En réalité, entre 11" ^17' 17" et 2o
verser; il paraît cependant, d'après certaines personnes, que, dans l'intérieur, il y a des plaines extrêmement fertiles. On dit aussi que, en outre des nègres [Malgaches noirs], il y a des indigènes de race blanche, mais, n'ayant pas pénétré très loin dans les terres, je ne m'en porte pas garant.
Ce qu'il V a de certain, c'est qu'elle nourrit facilement ses habitants; car, en outre du riz qui y pousse en grande quantité, son sol produit aussi en abondance des « kayangs » [cajans ou pois d'Angola], graine savoureuse qui ressemble à la vesce, mais qui est d'une couleur verte, des fèves d'une espèce particulière et des tamarins qui poussent sur de hauts arbres à petites feuilles et qui sont bien connus dans les pharmacies. Les indigènes nous ont apporté une grande quantité de ces divers produits, dont nous avons acheté j>lus de 2 700 livres avec des grains de corail dont la valeur totale ne dépassait pas 4 thalers [environ 20 francs?]. Quelques-uns de nos compagnons ont acquis, moyennant de petits bouts de fil de laiton, de vieilles et bonnes nattes espagnoles. Les esclaves étaient aussi à très bon marché, et nous en avons pu acheter six, tant hommes que femmes, pour une quantité de fil de laiton et de corail valant à peine 8 thalers [40 francs environ?] ; malheureusement il y en avait peu à vendre, quelques-uns par ci, par là, et, comme d'après nos instructions notre but principal était d'en acheter un grand nombre pour le service de la Compagnie des Indes, notre chef Hugo fit voile vers un autre port de cette même île pour voir si l'on pourrait y en obtenir davantage. Les rois de la baie de Saint-Augustin nous avaient bien promis de nous en livrer, si nous consentions à y demeurer quelques mois, mais, étant donné que la saison des pluies, qui dure six mois et pendant laquelle le vent ne cesse de souffler avec violence, allait bientôt commencer, nous n'avons pas voulu attendre.
GONCKHNAXT MADAGASCAR 371
Pendant notre séjour sur cette rade, nos chaloupes et nos barques allaient presque chaque jour à la pêche et rapportaient souvent une telle quantité de poissons que nous ne pouvions les manger tous frais et que nous en faisions sécher ou saler une bonne partie, en vue de notre prochaine traversée.
Dans la baie de Saint-Aui;ustin, nous avons aussi pris à la ligne, du bord et même par les hublots de nos cabines, toutes sortes de gros poissons de mer, notamment des poissons longs d'une aune et couverts d'écaillés, qui grognent comme déjeunes cochons de lait. Notre table a été pendant tout notre séjour plus que suffisamment garnie d'excellents poissons.
Sur ces entrefaites, notre commandant revint avec le Boge, rapportant un bœuf et quelques fruits du pays, tels que des « piesangs ' » [bananes], des citrons, des grenades, etc., mais sans avoir pu se procurer d'esclaves. Peu satisfaits de cette maigre récolte, nous avons levé l'ancre, emmenant les quelques esclaves, 32 en tout, que nous avions pu acheter, et nous nous sommes dirigés vers Mosambicque [Mozambique]
[Après avoir visité Mosambique et Sofala], nous sommes retournés pour la seconde fois à Madagascar [à la baie de Boina], oîi nous sommes arrivés le 10 août 1672, et, notre navire étant seulement à quelques portées de mousquet du rivage, nous sommes allés à terre pendant le jour avec la chaloupe. Un des indigènes qui se tenaient sur la plage s'avança alors dans l'eau en courant jusqu'à ce qu'il en eut à la hauteur des mollets, puis il prit dans ses deux mains de l'eau qu'il déversa sur son visage; les autres qui étaient restés au bord de la mer, levèrent les mains en pleurant; nous avons pensé que, par ces cérémonies étranges, ils nous marquaient la crainte que