III
tien des colons; il signale aussi Ormouz comme le pays par excellence.
A ses veux, Madagascar est l'île la plus riche du monde, tandis qu'une expérience lamentable a prouvé qu'il n'y a pas de pays plus misérable et que nulle part ailleurs on ne trouve des habitants plus inconstants, plus fourbes et plus dénués de tout bon sentiment. J'y ai fait plusieurs voyages et j'ai pu apprécier leur traîtrise. Quoique j'eusse la dysenterie, il m'a fallu, sous peine de mourir de faim, coucher sur la terre nue au détriment de ma santé pendant plus de trente nuits consécutives, et, pendant tout ce temps, je n'ai vu qu'un pays désolé et misérable. Dans sa ç-rande bonté, Dieu m'a protégé, tandis que tant d'autres, plus méritants, ont fini leurs jours sur cette terre étrangère; que son saint nom soit donc à jamais glorifié pour sa miséricorde à mon égard, miséricorde qu'il ne m'a sans doute accordée que pour que je puisse mettre les autres en garde contre des entre^ prises aussi téméraires et aussi inconsidérées! Je ne pouvais, sans manquer au respect que je me dois à moi-même, garder le silence et il était de mon devoir de tâcher de dissuader mes compatriotes de s'exposer aux misères qui frapperont tous ceux qui s'aventureront à Madagascar, misères dont j'ai eu moimême à souffrir plus que je ne saurais le dire.
L'honorable Compagnie des Indes Orientales m'a rapatrié en juillet dernier, et je l'en remercie humblement. Si elle n'avait pas daigné avoir cette bonté, j'aurais dû me mettre en quête d'un pays plus fertile que Madagascar, dont Dieu écarte tous les honnêtes gens qui sont à la recherche d'une position! Ainsi soit-il !
ILE D'ASSADA [ILE DE NOSY BÉ], PRES DE MADAGASCAR, PAR LE LI EUT. -COL. ROBERT HUNT, GOUVERNEUR D'ASSADA '.
Description succincte, et jjowtant impartiale et complète, de la position, de la fertilité et des habitants de cette île, avec l'indication pour les colons riches ou pauvres des meilleurs moyens d'y écouler leur pacotille à leur avantage et d'aurjmenter leur fortune en peu de temps :
Mercatura, si tenuis,sordida,si magna, splendida, Quserenda pecunia primum.
Exposé des causes et des raisons qui ont décidé le lieutenant-colonel Robert Hunt à entreprendre le voyage de Madagascar et établir une colonie dans Vile dite d'Assada \Nosy Bé]. Publié pour satisfaire ses amis, qui réclament instamment cette publication.
Imprimé pour M. Dourne, in-A", 4650.
Chers amis,
Quelques-uns d'entre vous trouvent peut-être étrange que, ayant par la grâce de Dieu, des ressources suffisantes pour vivre convenablement dans mon pays natal, je me décide à entreprendre un voyage aussi lointain, que je quitte une femme qui m'est chère, ainsi que mes parents et de bons amis chrétiens, enfin que je renonce aux positions avantageuses qui me sont offertes ici I Mais je dois dire que, depuis le voyage où j'ai visité ces pays du Sud, dont j'ai pu apprécier les charmes et les richesses qui alimentent notre commerce, et où les nobles Lords et divers colons m'ont confié les fonctions très honorables de gouverneur de l'île d'Assada[Nosy Bé],j'ai deux buts.
Premièrement, considérant que je ne suis venu en ce monde que pour contribuer à la gloire de Dieu dans la faible mesure des moyens qu'il m'a donnés, et pensant que la meilleure manière de le glorifier est de chercher à le faire connaître par le monde et de se rendre en même temps utile à son pays, j'ai la conviction que ses serviteurs ont une grande œuvre à accomplir en faisant connaître Notre-Seigneur Jésus-Christ aux pauvres païens des régions orientales et je me réjouirai grandement si Dieu daigne me permettre d'ouvrir une brèche dans ces pays sauvages.
1. « La Société coloniale fondée en 1635 par Sir W. Courteen (Gourteen's Association) était connue sous le nom d' « Assada marchants » à cause
En second lieu, je ne doute pas qu'il ne ressorte pour nos compatriotes de l'établissement d'une colonie à Madagascar des avantages considérables par suite du grand développement que prendront notre commerce et notre marine. Depuis que cette île d'Assada [Nosy Bé] m'est connue, j'éprouve le désir ardent et sérieux de m'y rendre, jugeant qu'il est pour notre nation de la plus haute importance de mener à bien cette entreprise, dont Dieu fera sortir à son heure, je l'espère, de grandes choses; personne ne doit dédaigner les tentatives, si modestes qu'elles soient.
