PLUS QUE TOUTE AUTRE. RELIGIEUX PORTUGAIS MASSACRÉS A LA
MOKT DU ROI DE MADAGASCAR AFIN Qu'iLS l'aCCOMPAGNENT AU CIEL.
Quantité considérable d'oiseaux sauvages et de dindons. — L'opposition que fait la Compagnie des Indes Orientales a l'établissement d'une colonie a Madagascar est la meilleure preuve de l'utilité qu'il y a à la fonder. — Ni l'or, ni d'autres objets
AVANT POUR nous UNE GRANDE VALEUR NE SONT AUSSI ESTIMÉS A MADA- GASCAR QUE LES PERLES EN CORNALINE ROUGE. — H v a environ vingtcinq ans, notre Compagnie cles~4ades Orientales a envoyé dans l'Inde, par mes soins, des défenses d'éléphant qui y sont partout très recherchées; les Portugais n'en vendent pas moins chaque année de 2 000 tonnes, qu'ils se procurent sur la côte de Malindi [côte orientale d'Afrique].
Il V a aussi, sur cette même côte, de nombreux porcs sauvages, dans l'estomac desquels s'engendrent des pierres que les Portugais appellent Petra le Porkco [Pedra de porco, c'est-à-dire pierre de cochon] et qui sont fort estimées dans l'Inde et dans toute l'Asie comme un antidote souverain contre les poisons. On ne trouve nulle part ailleurs dans le monde une drogue ayant les mêmes vertus et qu'on puisse lui substituer, car la pierre de bézoard n'est pas à beaucoup près aussi recherchée, et même elle est peu appréciée dans ces régions. Grâce à cette pierre précieuse si remarquable qu'ils appellent Petra le Porlieo [Pedra de porco], les Portugais font île très grands bénéfices dans l'Inde et en Asie ; j'ai lu plusieurs écrits sur ce sujet, notamment un manuscrit composé par le très hono.rable Sir Thomas Row [Sir Thomas Roe] lorsqu'il était dans l'Inde Orientale comme ambassadeur de Sa Majesté le roi Jacques I pour réglementer le commerce de notre Compagnie des Indes Orientales dans ces régions; il parle de cette pierre de porc en })lus grands détails
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que je ne le fais ici '. Divers savants pensent que, sur la côte de Malindi oià se trouvent ces sangliers, le sol, étant d'excellente qualité, produit des herbes, des plantes, des fruits et des drogues de qualité supérieure, et que c'est là la cause des vertus et propriétés extraordinaires des pierres qui se forment dans l'estomac de ces sangliers et qu'on recherche et estime dans l'Inde comme dans toute l'Asie plus que toute autre chose. De cette côte de Malindi [côte orientale d'Afrique], qui est à proximité de Madagascar, on apporte aussi dans l'Inde plus de 1 SOO tonnes de cire, ainsi que des gommes précieuses et diverses drogues. Les Portugais en tirent encore de grandes
1. Voici ce que dit de cette pierre de j)orc Savary dans son Dictionnaire universel du Commerce, t. I, IToO, col. 472-473 : « Le Bézoard, dit la Pierre de Porc, que les Hollandais appellent Pedro de Porco et les Portugais, qui les premiers en ont apporté en Europe, Pedro de Vassar, a un prix excessif à cause de la difliculté d'en avoir. Il se trouve dans le fiel de quelques porcs-épics des Indes et non dans quelques sangliers de ces lieux, ainsi que des gens l'ont cru. Sa grosseur ne dépasse guère celle d'une aveline, et elle est d'ordinaire d'un blanc un peu verdàtre. Lorsqu'il arrive de ces bézoards à Amsterdam, ce qui n'excède guère le nombre de cinq ou six dans les plus riches cargaisons des navires revenant des Indes Orientales, elles s'achètent jusqu'à 3 ou 400 livres pièce et même davantage, non par des marchands, mais par des personnes riches qui les transmettent à leurs enfants. On ne peut croire combien les Indiens attribuent de vertus à ce bézoard qu'ils nomment parmi eux mastica de soho, moins parce qu'ils le croient le meilleur préservatif du monde contre toutes sortes de poisons, qu'à cause qu'il est souverain pour guérir le bordoxi, maladie à laquelle ils sont sujets et qui est aussi dangereuse que la peste. Les autres propriétés que les Indiens lui attribuent sont qu'il est admirable dans toutes les fièvres malignes, contre la petite-vérole et dans la plupart des maladies des femmes qui ne sont pas enceintes; il provoque l'uvortement. Pour user de ce bézoard, il faut le laisser infuser dans un verre d'eau ou de vin jusqu'à ce qu'il leur ait communiqué une petite amertume qui n'a rien de désagréable et le prendre le matin à jeun ou même à toute heure, lorsque le besoin est pressant. Pour faciliter cette infusion et conserver une pierre aussi précieuse, on la fait enchâsser dans une boite d'or, percée de plusieurs trous, à laquelle est attachée une petite chaîne de ce même métal pour le suspendre dans le liquide lorsqu'on en veut faire usage ».
quantités d'or fin et d'ambre gris qu'ils portent de Mussamberg [Mozambique] à Goa.
