraient bâties au bord de la mer. Sur la côte au Sud de cette baie, à une lieue de distance, il y a un rocher très dangereux qui s'élève à une lieue environ de la terre et que la mer recouvre de temps à autre ; il faut s'en garder avec soin.
Par 23% débouche un fleuve d'eau douce nommé Macimanga [Manombo], qui ne peut être remonté que par de petites barques ; on y trouve à acheter des bœufs, des volailles, des haricots. Le roi de ce pays est notre ami; il s'appelle Diamaçuto [Andriamazoto] et c'est un bouque [un Malgache]. En cet endroit, dans les hautes montagnes qui sont voisines du rivage, il y a une large coupée qui mérite de fixer l'attention; quand on est à l'Est quart Nord-Est de cette coupée, on est à peu près en face de l'embouchure du fleuve qu'on aperçoit de très loin, à cause de l'abondante et fraîche végétation qui l'entoure.
Quatre ou cinq lieues environ plus au Sud, le récif présente une autre grande ouverture [passe de Fanandomotsa] par laquelle on peut facilement pénétrer en gouvernant vers l'Est-Nord-Est et oii les fonds sont de 6 brasses. Après avoir traversé toute
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l'épaisseur du récif, on tourne au Sud-Est et on mouille par un fond qui est de 4 brasses à marée basse et qui est formé de sable; Teau y est très limpide [baie de Ranobé (par 23%3')]. En dedans du récif, le port est vaste, mais peu abrité et il n'y faut chercher un refuge qu'en cas de nécessité. Au Nord de ce port, le long- de la côte, le fond est insuffisant, pour ainsi dire à sec. A une grande lieue au-delà du port, on aperçoit, à une petite distance de la plage, un rocher isolé, au Nord et à une portée de canon duquel il y a sur la plage une source d'eau excellente, quoique toujours d'une couleur laiteuse, source qu'on ne voit que lorsque la mer s'est retirée d'environ un quart. Cet endroit appartient à Diamaçuto [Andriamazoto]; on y trouve les mêmes vivres et les mêmes articles qu'à Macimanga [ManomboJ. A six ou sept lieues plus loin, on remarque une autre ouverture semblable à la précédente [embouchure du Fiherenana (par 23°19')], en face d'une autre grande coupée entre deux montagnes qui sont situées un peu dans l'intérieur des terres.
Il est enfin temps d'arriver à la baie de Jésus, que les cartes indiquent sous le nom de fleuve de Santiago et qui est située un peu avant le 24'' degré de latitude [baie de Saint-Augustin]; on la reconnaît, du côté du Nord, aux montagnes qui sont au bord de la mer et au milieu desquelles s'élève une sorte de table carrée [Montagne de la Table ou Mahinia]; ces montagnes entourent toute la baie et, vues de loin, mais bien en face, semblent plonger dans la mer. Le troisième point de repère et le plus important est un îlot [Nosy Vé] qui est à une bonne lieue de la côte et est enveloppé, du côté Nord-Ouest, par un banc de sable et, du côté du Sud, par un grand récif; le mouillage v est excellent, par 16 ou 18 brasses, avec fond de sable; il se trouve à une demi-lieue au Nord et à trois bonnes lieues de la baie. On entre dans cette baie en gouvernant vers l'Est, par un III. 43
chenal où l'on trouve 60 et 70 brasses d'eau; il n'y a aucun obstacle à redouter, sauf ceux qu'on voit à l'œil nu. Elle est presque circulaire, ayant deux tiers de lieue de large et autant de long. Au Nord, on y trouve un excellent mouillage pour les ealions, par 4 et 5 brasses, dans un endroit où le fond est tellement en pente que les ancres plongent parfois dans 25 et 30 brasses d'eau. Pour les grands navires, un mouillage convenable se trouve un peu plus au Sud, en face d'une plage de sable, par un fond de 15 brasses à ce que nous affirme le ])ilote qui y a jeté la sonde. Cette baie n'est exposée que du côté de l'Ouest et du Nord-Ouest, d'où les vents du reste ne soufflent que rarement.
