‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 5)Chapitre 59 sur 108 · Il n'y a pas de paons cà Madagascar · texte numérisé non relu

Il n'y a pas de paons cà Madagascar

2. Dans le premier livre, chapitre xviii, § 3, il dit : « Je considèi'e comme une chimère Texistence de l'oiseau Rue, dont parle Marco Polo et qui, d'après lui, peut emporter un éléphant dans les airs; j"ai été pendant six mois à Madagascar, à Surate et en d'autres lieux, et nulle part je n'ai entendu parler de rien de semblable ».

3b6 OUVHAGES ANCIENS

11° A l'Ouest et près de l'île de Madagascar, il y a une petite île [Anjouanj habitée par des AraJDes, qui y ont un fort, d'oii ils font des incursions à Madagascar pour s'y livrer au pillage. Avant notre départ, un grand nombre de noirs (Malgaches) se réunirent et vinrent prier les Français de se joindre à eux pour faire la guerre à ces Arabes. A la suite de cette démarche, John Lambertegi [Jean La Bretesche] alla dans l'intérieur du pays avec quinze Français et quelques indigènes pour traiter cette affaire.

Mais le temps s'écoulait, l'hiver prenait fin et, vers la mi-octobre les pluies ayant cessé ainsi que le froid, je ne demandai qu'à quitter Madagascar. Le jour de la Toussaint fut choisi pour notre départ, mais le temps fut ce jour-là si mauvais qu'il y avait peu d'espoir qu'on pût lever l'ancre; en effet, j'ai célébré la messe à bord, mais nous ne sommes pas partis. Le jour des Morts, le vent souffla du Nord-Est et, comme nous étions tout prêts, nous mîmes à la voile à la grâce de Dieu.

Les provisions étaient loin d'être bonnes à bord de notre navire, aussi demandai-je à mon ami le missionnaire français quelques oignons, qu'il me donna et que j'ai beaucoup appréciés. On me dit que l'amiral français avait mission de se rendre à Surate dans le but de combattre les Hollandais et les Anglais, mais il n'est pas probable qu'il ait alteintce but. Si réellement l'honneur de la France repose sur cette flotte, comme on me le dit, cet honneur est bien bas, quoique les Français prétendent que leur roi est le plus puissant de tous les rois chrétiens. Que Dieu, qui leur a accordé ses faveurs « gratuitement », les leur continue! L'apôtre saint Jacques dit : « Tous les bienfaits descendent d'en haut, envoyés par le Père de toutes les Lumières ». Saint Thomas fait observer que l'apôtre en disant

« descendent », ne dit pas « tombent », afin de nous faire comprendre que Dieu octroie richesse, puissance, etc., à qui il veut, non point suivant les mérites, mais « gratuitement » ; d'ailleurs, de même qu'il les donne, il les peut ôter, principalement s'il y est incité par les péchés.

Nous avons eu une bonne traversée pendant le mois de novembre, à l'exception d'un ouragan le 28; mais, comme nous étions en plein été, nous n'avons eu aucune crainte et nous lui avons tenu tète, en serrant nos voiles.

Le dernier jour du mois, nous avons doublé le Cap de Bonne- Espérance. Un capitaine huguenot, qui était du reste un brave et honnête homme, s'embarqua à notre bord à Madagascar; je ne puis dire combien cet hérétique m'a rendu de services, car il était bien pourvu de toutes sortes de choses et il a donné ordre à ses serviteurs de me fournir tout ce dont j'aurais besoin. Je leur demandais chaque jour mille choses et toujours ils me les donnaient sans hésiter. Je dois ma vie à cet homme après Dieu; j'eusse été heureux de pouvoir lui octroyer la vie éternelle. Il m'a dit que son Roi désirait s'emparer de la Nouvelle-Espagne et que, dans ce but, il avait envoyé un missionnaire étudier le pays, missionnaire qui y était resté trois années et avait communiqué un long et consciencieux rapport sur ce sujet à Colbert.

Avant d'arriver à Madagascar nous avons vu la mer couverte en certains endroits d'oies [Goélands ou Mouettes?] en telles quantités que nous en avons été tout surpris; le D' John Munoz m'a assuré que c'étaient des oies marines, qui n'ont pas de pieds, mais seulement des ailes pour voler et qu'en réalité ce sont des poissons emplumés; Dieu seul sait oii elles gîtent et couvent [Viages y tratados del Padre Domingo Navarrete, Madrid, 1676, chap. XXV, XXVI et xxvn [ces deux derniers sont intitulés : De

la Estada en Madagascar et De la Salida de Madagascar] (a) ; et Churchiirs A Collection of Vogages and Iravels, t. I, 1732, p. 288-289, § 13 à 19, et p. 290-293, § 1 à 11 et § 1 à 2).

