À MAURICE ET À MADAGASCAR, EN
RAPPORT DU COMMISSAIRE JOCIIEM BLANCK 2.
h'Eendracht, venant du Cap de Bonne-Espérance, a apporté [à Batavia] le 3 mars 1663 une lettre du gouverneur Zacharias Wagenaer et de son conseil, datée du 26 novembre 1664, lettre dont on avait déjà reçu une copie le 14 février 1665 par le Waterhoen. A cette lettre était annexée une copie du rapport que le sous-marchand [commissaire] Jochem Blanck a rédigé à son retour de Maurice et de Madagascar, oii il a été en 1664 avec la petite flûte le Waterhoen. Voici un court résumé de la copie de
dais et, après avoir pris congé de lui, nous sommes partis du port de Peterbothed [Peter Both] le 16 décembre 1709 [en route pour l'ile Bourbonl(La Roque, Voyage de V Arabie Heureuse de il 08 à iliO, Paris, 1716, pp. 171-185).
1. Manuscrit du fonds Sloane, n° 3668 {British Muséum); voir plus loin p. 390 la traduction du passage ayant trait au Dronte de Maurice.
2. Dans le volume du Dagh-Register (1664), p. 259, il y a une lettre du gouverneur du Cap, Zacharias Wagenaer, datée du commencement de 1664, qui ordonne à la flûte le Waterhoen, après avoir touché à Maurice, de se rendre à la baie d'Anlongil pour essayer d'y faire le commerce et, l'opération terminée, de se diriger sur les îles Comores pour y rechercher les navires qui se sont perdus en retournant en Europe. — Dans le volume de ce même recueil [Dagh-Register (1665)] où se trouve le rapport imprimé ci-dessus, il y a, p. 29, un résumé de ce voyage du Waterhoen qui est tout pareil. Il y est dit, en effet, que cette petite « flûte » est rentrée au Cap le 15 novembre 1664, venant de Madagascar où elle avait pris seulement sept charges de riz; qu'elle avait d'abord porté à Maurice l'assistant Jacob Nieuwlandt avec douze hommes et des provisions pour une année; qu'elle en était partie le 22 juillet et avait touché en allant à Madagascar à trois autres îles pour y chercher, mais inutilement, les navires perdus.
ce rapport qui a été remise à Son Excellence [le gouverneur des Indes Orientales] :
« Nous avons quitté la baie de la Table le 20 mai 1664. Le 5 juin, nous avons rencontré un navire anglais, la Coronation, qui allait à la côte de Coromandel, et, le 23, nous sommes arrivés en vue d'une île, qui est marquée sur les cartes sous le nom d'île Diego Rodrigo [Rodriguesj, mais nous n'y pûmes trouver de mouillage, si bien que nous dûmes mettre le cap sur l'île Maurice où nous avons jeté l'ancre dans le port du Sud-Est [le Grand-Port] trois jours après. Nous en sommes repartis le 22 juillet, après avoir déposé, selon les ordres reçus, l'assistant Jacobus van Niewlandt et douze hommes avec des outils et des provisions.
« En faisant route pour Madagascar', nous avons cherché inutilement à aller plus Nord que les deux îlots, appelés Anasare [Nosy Hara?]-, et nous n'avons plus eu malheureusement le temps d'exécuter les instructions qu'on nous avait données, c'est-à-dire d'acheter du riz dans la baie d'Antongil pour l'approvisionnement du Cap et de faire une enquête au sujet des navires disparus.
« Le o août, nous sommes arrivés dans la baie d'Antongil par
1. Voici ce que dit au sujet de ce voyage Leibbrandt dans son Précis of the Archives of tfie Cape of Good Hopc, Journal 1662-1670, p. 129 : « Le Waterhoen est parti du Cap pour Maurice dans la dernière décade de mai 1604 avec l'ordre de toucher à la baie d'Antongil au retour. Il était commandé par le sous-traitant Jochem Blanck. Il a séjourné à la baie d'Antongil du '.'> août au 2i septembre et n'a obtenu que sept charges de riz et un seul esclave. Ce mauvais marché est dû à ce que le chef d'Antongil Fillo Horiva LFilohaniarivo] n'avait pas la permission de ses conseillers (?) de vendre des esclaves; s'il l'avait fait, ceux-ci l'auraient tous abandonné. Le Waterhoen est rentré au Cap le l.'i novembre 1604 ». (Communiqué par M. Henri Dehérain.)
