‹ Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar (volume 5)Chapitre 63 sur 108 · Du malais : pisanc/, banane · texte numérisé non relu

Du malais : pisanc/, banane

nous leur inspirions et nous suppliaient d'être bons pour eux.

Sur ces entrefaites, vinrent à bord de notre navire les envoyés d'un roi de la province de Quale [Ankoala] ', qui nous dirent au nom de leur chef que celui-ci nous céderait, pour un prix minime, autant d'esclaves que nous en désirerions, ainsi que tous les vivres qui nous seraient nécessaires. Cette nouvelle nous remplit de joie, et nous nous hâtâmes d'envoyer avec le Boge notre chef de traite, Johann Niehofî, homme âgé et plein d'expérience, pour faire ces achats; il emporta une assez grande quantité de marchandises provenant de Nuremberg. Quant à nous, nous restâmes à l'ancre où nous étions, car, à cause du peu de fond de la mer, notre navire, qui était plus grand que le Boge, ne put le suivre. Nous nous attendions à voir bientôt revenir ce bâtiment plein d'esclaves; mais, à notre grand dam et chagrin, nous y avons plus perdu que gagné, car, au bout de quelques jours, le Boge est revenu sans le moindre esclave, nous rapportant une bien triste nouvelle. Aussitôt après l'arrivée du navire devant Quale [Ankoala], M. Johann Niehoff, accompagné de cinq autres Hollandais et d'un interprète noir, était descendu à terre avec un canot rempli de marchandises, conformément aux ordres qu'il avait reçus; mais, bien qu'on les eût attendus trois jours entiers, ils n'étaient pas revenus, et, d'autre part, aucun indigène ne s'était montré sur le rivage pendant tout ce temps-là. Nous en conclûmes qu'après leur arrivée à terre ils avaient été traîtreusement massacrés par ces sauvages, ce qui était d'autant plus vraisemblable que nos malheureux compatriotes étaient presque sans armes et qu'ils avaient avec eux une grande quantité de marchandises.

Cette nouvelle nous a causé naturellement beaucoup de cha-

I. Ankoala, lilt. : où il y a de grands golfes, de grands marécages. C'est le nom que les Malgaches donnent souvent à toute la côte Nord-Ouest.

grin, et cependant nous avons encore été plus peines de Timpossibilité où nous nous trouvions de tirer vengeance de ces méchantes gens. Toutefois le conseil du Bogese réunit, et décida d'envoyer de ce côté en toute hâte quelques matelots avec la chaloupe pour tâcher de s'assurer si réellement le massacre avait eu lieu comme nous avions tout lieu de le craindre, mais nous n'avons plus jamais entendu parler de ceux-ci, pas plus que des autres \

Nous nous résolûmes donc à quitter Madagascar et fîmes voile pour le Cap de Bonne-Espérance

[Du Cap] où nous ne nous sommes pas attardés, après nous être suffisamment approvisionnés, nous avons dès le commencement de la nouvelle année fait route de nouveau pour Maurice, où nous sommes arrivés le i3 février 4673, heureux de voir cette île que nous appelions de nos vœux depuis si longtemps. Le soir, à notre grande joie, nous avons mouillé dans le port du Sud-Est [le Grand Port], devant le fort hollandais ^

Nous n'avions pas plutôt jeté l'ancre que nous nous sommes rendu compte combien cette mer abondait en poissons, car en moins d'une demi-heure, avec cinq ou six lignes seulement, nous en avons pris plus de cent qui pesaient chacun, l'un dans l'autre, environ trois livres. Par contre, nous avons trouvé à terre un grand désordre ; cependant, sous la direction du commandant qui n'était là que depuis peu, la situation saméliorait de jour en jour. Ce nouveau commandant avait fort bien organisé son administration, et il avait donné une preuve de son

1. Voir plus haut, p. 366 (note 2), et aussi pp. 358-366, ce que disent de ce voyage du Boge et de la disparition du traitant Nyhof le Dagh-Register int Casteel Batavia et le Précis of the Archives of the Cape of bord Hope.

2. Voir la carte du port du Sud-Est, t. I, p. 240"!% et dans ce t. III, p. H^'% et le plan du fort en 1638, t. II, p. 469, ainsi que sa vue en 1642 dans ce t. III, p. 42''''.

zèle en faisant de suite construire une église, car la salle où l'on faisait jusqu'ici le service divin, était devenue trop petite pour la nombreuse population qui s'y réunissait maintenant.

L'île Maurice est située par 20"! 0' de latitude Sud *; elle mesure de 45 à 50 lieues de tour. Ses montagnes, qui sont bleues et boisées, sont hautes et couvertes de nuages épais, même par les temps clairs. Elle est extrêmement fertile et produit en abondance tout ce qui est nécessaire à l'existence des hommes; pour soufYrir de la faim dans un tel pays, il faudrait en vérité qu'on eut les pieds et les poings liés.

Dans ses épaisses forêts, il y a en grande abondance toutes sortes d'animaux sauvages et domestiques; ces derniers y ont été amenés, il y a longtemps déjà, et s'y sont développés d'une façon extraordinaire à cause du manque d'habitants. On y trouve entre autres des vaches, dont on capture parfois quelques-unes qu'on apprivoise, des porcs, des chèvres, des cerfs et des tortues de terre; celles-ci sont d'ordinaire si grosses et si fortes qu'elles portent facilement sur leur dos deux ou trois hommes; elle sont bonnes à manger. Il y a aussi des oies, des flamants, trois espèces de pigeons de couleurs variées, des perroquets bigarrés et verts, des corbeaux rouges à bec recourbé et à tête bleue [Buceros (Calaos)], qui volent difficilement et ont reçu des Hollandais le nom de « corbeaux indiens - ». On y

1. L'île Maurice est comprise entre 19"S9' et 20o31'30" de latitude Sud et sa circonférence est d'environ 200 kilomètres.

2. Voir les noms scientifiques des oiseaux de Maurice, t. I, pp. 244, 2;i0- 251, 275 (note h), 393, 482-483 (notes), et t. II, pp. 284, 404'"% 400'»% 410 (note), 417-422 (et note). — « On voit dans File de France [en 17231 une infinité de tourterelles, qui se laissent prendre à la main, et de perroquets, les uns verts [Palœornis cques], les autres gris [Coi'acopsis sp.?]; quand on en fait crier un, tous les autres se rendent au cri et l'on s'en saisit très aisément » (Père Ducros, Lettres édifiantes et curieuses écrites des Missions Étrangères par quelques missionnaires de la C'" de Jésus, XNIW Recueil, 1728, p. llj.

trouve enfin une espèce particulière d'oiseaux rouges qu'on nomme Toddarsche [Poules à bec de bécasse {Aphanaptert/x Broeckei)] ' et qui sont de la grosseur d'une poule ordinaire. Comme ils ne peuvent voler et encore moins courir vite, on les attrape de la manière suivante, qui est fort amusante - : on prend dans la main droite un petit bâton et on s'enveloppe la main gauche d'un chiffon rouge, qu'on montre à ces oiseaux, qui sont généralement en grandes troupes; ces animaux stapides se précipitent alors presque sans hésiter sur le chiffon. Je ne sais pas à vrai dire si c'est par haine ou par amour de cette couleur; lorsqu'ils sont assez près, on leur donne un coup de bâton et on n'a qu'à les ramasser; dès qu'on en a pris un et qu'on le tient dans la main, tous les autres accourent comme pour venir à son secours et on leur fait le même sort^

1. Voir les figures de cet oiseau, t. II, pp. 28o et 280, et sa description, pp. 284-28o, 294 fnote 1) et 425 (note 1).

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