ARGENT CONTRE DES MARCHANDISES, ON RÉALISERAIT PRESQUE LE DOUBLE
140 ouvrages anciens
du profit actuel. coutume déraisonnable des directeurs de la
Compagnie de ne pas importer aux Indes nos marchandises anglaises,
QUI sont très recherchées et QUI DONNERAIENT DE BEAUX BÉNÉFICES, >L\IS d'y envoyer, au DÉTRIMENT DE NOTRE PAYS ET DE LA COMPAGNIE, DE GRANDES QUANTITÉS DE NUMÉRAIRE. On POURRAIT, EN EFFET, SI LES DIRECTEURS DE NOTRE COMPAGNIE FAISAIENT LEUR DEVOIR, COMMERCER
DANS l'Inde sans y transporter de l'or et de l'argent, car de nombreuses MARCHANDISES ANGLAISES POURRAIENT Y ÊTRE IMPORTÉES AVAN- TAGEUSEMENT ET REMPLACER LES MÉTAUX PRÉCIEUX DANS LES ÉCHANGES
AVEC l'Orient. — Commerce avantageux que l'on peut faire DANS l'Inde, même entre Surate et Goa. On pourrait vendre avec
DE gros bénéfices TOUTES LES MARCHANDISES PROVENANT DE SuRATE ET
destinées à Banta^i. — Depuis ce combat naval, les Portugais n'ont plus tenté de nous attaquer, ils ont envoyé au contraire (le nombreux messages au Président et au Conseil de Surate pour demander de faire la paix, ce qui eut lieu ; un traité fut signé, d'une part, par le Président et le Conseil de Surate, d'autre part, par le vice-roi de Goa, et ratifié par les gouvernements d'Angleterre et d'Espagne.
J'ai entendu dire, par beaucoup de Portugais, que rien ne pourrait compenser le dommage que leur ont causé les Anglais en leur enlevant l'île d'Ormouz et en la remettant entre les mains des Persans. Quant à moi, j'avoue que jamais je n'ai vu pareille chose : des chrétiens faisant la guerre à d'autres chrétiens pour en abandonner le gain à des païens !
J'ai la conviction que les Persans ne céderaient pas la forteresse d'Ormouz contre le paiement d'une somme de vingt millions. J'ai été plusieurs fois en Perse depuis que nous avons pris Ormouz, et les Persans m'ont donné à entendre que telle était leur opinion. Ils sont en efiet dans une grande prospérité depuis qu'ils ont Ormouz en leur possession; la ville de Gombroun
CONCERNANT .\UDAGASCAR Ul
[Bender-Abbas], qui, lorsque je l'ai visitée pour la première fois, ne comptait que dix-huit maisons, est aujourd'hui une grande cité pareille à celles que nous avons en Angleterre et avec lesquelles elle peut soutenir la comparaison au point de vue du commerce, car il n'y a pas, dans toute la Perse, un autre centre commercial pareil. C'est le meilleur port du pavs; il rapporte au Roi de Perse plus de droits de douane que tous les autres réunis. Les Anglais auraient pu en bénéficier, s'ils avaient été sagaces ou s'ils avaient eu à leur tête des directeurs et des commandants avisés; de leur fait, nos traitants ont subi une perte excessive, que, sans craindre de me tromper, j'évalue à plusieurs millions, depuis qu'Ormouz a été pris.
Ici je me permettrai une remarque. Que, dans leur méchanceté, les membres de la Compagnie des Indes Orientales ne m'accusent pas de les diffamer, comme ils le font depuis longtemps, ce qui a causé ma ruine et celle de ma famille, triste récompense des bons services que je leur ai rendus et qu'ils ont reconnus par écrit; je me borne en effet à faire connaître à mes compatriotes en général et en particulier aux honorables traitants leur gestion imprudente et irréfléchie du commerce indien, gestion bien différente de celle que l'on est en droit d'attendre de négociants prévoyants et qui a occasionné des pertes énormes à tous les traitants et à moi-même qui suis un pauvre membre de cette Compagnie.
