n"y a pas de salamandres à Madagascar
VU trois blessés, car il y eut un combat auprès d'une de nos tentes.
Après être restés inutilement sur cette rade plus de vingt jours et avoir constaté que nous n'y pouvions rien faire pour la Compagnie [hollandaise des Indes Orientales], notre petite provision de riz commençant à s'épuiser, nous levâmes l'ancre le 17 octobre. Nous arrivâmes ici [au Cap] le 11 novembre 1666, tous en bonne santé. — Signé : le Capitaine Jacob Granaet, 30 novembre 1666 \ » (H. C. V. Leibbrandt, Precisi ofthe Archives of Ihe Cape of Good Hope, Journal f6'26-i670, pp. 199-201).
RELÂCHE D'UN NAVIRE HOLLANDAIS DANS LA BAIE D'ANTONGIL, en 1667.
Les noirs [Malgaches] qui venaient de la baie d'Antongil à Ghallemboule [iVnalambolo (Fénérive)] nous apprirent qu'un vaisseau hollandais avait mouillé devant le pays de Vallengouze [Voalongoza], à la pointe Sud de cette baie d'Antongil, ovi l'équipage de ce vaisseau avait traité du riz; il avait ensuite mis à la voile (François Martin, Mémoires sur l'établissement des Colonies françaises aux Indes Orientales, 1664-1694. Manuscrit des Archives Nationales, T*, 1169 [p. 261 de la copie Biblioth. Grandidier]).
APPRÉCIATION DU R. P. BARRETO^ SUR L'ILE DE SAINT-LAURENT, en 1GG7.
Les personnes qui sont expertes dans les affaires coloniales ont toujours blâmé notre établissement dans l'île de Mozam-
1. Traduit du texte anglais de Leibbrandt, qui lui-même Va traduit du texte hollandais, jiar M. HenriDchérain, que nous remercions d'avoir bien voulu nous le communiquer.
2. Le R. P. Barreto est un Père jésuite qui a vécu longtemps sur la côte Su<l-Est d'Afrique, dans la seconde moitié du xviT siècle.
bique [îlot sablonneux sans eau courante et dépourvu de végétation], établissement qui serait bien mieux placé dans la baie des Baisers [Bahia de Beijos] ou baie de Saint-Augustin [sur la côte S.-O. de Madagascar, l'une des meilleures connues. Cette baie présente en effet de grands avantages sous tous les rapports : le climat y est excellent et le pays, qu'arrosent de nombreux cours d'eau, est riche en productions de toutes sortes qu'on v peut avoir à bon compte; les navires y peuvent atterrir faciler ment sans avoir à craindre les écueils et les hauts fonds du canal de Mozambique, tels que les Bassas de India et les Bancs de la Juive [rochers Europa]. D'autre part, il eût été facile de partir de ce point pour faire la conquête de toute l'île de Madagascar, qui est si riche en produits précieux de toutes sortes et qui réserve de grands avantages à ceux qui s'y installeront. Il faut ajouter qu'un établissement y est bien plus facile à défendre qu'à Mozambique... L'île de Saint-Laurent fournit d'excellent bois, et en aussi grande quantité qu'on peut en désirer, pour la construction de navires ainsi que pour leur mâture; on y trouve des épices, que les Portugais n'ont pas jusqu'à ce jour réussi à se procurer, parce qu'ils n'ont jamais voulu tenter la conquête de cette île, quoique, pour faire cette conquête, ils aient tous les droits et toutes les facilités possibles. En eflet, avec l'aide des nègres de la côte Est d'Afrique, on pourrait en prendre d'abord une partie dont les habitants serviraient ensuite à s'emparer du reste de l'île, qui est divisé en plusieurs royaumes toujours en guerre les uns avec les autres et par conséquent faciles à subjuguer. Cette conquête permettrait de convertir au christianisme les indigènes qui sont plus sociables que les Cafres et empêcherait les Français ou d'autres peuples européens de s'y établir, comme ils en ont le dessein à cause de l'abandon dans lequel nous laissons ce pays... Si quelque nation étrangère vient à
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prendre possession de l'île Saint-Laurent, il est possible que le Portugal par la suite perde le Cap de Bonne-Espérance... (R. P. Manoel Barreto, Lettre au vice-roi Jean Nunes da Cunha, 11 déc. 1667 [MS. de la Bihl. Nationale de Paris, Fonds portugais, 33, fol. 41-50, publiée dans le Boletini da Sociedade de Geographia de Lisboa, 1883, p. 34).
Les personnes qui connaissent l'île de Saint-Laurent l'appellent un Paradis Terrestre à cause des nombreux cours d'eau qui l'arrosent et de ses riches productions naturelles. On y jouit d'un printemps éternel et le bétail y est innombrable; les propriétaires des bœufs ne pourraient pas reconnaître ceux qui leur appartiennent, s'ils n'avaient la précaution de les marquer au fer rouge ou de quelque autre signe.
Les étrangers qui viennent dans cette île tuent ces bœufs à leur bon plaisir, comme s'ils n'appartenaient à personne; on ne les tue que pour en avoir la graisse et l'on abandonne leur chair aux oiseaux de proie. Ce bétail ne pourrait pas s'acclimater à Mozambique à cause de la différence des pâturages.
