SUR LE COMMERCE DES HOLLANDAIS
AVEC MADAGASCAR, en 1G53.
« Il est certainement difficile de détacher de la flotte hollandaise stationnée dans les eaux de Batavia un navire convenable pour aller visiter la baie d'Antongil à Madagascar, et cependant il serait très protltable à la Compagnie non seulement d'aller voir ce qu'y font les Français, mais aussi d'y }>orter une masse de vieilles étolîes qui encombrent nos comptoirs de l'Extrême-Orient et qu'on troquerait à Madagascar contre du riz et d'autres produits qui y sont à bon marché. On pourrait aussi y prendre du bois d'ébène. Quant aux esclaves qu'on se procurerait à Madagascar, ils ne seraient nulle part plus utiles qu'au Cap de Bonne-Espérance dont le climat ressemble beaucoup à celui de cette île » (Lettres des sous-marchands Joost van der Woutbeeck et Maximiliaen de Jongh, datées de Maurice du 25 juin 1653, Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia, 1653, |.p. 89-90).
PREMIER VOYAGE DE FRÉDÉRIC VERBURG DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE À ANTONGIL, ex 163 4».
Le conseil de gouvernement du Cap de Bonne-Espérance ^, ayant constaté en juin 1654 que la provision de vivres diminuait d'une façon inquiétante, décida d'envoyer la galiote 7\ilp chercher du riz à Madagascar. Le commandement de
1. C'est à robliijeance de M. Henri Déhérain que nous devons la connaissance et la liaduction de cet intéressant document et du suivant.
i. La Compagnie hollandaise des Indes orientales occupait le Cap depuis le 6 avril 1652.
cette expédition fut confié à Frédéric Verburg, sous-marchand ' et second du gouvernement du Cap.
La Tulp appareilla le 3 juillet 1654 et revint au Cap le 12 décembre. A son retour, Frédéric Verburg fit à Johan Van Riebeeck, commandant du Cap, une relation de son voyage, que celui-ci consigna en ces termes dans son Journal :
<c Les Hollandais ont été bien traités dans la baie d'Antongil par le roi et par son peuple ; ils se sont procuré facilement des provisions et ont acheté trois tonnes de bon paddy [riz en paille] et deux tonnes de riz blanc, quoi qu'ils soient arrivés dans la mauvaise saison et que les réserves fussent en conséquence peu abondantes. Verburg et plusieurs de ses compagnons ont été pendant un mois les hôtes du roi, qui les a logés dans des huttes séparées. Ils se sont quittés bons amis et les Hollandais lui ont promis de revenir avec un assortiment de marchandises; le roi de son côté doit préparer un convoi d'esclaves et une cargaison de riz. Il aurait désiré que quelques Hollandais restassent auprès de lui, car, lorsque Verburg arriva, il était empoisonné et en danger de mort; soigné par le barbier de la Tulp, avec l'aide de Dieu, il guérit, de sorte qu'il en eut une grande reconnaissance et donna aux Hollandais la permission de faire dans son pays ce qu'ils voudraient.
« Ce roi a manifesté un grand chagrin en apprenant la mort du commandant Van der Stel - qui était venu autrefois et pour lequel il avait une grande affection.
« Si la Compagnie le désire, on pourrait établir un bon poste dans cette baie d'Antongil. Les Français, qui sont environ deux cents à Sainte-Luce, sont occupés à ramasser des peaux de bœuf.
1. Grade dans la hiérarchie des fonctionnaires de la Compagnie des Indes orientales.
2. Adriaan Van der Stel, commandant de l'île Maurice de 1639 à 1644.
Ils ont envoyé un de leurs petits bateaux, ainsi qu'une de ces embarcations appelées « barka longo », acheter du riz pour leur fort de Sainte-Luce dans l'Ouest de l'île de Sainte-Marie et à la baie d'Antongil. Poussés par la faim, ils ont fait la guerre aux indigènes et ont pris beaucoup de bétail pour vivre.
« Il y avait cinq ans qu'ils n'avaient pas eu de bateau pour envoyer chercher des provisions à Antongil, de sorte que les habitants de cette baie n'ont plus confiance en eux.