Ces détails permettent de se rendre compte de l'importance qu'a le commerce des Portugais sur la côte de Malindi [côte orientale d'Afrique] ; c'est pourquoi, depuis plusieurs siècles, ils entretiennent une très forte garnison à Mussamberg [Mozambique], avec cent pièces d'artillerie dans le château. J'ai la conviction qu'ils ne font pas un commerce aussi riche et aussi lucratif dans toutes leurs possessions d'Asie que sur cette côte [côte orientale d'Afrique]. Si nous avions dans l'île de Saint-Laurent [Madagascar] une colonie solidement établie, ce serait un excellent et remarquable centre de commerce, car elle est juste au centre du monde commercial! Comme le bois de charpente y abonde, on y peut construire de petits navires; dans le Nord, les indigènes font des jonques [boutres] jaugeant jusqu'à 200 tonneaux.
Ses habitants affectionnent tout particulièrement notre nation. AndreauwPela[Andriampela], un de leurs rois qui réside auprès de la baie de Saint-Augustin, nous a offert au capitaine Weddall' et à moi, si nous voulions venir habiter auprès de lui, de nous céder une étendue de terrain suffisante pour nourrir cent mille hommes; il est venu à bord du Charles, où nous l'avons reçu très amicalement et lui avons fait un cadeau. Ce roi nous a appris avec quelle barbarie les Portugais ont agi à l'égard des habitants de ce pays, enlevant de force des hommes, des femmes et des enfants; aussi les Malgaches les haïssent-ils extrêmement. On m'a conté comment ils ont été trompés par eux à l'aide d'images; aussi chaque fois que nos matelots leur montraient une image pour l'échanger contre un mouton ou un objet quelconque, s'eflaraient-ils et s'enfuyaient-ils en criant : Portugais! Portugais! car aujourd'hui ils ne peuvent souffrir les images.
I . VîiUcr Hainond écrit ce nom « Weddell ». Voir plus liaut, pp. 13, 48, 5o.
Il y eut autrefois dans le XorJ de l'île quelques pères et frères [jésuites] qui y séjournèrent pendant un certain temps, cherchant à convertir les indigènes; mais, le roi de cette localité étant mort, ceux-ci tuèrent ces prêtres et ces frères en leur disant que, puisqu'ils étaient des religieux, leur rôle était d'accompagner le roi auprès de Dieu. Tel est le tour qu'ils ont joué aux Portugais, qui sont universellement détestés.
J'ose dire que personne ne peut donner un compte rendu meilleur ni plus complet que le mien, car j'ai fait le tour de l'île, et je suis descendu à terre cinq fois. En ce qui concerne le commerce, c'est moi qui m'occupais de tout ou qui, si j'en étais empêché, désignais la personne chargée de me remplacer; car il était essentiel de ne pas modifier les prix que nous avions fixés, afin de ne pas déprécier nos marchandises de troc, notamment les cornalines de forme allongée [cornalines taillées en forme de fuseaux], dont cinq ou six suffisaient à payer un bœuf qui, en Angleterre, aurait bien valu de dix à seize livres sterling [de 250 à 400 fr.]. Nous achetions quinze beaux moutons pour neuf pence [1 fr.]; un jour, le commis aux vivres du bord, ayant pesé la queue d'un des moutons que l'on venait de tuer, a trouvé qu'elle pesait trente livres et quelques onces.
La baie de Saint-Augustin, où notre navire a jeté l'ancre, est sous le tropique du Capricorne, par 23'' 30' de latitude Sud; il y a trois bancs qui offrent un ancrage excellent, et nombre de navires y peuvent mouiller en toute sûreté par quinze brasses de fond. Lorsque nous y sommes arrivés venant d'Europe, nous y avons trouvé quatre bâtiments à l'ancre. J'ai un dessin de cette baie.
On peut s'y procurer des vivres en abondance, poissons, viande fraîche et volailles. Une fois, j'ai accordé à l'un de nos hommes la permission de passer la nuit à terre pour chasser les
oiseaux qui perchent le soir dans les bois ; il tua en une seule nuit trente-cinq dindons [pintades] sauvages S qui y abondent. Cette localité est très saine. Nous avons débarqué sur le rivage quatre-vingts malades, dont quarante environ durent être transportés à terre couchés dans des couvertures, car ils ne pouvaient ni marcher, ni se tenir debout. Après être demeurés trois jours à terre, ils se sont tous trouvés bien portants et capables d'aller et venir à leur gré.
J'ai relâché plusieurs fois dans cette baie. L'eau y est de bonne qualité et abondante et on y trouve de bon bois de charpente ; les arbres que nos charpentiers ont abattus et sciés nous ont fourni des planches et des bordages que nous avons utilisés à bord de nos navires. J'ai suivi la côte jusqu'à sept milles au Nord de la baie.
M. Endyniion Porter a reçu de moi en cadeau quelques curiosités que j'ai rapportées de cette baie de Saint-Augustin, telles que de lécaille dont il m'a promis de se faire faire des peignes, du sang-de-dragon et diverses espèces de gommes; il en a été si content qu'il m'a envoyé prendre dans son carrosse et m'a conduit au Conseil du Roi oij se trouvait alors le prince Rupert- et devant lequel j'ai exprimé franchement mon opinion que j'ai confirmée depuis; l'afïaire a été conclue séance tenante et on a apposé le grand sceau sur la décision prise au sujet de la colonisation de l'île de Saint-Laurent. Le président Sir Maurice Abbot, le vice-président Carway et quatre autres membres de la Compagnie des Indes Orientales qui étaient contraires à cette entreprise de Madagascar, s'y sont opposés devant le Conseil, disant que cette île est très insalubre. Au contraire,
1. Il n'y <a j»;is de dindons sauvages à Madagascar. Les dindons sont des oiseaux ann-ricains (voir plus loin p. HO). —2. Voir le projet de colonisation anglaise à Madagascar par le prince Rupert dans le t. II, p. 442-446.