L'île a des ports assez grands pour recevoir toute une flotte espagnole, et on y pénètre par des canaux si étroits que leur entrée pourrait être fermée au moyen d'une simple chaîne quoique les eaux y soient profondes. Je ne m'étends pas longuement sur cette île, parce qu'elle ne forme pas le but principal de mon rapport; je dois dire cependant qu'il y a beaucoup d'épices ; Nagino, dans sa Géographie, a décrit en détail ses richesses en mines et en ivoire, quoique je n'en aie jamais entendu parler par ceux qui ont fréquenté ces ports. Il y a d'immense forêts d'arbres propres à la construction, dont le bois a le grain fin et serré comme l'ivoire et dont on pourra tirer un bon profit en les transportant dans d'autres régions. On y trouve aussi des tortues, du cristal de roche et des pierres
précieuses ; j'ai eu moi-même, roccasion de voir un i>ros morceau de cristal apporté de Tîle Saint-Laurent à Mozambique, échantillon pris parmi les nombreux fragments que charrient les torrents venant des montagnes. On y fabrique des étoffes de couleurs assez variées, tissées d'une façon très curieuse avec des herbes ou des fibres d'écorces d'arbres [raofia], ainsi que des étoffes en laine [en coton], qu'on appelle « landes » [lamba] ' et qui sont très fines et douces au toucher.
La canne à sucre y est tellement abondante que l'île est considérée comme un nouveau Brésil, mais il n'y a aucune usine et, pour cette raison, nos compatriotes ne s'en occupent pas.
J'ai entendu dire maintes fois à Bartholomé Lopes, homme de jugement sain et d'esprit éclairé, qui a une grande expérience des voyages à Saint-Laurent, que, si le Roi voulait lui donner seulement six de ses vaisseaux avec quelques soldats, il se ferait fort, en joignant à cette flotte sa galère et quelques bateaux dont l'équipage se composerait de Cafres de la côte voisine d'Afrique, de mettre à mal et de couler tous les bateaux arabes qui viennent de la Mekke et de Mogdicho s'approvisionner dans cette île d'esclaves « bouques » [indigènes] qu'ils emmènent chez eux. Chaque année, en effet, les Arabes enlèvent de l'île de Saint-Laurent plus de mille JVIalgaches; ils ont en divers ports de l'île des caciques [cheiks] qui, pendant le cours de l'année, achètent les prisonniers de guerre, qu'ils s'efforcent de convertir à l'hérésie musulmane, ce qui est un opprobre pour les chrétiens. Dans le but de modifier ce triste état de choses, Bartholomé Lopes osait espérer que le Roi se déciderait à ordonner aux vice-rois de l'Inde d'envoyer dans ces pays des forces suffisantes, avec lesquelles il se chargerait d'entre-
1. Landij, en malgache, signifie «soie », mais c'est évidemment, d'après le contexte, lamha ou vêtement, étoffe, qu'a voulu dire le H. P. Barreto.
prendre la conquête de l'île, sans autre intérêt que l'honneur, car l'argent lui importait peu. On a laissé échapper cette occasion; mais j'espère qu'il se trouvera encore, dans notre nation qui est si généreuse, des hommes qui auront le courage de reprendre ce projet et de le mener à bien.
Du reste, je m'en rapporte à la relation manuscrite que nous devons au Père Luis Mariano, de la Compagnie de Jésus, qui a fait le tour de l'île Saint-Laurent et a donné la description de ses ports, ainsi que de tout ce qu'il y a observé (R. P. Manuel Barreto, Mozambique et Madagascar, MS. de la Bibliothèque Nationale de Paris, Fonds portugais, 33; publié dans le Boletim da Sociedade de Geographia de Lisboa, 1883, p. 54-55.)
MASSACRE DE ONZE HOLLANDAIS DANS LE NORD DE MADAGASCAR, en 1668.
1" A la fin de février 1668, est arrivé au Cap de Bonne- Espérance le houcre le Poelsnip, venant de l'île Maurice avec une cargaison de 718 billes d'ébène. Il avait touché à la pointe Nord de Madagascar 011 les indigènes avaient tué onze hommes de l'équipage {Dagh-Iiegister gehouden int Casteel Batavia, 1668 [Batavia, 13 mai], p. 75).
2" Le Poelsnip et le Wetsiuout sont [lartis du Cap le 16 juillet 1667 et sont allés à Maurice; en revenant, ils ont louché à la baie d'Antongil. Le sous-chirurgien Pieter van Meerzhoff et huit hommes y ont été massacrés par les indigènes. Avant d'être tué, Pieter van Meerzhoff avait réussi à acheter 7 charges de riz et 3 jeunes esclaves. Les deux navires sont rentrés au Cap le 27 février 1668 (Leibbrandt, Précis of the Archives oflhe Cape of GoodHope, Journal 1()6'2-1670, p. 238) *.
1. Communiqué aimablement par M. Henri Dehérain que nous remercions.
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