Depuis de longues années, le Conseil de la Compagnie des Indes Orientales a l'habitude d'embarquer sur ses navires de grandes quantités d'argent et d'or, 20, 30, 40 et jusqu'à 60 000 livres sterling [oOOOOO fr., loOOOO fr., 1000 000 fr., 1500 000 fr.] par an, pour aller acheter de la soie en Perse. Si ce numéraire avait été porté d'abord à Surate, dans l'Inde, et employé en ce lieu à 'l'achat de marchandises, celles-ci
auraient donné à la Compagnie, en Perse, des bénéfices considérables, de 40 à 80 p. 100, tandis que l'apport d'espèces d'or et d'argent ne donne pas un liard de profit. En effet, ces marchandises pourraient être converties dans le port de Gombroun [Bender-Abbas] en « royals » de huit [en piastres] avec lesquelles on achèterait de la soie à Ispahan. La Compagnie des Indes aurait même tout intérêt à transporter ses marchandises à Ispahan même, comme le font les Persans qui viennent faire leurs achats à Gombroun [Bender-Abbas] avec de l'argent comptant; il n'y a pas de doute en effet qu'elle réaliserait de ce chef des gains importants, car des marchands ne feraient pas quinze cents milles par terre ', avec de l'argent dans leur poche, pour acheter des marchandises, s'ils ne devaient pas en retirer de gros profits.
La Compagnie des Indes exporte en Orient très peu de produits de notre industrie nationale, tels que le drap et les divers lainages qu'on expédie en si grandes quantités dans les Pays- Bas, en Danemark, en Allemagne, en Turquie, en Russie, etc., et cependant elle les vendrait avec de gros bénéfices, surtout en les envoyant du port de Surate dans l'intérieur de l'Inde. J'y ai vendu du drap le double et presque le triple du prix à Londres. La Compagnie des Indes, en portant en Orient surtout de l'or et de l'argent, agit-elle en capitaliste avisé? telle est la question que je soumets à la réflexion et à l'examen de notre gouvernement qui est si plein de sagesse.
Quant à moi, je suis certain qu'on peut faire un commerce considérable dans l'Inde sans y apporter de numéraire. Je pourrais, en effet, nommer, si on le désire, plusieurs riches facteurs de la Compagnie qui n'avaient emporté aux Indes que peu
1. Kn n'-aliU', il n'y a guère plus de 800 kilomètres en ligne droite entre Gombroun [Bender-AbbasJ et Ispahan.
d'espèces cFor et d'argent ou même pas du tout et qui pourtant sont chacun revenus en Angleterre avec des fortunes de o, 10 et même 30 000 livres [125 000 fr., 250 000 fr., 750 000 fr.J, quoique leurs traitements ne payassent guère qu'un quart de leurs frais.
Voici comment je puis expliquer cet heureux résultat. Supposons un capital de 100 000 livres sterling [2 500 000 fr.j, par exemple, employé à acheter des marchandises anglaises de différentes sortes, telles que : draps, bonnets, étoffes fines, mercure, plomb, étain, fer, acier, corail, ambre, émail, tapisseries, tentures, tableaux, épées, lames de sabre, couteaux, ciseaux, rasoirs, miroirs, perles de verre, lunettes, serrures, clefs, charnières, mors, éperons et étrilles pour chevaux et pour bœufs, clous de toutes sortes, jouets de France et de Nuremberg, fil île fer, fil de cuivre, fer-blanc, plaques de fer mince peintes en rouge ou en blanc, mousquets, pistolets, fusils de chasse, canons en bronze et en fer, peaux de lapins et peaux de moutons blanches ou teintes qui se vendraient bien en Perse et dans les pays froids et avec lesquelles on pourrait essayer de faire soit des tapis de pied, soit des housses pour chameaux et pour chevaux qui coûteraient très bon marché. On devrait encore porter aux Indes des étoffes appropriées au climat, des lisières de drap avec lesquelles on ferait de petits tapis pour les gens du peuple, des restes de pièces de drap et de velours, de la soie à broder et du satin pour garnir les tapis et les couvre-pieds en couleurs, du cuir curieusement découpé, qui est recherché dans l'Inde pour divers emplois, un peu de soie d'Europe qui est plus estimée que celle de l'Inde, du satin de couleur, du taffetas ordinaire et broché, du gros de Naples, de l'étamine, des durettoes [sorte d'étoffe], de la serge et d'autres étoffes légères; on pourrait aussi y porter des étoffes rayées destinées à garnir les lentes des grands personnages et
beaucoup d'autres marchandises d'Angleterre et d'Europe. Il ne faudrait d'abord prendre que de petites quantités de ces divers articles afin de les faire connaître. On éviterait ainsi d'exporter de l'or et de l'argent. Avec le temps, les nég-ociants intelligents trouveront certainement d'autres articles à importer, pourvu que le commerce soit laissé libre pour tout le monde ou tout au moins qu'on permette à tous le commerce de détail, la Compagnie se réservant seulement le trafic des marchandises de choix.