« Notre Compagnie a donc l'occasion de prendre à Madagascar des dispositions qui lui assureront tout le riz que produit cette île, et de plonger ainsi les Français dans l'embarras. Dès lors, ils s'en iront, vu qu'ils n'y restent que pour y ramasser des peaux et pour que leurs pirates de la mer Rouge aient une escale où se ravitailler. »
A ce récit de Verburg, Van Riebeeck ajoute :
« L'an dernier, le capitaine français qui a séjourné dans la baie de Saldanha* nous a dit que les maîtres de la colonie de Madagascar étaient le cardinal Mazarin et Monsieur de Luynne [Louis-Charles, duc de Luynes], trésorier du roi, mais que, en raison des minces profits qu'ils en avaient tirés, ils avaient tout abandonné à un certain maréchal Miljerie [le maréchal duc de la Meilleraie]. Leur nombre en conséquence est tombé de 400 à 200 et, si nous pouvons leur couper le commerce du riz et diminuer le butin de leurs pirates, ils abandonneront la place.
Nous serons alors débarrassés de cette nation à l'Est du Cap, ce qui ne sera pas pour déplaire à la Compagnie » {Précis of the Archives of the Cape of Good Hope : Riebeeclis Journal, by H. C. V. Leibbrandt, 3 vol. in-8°, Capctown, 1897, t. I, pp. 206-20").
1. En 16;i3 un navire français avait passé plusieurs mois à recueillir des peaux de phoque dans la baie de Saldanha.
SECOND VOYAGE DE FRÉDÉRIC VERBUUG DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE À ANTONGIL, en 1655-165-».
A la baie d'Antongil -, nous avons acheté environ dix tonnes de riz; puis nous sommes allés à la baie de Kite [Lokantsantsa ou Loky, sur la côte occidentale de l'île Sainte-Marie?], où nous en avons encore obtenu une grande quantité; nous aurions même pu compléter notre cargaison en ce lieu, si le roi de Colamboela [Ghalemboule ou plutôt Analambolo, c'est-à-dire Fénerive] ne nous avait aimablement invités à venir le voir. Verburg ne voulut pas laisser échapper cette occasion de lier amitié avec ce roi; aussi, le 23 novembre [I600], nous dirigeâmes-nous sur Colamboela [Ghalemboule ou Fénerive], oîi notre galiote compléta son chargement.
Les rois d'Antongil et des autres lieux nous ont témoigné de l'amitié, mais ils ne veulent pas entendre parler des Français, parce que ceux-ci leur volent tout ce qui leur tombe sous la main.
Pendant la nuit du 2 décembre [1655], la Tulp, assaillie par un violent ouragan, chassa sur ses ancres et fut emportée en pleine mer. Le vent soufflant de plus en plus fort, nous dûmes couper le grand mât et nous fûmes ballottés au gré des flots jusqu'au moment où nous fûmes jetés à la côte à Colamboela
1. Le commandant du Cap, Johan Van Riebeeck, envoya une seconde fois, en 1635, Frédéric Verburg à Madagascar, avec mission d"y acheter diverses denrées, telles que riz, haricots, cire, ivoire et peaux, d'en ramener des esclaves et d"y faire le plus grand nombre possible d'observations géographiques et nautiques. Frédéric Verburg partit sur la galiote la Tulp, le 14 août 1655. Pendant dix-huit mois, on n'entendit plus parler de cette expédition; enlin, le 31 mars 1657, arriva au Cap le vaisseau français le Maréchal, venant de Madagascar et ayant cà bord quatre marins de l'équipage de la Tulp, qui firent à Johan van Riebeeck un récit de leurs aventures. C'est ce récit que J. Van Riebeeck a consigné dans son Journal, que nous reproduisons ci-dessus.
2. Dans le Journal de J. Van Riebeeck, cette partie du récit est par erreur rejetée à la fin.
[Ghalemboule ou Fénerive], où le navire et la cargaison furent perclus. Le lendemain, nous avons sauvé quelques marchandises. Nous sommes restés de sept à huit jours près de l'épave. Un chef et quelques noirs [Malgaches] vinrent nous voir et transportèrent ces marchandises dans un petit village, où ils nous donnèrent asile pendant près d'un mois.