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M. John Cartwriglit, Bartholomew Churchman et moi, nous avons attesté que Madagascar est le pays le plus sain du monde, et la Compagnie des Indes Orientales a été l'objet d'un blâme pour l'avoir déprécié.
Dans le Nord de l'île, il y a de bons terrains couverts d'excellents pâturages et un port encore meilleur que la baie de Saint- Augustin, où l'on trouve toutes les marchandises qu'on peut désirer et en grandes quantités, telles que riz, sucre, noix de coco, bananes, grenades, « woshee » [hasy?j ou vin de palmier ' que dans l'Inde nous appelons « toddy », d'excellents bois de charpente pour les maisons, etc. Il s'y fait un bon trafic avec les jonques [boutresl.
J'ai longé la côte pendant deux joars et demi, me tenant à trois ou quatre lieues du rivage; j'y ai jeté la sonde et ai trouvé douze brasses d'eau. Pendant ces deux jours et demi, nous avons parcouru, de la pointe Nord de l'île vers le Sud, deux cent treize milles, et le pays nous a partout paru très plaisant; nous n'y avons vu que pâturages verts, semés d'arbres, et beaux terrains de culture en pente douce. J'en donne ma parole. Au large, il y a entre Madagascar et Maurice, beaucoup de rochers et de nombreux îlots; le courant y est violent et porte vers l'Ouest.
Je ne doute pas que l'île de Madagascar soit très peuplée, quoique dans la baie de Saint-Augustin nous n'ayons pas vu plus de deux à trois cents indigènes, mais il est probable qu'ils ne viennent au bord de la mer qu'en passant, comme nous l'avons supposé à cause de leurs maisons, vraies baraques faites de bâtons et de branches d'arbres, qui sont toutes petites et basses comme des étables à porcs ou des cages à veaux et peu confortables. Quelle qu'ait pu être leur conduite envers les
1. Les Malgaches appellent arafa le vin de palmier (du palmier rolîa). Hasy ou Hasiaa signifie i< qui a de la vertu '>, « qui a bonne saveur ».
autres Européens, les indigènes de Madagascar ont été envers nous affables et courtois. Ayant rencontré quelques-uns de nos gens errant au loin, qui avaient perdu leur chemin, ils les ont aimablement ramenés à notre camp. Il serait cependant dangereux d'avoir en eux une confiance absolue, car notre nation a maintes fois expérimenté la traîtrise des sauvages en Virginie, dans la Nouvelle-Angleterre et en d'autres pays.
Dix ou douze de nos hommes ont avisé notre amiral, le capitaine John Weddall, qu'ils étaient prêts à demeurer à Madagascar jusqu'à la venue d'autres navires, pourvu qu'il voulût bien leur fournir des armes et les objets nécessaires; mais, après avoir pris l'avis des divers officiers, il jugea qu'il n'était pas bon d'abandonner ces hommes à l'aventure dans ce pays sauvage, quoique les indigènes lui eussent manifesté le désir de le voir résider au milieu d'eux et lui eussent proposé d'être leur chef ou roi, le priant de les aider dans la guerre qu'ils faisaient à leurs voisins.
Les Malgaches, à ce que je crois, vivent en tribus ou familles, et ce sont les plus âgés qui sont les plus respectés et les plus honorés. Au bord de la mer, leur grand chef était Andreauw Pela [Andriampela], qui nous a vendu de beaux bœufs aux prix que nous avons mentionnés ci-dessus; mais, pendant notre long séjour, il est venu d'autres indigènes de l'intérieur qui ont aussi trafiqué avec nous. Le ])étail qu'ils nous ont amené était encore plus beau et à des prix plus bas que celui des habitants du bord de la mer; ils nous ont aussi apporté des chapons, ainsi que des oranges et des citrons dont nous avions grand besoin (voir plus haut Hamond, p. 39). Leur chef s'appelait Massy Ghora [Masikoro 'j ; c'était celui contre qui Andreauw Pela
1. Masikoro signifie simplement « liomme de l'intérieur, agriculteur », par opposition à Vczo, « homme du bord de la mer, pêcheur » (note p. 55).
[Andriampela] voulait nous emmener en guerre (voir plus haut Hamond, p. 55), sous le prétexte qu'il venait leur piller leurs trésors et leurs bijoux, c'est-à-dire les perles de cornaline rouge venant de l'Inde, qui sont les unes rondes et les autres en fuseaux à facettes et qui ont à leurs yeux une grande valeur, tandis qu'ils dédaignent l'or, l'argent, le cuivre, le fer et les autres métaux et n'acceptent les perles de verre, de corail ou d'ambre et autres babioles que si on les leur donne gratuitement. Il est nécessaire de s'approvisionner dans l'Inde de ces cornalines rouges en forme de fuseaux, car les Européens qui viennent se ravitailler ou s'installer à Madagascar ne doivent pas s'attendre, s'ils n'en ont pas, à s'y procurer facilement et à leur gré ce dont ils ont besoin. Lorsque nous avons relâché à la baie de Saint-Augustin en venant d'Europe, nous n'avions pas de ces cornalines et nous n'avons pas pu acheter de bœufs, ou du moins nous n'en avons obtenu que fort peu, et c'étaient des animaux vieux et maigres, quoique nous ayons donné en paiement de l'argent ou des perles de corail qui avaient une valeur quarante fois plus grande que les cornalines indiennes que l'on appelle à Madagascar* /îrtrnn/;» et qui s'achètent dans l'Inde à raison de huit à dix shillings [10 ou 12 fr. oO] le cent; un bœuf gras, comme je l'ai dit plus haut, se paie de six à huit de ces cornalines. Mais, en revenant de l'Inde, nous en étions abondamment pourvus et elles nous ont été très utiles. Les quatre navires anglais que nous avons trouvés dans la baie de Saint- Augustin, sans ces cornalines indiennes, n'auraient pu se ravitailler et auraient dû, comme nous en venant d'Europe, aller relâcher à environ deux cents lieues de là, à l'une des îles Combro [Ngazidya ou la Grande Comore], Joanna [Anjouan] ou Malalo [Mohély], où il nous a fallu acheter aux sauvages qui les habitent du bétail de qualité inférieure et le payer en piastres,
de quarante à cinquante shillings [50 à 62 fr. 50] par tète, tandis qu'à Madagascar les mêmes animaux ne coûtent, comme il est dit ci-dessus, que quelques cornalines.
