‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 5)Chapitre 21 sur 108 · Bassein est situé un peu au Nord de Bombay · texte numérisé non relu

Bassein est situé un peu au Nord de Bombay

2. Dabul était un port du Dekkan fameux au moyen âge (par 17'' 34' lat. S.).

je l'ai déjà dit, nos bâtiments ont coutume de cliarger et de décharger leurs marchandises. Nous fîmes monter tout au haut du mât de perroquet un de nos hommes qui vit sept bâtiments à l'ancre dans cette rade, et nous en conclûmes que les Portugais s'en étaient emparés; car il nous semblait que, si ces navires étaient de nos amis, ils fussent certainement sortis et venus à notre aide; cependant, comme nous l'avons su l'année suivante, c'étaient six hollandais et un anglais, le Jonas, que les Portugais avaient provoqués, mais qui ne s'étaient pas jugés assez forts pour accepter le combat. Quant au capitaine Kerredge, qui était alors notre président à Surate, il eût bien voulu se porter à notre secours avec le Jonas, mais les Anglais ainsi que les Hollandais l'en dissuadèrent.

Nous virâmes de bord pour avoir un espace plus grand et, vers deux heures, le Paisgrave, le Dolphin et le Lion se trouvèrent en présence de la grande flotte portugaise dont toutes les voiles portaient des croix rouges. Ils tirèrent sur nous, comme s'ils avaient été atteints de folie; après avoir essuyé leur feu, nos hommes répondirent à cette attaque en braves et valeureux soldats, rendant à l'ennemi trois bordées pour une, et, vers quatre heures, un de nos boulets abattit le grand mât de l'Amiral, ce qui nous fit pousser un cri de triomphe. Vers minuit, deux des galions portugais abordèrent notre vaisseau contre-amiral, le couvrant de feux grégeois, de sorte qu'il parut être tout en flammes; de notre côté, nous fîmes tous nos efl'orts pour le dégager. Le patron du Lio7i fit mouiller l'ancre, ce qui amena la rupture des grappins d'abordage que lui avaient lancés les deux galions, car la marée était si forte qu'ils furent emportés en pleine mer, ainsi que nous, pendant toute cette nuit, [)endant le jour suivant et pendant l'autre nuit; pendant tout ce temps, nous ne perdîmes pas contact avec eux et nous

ne cessâmes de les malmener, de telle sorte qu'ils perdirent la plupart de leurs mâts et de leurs voiles. Enfin le deuxième jour, comme ils se tenaient presque hors de portée de notre artillerie, nous cherchâmes à nous rapprocher d'eux, et je tirai un coup de canon sur leur vaisseau -amiral, qui ne répondit pas.

Dans ce combat, qui dura trois jours et trois nuits, nous avons consommé la moitié des munitions que nous apportions pour ravitailler nos navires de l'Inde; nos pièces d'artillerie tiraient aussi vite que des fusils et on pouvait à peine se voir à cause de la fumée. De la côte, quoique nous fussions à une soixantaine de lieues au large, on entendit le grondement de nos canons et on aperçut le ciel tout embrasé par leurs feux. Le capitaine Weddall, qui revenait de Bantam [Java] aux Indes à bord du Great James, rencontra sur sa route des morceaux de mâts, des vergues, des pièces de charpente et des cadavres flottant sur l'eau. Les Portugais se hâtèrent de gagner Goa; quant à nous, nous nous dirigeâmes sur l'île de Socotora pour y aveugler nos voies d'eau et réparer nos navires, qui étaient en fort mauvais état et tout criblés de boulets, à tel point qu'il n'y avait pas un mètre carré de nos voiles qui ne fût percé.

Nous ignorions ce qu'était devenu le Lion, notre vaisseau vice-amiral, et ce n'est que l'année suivante que nous l'apprîmes; une fois qu'il eut mouillé son ancre, et qu'il se fut débarrassé des grappins d'abordage que lui avaient lancés les galions portugais, ceux-ci ne purent plus s'en approcher à cause de la marée et ils perdirent promptement de vue, aussi bien que nous qui nous attachâmes à leur poursuite, notre vice-amiral qui resta à l'ancre sans bouger et dont l'équipage s'occupa tout d'abord à éteindre l'incendie allumé par les feux grégeois ; puis, après avoir jeté par-dessus bord de nombreux cadavres, notamment celui du commandant, il mit le cap sur la Perse, car tout le monde sup-

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posait, comme nous l'avons dit, que les Portugais avaient une autre flotte dans la rade de Swallow [dans la baie de Gambaye], puisqu'ils nous avaient attaqués avec deux vice-amiraux.