Le principal avantage de ce lieu est un beau fleuve d'eau douce, que l'on appelle l'Onguelay [Onilahy ou rivière de Saint- Augustin] et qui débouche au pied d'une montagne; c'est là, et tout à proximité de la plage, que l'on peut faire de l'eau. Ce fleuve est assez profond pour qu'une embarcation quelconque puisse le remonter. Par suite, le port en question est précieux pour'les navires de guerre qui, sans avoir à se détourner de leur route, sans avoir à craindre de s'échouer, peuvent toujours y venir chercher un abri, y faire très facilement de l'eau et, en même temps, se ravitailler à bon compte en y achetant des bœufs, des chèvres, des moutons et des volailles. Enfin, ce qui prouve l'importance de ce point de relâche, c'est que les Anglais, qui depuis quehiues années visitent l'Inde contre toute justice, s'y arrêtent très souvent. Il nous serait très facile de les en éloigner; on dirait en eflet que Dieu a élevé tout exprès à l'entrée de la baie un rocher énorme, très haut, taillé à pic du côté de la mer, qui forme un rempart formidable qu'on pourrait fortifier au sommet et d'où l'on mitraillerait facilement toute la baie.
CONCKHXANT MADAGASCAU G'S
Le roi est de race bouque [malgache] ; il a conclu avec nous un trait*^ de paix, en vertu duquel il s'engage à ne plus permettre aux Anglais de relâcher dans cette baie.
Chap. X. — De la pointe de Saint-Romain [côte .méridionale DE Madagascar] où il est en particulier question de la hade ou liAiE DE Saint-Augustin [baie d'Androka ou des Masikoro]. Des rangs de sable [banc de l'Étoile] et du cap de Sainte- Marie. De la baie de Saint-Luc [baie d'Andranofotsy] et de CELLE DE Sainte-Luce [baie DE Manafiafy] . — La pointe de Saint-Romain n'est pas, à proprement parler, un cap; elle comprend toute la côte Sud de l'île, qui a une étendue de plus de cinquante lieues. Si l'on part de la baie de Jésus [baie de Saint- Augustin] dans la direction de cette pointe, la côte a d'abord, pendant deux ou trois lieues, une direction Sud-Est, puis Sud quart Sud-Ouest et enfin Sud-Sud-Ouest jusqu'au delà de 24''30 . La terre est partout basse au bord de la mer et la plage est très blanche; on trouve tout près de la côte, en certains endroits, un fond excellent; il n'y a du reste dans toute cette partie de l'île ni rivières, ni bancs de sable, ni récifs. Un jieu à l'intérieur des terres, on aperçoit quelques petites montagnes. Par 24''30' se dresse une haute falaise blanche [falaise de Lanivato], à partir de laquelle, jusqu'au 25^ degré, la côte est dirigée vers le Sud quart Sud-Est, avec de hautes montagnes venant jusqu'au bord de la mer et, çà et là, quelques ravins, mais sans plage ni coupée ou baie quelconque et sans fond, si ce n'est tout près de terre.
Par 20"! 0', se trouve la rade de Saint- Augustin [baie d'Androka ou des Masikoro], qui est fermée au Sud et au Nord par de grands récifs. Les points de repère sont : en premier lieu deux hautes montagnes, couvertes de végétation, qui dominent
la rade et dont la plus élevée est la plus septentrionale; en second lieu, les récifs eux-mêmes et un îlot à fleur d'eau, sur lequel il n'y a aucun arbre et qu'entoure dans le Sud-Ouest un banc de sable. On fera bien, en entrant, de laisser l'îlot à gauche et de chercher le chenal que l'on voit entre les deux récifs à l'Est-Nord-Est. La plus faible profondeur qu'il y a en cet endroit est 7 brasses, en face du récif; un peu plus à l'intérieur, on en trouve bientôt dix avec fond de sable. Ce port n'ofTre pas un grand abri, surtout à marée haute, car alors la mer, en brisant contre les récifs, soulève des vagues énormes. La plage est également dangereuse et le débarquement y est difficile, par suite de la houle. 11 y a d'excellents puits d'eau potable, situés droit à l'Est de la pointe Sud du récif, au pied de grandes dunes de sable, à une portée de canon de la plage. Il ne faut pas écouter les nègres [Malgaches], qui montreront d'autres puits dont l'eau est de mauvaise qualité et qui sont un peu plus au Sud dans un endroit où les Anglais ou les Hollandais, qui ont été trompés par eux, ont fait de l'eau. Les habitants de cette région sont des Bouques [Malgaches] idolâtres. Le Royaume porte le nom de Vnvalinta [Vavan'Ilinta ']; le roi, qui s'appelle Diapanulia [Andriampanolihana], possède des bœufs, des moutons, des chèvres, des haricots, du coton qu'il vend pour de l'argent en barres et pour de grosses perles de verre de toutes les couleurs, mais surtout pour des perles rouges. Les indigènes sont pauvres; ils ont pour tous vêtements des toiles de coton fabriquées dans l'île même; leurs armes consistent en sagaies et en rondaches; ils connaissent l'autre côte de l'île.