Chap. IV. — Les iNoiGiiNES, quoique nus, sont beaux et ont
UNE FIGURE AGRÉABLE ET UN EXTÉRIEUR PLAISANT. LeURS ARMES SONT
PEU DANGEREUSES. IlS ONT PEU d'eXPÉRIENCE ET PEU d'hABILETÉ
DANS LE TRAVAIL ET DANS l'iNDUSTRIE. II EST TRÈS PROBABLE Qu'lL
EXISTE À Madagascar des cannes À sucre et des épices diverses. — Madagascar est comparable au riche pays de Chanaan. — - Les habitants, hommes et femmes, sont noirs ou basanés; leur figure est agréable et leur extérieur est plaisant. Ils vont nus, sans vêtement, ne cachant que leurs parties honteuses soit avec une ceinture de peau dont ils se ceignent les reins, soit avec un lambeau de chiffon ou une loque quelconque qu'ils passent entre leurs jambes et nouent par devant et par derrière. Seules, quelques femmes riches attachent autour de leur corps une large bande de calicot ou d'indienne qui descend à j)eu près jusqu'aux genoux.
Quant aux haranga ou fuseaux de cornaline, ils les portent aux oreilles et surtout autour du cou, enfilés les uns à la suite des autres de manière à former des colliers qui, suivant leur fortune, tombent plus ou moins bas sur la poitrine. Les grains de cornaline d'un rouge clair sont plus estimés que les autres et, lorsqu'ils font un marché, ils savent fort bien choisir les grains qui sont les plus clairs et qui ont le moins de taches.
Hommes et femmes portent les cheveux coupés à peu près suivant la mode que nous nommons aujourd'hui en Angleterre Cavalierfashion [comme les enfants d'ÉdouardJ, c'est-à-dire courts en avant, longs sur les côtés et surtout en arrière, et ils les tressent, comme le font nos femmes de condition, de manière à former trois nattes : ce mode de coiffure est en parfaite har-
CONCEHNAXT MADAGASCAR 9i
monie avec leur physionomie; sur le sommet de la tête, ils ont un chignon haut de presque un demi-pied, qui se tient droit et qu'ils forment en enroulant tout autour, pour l'attacher, un cordon ou un lien quelconque.
Leurs armes consistent en dards [sagaies] de différentes sortes, qui sont plus ou moins gros; les uns sont larges et effilés comme des lances, les autres sont plus petits et harbelés comme des hameçons ou semblables aux fers des flèches. Avec ces petits dards barbelés, je les ai vus transpercer les poissons qui nagent auprès du rivage dans les endroits peu profonds et les ramener à la surface de l'eau à l'aide d'une corde attachée à ces dards. Ils ont aussi des couteaux, longs et étroits, qui sont incommodes pour percer, mais qui coupent comme une hache; toutefois ils sont rares, car je n'en ai vu que deux ou trois. Quelques indigènes portent avec eux une douzaine de dards ou sagaies, moitié d'une espèce, moitié de l'autre, mais la plupart n'en ont d'ordinaire à la main qu'un ou deux, trois au plus. Ces armes ne sont dangereuses qu'à une toute petite distance, et même alors elles ne frappent pas avec une telle force et une telle rapidité qu'on ne puisse les éviter, soit en faisant un pas de côté, soit même en les écartant avec un bâton. Au contraire, les indigènes, qui ont le corps nu, sont exposés aux effets meurtriers de nos armes offensives.
Pendant les matinées qui sont souvent froides, les Malgaches, qui ont toujours la tête nue, se tiennent au moins jusqu'à huit heures autour de feux qu'ils allument très vite en saisissant par le milieu ou par l'extrémité la plus forte un petit morceau de bois rond, pas plus gros qu'un tuyau de pipe, dont ils appliquent l'autre extrémité sur un large disque de bois, puis faisant tourner rapidement entre les paumes de leurs mains le premier morceau sur le second; ils produisent ainsi de la cha-
leur qui donne immédiatement naissance à des étincelles, avec lesquelles ils enflamment les combustibles secs qu'ils ont sous la main; ils peuvent alors se chaufl"er ou faire leur cuisine.
La viande que mangent les Malgaches est très peu appétissante. Ils découpent les bœufs avec le fer de leurs sagaies, les écartelant en un instant et désarticulant les jointures avec tant d'adresse et si vite qu'il faut les avoir vus opérer pour le croire, puis ils posent les morceaux de viande pendant quelques instants sur des charbons ardents et les mangent à demi crus et pleins de cendre. Cependant, je crois qu'ils la font aussi quelquefois bouillir, car j'ai vu dans leurs maisons des pots ou marmites; mais ces ustensiles, qui sont tout noirs, sont-ils en métal, c'est ce que je ne saurais dire, ne les ayant jamais eus en main, et je ne sais pas non plus s'ils sont fabriqués dans le pays ou apportés par les Portugais ou par quelque nation païenne.