Le roi de l'île Sainte-Marie, ayant entendu dire que quelques Hollandais avaient fait naufrage sur la côte en face, vint avec quatre canots et ramena à Sainte-Marie le pilote et quelques hommes. Verburg et les autres restèrent quatre jours sur un îlot voisin, dont le chef les transporta aussi à Sainte-Marie; ils y furent bien reçus par le roi. Verburg lui acheta quatre maisons dans l'un de ses villages; malheureusement une épidémie s'étant déclarée parmi nous, treize de nos compagnons périrent en peu de jours, entre autres Frédéric Verburg, le pilote Gornelis Janssen Holsteyn et le teneur de livres Gornelis van Heyningen.
En ce pays, la saison mauvaise dure de février à juillet; pendant ces mois, les coups de tonnerre, les éclairs, le vent et la pluie furent si violents que le ciel et la terre semblaient prêts à s'abîmer.
Le 19 mai [1656], trois vaisseaux français arrivèrent sur rade, le Duchesse, V Armand et le Maréchal; nous apprîmes qu'un quatrième, le Saint-Georges, s'était rendu au fort français de ïolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin] \ Le Maréchal alla croiser dans la mer Rouge, où il captura un petit bateau
1. Ces quatre vaisseaux : la Duchesse, capitaine La Roche-Saint-André, qui était le vaisseau amiral, le Maréchal, capitaine Colon, V Armand, capitaine Richmond, et le Saint -Georges, capitaine Labriants, avaient été envoyés à Madagascar par le maréchal duc de la Mcilleraye, gouverneur de Nantes. Ils avaient relâché dans la baie de la Table [au Cap de Ronne- EspéranceJ du 24 mars au 2 avril lOiJG. \o\v Archives coloniales, Correspondance générale, Madagascar, carton 1, pièce 2, et Klacourt {llist. de Madagascar).
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turc, chargé d'ambre, etc., et revint le 4 décembre à Sainte- Marie, oi!i il trouva les deux autres vaisseaux ' dans le plus triste état. Le 14 janvier 1G57, la Duchesse emmena à Tolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin] les dix survivants de notre malheureux équipage et nos marchandises, abandonnant les deux autres vaisseaux, qui étaient incapables de tenir la mer et qu'on mit à la côte. Le Maréchal resta pour recueillir leurs épaves.
Après avoir navigué deux semaines, nous sommes arrivés à Tolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin], dont le fort, entouré de palissades, est armé de huit ou dix petites pièces de canon et occupé par une centaine d'hommes. Le Maréchal arriva deux semaines après nous avec l'artillerie et les débris des deux navires abandonnés.
Vers la fin de février [16o7], le Maréchal partit pour le Cap de Bonne-Espérance avec quatre d'entre nous, les six autres restant pour garder nos affaires, car l'amiral français' ne voulut pas nous emmener tous, parce qu'il avait tant de monde à bord ({u'il avait même dû laisser quelques-uns de ses hommes à Madagascar. Ceux des nôtres qui sont restés à Tolanhaer [Taolankara ou Fort-Dauphin] sont : Pieter Pieterssen, de Ter Veer, cadet; Jonas Janssen, d'Amsterdam, marin; Jelle Hendrickssen, du Kuynder, matelot; Robert la Griève, d'Hesdin, cadet; Hendrik Janssen, de Koetsveed, soldat; et Hendrik Isbrantssen, de Worcum, marin. Les marchandises que nous avons sauvées ont été déposées dans le fort français. Nous n'avons pas touché à Mascareigne [île Bourbon], où, dit-on, résident quelques Français.
1. D'après le contexte, ce sont VArmayid et le Saint-Georges qui étaient venus de Taolankara ou Fort-Dauphin à l'île Sainte-Marie.
2. Van Riebeeck le nomme ailleurs M. de Laros ou La Ros [La Roche St-Andrél.
La Ducliesse a été laissée à Tolanhaer [Taolankara ou Fort- Dauphin] et mise à la côte. Le seul fort qu'aient les Français à Madagascar est ce fort de Tolanhaer [Fort-Dauphin], pauvrement défendu par de piètres palissades. Dans la baie d'Antong-il, ils ont cependant un poste avec dix-sept hommes, où l'un d'entre nous, Hendrick Dirckssen, de Vaarden, est volontairement resté.