En partant de ce port, pour doubler le Cap de Sainte-Marie, on peut passer entre l'îlot [Nosimborona] et le récif Sud où le
i. Vavan' Ilinla, litf,. : bouche de l'Ilinla. I/Ilinta est la rivière qui se Jette dans la baie crAmlroka ou des Masikoro.
chenal a des fonds de 20 à 25 brasses. Jusqu'à ce cap, la côte a une direction Sud-Est; les montagnes baignent leurs pieds dans la mer pendant 24 lieues environ. En suivant de [»rès la terre comme nous l'avons fait, au bout de 3 à 4 lieues, on découvre tout à coup les hauts-fonds de Sainte-Marie [banc de l'Etoile^ qui sont au nombre d'au moins quatre, dont trois se succèdent à peu près du Nord au Sud, ainsi qu'une petite île [Xosv Manitsa] qui est à une bonne lieue de la cote. De ces écueils, le plus éloigné de terre est un peu avant le 26" deg-ré; c'est une sorte de banc de sable, qui est le plus souvent recouvert d'eau et qui se prolonge dans le Sud-Ouest par un grand récif [récif de l'Etoile]. Je n'ai pas vu en cet endroit tous les autres nombreux récifs qu'indiquent les caries. Au contraire, entre celui dont je viens de parler et le deuxième qui est formé de pointes de rochers contre lesquelles la mer se brise seulement de temps à autre, il y a un excellent chenal qui est large d'une lieue et a plus de 12 brasses d'eau. Le troisième compte un plus grand nombre de rochers, contre lesquels se brise d'ordinaire la mer, après quoi se trouve un autre chenal large de plus de deux lieues et profond de 20 à 25 brasses, avec des eaux très limpides. Il est bon d'y entrer par le Sud-Est. Puis vient l'îlot, à rOuest-Sud-Ouest duquel, à une lieue et demie environ, est le quatrième haut-fond qui est le premier que l'on découvre sur cette route et contre lequel la mer brise d'ordinaire.
Après avoir dépassé ces écueils et fait de six à sept lieues, on aperçoit, dans la côte, une coupée dirig-ée vers l'Est et entourée deg-randes dunes [embouchure du Menarandra]. Après ces dunes, la côte est taillée à pic jusqu'au Cap de Sainte-Marie, et, tout le long- de ces montagnes, s'étend un récif de rochers que recouvrent de 30 à 40 brasses d'eau; la sonde y révèle un fond de grraviers ou de g^alets, sans vase. Ce récif s'étend en mer jusqu'à
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huit à dix lieues de la côte et déjtasse vers l'Est le susdit cap, qui est situé un peu avant le 26'' degré et est la partie la plus élevée de toute l'île; il est facile à reconnaître, car il est plus élevé que les montagnes environnantes et est taillé à pic; de plus, il présente de nombreuses taches blanches.
Au-delà du cap, la côte est formée par des montagnes qui plongent directement dans la mer, mais qui sont moins élevées que lui ; elles sont d'une hauteur presque partout uniforme et sans végétation. Elles se prolongent dans la direction de l'Ouest à l'Est pendant douze à quatorze lieues. Au-delà, on remarque une petite coupée, reconnaissable à deux taches blanches, qui sont situées l'une à l'Est et l'autre à l'Ouest. Là, la côte semble former une bonne rade, mais c'est une simple apparence. Pendant douze à quatorze autres lieues, la côte a une direction Est quart Nord-Est, toujours avec les mêmes montagnes; on ne trouve le fond que tout près de terre et on n'y aperçoit aucune rade, ni aucune île. On peut se rendre compte par là combien la carte est erronée, car elle indique dans ces parages deux ou même trois îles.
La côte s'infléchit ensuite vers l'Est-Nord-Est jusqu'à 2o"20'. Sur tout cet espace, les montagnes sont si nombreuses, si élevées et si enchevêtrées les unes dans les autres, que le voyageur qui les voit, même de loin, en est effrayé. On peut dire sans exagération que ces montagnes s'aperçoivent au moins de dix lieues en mer. Tout le long de cette côte, qui est partout très escarpée, il n'y a pas la moindre trace de bancs de sable et on y trouve en plusieurs endroits un fond excellent, même à une ou deux lieues de la côte.