Ils recueillent soigneusement la graisse de bœuf, dont les gens riches se servent pour enduire chaque matin leurs cheveux, qui restent collés jusqu'à ce qu'elle fonde à la chaleur du soleil; elle dégoutte alors sur leurs figures et sur leurs corps qui sont tout luisants et dégagent une odeur fétide. Il n'y a que les pauvres elles esclaves qui ne fassent pas une semblable toilette; aussi ont-ils l'air misérable et leur peau est-elle sèche et toute couverte de croûtes, comme si elle était tannée par les rayons du soleil. Leur nourriture est du reste moins succulente et plus grossière que celle des riches, mais nous n'avons aucun détail à ce sujet; nous savons seulement qu'ils ont le ventre gonflé comme s'ils étaient hydropiques et ({u'ils mangent de sales tripes. Quoiqu'il y ait dans ce pays d'énormes troupeaux de bœufs gras, les pauvres souffrent beaucoup de la faim ; ils se tenaient autour de nos tentes et se jetaient sur les détritus et les immondices que nous jetions, ou bien ils venaient avec leurs pirogues auprès de
nos navires, demandant Tellahenna [kehj Iiena, litt. : un peu de viande] et Tellaffunga [keli/ hanina, litt. : un peu à manger], c'est-à-dire, je suppose : donnez-nous de la viande et du pain. Nos matelots s'amusaient à leur lancer des pieds de bœuf qu'ils dédaignaient; lorsqu'on leur jetait des os à moelle desséchés ou d'autres choses semblables qui s'enfonçaient rapidement dans la mer, ils plongeaient de suite et allaient les chercher souvent à une grande profondeur.
Leurs bateaux ou pirogues sont faits d'une seule pièce de bois et sont longs et étroits comme une auge à porcs; deux poutres [ou balanciers], attachées à deux perches longues de plus de deux yards [2 mètres] qui sont disposées en travers de ces embarcations, chacune à environ un demi-yard [0 m. 50] de leurs extrémités, les empêchent de chavirer'. Ces pirogues sont si peu étanches qu'on y est assis dans l'eau et qu'on est constamment occupé à les vider, tandis qu'un homme ou deux pagayent avec de petites palettes, pas plus grandes que les raquettes avec lesquelles on joue au volant.
Les indigènes sont peu industrieux et fabriquent peu d'objets, objets du reste sans valeur. J'ai vu un charpentier, si je puis l'appeler ainsi, en train de construire une pirogue avec un morceau de bois qui ressemblait à une auge à porcs ; il n'avait d'autre outil qu'une petite hache semblable à une hachette d'enfant, dont le fer n'avait pas deux pouces [0 m. 03] de largeur, ce qui nécessairement rendait son travail très long. J'ai vu aussi un forgeron fabriquant des fers de lance d'une manière étrange; il n'avait pour outils, autant que j'ai pu voir, que deux
1. On voit que, sur la côte Sud-Ouest de Madagascar, en 1630, comme lors du passage de Cornelis de Houtman en 1595 (voir t. I, p. 174 bis), la planche et son explication, les indiiiènes se servaient de pirogues à double balancier; il en est encore de même sur la côte de TAndroy. mais les Sakalava vezo n'ont plus aujourd'hui que des pirogues à un seul balancier.
pierres, qui lui servaient, l'une d'enclume et l'autre de marteau, et son soufflet était formé de deux bambous longs d'environ trois quarts de yard [0 m. 70] et gros à peu près comme la jambe ou la cuisse d'un homme, qui étaient percés à leur extrémité de petits trous par lesquels l'air s'échappait sur un petit feu placé à proximité; cet air était chassé par de petits plateaux ou disques semblables à des battes à beurre; quant aux bambous, ils avaient leur partie supérieure fermée par une peau de mouton ou de chèvre avec le poil en dehors et ressemblaient aux écouvillons dont on se sert pour nettoyer les canons; ces battes [ou pistons], étant alternativement soulevées et abaissées, refoulent l'air sur le feu. Je me rappelle encore avoir vu un indigène qui tissait à la manière de ces mendiants d'Angleterre qui s'installent sur le bord des routes pour fabriquer des rubans grossiers; il tissait, avec du fil de coton, des bandes étroites, qui n'avaient guère plus d'un quart de yard [0 m. 23] et qui étaient rayées; je suppose qu'on coud ensuite deux ou trois de ces bandes pour faire les ceintures avec lesquelles les gens riches cachent leurs parties honteuses. Je ne sais pas au juste d'oii vient le coton dont ils se servent, s'ils le récoltent dans le pays ou si ce sont les Portugais ou des individus d'autres nations qui le leur apportent.
Je ne sais pas davantage si les indigènes ont, en outre de la viande et du poisson, d'autres aliments, tels que du blé, du riz etc. ; cependant nous en avons rencontré qui portaient de petites quantités de riz, ainsi que ces petites fèves qu'on appelle dans l'Inde gravances \fjarbanzos ou pois chiches] ' et qui y sont si abondantes; dans l'établissement anglais de Surate, on assaisonne ces petites fèves, quand elles sont fraîches, avec
1. Ce sont des lojo ou bien des voanemba, sorte de petits haricots ronds
très oummuns à Madagascar.