Vers le l""" août [1656] les Français ont remarqué une galiote, qui croisa pendant huit jours devant Tolanhaer [Fort- Dauphin]; c'était probablement le Nachtr/las, qui avait quitté le Cap le 18 juillet à la recherche de la Tulp. Mais comme elle ne mouilla pas, ils n'ont pas osé aller la reconnaître » (H. C. V. Leibbrandt, Précis of the Archives of the Cape of Good Hope : Riebeecli s journal^ Capetown, 1897, t. II, pp. 5o-57.)
RELÂCHE D'UN NAVIRE HOLLANDAIS DANS LA BAIE D'ANTONGIL, en 1657 (?)
Au commencement de 1655, le sieur La Forest, qui commandait un navire armé en course pour le compte du maréchal de la Meilleraye, ayant été tué par les Malgaches sur les bords de la Manantsatrana, rivière qui débouche en face de la partie Sud de l'île de Sainte-Marie, où il avait été chercher une cargaison de cristal de roche, le sieur Bachelier de Belleville, qui était le second du bord, prit le commandement du navire et s'en fut dans la mer Rouge, où, ayant aperçu un navire européen à la voile, il alla avec sa chaloupe aux nouvelles; la nuit survint avant qu'il eût atteint le navire vers lequel il se dirigeait. Le lendemain matin, ne voyant aucune voile à l'horizon, il dut accoster la côte d'Arabie et, après des péripéties diverses, il gagna Moka, où il trouva un navire hollandais qui le conduisit à Batavia. Il séjourna quelques mois dans cette ville et prit passage à bord
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d'un autre navire hollandais qui retournait en Europe. Ce navire, surpris par une violente tempête dans les parages de Madagascar et ayant éprouvé de grosses avaries, relâcha dans la baie d'Antongil pour les réparer. Le sieur de Belleville, ayant trouvé dans cette baie quelques Français qui y étaient restés à la suite d'accidents arrivés à des navires du maréchal de la Meilleraye, se décida à demeurer avec eux et laissa le navire hollandais remettre à la voile après avoir terminé ses réparations (François Martin, Mémoires sur rétablissement des colonies françaises aux Indes Orientales, 1663, MS. des Archives nationales [pp. 53-54 de la copie Biblioth. Grandidier].
NAUFRAGE D'UN NAVIRE PORTUGAIS DANS LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN, en 1058.
Un Portugais, nommé x\ntony Fery, a raconté aux Hollandais venus à la baie de Saint-Augustin en 1663 (voir plus loin, p. 305) que, cinq ans auparavant, le navire sur lequel il naviguait s'était mis à la côte dans cette baie. Des 130 personnes qui se trouvaient à bord, il était seul resté à Saint-Augustin; les autres avaient péri ou bien avaient été emmenés ou s'en étaient allés dans l'intérieur {Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia, 1664, p. 216). Peut-être ce naufrage est-il le même que celui de 1661 qui est raconté plus loin, p. 295.
TROISIÈME ÉTABLISSEMENT DES HOLLANDAIS DANS L'ILE MAURICE, en 1659 '.
Comme nous l'avons dit plus haut, page 279, les Hollandais ont abandonné l'île Maurice en 1654, peu après en avoir pris possession pour la seconde fois. En 1659, on y envoya du Cap
1. Voir ce que nous avons dit au sujet du récit de Valenlyn, note i, p. 2:6.
de Bonne-Espérance, dont dépendait cette île, Adriaan Nieuland comme gouverneur; il avait avec lui un comptable, douze hommes d'armes et un petit bâtiment avec des munitions et des pièces de charpente permettant de construire de suite une habitation. On lui avait promis de lui expédier au plus tut un navire avec un plus grand nombre d'hommes et une plus grande quantité de munitions.
Adriaan Nieuland arriva sain et sauf à Maurice ; il y fit bâtir de suite une maison et maintint son monde aussi longtemps qu'il eut de l'eau-de-vie à distribuer; mais, quand leau-devie vint à manquer et qu'en outre il tomba malade, ses hommes lui déclarèrent qu'ils ne voulaient pas demeurer avec lui plus longtemps et qu'ils étaient décidés à se retirer dans les bois. Ils s'emparèrent de tous les ustensiles dont ils pouvaient avoir besoin et qu'ils pouvaient facilement emporter avec eux et partirent.