Je me propose de chercher à établir là-bas, avec la grâce de Dieu, pour la sécurité et le plus grand avantage des colons, un gouvernement juste et honnête, se rapprochant le plus possible de celui de notre pays; et, afin de mieux réaliser ce projet, je compte mettre auprès du roi du Nord de Madagascar deux ou Irois ministres du culte qui seront mes agents et qui s'efïorceront d'initier ce souverain et son peuple à la connaissance de FÉvangile de Jésus-Christ et entretiendront avec eux des relations affectueuses et pacifiques.
Et quant à vous, mes honorables et dignes amis, je vous prie humblement d'avoir soin de m'envoyer en temps utile des renforts en hommes, de manière que je puisse mener à bien les projets dont je m'abstiens d'entretenir le public jusqu'à ce que l'occasion soit plus favorable. Je ne mets pas en doute qu'avec la bénédiction de Dieu j'atteigne un bon résultat.
Pour rinstruction de ceux qui désirent coloniser l'île d'Assada ' [Nosy Bé] ou y trafiquer, je vais en donner la description, telle qu'on ine l'a faite à moi-même. L'île d'Assada
d'une factorerie établie subséquemment par cette association h Madagascar en 1047, après une période de néfaste rivalité, d'accord avec la « London Company» [thintcrs hnpcrial Gazctteer of India, t. IV, art. India,
1. Ce mot d'Assada est une corruption du mot Sada, mot (jui, dans la langue des Antalaotra ou Arabes du Nord-Ouest de Madagascar, signifie « fortin )'. Ces Arabes avaient des Sada ou fortins en divers points de la côte Nord-Ouest, notamment à la place de la ville moderne d'Anorontsanga et au fond de la baie d'Ampasindava; il n'est donc pas étonnant que les anciens auteurs aient donné ce nom à des baies et à des îles différentes.
[Nosy Bé] est située sur le treizième parallèle ' ; elle a la même latitude que la Barbade -, dont elle a à peu près l'étendue et la fertilité. Ceux qui l'ont visitée assurent que c'est un pays excellent, produisant de grosses cannes à sucre, du riz, des grains divers, de grandes quantités de fruits, ainsi que du bétail, du poisson, etc., et ils ajoutent qu'on y trouve tout ce qui existe à la Barbade, car l'été y est perpétuel, et les arbres portent tout à la fois des fleurs, des fruits verts et des fruits mûrs.
Cette île, oii il y a des collines, des vallées et de nombreux cours d'eau, est à neuf milles de la grande île de Madagascar ^ Elle est habitée par cinquante à soixante indigènes qui, tout en soignant le bétail du roi de la Grande Terre, pèchent et plantent des cannes à sucre, qu'au moment propice ils vont vendre aux Arabes dans la baie d'Assada [baie d'Ampasindava].
Il y avait dans cette île, il y a une dizaine d'années, de 400 à 500 habitants venus de Madagascar; ils se révoltèrent contre le roi auquel ils firent la guerre pendant plusieurs années, pillant les boutres arabes qui venaient dans ces parages. Comme à cette époque il y avait dans la baie d'Assada [baie d'Ampasindava] un navire anglais de passage, le roi offrit au capitaine, s'il voulait l'aider à transporter ses troupes dans cette île, de la lui abandonner avec la moitié des habitants comme esclaves; les Anglais refusèrent. Le roi, n'ayant pas de bateau, mais seulement quelques pirogues qui ne pouvaient porter que trois ou quatre hommes à la fois, et avec lesquels il pouvait y faire passer tout au plus quarante hommes, fit à la fin construire des
1. Nosy Bé est compris entre 13» iVo^y" (pointe d'Amporaha) et 13°2:i'5" (pointe de Lokobé).
2. La pointe S.-O. de la Barbade est bien par 13° 4' 12" de latitude, mais dans l'hémisphère Nord et non dans l'hémisphère Sud.
■ 3. En réalité, les pointes de Lokobé et d'Ankify sont à 6' 40" ou 12 kilomètres 1/2, c'est-à-dire à environ 8 milles anglais l'une de l'autre.
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radeaux sur les(juels il envoya enfin ses soldats, et, après avoir soumis les rebelles, il n'y laissa que les soixante individus dont nous venons de parler.