Quant aux Portugais, sachant en quel triste état se trouvait le Lion, ils envoyèrent à sa poursuite dans le golfe Persique quatre frégates, qui s'arrêtèrent à Mascate pour y prendre des renforts afin d'être sûres de venir à bout de leur ennemi.

Le Lion s'empressa de débarquer à Gombroun [Dender-Abbas] toutes ses marchandises, qu'il laissa sous la garde de l'aidecomptable du bord, Thomas Joyce. Le lendemain, les Portugais arrivèrent avec douze frégates et galères et l'attaquèrent; après un combat qui dura toute la journée, ils tentèrent l'abordage, mais l'équipage du Lion réussit à repousser ses assaillants. Vainement ils renouvelèrent à plusieurs reprises leurs tentatives, les marins anglais firent successivement sauter plusieurs de leurs navires avec des centaines d'ennemis. Voyant que l'abordage ne leur donnait aucun résultat, ils incendièrent notre vaisseau au moyen de feux grégeois qui brûlèrent en partie les mâts dont des morceaux tombèrent enflammés sur le pont. Nos vaillants compatriotes ne laissèrent pas de tenter d'éteindre encore le feu et de rompre le cercle d'ennemis qui les enserrait en lançant des grenades et des pots de poudre, mais sans résultat, car ils ne pouvaient faire usage de leur artillerie. En effet, ouvraient-ils un sabord, aussitôt les Portugais y tiraient des centaines de coups de mousquet, si bien que nos hommes ne parvenaient pas à pointer un canon et par conséquent à obtenir quelque effet.

Nos braves Anglais en étaient réduits à se rendre, à se laisser brûler ou à se faire sauter. Le commandement était exercé par l'agent comptable, M. Johnson, que l'équipage avait nommé capitaine après la mort du commandant qui avait été tué dans

le premier combat. Jamais un vaisseau anglais n'avait encore été capturé par les Portugais ou ne s'était rendu à eux; aussi l'équipage, à l'unanimité, décida-t-il de se faire sauter plutôt que de capituler. 11 n'y avait plus en effet aucun espoir de se rendre maître du feu et, comme le navire était en proie aux flammes et que des charbons ardents tombaient de tous côtés sur le pont, le vaillant capitaine et nos braves Anglais se résignèrent à mourir; après avoir remis leurs âmes entre les mains de Dieu, leur maître et leur créateur, ils placèrent une traînée de poudre jusqu'à la sainte-barbe st firent sauter le navire avant qu'il devînt la proie de l'ennemi; quatre grandes frégates portant au moins chacune deux cents hommes, qui se trouvaient bord à bord avec le Lion, périrent en même temps.

Quelques-uns de nos marins, dès que le feu eut été mis à la traînée de poudre, sautèrent par-dessus bord, mais les Portugais apercevant, lorsque la fumée produite par l'explosion se fut dissipée, ces hommes qui cherchaient à se sauver à la nage, les tuèrent à coups de fusil et à coups de pique. Ils en recueillirent toutefois vingt-cinq, mais le lendemain ils les mirent tous à mort de sang-froid, sauf un certain Winterton qui était employé comme commis aux vivres à bord du Lion.

Hugh Frerow [Hugo Ferreira?] ', qui était l'amiral de ces douze vaisseaux portugais, avait autrefois commandé en chef toutes les forces navales portugaises des mers d'Orient; plusieurs années auparavant, lors de la prise de la forteresse de Kichm, il avait été fait prisonnier par les Anglais et conduit, à bord du Lion, au Président et au Conseil de Surate. Or il arriva que, M. Beaverstone, le commis aux vivres M. Wheatly, le capitaine Richard Swanley, qui était le second du bord, et d'autres offi-

1. Peut-être est-ce l'amiral Antonio Fialho Ferreira qui commandait la flotte portugaise de Macao en 1033 et est allé à Goa en 1630"?