Nieuland avait pris note de tous ces événements jusqu'à ses derniers moments. Deux jours après sa mort, un navire arriva; le capitaine et son secrétaire en débarquant trouvèrent le gouverneur étendu sur son lit, ayant près de lui le journal qu'il avait tenu jusqu'à son dernier soupir. En ayant pris connaissance, ils jugèrent sage de le porter à bord, puis ils tirèrent un coup de canon afin de faire revenir les rebelles qui ne pouvaient être bien loin. En effet, ceux-ci ne tardèrent pas à arriver sur la plage et saluèrent amicalement les matelots auxquels ils déclarèrent que le gouverneur se portait bien. On pénétra alors dans la maison du gouverneur qu'rm trouva mort. On en vint aux mains. Les rebelles prétendirent n'avoir pas su que le gouverneur était malade et qu'il avait dû mourir subitement pendant qu'ils étaient allés dans la forêt. On enterra Nieuland et on ferma la maison, car les hommes qui étaient venus avec lui refu-
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sèrent de rester à Maurice et demandèrent à retourner au Cap. Ils n'y furent pas reçus aussi agréablement qu'ils le pensaient. Trois de ces bandits furent pendus, deux furent fouettés et marqués au fer, deux autres, qui avaient été entraînés par leurs camarades, furent laissés en liberté. Ces événements me paraissent remonter vers 1663 (Fr. Yalentyn, Beschryving van Malabar en onsen handel aldaar, etc. [Histoire des comjJtoirs hollandais au Malabar et de notre conwierce au Japon, ainsi que f Histoire du Cap de Bonne-Espérance et de Vile Maurice], t. V, 2"" partie, p. 255, reproduit par Adrien d'Epinay dans ses Renseiffuements pour servir à lliistoire de file de France, île Maurice, 1890, pp. 17-18).
UN NAVIRE HOLLANDAIS DE BATAVIA VA CHERCHER LE GOUVERNEUR FRANÇAIS DE FORT-DAUPHIN, kn 1661.
Le 13 février 1661, Jacques de Bollan (ou Boullan) est parti de Batavia à bord delà petite flûte le Postillon qu'il était venu y louer à la Compagnie hollandaise des Indes, afin d'aller chercher à Madagascar le gouverneur français de Fort-Dauphin, M. Durivaux, ainsi que les canons d'un navire naufragé. Le gouverneur de Java lui remit le jour de son départ des instructions sous pli cacheté {Dagh-Register gehouden int Casteel Batavia, 1661, p. 34).
Le 15 octobre 1661, Jacques de Bollan arrive de Madagascar en rade de Batavia avec le susdit Postillon, ayant à bord le gouverneur de Fort-Dauphin et 29 pièces de canon provenant d'un vaisseau français qui s'était échoué dans la baie de Tolanhar [Taolankarana ou Fort-Dauphin]; il apporte pour le compte du dit gouverneur 3720 peaux et 572 « rondscherp » (?) et 170 esclaves, plus 29 pour son propre compte. Yoici un résumé de ce voyage de Bollan d'après son journal de bord :
Parti d'ici [de Batavia] le \3 février dernier, il s'est arrêté d'abord à l'île Maurice, puis il est arrivé le 29 mars à Madagascar, dans la baie de Sainte-Claire [Lokara, à l'embouchure du Mananivo], et, le 2 avril, il a mouillé devant Fort-Dauphin, oîi il a été bien reçu et bien traité par le gouverneur, M. Durivaux; après avoir embarqué les canons et divers autres objets, il en est parti le 19 mai avec le dit gouverneur et un autre gentilhomme français nommé M. Ghatnet. Au sortii' de la baie de Tolanhar [Taolankarana], sur le bord de laquelle est construit le fort, il se déclara une voie d'eau dont ils ne s'aperçurent pas tout de suite, mais, dès qu'ils en eurent connaissance, ils firent route vers le Gap de Bonne-Espérance; quelques jours plus tard, le 25, comme les vents ne cessaient d'être contraires, ils résolurent de gagner l'île Maurice, mais, lorsqu'ils aperçurent la terre le 11 juin, ils constatèrent qu'au lieu d'être en vue de cette île, comme ils le pensaient, ils étaient de nouveau sur la côte de Madagascar; le fort courant qui existe dans ces parages les avait fait dévier de leur route. Ils abordèrent à l'île Sainte-Marie, où ils furent étonnés de ne trouver ni eau, ni riz, ni habitants; ils allèrent alors à la baie d'Antongil où ils arrivèrent le 17 juin. Le chef, qui s'appelait Filohariva [Filohaniarivo, le chef des mille], demanda à Jacques de Bollan cinq ou six hommes pour faire la guerre aux habitants de Sainte- Marie; Bollan les lui promit à la condition qu'il lui procurerait d'abord du riz et d'autres vivres, mais, une fois en possession de ces provisions, il leva l'ancre sans tenir sa promesse.