En important dans l'Inde les articles dont je viens de donner la liste et qui sont les principaux, quoiqu'il ne soit pas douteux qu'on en découvrira d'autres, et, en tolérant au début, si on le croit utile, l'apport d'une certaine quantité d'or et d'argent, on arrivera à y établir un dépôt permanent où pourraient s'approvisionner les traitants qui auraient besoin de marchandises. On pourra de cette manière organiser un commerce considérable avec tous les royaumes de l'Inde et de l'Asie et réaliser d'importants bénéfices, dont l'excédent serait, au bout d'un an ou deux, envoyé en Angleterre, ce qui, à mon humble avis, procurera de grands avantages aux membres de la Compagnie des Indes.
Pour faciliter le commerce avec les Indes, il sera loisible d'employer dans ces parages de petits navires de 100, 200 ou 300 tonnes, de manière à pouvoir relier les ports les uns avec les autres plus rapidement qu'on ne le fait maintenant avec les jonques indiennes, qui cependant pourront être avantageusement utilisées pour le chargement et le transport des marchandises communes, telles que le coton brut et pilé, le riz, le tabac, le sucre, les ruinas [rusma ou pâte dépilatoire'], les gaules
1. Ruama, préparation dépilatoire employée par les' Orientaux. C'est une sorte de minéral ayant l'aspect et la couleur du mâchefer, qui vient
[galles du Levant'], le soufre, l'alun, etc., qui n'ont qu'une petite valeur sous un gros volume et dont le trafic cependant ne laisse pas que d'être lucratif sur les côtes de l'Inde. On réserverait les bateaux anglais pour le transport des marchandises précieuses et moins encombrantes; cette navigation côtière, pour laquelle on mettra à profit les moussons ou vents alizés et qui sera aussi agréable que celle que nous faisons par beau temps sur la Tamise ou dans les bras de mer de l'Angleterre, ne présentera aucun danger tant que nous serons en paix avec les Hollandais et les Portugais.
De cette manière d'opérer, il résultera une économie importante dans les dépenses énormes qu'occasionnent les navires envoyés dans l'Inde par la Compagnie et maintenus dans ces parages jusqu'à ce qu'ils soient en mauvais état, ce qui rend la traversée de retour périlleuse. Si, contrairement à ce qui a lieu aujourd'hui, on expédiait chaque année une flotte de plusieurs navires en bon état qui séjourneraient un mois dans l'Inde et en emploieraient deux ou trois à prendre leur cargaison et à donner en même temps le repos nécessaire aux équipages, les dépenses seraient beaucoup moindres et le voyage de retour se ferait sans danger. Ces réflexions me sont inspirées par les renseignements que je me suis procurés pendant le séjour d'un an que j'ai fait dans le Nord de l'Inde, à Surate, quoique, pendant la moitié du temps, j'aie été resté prisonnier, soumis à une dure captivité et à une injuste surveillance à cause de mon désir de servir de mon mieux Dieu et mon pays et des efforts que j'ai
du Levant. Le nom est une corruption du turc Khorozma, qui, d'après Littré, est lui-même une transcription du grec -/pro-ixa, onguent, fard {Commentaire (VHerm. Barbaro sur Dioscoride, livre I, ch. Li [a]). l. Jadis employées en médecine, surtout comme astringent.
va) Dioacoridie Phannac, libr. vni, Strasbourg, 1529, fol. 21. verso. m. 10
faits dans ce but selon la mesure de mes faibles moyens. Quant à Bantam [Java] et aux parties méridionales de l'Inde, je ne les ai pas visitées; je ne puis par conséquent m'étendre à leur sujet et je laisse ce soin à d'autres mieux informés et plus instruits.