RELÂCHE SUR LA CÔTE OUEST DE MADAGASCAR ET MORT DE JOHN NIEUHOFFi, en 1672.

Le navire ÏA7row [le Pijl (la Flèche)], sur lequel était embarqué John Nieuhoff [Johan Nyhof], passa en vue des côtes de France le 18 décembre 1671 et jetal'ancre, le 1®"" janvier 1672, par 29" -, aux îles Canaries, à trois lieues environ de Ténériffe; il s'y trouva avec le Lion [Leeuw], qui faisait également route pour les Indes Orientales. Le voyage continua avec un vent favorable, sans accident notable; ayant passé la ligne le 4 février et, le 16, les hautes îles de John Christian deAkonga [îles Tristan da Cunha] par 36" 36' de latitude Sud % nous sommes arrivés,

1. John NieuhofT est né à Ussen, dans le comté de Bentheim (Hanovre), le 22 juillet 1018. Entré en 1640 au service de la Compagnie des Indes Occidentales, il alla, à bord du Roebuck, comme subrécargue au Brésil, où il resta plusieurs années. Revenu en Hollande en 164y, il en repartit en [iV.Vi à bord du C al f pour les Indes Orientales; en IG.'i'J, il fut envoyé de Batavia à Pékin avec les deux ambassadeurs, Peter de Goyer et Jacob de Keisar, qui étaient chargés par la Compagnie hollandaise des Indes de négocier un traité de commerce avec le Khan de Tartarie, qui, quelques années auparavant, avait conquis l'Empire de Chine ; il revint à Amsterdam en juillet lO.'iS. Il partit de nouveau pour les Indes Orientales en décembre lGo8 et arriva à Batavia le 18 juillet lG"i9, puis alla à Amboine, à Bouro, à Malacca et dans l'Inde; il ne revint en Hollande qu'en juillet 1671. Son troisième voyage, pendant lequel il se perdit à Madagascar et dont nous donnons ici un extrait, d'après son Jowraa/ rapporté par le capitaine Reiner Klacson, a eu lieu en 1672; parti en décembre 1671, il arriva le 8 avril 1072 au Cap.

2. L'archipel des Canaries est compris entre 27" .30' et 20" 30' de latitude Nord. Le pic de TénérilTe est par 28° 16' 40".

3. Il y a trois petites îles situées dans le Sud de l'Océan Atlantique entre

(a) Une copie manuscrite de ce livre existe à Paris, à la Bihliot/ièque de l'Arsenal (fonds esi)agnol, n" 880,3).

CONCERNANT MADAGASCAR 2r>9

le 8 avril, en vue du Gap de Bonne-Espérance par 33" 30' de latitude Sud, et cette nuit même nous avons jeté l'ancre dans la baie de la Table '.

Nous y avons rencontré dix-sept navires, dont treize venaient des Indes Orientales à destination de la Hollande et qui mirent à la voile le 24.

Le navire VAii^ow avait à bord un grand canot, qui avait été démonté avant le départ d'Amsterdam ; on le remonta pour explorer plus facilement les côtes de Sofala, de Mozambique et de l'île de Majotte [Mayotte].

Quelques matelots s'embarquèrent sur ce canot auquel on donna le nom de Botv [le Boorjh {VArc)], et, en compagnie de YArroio [la Flèche] et d'un autre petit bâtiment, appelé le GoJdfinch [le Goutvinck (le Chardonneret)], qui se rendait à l'île Saint-Maurice [île Maurice] et à bord duquel se trouvait M. Huig-ens [Hubert Hugo] * le gouverneur de cette île, on mit à la voile le 30 avril. Le 6 juin, par 36° 3' de latitude, le Goldfinch mit le cap sur Saint-Maurice [Maurice], laissant le Bow et VArroio continuer leur voyage vers l'île de Madagascar, en vue de laquelle nous sommes arrivés le 20. Nous avons suivi la côte qui est escarpée et rocheuse; à une lieue de terre, auprès d'un grand promontoire, nous avons trouvé vingt brasses d'eau; le long du rivage, il y avait un long banc de sable. Nous étions alors par 24°; à cause du vent de terre qui soufflait, il nous fallut louvoyer, tantôt nous rapprochant de la terre, tantôt gagnant la pleine mer; à la fin, nous avons jeté l'ancre par trente brasses, parce que, à trois lieues du rivage, nous ne

37° et 38° de lat. Sud. L'île principale ou Tristan da Cunlia est par 37° (>' de lat. Sud et le pic qui en occupe le centre a une hauteur de 2 ;j39 mètres.

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