Parti le 1" juillet d'Antongil, Bollan est arrivé à Batavia le 15 octobre.
Il y avait à bord trois des matelots écha})pés au naufrage de
la galiote la Tidp^ [en décembre 16ooj et du yacht le U'eisnu/, qui ont sombré sur la côte de Madagascar. Le gouverneur, M. Durivaux [Du Rivau-j, à la demande de Jacques de Bollan, nous les a rendus; l'un d'eux, qui n'avait plus qu'une jambe et qui n'était bon à aucun service, fut débarqué. En revanche, deux matelots de la flûte le Postillon, qui étaient descendus à terre avec quatre des esclaves de Bollan pour couper du bois, se sont enfuis sans qu'on ait pu les rattraper : ce sont Jan Jansz Oudhollander et Juriaen Jansz van Maersen. M. Durivaux a raconté que, dans un voyage précédent à la baie d'Antongil, il y avait laissé vingt Français, et nos gens disent que, lorsque le navire Arnhem, qui est parti du Cap pour la métropole en février 1657, y hiverna, trois agents de la Compagnie et deux Français qui avaient pris passage sur ce navire, restèrent à terre. Les Malgaches disent qu'ils sont morts de maladie, mais il y a plutôt lieu de supposer qu'ils ont été massacrés.
Une grande discorde régnait parmi les officiers du Postillon.
Le gentilhomme français Chatnet et le comptable Joannes Swarts sont restés dans l'Inde, à ïuticorin, à cause d'un difTérend avec Bollan (Dar/h-Rcgister Batavia, 1661, p. 306).
RAPPORT DE JACQUES DE BOLLAN ET DE MICHEL JORDIS SUR MADAGASCAR, e.\ 1661.
En outre de son journal de bord, Bollan a écrit un mémoire où il expose la situation de l'île de Madagascar et de ses habitants, autant du moins que son court séjour dans l île a pu la
1. La Tidp, qui a fait deux voyages du Cap à Madagascar sous le commandement de Frédéric Yerhurg, a sombré sur la côte de Fénérive dans la nuit du 2 décembre 1655. Voir plus haut, note, p. 210-211 et pp. 278-284
2. Du Rivau, envoyé par le duc de la Meilleraye pour commander au Fort-Dauphin (Flacourt, Hist. de Madagascar, 1661, p, 427).
lui faire connaître. Nous avons reçu un autre rapport sur le même sujet écrit et signé par l'assistant Michiel Jordis qui était du voyage. Ce rapport est mieux ordonné et plus détaillé que
celui de Bollan, nous ne l'insérerons cependant pas ici et
nous nous contenterons d'en transmettre les copies authentiques aux chambres présidiales respectives; nous n'en extrairons que ce qui concerne les Français résidant à Madagascar :
« Les Français ont actuellement à Madagascar trois forts : le principal, le fort Dauphin, est situé à Tolanhara [Taolankarana]; il couvre un vaste espace; ses flancs sont grands, et, sur celui qui est tourné vers la terre, il y a deux petits bastions. Du côté de la mer, il est naturellement fortifié, car il est bâti sur un rocher, couvert de sable et de broussailles, dont la base est soutenue par un mur en pierres, haut de quatre à cinq pieds, afin d'empêcher le glissement du sable et son ravinement par la pluie; de ce côté, il est tout en briques, mais, du côté de la terre, il est en un pauvre état, car il n'est protégé que par une palissade formée de vieux poteaux qu'on peut facilement déplacer avec la main pour s'y faire un passage; de ce côté, il y a deux grandes avenues. Le fort contient 14 pièces de canon, mais il n'y en a pas 4 qui soient capables de servir à la défense; les autres gisent sur le sol ou sont simplement posées sur leurs affûts. De ces 14 pièces, 4 de 12 livres et G de 4 ou de G livres regardent l'intérieur du pays et sont chargées, mais elles ont sur leur lumière, au lieu d'une feuille de plomb, une simple pierre et en outre, selon toute apparence, elles sont peu mobiles sur leurs appuis; 4 de 12 livres, qui sont tournées vers la baie, gisent par terre.