Les innombrables marchandises de diverses sortes que les Portugais viennent prendre à Surate et qu'ils portent à Goa, leur laissent un bénéfice de 30 à 50 p. 100. Chaque année, on charge de marchandises à Combay fCambayeJ une centaine de navires, comme je l'ai vu de mes yeux, et, d'autre part, on obtient de 20 à 30 et même 50 p. 100 de bénéfice, en transportant de Goa à Surate de la cannelle et du dolic bulbeux de l'Inde. Les marchandises de Perse dont j'ai parlé plus haut, prises à Surate et transportées à Masulipatam, laissent un gain de 30 à 50 p. 100.
Il y a aussi beaucoup à gagner en faisant le commerce entre Surate et Bantam [Java], car, en cette dernière ville, les articles les moins rémunérateurs se A^endront toujours avec un excédent de 70 à 80 p. 400, et on ne réalisera pas moins de 100 p. 100 sur les bérams [sorte d'étoffe] bleus et sur les canekeens [kanikis ou cotonnades bleues], de 110 p. 100 sur les pentathoes [pintados ou indiennes], sur les étoffes rayées ou à carreaux, sur les tapeseeks [sorte d'étoffe], sur les pattowlowes [pantalàos ou pantalons] de coton et de soie, sur les ceintures et les écharpes grossières, sur l'indigo, sur les chundres bleus, les chaders et les bralls [espèces de toiles], enfin, de 800 à 1 000 p. 100 sur le coton brut, sur le savon, sur les graines de cumin et de moutarde et sur le blé. Dans la plupart des régions des mers du Sud il ne pousse pas de blé; on pourrait donc chaque année faire partir un grand nombre de navires chargés de blé qui donneraient un profit considérable. On obtiendra un bénéfice de 80 à 90 p. 100 sur les baffetas blanches, soit étroites, soit larges, et de 110 à 120 p. 100 sur les baffetas bleues, soit étroites, soit larges,
sans parler d'innombrables autres articles dont on pourra tirer des gains importants.
Telle est la vérité. Je dois ajouter que les marchandises achetées en Perse donnent de 150 à 200 p. 100 de bénéfice. Avant que Bantam fût ouvert, j'ai vendu à Jacatra, ville que les Hollandais appellent Batavia et qui est située à treize lieues au delà de Bantam, toutes les marchandises aux différents prix que je viens d'indiquer. De Bantam, la plupart de ces marchandises sont transportées à Atchin [dans l'île de Sumatra], à Tickeo [Ticou'], à Priman [Priaman'], à Jambee [Djambi, dans l'île de Sumatra^], à Japarra [Djapara, dans l'île de Java ^], à Macasser [Mangkassar] et en Chine, oii elles laissent un bénéfice de 100, 200, 300 et même 400 p. 100. J'engage ceux qui visitent ces contrées, à ne pas vendre leurs marchandises à Bantam, car la plupart des achats faits dans cette ville sont destinés aux pays en question. Cependant Java major [l'île de Java] vend des quantités de ces divers articles. Telle est la pure vérité.
Chap. XlII. — La négligence et le peu d'intelligence des
DIRECTEURS DE LA COMPAGNIE DES InDES NOUS EMPÊCHENT DE TIRER PROFIT DU COMMERCE SI CONSIDÉRABLE ET SI RICHE DE SuRATE AVEC
LA Chine et de la Chine avec l'Inde. Si le commerce était
LIBRE, DES marchands ACTIFS ET INDUSTRIEUX VISITERAIENT TOUS LES PORTS où' l'on PEUT ESPÉRER RÉALISER DE GROS BÉNÉFICES. Le
1. Ticou est une petite île située auprès de la côte Ouest de Sumatra, où les Hollandais et les Anglais avaient jadis un comptoir pour l'achat du poivre et d'oîi ils ont été chassés en 1621.
2. Priaman est une ville située sur la côte Ouest de l'île de Sumatra, à 43 kil. au Nord-Ouest de Padang; les Hollandais y avaient autrefois un comptoir.
3. Djambi est le chef-lieu de la province de Sumatra du même nom, province qui est dans le Sud de l'île.
4. Djapara est le chef-lieu de la province de Java du même nom; elle est sur la côte Nord de l'île, dans l'Est du golfe de Samarang.