Au milieu de toutes ces montagnes, il y en a une qui mérite il'èlre mentionnée ; c'est un pic fort haut qui s'élève presque au bord de la mer [Andrahomanana] et qu'on aperçoit de loin dans
le Nord-Est ; c'est un point de repère pour les navigateurs auquel s'en joint un second au Nord, qui consiste en une rade située à deux lieues à l'Est de ce pic par 25°20'. Cette rade [crique d'Andrahomanana], où des calions et autres petits bateaux peuvent mouiller, a un tiers de lieue de large à son entrée et s'élargit à l'intérieur où elle mesure deux tiers de lieue sur autant de long; le fond y est partout de sable fin, recouvert d'une hauteur d'eau à peu près invariable de six brasses. On y est parfaitement à l'abri des vents du Sud-Ouest, du Sud-Sud-Ouest, du Sud et du Sud-Sud-Est, à la condition de prendre quelques précautions ; car ces vents passant par-dessus la terre soulèvent des vagues énormes au milieu ; aussi, afin d'être bien à l'abri, les navires doivent mouiller sur l'un des côtés ; le mouillage le meilleur, le plus commode et le plus sûr est dans une anse du côté Est, où l'on peut jeter l'ancre par un peu plus de quatre brasses en s'amarrant avec des câbles à terre même, dont on peut beaucoup s'approcher, car le rivage y est très escarpé. Les rats abondent en cet endroit, mais en ayant soin d'attacher les amarres à quelques barriques, ou avec quelque autre précaution, on peut facilement remédier à cet inconvénient.
Il est difficile de s'y procurer de l'eau douce, qu'il faut aller chercher dans une lagune située à l'Est, à une demi-lieue de la plage, dans un vallon facile à reconnaître, mais on ne peut en prendre sans le consentement des indigènes; si cette rade était fréquentée par les Européens, on pourrait creuser des puits tout près de la mer. Le pays s'appelle Enferoê [Amberio], et le roi est Rundamana [Roandriamanana]. Les habitants sont des Bouques [Malgaches], d'un bon naturel; ils nous ont témoigné de l'amitié. Le sol y est excellent et l'air sain. Le bétail, gros et menu, y abonde, ainsi que les volailles, les porcs sauvages [sangliers], les haricots, les ignames; on y trouve un peu de
riz, et des citrons en g^rande quantité. Il y a des palmiers et, tout près de la plage, beaucoup d'arbres propres à faire d'excellent bois de construction. On peut acheter tous ces objets à des prix modérés, en échange de piastres, de perles de verre, grosses et petites et de toutes les couleurs, surtout de perles rouges, de corail et d'autres menus articles, de chaînes d'argent, d'or et même d'alliage. Les indigènes n'ont pas de grandes embarcations, mais de simples pirogues; leurs armes ne consistent qu'en sagaies et en rondaches.
Nous terminerons ce voyage en décrivant le pays où ont vécu et où sont morts les Portugais naufragés suivant toute probabilité en l'an 1505 [4527J '. La côte a pendant environ six bonnes lieues une direction Est quart Nord-Est jusqu'à une colline qui forme une sorte de promontoire, à une bonne demi-lieue à l'Ouest de laquelle se voit une petite bouche qui peut donner tout au plus passage à un petit bateau et qui communique avec une grande lagune [lagune de Fanjahira], peu profonde puisqu'il n'y a pas plus de trois brasses d'eau au maximum. Dans cette lagune se jette un fleuve qui, en amont, arrose une belle et vaste plaine. A un peu plus d'une lieue de la mer, ce fleuve forme deux petites îles, qu'ont habitées jadis les Portugais dont nous parlons plus haut; l'une d'elles est appelée l'île de Santa Cruz (de la Sainte-Croix'-) par les indigènes, car on y voit encore une croix de pierre, ainsi qu'un « padron », sur lequel sont fort bien gravées les armes du Portugal et la croix de chevalier du Christ, et une maison en pierre, qui est à présent abandonnée. Les Portugais qui ont habité ce lieu ont été massacrés par les nègres [Malgaches] de ce royaume qui porte le nom de Matacasi
1 . Voir, dans le tome I de cette collection, le récit de ce naufrage, p. 58-60, et t. II, p. 41-43 et 46 (note).