Il y a un puits tout près de la plage au bas du rocher sur lequel le fort est bâti, mais, étant donné le flux et reflux de la mer, son eau n'est pas bonne à boire et elle sert uniquement à faire
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la cuisine; on va cherciier l'eau potable à une sorte de citerne qui est à un quart de mille du fort et il serait facile de la leur couper.
La poudrière est placée dans le fort, du côté de la baie; elle est en pierres et s'élève de neuf à dix pieds au-dessus du sol; elle est couverte en chaume et, sur les quelques places où il n'y a plus de chaume, on a jeté des peaux de bœuf pour mettre le bâtiment à l'abri de la pluie. La plus «rande partie de la poudre est à même sur le sol, les barils, dont quelques-uns seulement sont cousus dans des peaux, étant pour la plupart pourris. Les Français prétendent qu'il y en a de 4 000 à o 000 livres, mais il y a tout lieu de penser qu'elle n'est plus bonne, car on dit qu'il y a au moins sept à huit ans qu'elle n'a été visitée ni remuée parce que cela leur aurait donné trop de peine.
Le magasin des marchandises est, comme la poudrière, en briques, avec plafond et toit en chaume. Il s'y trouve (juelques voiles provenant de navires naufragés ; dans une anfractuositéde la baie, nous avons vu quelques câbles et cordag^es, qui, pour la plupart, sont pourris.
La maison du gouverneur est construite avec les débris du navire la Duchesse qui s'est échoué dans la baie de Tholanhara "Taolankarana]. Elle s'élève au-dessus des autres, qui sont au nombre de douze et qui sont construites lég-èrement et menacent ruine. La porte de ce fort, que surmontent les armes du Roi de France, a été raccommodée à l'aide des poupes de na\ires naufragés. A côté, se trouve le parc aux bestiaux, auprès duquel un des Français monte la garde pendant la nuit afin que les noirs [les Malgaches] qui sont leurs ennemis ne viennent pas les leur enlever. A une portée de mousquet environ, se trouve un grand entrepôt construit avecde vieilles planches, dans lequel
sont déposées les peaux de bœufs qui appartiennent au gouverneur.
En dehors du fort, il y a d'autres maisonnettes qui regardent la mer et qui sont habitées par quelques Français et par un 3Ialgache qui jusqu'à présent leur est resté fidèle. De l'ancienne Compagnie, il n'y a qu'un seul employé [un menuisier] qui soit encore vivant; tous les autres ont péri dans le dernier massacre. Les Français qui occupent ce fort sont au nombre de vingtcinq environ ; ce sont, pour la plupart, des matelots impotents, incapables de supporter la moindre fatigue, gens sans foi ni loi qui n'ont aucun respect pour le gouverneur et qui ne lui obéissent pas.
A M. Durivaux [Du Rivau], que le Postillon vient d'amener à Batavia, a succédé comme gouverneur le lieutenant Chapmargoe [Champmargou], qui avait le commandement du deuxième des trois forts, celui dont nous allons parler maintenant.
Ce second fort se trouve dans le pays d'Ymour [Imorona] et comme lui s'appelle Ymour [Imorona] ; il est à trois bons milles au Sud de Fort-Dauphin; sa garnison comprend trente Français qui sont les gens les plus habiles du monde pour voler du bétail et qui, en cas de besoin, sauraient opposer une petite résistance. Ce fort est entouré d'une double palissade; du côté de la rivière, il y a un bastion armé de deux couleuvrines, tirant des boulets d'une livre, et, devant la porte, sont placés deux canons en fer de 2 livres, mais ils sont sur le sol, sans affût. Dans l'intérieur, il y a une trentaine de cabanes, les unes petites, les autres grandes, bâties à environ 8 ou 10 pieds de la palissade, laissant au milieu d'elles un vaste carré; la maison du gouverneur est construite avec de vieilles planches. Ce fort est tout à fait hors d'état d'offrir la moindre résistance; le côté le plus solide serait peut-être celui qui longe la rivière, mais il ne serait pas difficile à emporter.