COMMERCE DE l'InDE À MoCO [MoKa] D^NS LA MeR RoUGE EST
LUCRATIF. — Manière d'enrichir nos usuriers, sans danger pour
LEUR conscience, EN LEUR FACILITANT LES PRÊTS d'aRGENT AUX
païens plutôt qu'aux chrétiens et à un taux double. — Si le commerce était libre, les marchands industrieux importeraient en Orient d'autres sortes de marchandises que celles qu'envoient LES Directeurs de la Compagnie des Indes, qui sont toujours
MALAVISÉS ET n'oNT PAS l'eXPÉRIENCE DU COMMERCE d'oUTRE-MER, marchandises dont la vente serait CERTAINEMENT TRÈS PROFITABLE.
— Transportés de Surate en Chine, le drap fin et les créseaux anglais ' donnent de 20 à 24 p. 1 de bénéfice; l'indigo, les baffetas% soit étroites, soit larges, les bérams' [sorte d'étoffe] bleus, les canekeens [kanikis ou cotonnades bleues] de 600 à 1 000 p. 100; le poivre blanc, les clous de girofle, le macis, les muscades et diverses autres sortes d'articles, de 300 à 600 p. 100. C'est ce que m'a assuré le capitaine Matthew Wills, qui commandait le navire « London », le premier bâtiment anglais qui ait visité la Chine. Ce navire fut frété par les Portugais avec le consentement du Président et du Conseil de Surate, aussitôt qu'ils eurent fait la paix aA'ec nous, parce qu'ils étaient en guerre avec les Hollandais. Ce navire, qui se rendit de Chine à Goa, puis à Surate, a réalisé un bon bénéfice sur la soie brute et sur les tissus de soie de Chine, sur diverses étoffes, telles que de la batiste aussi fine que de la toile d'araignée, des draps d'or et d'argent, etc. Des pièces de damas, contenant 32 yards
1. Les Créseaux, appelés aussi Carisets ou Carèzes [Kersies. des Anglais], sont des étolîes de laine croisée, sorte de grosse serge à deux revers, couverte de poils des deux côtés. On les tire d'Angleterre et d'Ecosse. Les pièces contiennent de 17 à 18 ou de 22 à 24 aunes et ont une largeur de demi-aune demi-quart. Il y en a de gros et de fins; ils sont lantol i)lancs, tantôt teints en différentes couleurs [Dictionnaire universel du Commerce de Savary, 1723). — 2. Voir la note 3, p. 122. — 3, Voir la note 2, p. 124.
[29 mètres], ontété payées trois ou quatre réaux de huit de ■ 16 à 22 fr, l'une]; des porcelaines, de Chine ont été achetées pour presque rien, à un prix très inférieur à celui de nos poteries d'Angleterre; il en a été de même du ging^embre et d'autres drogues et marchandises. On trouve dans le pays de grandes quantités de cuivre, qu'on peut acheter à très bas prix, et aussi beaucoup d'or; les Portugais apportent dans l'Inde des blocs d'or ayant la forme de pains de sucre, qui leur donnent de 40 à 50 p. 100 de bénéfice. De Bantani [dans l'île de Java], de Macasser [Mangkassar] , de Japarra [Djapara, sur la côte Nord de Java'], de Jambee [Djambi, ville de la région Sud de l'île de Sumatra], d'Atchin [Sumatra], de Tickeo [Ticou, île près la côte Ouest de Sumatra], de Priman [Priaman, ville dans l'Ouest de Sumatra], on tire de nombreux articles précieux, clous de girofle, macis, muscades, écaille, piment, poivre long", poivre blanc ou diverses espèces de poivre rond, cuburbs [cubèbe], cashaw [cassia] lignum et cashaw [cassia] fistula [sortes diverses de cannelles], aloès, rhubarbe, racines de Chine [gingembre], gingembre chinois confit, tamarin conservé, porcelaine, musc, civette, et beau-» coup d'autres drogues et marchandises qui, en Perse et à Moco [Moka] dans la mer Rouge, rapportent de 200 à 400 p. 100 de bénéfice; les marchandises donneront aussi de beaux profits à Surate, mais non autant qu'à Moco [Moka] et en Perse.