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du beurre et on les mange en guise de pois verts; mais, lorsqu'elles sont sèches, elles ne valent pas nos pois anglais. J'ai vu des indigènes qui suçaient et qui mangeaient des cannes à sucre vertes, ce qui prouve que la canne à sucre pousse dans l'île et que l'on pourra probablement en tirer de grandes quantités de sucre. De plus, il est certain que la vigne existe à Madagascar, car j'en ai vu plusieurs pieds sauvages sur les versants rocheux des montagnes de la baie de Saint-Augustin '.
J'ajouterai que quelques-uns de nos compatriotes m'ont assuré avoir entendu dire aux Portugais que cette île fournit du poivre et d'autres épices; ceux d'entre nous qui se sont avancés dans l'intérieur du pays en remontant pendant plusieurs jours une large rivière navigable [l'Onilahy ou rivière de Saint-Augustin], et qui ont rencontré sur leur route de nombreux indigènes leur offrant du bétail à la moitié ou au quart du prix que nous payions au bord de la mer, leur ont montré du poivre, des clous de girofle, du macis et des muscades, et ceux-ci leur ont fait comprendre qu'il existait de grandes quantités de ces épices à quelques jours de marche plus loin ce qu'ils leur ont indiqué en fermant plusieurs fois les yeux et mettant la tête sur leur bras.
Ces mêmes Anglais nous ont en outre appris qu'ils avaient trouvé de vastes prairies ou pâturages remplis de bétail de toutes sortes : bœufs, moutons et chèvres, qui y paissaient librement. On peut admettre comme certain que Madagascar qui est situé à peu près à la même distance de l'Equateur que l'Inde donne les mêmes fruits qu'elle : noix de coco, bananes, pastèques, melons excellents et aussi gros que nos potirons anglais, palmiers à « toddv » dont on tire une liqueur aussi bonne que le vin blanc sucré ; les marins anglais et hollandais boivent dans
1. Cette assertion est plus que douteuse, car il ne semble pas qu'il y ait jamais eu de vignes dans le Sud-Ouest de Madagascar.
l'Inde, à cause de son bon marché, de si grandes quantités de ce vin de palmier qu'ils sont souvent ivres.
L'île de Madag'ascar s'étend du onzième degré et demi au vingt-sixième degré ' de latitude Sud. Dans ce vaste espace, elle renferme maintes régions fameuses situées soit sous l'Equateur [!], soit sous l'un ou l'autre Tropique [!] ou dans leur voisinage; elle doit donc selon toute apparence, et on peut même dire selon toute probabilité, avoir la même fertilité, les mêmes agréments et les mêmes richesses que tous les pays qui ont une position géographique analogue, en admettant qu'elle ne le leur soit point supérieure et préférable. 11 n'est pas douteux que cette île deviendra le paradis du monde, si elle est jamais habitée par des chrétiens ou par des hommes civilisés, experts en agriculture et en industrie ainsi qu'en tous métiers et travaux mécaniques quelconques.
Je ne crois offenser personne en célébrant les louanges de l'île de Madagascar comme Moïse a exalté le pays de Chanaan, car c'est une terre bénie, une vraie terre de promission, où des rivières et des sources jaillissent de toutes parts, des vallées comme des montagnes, où poussent sans culture le blé, l'orge, la vigne, les figuiers et les grenadiers, où la disette est inconnue et où les colons ne manqueront jamais de rien, où les pierres sont du fer et dont les montagnes fourniront tout le cuivre qu'on voudra.
CnAP. V. — Idolàtpje des indigènes qui adorent indifféremment Dieu et le diable. — Leur propension au vol et au pillage. — Projet formé par les évèques déposés de venir s'installer A Madagascar. — ■ Il n'est pas difficile de s'emparer de Madagascar-. — Je viens d'exposer, en toute sincérité et sans rien
i. En r.'alité, tîe Jl°:i7'17" ù 2o°.S8'55" de latitude Sud.
2. Dans la reproduction du pamphlet de lîootliliy par Churchill (t. Vlll,
dissimuler, tout ce qui m'est revenu à la mémoire au sujet de Madagascar, n'ayant plus entre les mains aucune des notes que j'ai recueillies pendant mon séjour dans cette île et que j'ai perdues ou données. 11 y a encore cependant une chose que je n'ai pas oubliée : c'est ce qui a trait à l'idolâtrie des indigènes. Suivant l'opinion de quelques-uns des nôtres, ils s'adressent, soit dit sans ofFenser personne, au diable plutôt qu'à Dieu ; mais, quant à moi, je ne partage pas cette opinion et je crois même le contraire; car, un peu avant notre départ, les indigènes ont organisé en l'honneur de leur Dieu et de leurs idoles un banquet et des fêtes en témoignage de reconnaissance pour les bénéfices qu'ils avaient retirés de leurs échanges avec nous, et, d'après quelques-uns de nos compatriotes, ils ont prié pour notre bonheur et notre prompt retour.