Mon intention est d'acheter au roi, pour le compte des colons, l'île en question, ce qui ne peut que lui agréer puisqu'il l'avait volontairement offerte au capitaine anglais susdit. On pourra aussi, si l'on veut, lui acheter d'autres territoires sur la Grande Terre. Notre intention est naturellement de développer le commerce du pays, conformément à ses désirs et pour son plus grand bénéfice. Les personnes qui le connaissent m'ont assuré qu'il nous laissera échanger librement nos marchandises à un prix raisonnable avec ses sujets. Je dois ajouter qu'à côté de l'île d'Assada [Nosy Bel se trouvent plusieurs petites îles inhabitées qui pourront nous être utiles.
L'île d'Assada [Nosy Bé] a, dit-on, une superficie de 16 milles carrés'. Elle a un bon port où nous nous proposons, avec la grâce de Dieu, d'édifier une forteresse et une ville pour y demeurer. On y estime qu'une fois colonisée et mise en valeur, elle pourra nourrir près de cent mille personnes, tant commerçants qu'agriculteurs; elle est assez grande pour qu'on y fasse 200 plantations de cannes à sucre, sans compter d'autres cultures.
Les denrées que nous espérons y obtenir sont le sucre, l'indigo, le gingembre, le coton, le tabac, le poivre, etc., sans parler des objets d'alimentation tels que : céréales, bêtes à corne, porcs, volailles, riz, haricots (ou pois chiches), patates,
1. Ce nombre, qui correspond à 41 k. c, est certainement eiToné. En effet, d'une part, il dit plus haut que la surface de cette île est égale à celle de la Barbade, qui est de 430 k. c, et, d'autre part, Nosy Bé a en réalité 13' 10" du Nord au Sud (de la pointe d'Amporaha à la pointe de Lokobé) et 7' 5" de l'Ouest à l'Est (de la pointe de Misaotra à la pointe d'.Vmindray), ce qui fait une superficie d'environ 330 k. c. Si, au lieu de IG milles carrés, l'auteur a voulu dire un carré de 16 nulles de côté, milles anglais bien entendu, cela ferait 256 m. c. ou 060 k. c. !
orang-es, limons, ananas et beaucoup d'autres fruits utiles, le tout à un Lien moindre prix qu'à la Barbade, par exemple. A la Barbade, les frais seraient les suivants :
Pour une plantation de 300 acres • [120 hectares], destinés à une exploitation sucrière. . 2 000 liv. st. [50000 fr.J
20 ouvriers anglais à transporter avec des
provisions 300 liv. st. [7 500 fr.j
100 nègres à 25 et 30 liv. st. chacun 2 700 liv. st. [67 500 fr.]
Outils, vêtements et articles divers 300 liv. st. [7 500 fr.
20 bêtes ù cornes de différentes sortes 700 liv. st. [17 :)00 fr.]
6 000 liv. st. [150 000 fr.] A Assada [Nosy Bé], la même installation reviendrait à :
300 acres de terre à 12 pence [1 fr. 25] l'acre. 15 liv. st. [375 fr.]
Transport et équipement de 20 ouvriers anglais . 300 liv. st. [7 500 fr.]
100 nègres à 20 shillings [25 fr.] 100 liv. st. [2 500 fr.]
Outils, vêtements, etc 200 liv. st. [5 000 fr.]
20 bêtes à cornes de différentes sortes 25 liv. st. [625 fr.]
En outre on pourra se procurer tous vêtements et outils au tiers du prix qu'ils coûtent à la Barbade.
640 liv. st. [16 000 fr.]
La même différence de frais existera pour toute plantation, grande ou petite, où l'on cultivera la canne à sucre, l'indigo, le coton, le g'ingembre, le tabac, etc. Et, tandis qu'à la Barbade, à ce que l'on dit, on ne récolte par ouvrier et par an que de d6 à 20 quintaux de sucre, de 160 à 200 livres d'indigo, 1 000 livres de coton, 20 quintaux de gingembre, 15 quintaux de tabac, il est permis d'espérer qu'à Assada [Nosy Béj on produira ces diverses denrées à un prix bien moindre.
Nous avons l'intention de construire de petits navires avec lesquels nous pourrons trafiquer avec les pays voisins, notamment avec l'Inde, et y aller vendre, contre argent comptant et aux prix usuels de Londres, non seulement les marchandises dont nous venons de parler, mais encore d'autres dont la vente