2. Voir la note de la page précédente, où il est dit que le capitaine du Waterhoen avait ordre d'aller aux Comores et celle où il est dit qu'en allant de Maurice à Madagascar il a touché à trois autres îles.
16" de latitude Sud et nous y avons jeté l'ancre par 14 ou 13 brasses derrière Tîle Marosse [Nosy Marosy], ainsi appelée du nom d'un indigène ^ qui parlait assez couramment le hollandais et qui, disait-il, avait été, il y a quelques années, à Batavia avec le capitaine Bontekoe - et, après, en Hollande avec le capitaine van Dijck; nous l'avons employé comme interprète et l'avons bien payé pour ses services, car c'était un homme modeste et en somme fort recommandable.
Le roi, qui s'appelle FilloHorwa [Filohaniarivo^], nous accorda de suite la liberté de commercer, mais le trafic fut maigre; à eux tous, les indigènes ne purent nous fournir plus de sept charges de riz blanc; nous ne pûmes non plus avoir d'esclaves, le roi ne voulant jtas nous vendre un seul des siens de peur que les autres ne se sauvassent de chez lui et ne se réfugiassent chez ses ennemis. Il en vint néanmoins un de sa propre volonté, que nous avons emmené au Cap. On ne trouve autre chose à acheter dans la baie d'Antongil que les fruits de la terre et des arbres, notamment du riz qui y est beau et blanc, mais qu'on ne peut avoir en grande quantité; les achats se font avec des morceaux de fer, de l'étain, du cuivre, des grains de corail, du laffachelas [sorte d'étofîe] et des toiles communes pour noirs.
« Les indigènes ne savent pas préparer la cire; le peu qu'ils en recueillent, ils le mangent avec le miel. Nous n'avons pas réussi à saler de la viande, ni du poisson; la viande commen-
1. Nosy Marosy signifie « l'île où il y a beaucoup de chèvres », et son nom ne vient nullement de celui d'un individu quelconque.
2. Il ne faut pas confondre ce capitaine Bontekoe avec le célèbre voyageur, (Juillaume Isbrantsz Bontekoe, qui a été à Bourbon et à Madagascar en 1619 et en 162"j, et dont nous avons donné les récits dans le tome II.
.3. Filoltana, lilt. : celui qui est à la tète, le chef (chez les habitants de la baie d'Antongil), et arivo, mille, c'est-à-dire le chef de mille hommes.
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çait déjà à sentir après avoir été un jour à peine dans la saumure; du reste il n'y a pas à beaucoup près autant de bœufs et de moutons que dans la baie de Saint- Augustin, et il n'y eut pas moyen de prendre du poisson.
« L'ordre du gouverneur Wagenaer d'aller, dans le cas où le riz ferait défaut à Antongil, en charger en d'autres endroits proches où il n'y aurait pas de Français, n'a pu être exécuté, car, au Nord de la baie d'Antongil, il n'y a pas de ports connus, et nous n'avons pas jugé à propos d'aller à l'île Sainte-Marie ni à Agalam boule [Analambolo (litt. : où il y a une forêt de bambous) ou Fénerive], parce que les Français y ont des établissements. Pour la même raison, les indigènes ne voulurent pas y aller nous en chercher, car ils tremblent au seul nom de Français; en outre, leurs pirogues ne sont pas propres à la navigation sur mer; la plupart sont en effet de simple troncs d'arbres creusés; il y en a cependant quelques-unes plus grandes, qui sont faites en planches, rattachées l'une à l'autre au moyen de fibres végétales.
« Les indigènes nous ont dit que, dans le Nord de l'île, il y avait des Portugais, mais quêteurs navires ne venaient jamais de là à Antongil, probablement parce (ju'il n'y a aucun trafic à y faire.
« La juridiction du roi d'Antongil s'étend environ jusqu'à quatorze ou quinze milles dans l'intérieur. Gomme il n'y a pas de montagnes', le pays est généralement marécageux; il est traversé par une grande rivière que nous avons remontée jusqu'aux confins du territoire du roi; on croit qu'elle prend sa source fort loin de là.
« Le roi a sous sa dépendance une soixantaine de villages
1. Le pays est au contraire fort montagneux, ce qui, du reste, n'empêclie pas les marécages d'y être abondants.
habités par des nègres [des Malgaches] ; il peut mettre en campagne de sept à huit cents hommes armés de sag-aies et de boucliers ou rondaches en bois. Ses revenus consistent uniquement dans les vivres que non seulement ses esclaves, mais aussi les gens libres doivent lui donner chaque jour; c'est lui qui prend soin qu'on ensemence et qu'on plante en temps voulu. Il possède un pouvoir absolu sur ses sujets, libres comme esclaves, qui tous lui obéissent aveuglément. Il est très dévoué à notre nation, mais il porte une haine profonde aux Français. Son parent le plus proche, qui s'appelle Filla Fonoha [Filohamponahana?], habite du côté sud de la baie, mais il est loin d'être aussi civilisé que lui.