Je vais décrire cette cérémonie aussi brièvement que possible, mais aussi exactement que mes souvenirs me la retracent. Un matin donc, ces sauvages ont tué un bœuf; je ne me rappelle pas en avoir vu tuer beaucoup pendant notre séjour, ni même avoir entendu dire qu'ils en aient tué ; puis ils ont érigé auprès de leurs huttes un poteau haut de huit à neuf pieds [de 2 m. 50 à 3 m.] qu'ils ont barbouillé avec le sang de la bête et au sommet duquel ils ont accroché sa tête et ses cornes. Le bœuf a été découpé en une foule de morceaux et distribué entre les principaux du pays qui ont mangé la viande à demi grillée sur les charbons et toute salie de cendres. Soit avant, soit après ce festin, je ne me le rappelle plus exactement, les indigènes, sortant du bois où étaient leurs huttes, se sont rendus dans une plaine où étaient plantés en ligne, à une ou deux portées d'arc de leurs habitations, une cinquantaine de poteaux dépouillés de
p. 634), il y a, au lieu de cette dernière phrase : Spccimcn de la langue malgache.
leur écorce, blancs et gros comme nos plus grosses perches à houblon; ces poteaux, qui étaient espacés d'environ quatre vards [3 m. 50] et entre lesquels, à environ trois pieds de chacun d'eux, il y avait une pierre grosse comme un énorme navet ou une pomme, étaient reliés par un bâton transversal placé à plus d'un yard [1 mètre] de terre, auquel ils suspendirent un grand nombre de leurs colliers de haranga [de cornalines]. Les vieillards, les femmes et les enfants s'assirent devant cette sorte d'autel, tandis qu'en face d'eux, de l'autre côté de la rangée de poteaux, se tenaient deux bandes de vingt à trente jeunes gens chaque, qui étaient à une vingtaine d'yards [17 m. à 18 m.] l'une de l'autre et qui offraient un fort agréable coup d'œil; ces jeunes gens qui étaient rangés trois par trois et tenaient tous un javelot à la main, se mirent à chanter et à danser en faisant mouvoir leurs jambes et leurs bras en mesure, au son de leurs chants.
J'ai une fois assisté à un spectacle semblable en Angleterre, dans une ville de province; plusieurs messieurs, que précédait une bande de musiciens et qui portaient chacun un voile leur cachant la figure, parcoururent en dansant la place du marché ainsi que les principales rues de la ville et se rendirent ainsi dans une taverne pour s'y divertir. Nos sauvages de Madagascar ont dansé au son de leurs chants, comme ceux-là l'ont fait au son d'instruments de musique.
Ces danses consistaient surtout en simulacres de combats : l'une des bandes semblait défier et attaquer l'autre et s'avançait en brandissant ses javelots, puis, tout d'un coup, les deux se réunissaient et formaient un grand cercle, et tous rapprochaient leurs têtes comme s'ils tenaient conseil, puis ils reprenaient leurs positions respectives comme le ferait une compagnie de soldats exercés. Chaque bande avait comme
trompette une grande corne de bélier recourbée, d'où sortaient des sons rauques et confus.
Leurs prêtres, à l'un desquels j'ai acheté le curieux manuscrit dont j'ai parlé plus haut (p. 73), mettant le doigt sur l'une des étranges figures ou caractères d'un de leurs livres, en lisaient un passage ou prêchaient sur ce texte une assez longue homélie, puis ils passaient à une autre figure. Mais, un grand nombre de nos gens qui se trouvaient à terre ayant été avisés de ces divertissements et étant accourus pour y assister, les sauvages interrompirent immédiatement cette solennité, craignant, c'est du moins ce que je suppose, que nous ne leur prissions leurs haranga [fuseaux en cornaline] qui ont à leurs yeux autant de valeur que les diamants et autres pierres précieuses aux nôtres; ils les enlevèrent prestement de l'autel et regagnèrent leurs huttes. Ainsi prit fin cette cérémonie.
Je dirai encore quelques mots de la manière dont les indigènes de la baie de Saint-Augustin rendent la justice et punissent les criminels. Leur chef avait eu quelques bijoux volés dans sa hutte; il fut prouvé que le vol avait été commis par une jeune fille esclave d'un homme du pays, qui, pour montrer qu'il n'y avait pas participé, saisit sa sagaie et la tua séance tenante. Je suis sur que c'était bien son esclave et non pas son enfant, car, tout barbare qu'il était, il ne se serait pas montré si cruel envers sa propre fille {voir plus haut, p. 53). Ce fait prouve que les indigènes ont une sorte de gouvernement et des lois. Cependant, il est certain qu'ils sont très adonnés au vol et au pillage; car, quand ils rencontraient nos gens dans la brousse, tout en ne leur faisant aucun mal, ils fouillaient leurs poches et leur enlevaient les verroteries qu'ils pouvaient avoir (voir plus haut, p. S3) ; toutefois, ils ramenaient obligeamment aux navires ceux qu'ils trouvaient perdus dans les bois.
,]"ai moi-même été en butte à une tentative de vol. Un jour que je montrais aux agents comptables de nos navires et à quelques autres personnes un collier de boules de cornaline, un jeune indigène s'élança et chercha à me l'enlever de la main, mais il manqua son coup et s'enfuit; un de nos gens, qui était tout près, lui lança une flèche [!] sans l'atteindre. Jamais nous n'avons plus revu ce jeune homme.
C'est grand dommage qu'un pays aussi plaisant et aussi fertile ne soit pas habité par des hommes civilisés, surtout par des chrétiens, et que ses habitants qui ont un extérieur si agréable, car ils ne sont que basanés, soient aussi arriérés au point de vue religieux; certaines personnes supposent qu'ils sont mahométans, parce qu'ils pratiquent la circoncision; d'autres, avec plus de raison, les considèrent comme des descendants d'Abraham et de sa concubine Kelurah [sa seconde femme Céthura], dont, suivant l'Ecriture Sainte, les enfants ont été envoyés en Orient afin qu'ils ne fussent point un obstacle à la descendance d'Isaac.