J'ai acheté à Batavia six paquets d'écaillé que j'ai revendus à Surate avec 200 p. 100 de gain; il en a été de même de ilivers autres articles qui m'ont donné dans cette même ville entre 50 çt 80 p. 100 de bénéfice. L'époque à laquelle nous avons fait nos achats à Batavia était cependant la moins favorable, car les Hollandais faisaient alors payer, tant à l'entcée. qu'à la sortie,
, 1. Dans l'Est du golfe de gamârang. .... .:^! .
des droits de douane à tout le monde, même aux Chinois et aux Javanais quoique ce fût leur pays. En effet, Bantam n'était pas encore ouvert. Mais, quand les Anglais eurent visité ce port, les Javanais s'emparèrent du corps de garde des Hollandais et pénétrèrent dans la ville de Jacatra [Batavia], où ils tuèrent beaucoup de Hollandais; les autres durent se réfugier dans le château, poursuivis par leurs ennemis qui les détestent autant que le diable lui-même, tandis qu'ils aiment beaucoup les Anglais. Depuis cette époque, la ville de Jacatra, que les Hollandais appellent [depuis 1619] Batavia, nom qui dans leur langue signifie Nouvelle-Hollande, n'est pas la moitié de ce qu'elle était autrefois, car les Javanais, qui sont très audacieux, y font des incursions continuelles et y mettent fréquemment le feu.
Voici un fait qui s'est passé, il y a une vingtaine d'années : en rade de Bantam, il y avait trois vaisseaux de guerre hollandais, que j'y ai vus : l'amiral ayant 36 canons, le vice-amiral 32 et le contre-amiral 26. Trois Javanais, montés dans une petite barque, abordèrent le vaisseau amiral; deux d'entre eux pénétrèrent dans la grande cabine où ils tuèrent le capitaine, le maître d'équipage, deux marchands et trois autres hommes, et ils se retirèrent sans avoir été inquiétés.
11 est à noter que le commerce a beaucoup diminué en cet endroit; aujourd'hui les Hollandais ne perçoivent pas le sixième des droits de douane et autres qu'ils recueillaient jadis. Tels sont, en résumé, les détails qui intéressent ces régions du Sud.
Pris à Surate et portés à Moco [Moka] dans la mer Rouge, le tabac produit de 1 000 à 1 200 p. iOO de bénéfice; le riz, de 600 à 700 p. 100; la porcelaine, de 400 à 500 p. 100; les clous, de girofle, le macis, les muscades et le poivre 200 p. 100; les baffetas blanches, étroites ou larges, 70 p. 100 ; les baffetas bleues
CONCERNANT .MADAGASCAR 15i
étroites, les bérams [sorte d'étoffe'] et les canekeens [kanikis ou cotonnades bleues] 200 p. 100; les chaders [sorte d'étoffe], les bralls [sorte d'étoffe], les pentathoses [pintados ou indiennes], les étoffes de Barbarie, les sallowes [shawls ou châles], les écharpes et les ceintures, soit fines, soit grossières, 225 p. 100; le sucre, le gingembre confit, le sucre candi, le coton, les cardamomes, le savon et les chaussures, 200 et 300 p. 100. Toutes les marchandises qu'on achètera en Perse donneront aussi de très beaux bénéfices à Moco [Moka].
Il y a diverses sortes de marchandises que l'on tire de Surate et des mers du Sud et qui laissent 200, 300, 400 et 500 p. 100 de bénéfice, ce que je puis affirmer, en ayant moi-même beaucoup vendu à Moco [Moka].
On peut importer de Moco [Moka] à Surate des plumes d'autruche, du ruina [rusma] -, de l'opium, des pierres de bézoard, des tissus, diverses gommes et drogues précieuses qui rapportent 200 p. 100 de bénéfice et plus. Toutefois, je n'engage personne à vendre les plumes d'autruche à Surate, mais bien plutôt à les apporter en Angleterre où leur vente m'a laissé un bénéfice de 1000 p. 100.
Je reviens maintenant au pays dont j'ai parlé au commencement, à l'île de Madagascar ou de Saint-Laurent. On y pourra organiser, en quelques années, un commerce actif et prospère, à la condition d'en confier la direction à des hommes sages et avisés ; il sera facile d'en faire en très peu de temps un second Ormouz, car cette île est au centre du monde au point de vue du commerce entre toutes les nations et elle est plus rapprochée de deux mille lieues qu'Ormouz de tous les pays d'Asie. En effet, sa partie la plus septentrionale se trouve à onze degrés et demi