RELÂCHE DU PASTEUR HOLLANDAIS J. C. HOFFMANN
À MADAGASCAR (À S AINT-AUGUST LN ET À BOINA) en 1672,
ET SON SÉJOUR À MAURICE de 1673 À 1675.
Nous nous sommes embarqués au Cap le 27 mai 1672 et avons mis à la voile le 30, avec deux autres navires le Boge [Boogh {VArc)] et le Goutvinck ou Goltfinck. Le 6 juin, nos chefs donnèrent au Goltfinck l'ordre de se diriger sur Maurice, car ce navire n'était pas capable de nous suivre et nous étions décidés à faire voile d'abord pour Madagascar, afin d'y acheter des esclaves....
Le 20 juin, nous avons aperçu de loin l'île de Madagascar, mais la nuit étant tombée subitement, nous avons été repoussés vers la haute mer et n'avons pu y atterrir....
Le 23, à cause des courants qui nous étaient contraires et qui s'opposaient avec violence à notre marche, nous n'avons pas encore pu atteindre le port de cette île; nous avons donc jeté l'ancre et avons envoyé quelques hommes dans le canot pour se rendre compte avec la sonde s'il y avait auprès de la côte assez de fond ))our notre navire. Quelques heures après, ils revinrent
en compagnie de deux pirogues dans lesquelles il y avait plusieurs Malgaches qui nous souhaitèrent la bienvenue avec des mines étonnées et des cérémonies étranges; ils nous apportaient quelques fruits, du poisson et des tortues d'eau. Ces individus étaient de grande taille et bien proportionnés; leur teint était d'un noir brunâtre; ils étaient tout nus, à l'exception d'un lambeau de toile tissée avec des fibres d'écorce qui leur couvrait les parties honteuses; leur langue nous était inconnue et nous fit un drôle d'efTet; quelques-uns cependant bredouillaient plusieurs mots d'anglais qu'ils avaient appris de gens de cette nationalité qui, il y a cinquante ans, avaient construit un fort en ce lieu, fort qui est aujourd'hui en ruines; on n'en voit plus que le fossé et les fondations.
Nous avons ofTert de l'eau-de-vie à ces indigènes, mais ils ont refusé d'en boire; en revanche, le vin d'Espagne leur a plu, ce qui n'est pas étonnant, car ils ne sont pas habitués aux liqueurs fortes et ne boivent que de l'eau....
Le 24 juin 1672, nous nous sommes approchés de la terre et, vers quatre heures de l'après-midi, nous sommes entrés dans la baie de Saint-Augustin [sur la côte Sud-Ouest de Madagascar]. Nous y avons aperçu le Boge, dont une violente tempête nous avait séparés depuis quatre jours et que nous avions cru perdu, de sorte que sa vue nous a réjouis.
Madagascar, qui est l'une des plus grandes îles du monde, est située entre 1.3° et 25° de latitude Sud '; sa largeur est de 230 à 260 lieues géométriques (!), mais, en certains endroits, elle n'est que de 120(!). On prétend qu'elle a plus de 800 lieues de tour. V\ie de la mer, elle paraît très boisée et la brousse y est si touffue qu'on a beaucoup de peine à la tra-