Pour les Malgaches comme pour le royaume d'Angleterre, ce serait un grand bonheur que le projet que m'a amicalement communi(|ué un ancien négociant d'Huntingdonshire s'accomplît. D'après ce projet, qu'il a entendu formuler par diverses personnes, notamment, à ce que je crois, par l'évêque Moreton, les évêques d'Angleterre, qui ont été récemment privés du droit de voter dans le Parlement et d'exercer leur autorité tyrannique dans les affaires temporelles, ou au moins la plupart d'entre eux, au cas où le Roi et le Parlement continueraient à les tenir à l'écart des affaires publiques, iraient fonder une colonie à Madagascar et tâcher de convertir ses habitants au christianisme. Dieu veuille que ces évêques ou d'autres réalisent promptement un aussi pieux dessein et que, parmi les chrétiens qui s'établi-
ront dans File, il règne un meilleur accord qu'en Virginie, où les chrétiens, différant entre eux sur quelques points de doctrine, comme cela a aussi lieu malheureusement en Angleterre, se sont partagés en deux camps ennemis et ont tué ou fait tuer par les indigènes dix-sept cents hommes. Aussi est-on en droit de se demander si les Virginiens ne vont pas profiter de cette guerre civile pour massacrer tous les chrétiens des deux partis, ce qui entraînerait pour notre royaume la perte irréparable de cette magnifique colonie, si bien organisée aujourd'hui après une cinquantaine d'années de pénibles efforts de la part des premiers colons; Dieu veuille qu'il n'en soit pas ainsi et que de meilleures nouvelles nous arrivent de ce pays dans l'avenir! Dieu veuille aussi que toutes nos colonies et l'île de Madagascar en particulier qui donne de si belles espérances deviennent le refuge des protestants anglais, véritablement attachés à leurs croyances, s'il plaisait à Dieu de punir notre nation de ses péchés abominables en donnant la prépondérance en Angleterre aux Papistes si méchants et si tyranniques!
Par suite de la perte de mes papiers et des notes que j'avais recueillies en vue de l'établissement d'une colonie anglaise à Saint-Laurent [Madagascar], je n'ai que peu de documents sur la langue de ses habitants, qui, à mon avis, n'est pas très difficile à apprendre; j'ai retrouvé un vieux carnet où j'ai autrefois inscrit quelques-uns des mots de cette langue afin de me les rappeler; ces mots sont aujourd'hui un peu difficiles à déchiffrer, parce qu'il y a quatorze ans que je les ai écrits, d'une manière fort imparfaite du reste. Toutefois, je ne crois pas inutile de les reproduire. Ces quelques indications, jointes à d'autres, particulièrement à celles d'un certain William Casey, ancien agent comptable d'un navire de l'Inde, qui s'est donné à ce sujet plus de mal que moi, fourniront, pourvu qu'on retrouve ses papiers.
quelques notions sur la langue malgache aux personnes qui désireront en acquérir la connaissance.
Voici, reproduits aussi exactement que possible, les mots que j'ai retrouvés dans mon carnet :
Xooroon no zefî? [Anarana ino
izao?J, Comment appelez-vous
ceci?
Tona' [Olona], un homme.
Boylee [Ombilahy], un bœuf.
Lemboshe [Lambosina], le dos.
Sowkee [Soroka], l'épaule.
Codez [Vady], une femme.
Tope [Bodo], un enfant.
Coma [Trano], une maison.
Ose [Osy-] ou Angomba [Anomby],
un bœuf ou une vache.
Gose [Osy3], un mouton.
Cowhee [Kaohina^], pain.
Camha [Rano], eau.
Bingta [Vintana?^ destinée?] ou
Sooa [Loha], la tête.
Nunqua [?], l'œil [Maso] ou l'oreille
[Sofina].
Toee [?], le nez [Orona].
Umqua [Konka-'?] ou Songe [Sony],
les lèvres.
Coonqua [Konka »] ou NilTa [Nify],
les dents.
Coma [Somotsa? = barbe] ou Soca
[Saoka], le menton.
Coaqua [Siraka?] ou Efîena [Afe-
nana], le bras.
Cabed [?<■•] [Kiho],le coude.
Unaqua [Honaka'] ou Tanga [Ta-
nanal la main.
Hongko [Hoho, les ongles], le doigt.
Chamkee [Tsanga?] ouNoeno[Nono,
les seins], la poitrine.
Oncoma [Vozona], le cou.
Hicuma [1] ou Toa [Troka] , le
ventre.
Coa [Lohalika] ou Ungoote [Hon-
gotra], le genou.
Noo [Ranjo] ou Vote [Vity], la
jambe.
Iqua[?]ouKambotemba[Tomboka],
le pied.
Rica I?] ou Vota [Voto], le membre
viril.
Charaqua [Korokana], la cosse.
Anatincke [Anki-hely], le petit
doigt.
Mise [Misy, litt. : il y a], oui.
Maligna [?], racine odorante, qui
ressemble à un jonc.
Moade [Aody? (charme)], un collier
de petites perles de verre.
Voyla [Volo], cheveu.
Maca [Maso], un œil.
Saffee [Sofinaj, une oreille, Leela [Lela], la langue.
Hoho [Roho, litt. : ongles], le pouce.
Fala tanga [Fêla tanana], la paume
de la main.
Choroqua [Soroka, litt. : l'épaule],
les ongles de la main.
1. 11 n'est pas douteux que c'est Lona et non Tona qu'il faudrait écrire.