« Les habitants construisent leurs maisons avec des morceaux de bois qu'ils attachent ensemble à l'aide de flbres végétales ; elles sont bâties un peu au-dessus du sol à cause surtout des grandes quantités de rats qu'il y a dans ce pays.
« Les habitants de la baie d'Antongil ont en général à peu près la même figure que les Cafres, mais leur chevelure est un peu plus épaisse et un peu plus longue. Ils sont fourbes, néanmoins les relations avec eux sont faciles et agréables. Leurs seuls ustensiles domestiques sont des pots de terre et des calebasses. Leur nourriture consiste en pisang [bananes] et en poisson, principalement en thon. Leur vêtement a la forme d'un sac ou grand manchon, qui n'est ouvert qu'en haut et en bas; lorsqu'il fait froid, ils s'en enveloppent tout le corps.
« Ils n'ont aucun culte et vivent comme de vrais sauvages. Chacun prend autant de femmes qu'il en peut nourrir.
« Le G et le 7 octobre, nous sommes partis de cette baie d'Antongil; comme, de l'avis de tous, le Walerhoen n'était pas capable de naviguer le long de la côte en ([uète d'un autre port et que les provisions se faisaient rares, nous résolûmes de faire route
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pour le Cap où nous sommes arrivés sains et saufs le 13 novembre 1664 ».
Ce nouveau voyage a été en somme assez nul puisqu'ils n'ont fait rien d'autre que transporter quelques Hollandais à Maurice et recueillir sept charg-es de riz [Dagh-Register inl Castel Batavia, 1663, pp. 39-40).
A la suite de ces deux voyages infructueux, le commandant du Cap de Bonne-Èspérance expédia à Batavia le Waterhoen qu'il jugea ne pouvoir lui être utile à cause de sa marche trop lente; il y arriva le 14 février 1663. Du reste, les officiers de cette flûte qui avaient reçu d'excellentes instructions ne les avaient pas suivies ; il n'est pas extraordinaire que de semblables expéditions ne réussissent pas avec des jeunes gens inexpérimentés, et il est fâcheux qu'on ne puisse pas les confier à des gens ayant déjà séjourné en Extrême-Orient, qui sont malheureusement trop utiles ailleurs pour qu'on les déplace. Le commandant du Cap demande au Gouverneur des Indes Orienrales de lui envoyer deux jeunes gens intelligents. Comme il attendait plusieurs hookerbools (espèces de navires) d'Europe, il projetait d'en envoyer un à la baie de Saint-Augustin et les autres à Maurice pour y porter des provisions et ensuite à Ceylan {Dagh-Register, 1665, p. 29).
RELÂCHE DE DEUX NAVIRES ANGLAIS DANS LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN, en 1664.
Le 8 novembre 1664, est arrivée au Cap, venant de la baie de Saint- Augustin, une petite flûte anglaise le Lee?(?i'(7'/)e Lion), qui en était partie en même temps qu'un autre petit bateau anglais, VArent [The Eagle), tous deux chargés de 333 esclaves, que les Anglais avaient achetés en peu de temps et qu'ils avaient l'intention de transporter aux Barbades [en Amérique]. Le capi-
taine du Leeuw eut l'audace de demander 500 florins par tête aux habitants du Cap qui voulaient lui en acheter [Dagh-Register (jehoiiden int Casteel Batavia, 1665, p. 29).
COMMERCE D'AHMEDABAD, LA CAPITALE DU GOUDJERAT, AVEC MADAGASCAR en 1665.
Un Genevois, M. Jean Herman Widerholt, écrit en 1665 : « Il sort d'Amadabat [Ahmedabad], ville riche et marchande du royaume de Guzerat [capitale du Goudjerat], peu éloignée de Surate, quantité de toiles de coton peintes qui se transportent en Arabie, en Perse, en Abyssinie, aux îles de Madagascar, Java, Moluques, et en Europe (Jean Herman Widerholt, Histoire des joyaux et des p7nncipales richesses de VOrient et de rOccident, Genève, 1665, p. 95-96').