Le troisième fort, appelé Carême (Ankarana?), est situé à trois milles du deuxième ou Ymour [Imorona] et a une i^'-arnison de seize Français, mais il est plus petit et n'a ni canons, ni munitions de guerre; il est entouré d'une palissade et disposé dans son ensemble comme le fort d'Ymour [Imorona].
Les Français se sont très malhonnêtement conduits avec les indigènes, qui, d'amis qu'ils étaient, sont devenus pour la plupart leurs ennemis mortels et ont contre eux une haine qu'il ne leur sera pas facile d'apaiser. Le dernier massacre des Français par les Malgaches a eu lieu le 1" mai 16.')9; cinquante-deux Français y ont péri, ce qui est dû en grande partie à leur imprévoyance, car ils faisaient porter leurs armes à leurs « Marmiten » ou esclaves [marotnita, c'est-à-dire porteurs, serviteurs], qui les ont massacrés d'accord avec leurs concubines. Tous les Français, qui étaient depuis longtemps au service de la Compagnie française des Indes à Madagascar, dont ils connaissaient à fond la situation, ont péri dans cette catastrophe, à l'exception du menuisier dont nous avons parlé plus haut.
Les indigènes de Madagascar sont fourbes, lâches et dissolus. Lorsqu'ils méditent quelque trahison, ils viennent offrir leurs services, rampant la face contre terre et disant : Vous êtes des Dieux! nous ne sommes pas dignes de lever les yeux sur vous, etc., et ils protestent qu'ils sont prêts à mourir pour vous. Mais, dans toutes leurs protestations d'amitié et de fidélité, il n'y a pas un mot de vrai.
Le commerce à Madagascar a peu d'importance. Jacques de BoUan n'a pas eu le temps de tout examiner avec soin, et les Français qui parcourent le pays plutôt pour piller et se livrer au brigandage que pour faire du commerce, n'ont pas grand'chose à dire sur ce sujet. Ledit Bollan a rapporté quelques échantillons d'or, de santal, de callambac [kalamaka, sorte
de haricots], de racine de Chine [Gingembre], d'ébène, de soie, de gomme Taccamaca [Takamaka], de pierres précieuses, telles que rubis, grenats, saphirs, émeraudes, d'ambre gris, de poivre, etc. Les Français disent qu'il y a aussi de l'argent, mais ce n'est pas aussi certain que pour l'or. Il y a également de la cire, du miel, de l'indigo, du riz, du bétail, des peaux de bœufs, ainsi que des esclaves. Dans son rapport, l'assistant Jordis parle en détail de tous ces produits, mais il prétend que si l'on procédait à une enquête plus complète et plus détaillée, on découvrirait en six ou huit mois plus de richesses que les Français n'en ont découvert pendant leur long séjour » {Dagli-Reyisler i/ehoiiden int Casteel Batavia, 1661, p. 306-310).
Le 5 décembre 1661, est arrivé à Batavia, à bord du navire le Proointien, le comptable Joannes Swarts qui avait été à Madagascar avec la flûte le Postillon et qui était resté à Tuticorin dans l'Inde \ Il a remis aussi un rapport sur Madagascar, qui concorde dans son ensemble avec celui de Jacques de Bollan {Dagh-Re(jister(jehouden lut Casteel Batavia, 1661, ]>. 451).
Le 6 décembre 1661, il est accordé sur sa demande à M. Durivaux, ancien gouverneur de la forteresse française Dauphin [Fort-Dauphin], un prêt hypothécaire de 15000 florins [31 500 francs] au taux d'intérêt de 1 p. 100 par mois, et il est convenu que son artillerie sera transportée en Europe moyennant le paiment de 6 000 florins [12 600 francs] {Dagh- Register gehouden int Casteel Batavia, 1661, p. 454).
RELÂCHE D'UN NAVIRE ANGLAIS À MADAGASCAR, en 1G61.
Un navire anglais, qui faisait partie d'une flotte de cin([ vaisseaux à destination de Surate, de la Perse, de Rajapour et de