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ciers du Lion ayant fait une orgie, Hugh Frerow [Hugo Ferreira?] en profita pour sortir de sa prison et monter avec les deux esclaves attachés à sa personne dans la chaloupe qui était accrochée au gaillard d'arrière et dont il coupa le câble; il réussit ainsi à se sauver, et, ayant débarqué près de la rivière de Surate, il se rendit à Daman. Le navire était alors ancré à environ cinq milles de terre. Deux heures après l'évasion, les officiers, en sortant de leur cabine, s'aperçurent que la chaloupe avait disparu et constatèrent la fuite de Hugh Frerow [Hugo Ferreira?J qui était hors de vue.

Winterton, qui était alors un des commis aux vivres du Lion et qui, pendant la traversée du golfe Persique au golfe de Cambaye, était chargé de porter la nourriture à l'amiral portugais, avait été plein de bontés pour lui, c'est pourquoi il eut la vie sauve, mais le reste de nos hommes, au nombre de vingt-quatre, fut, comme il est dit ci-dessus, mis à mort; on leur trancha la tête à l'avant de la frégate, laissant tomber les corps dans l'eau et retenant les tètes par les cheveux pour qu'elles ne glissassent point par-dessus bord. Quand vingt-trois de nos hommes eurent été décapités et que vint le tour du dernier, qui était un jeune mousse, celui-ci, tremblant de frayeur à la pensée de mourir, poussa de grands cris et, se jetant aux genoux de Hugh Frerow [Hugo Ferreira?], le supplia de lui accorder la vie; le pauvre enfant eut beau expliquer que ni lui ni aucun des siens n'avait pris part à la prise d'Ormouz, ce fut en vain; les cruels Portugais lui coupèrent la tète de sang-froid, car, dit Hugh Frerow [Hugo Ferreira?], cet enfant, si on lui eût laissé la vie, fût avec le temps devenu un aussi grand coquin que ceux qui ont pris Ormouz.

L'amiral fit ensuite passer une longue perche au travers des joues de toutes ces têtes, perche qui fut déposée sur un radeau et poussée vers la forteresse d'Ormouz, afin que les Persans pussent

GONCEUNANT .MADAGASCAR 139

voir et noter de quelle manière nos hommes avaient été traités pom' l'avoir prise; puis il écrivit une lettre d'injures et de reproches sur le capitaine Weddall, qu'il traitait de « Piscadoris », et il l'envoya à nos marchands de Gombroun [Bender- Ahbas] par Winterton, qui avait été témoin oculaire de cette horrible tragédie et qu'il mit à terre à environ trois milles de cette ville.

A l'arrivée du Pahgrave et du Dolphin, nous connûmes, par les indig^ènes de l'Inde, les desseins pervers et diaboliques des Portugais à notre égard; nous sûmes qu'ils avaient communié et juré, sur le nom de la bienheureuse Vierge Marie, de ne jamais revoir leurs femmes ni leurs enfants avant de nous avoir laits prisonniers ou d'avoir coulé ou détruit par le feu nos navires; qu'ils avaient fait la promesse solennelle de trancher la tête à tous les Anglais qu'ils prendraient et de pendre les Hollandais par les pieds jusqu'à ce que mort s'ensuivît. Ils nourrissaient contre nous une haine féroce parce que nous leur avions pris Ormouz et que nous entravions leur commerce dans l'Inde. Leur flotte dont j'ai parlé plus haut était la plus forte qu'ils aient jamais eue en Orient; d'après des informations dignes de foi, je crois que, dans les combats que nous avons eus avec eux, ils ne comptaient pas moins de cinquante hommes contre un, ce qui leur donnait un avantage considérable; dans sa grande miséricorde, Dieu nous a préservés de ces ennemis.

Chap. XII. — Propositions de paix faites aux Anglais par les Portugais. — Les Persans ne céderaient pas aujourd'hui pour

VINGT millions l'ÎLE d'OrMOUZ, QUE LES AnGLAIS POSSÉDERAIENT SI

LA Compagnie des Indes avait eu des gouverneurs et des agExXts

INTELLIGENTS. InSIGNE FOLIE DU CoNSEIL DES InDES QUI ENVOIE

EN Perse de l'argent; en touchant à Surate et en troquant cet

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