MOTS MALAIS
ci^jiJ Laoet [lâut].
^)ji Bourong [bïîrung].
«iy Boulo [bûluh].
(^ùJ3 ïandoc [tanduk].
a^ Boa [buah].
(j^b Tangan [tângan].
^j^l [v^^'j Oubi [ïïbi]
^jé^jj Baras [bras].
{^i*-^ [(3^**"] Minjac [mïnak].
j^**A3 Pissoe [pïsaw].
(i^ij Bintang [bintang].
»i^» Poulo [pïïloh].
joj! Anam [anàm].
^^ [yli] Batou [bâtu].
Aib Tana [tânah].
g3^ Poeti [putih].
(TKjji [ti^] Ilcilam [hïtamj.
COXCEHNANT MADAGASCAR 449
Merahits [merahitsa], rouge.
Tounou [tono], griller.
Toulang [tolona], aide (?).
Sorock [soroka], cuiller.
Raa [ra], sang.
Vohits ' [vohitsa], montagne.
»^*.o [»j*-«] Merah [mêrah].
U^-* ty^j Tounou [tunu] (rôti).
(iJy ïoulong [tulung].
^»x;-»- [j:>^] Soudock [suduk].
»;'i Dara [dârah].
c:*^ Boekit [bûkit].
Si l'on note que tous les mots qui commencent à Madagascar par un V, comme Vourong [Vorona], Voulon [Volo], etc., s'y changent en Bourong [Borona], Boulou [Bolo], etc., quand le mot qui précède se termine par une consonne, la concordance de ces mots avec les mots correspondants malais paraît encore plus grande - {Hadriani Relandi Dissertationum miscellanearum Pars tertia et nllima, 1708, pp. 137-139).
1. II y a ù Madagascar, remarque Reland, une région dénommée Vohits angombes \Vohitsaomby], c'est-à-dire la montagne des bœufs, car angombe [aomby] signifie bœufs, que les Malais appellent Lemboe [lembu]. Vofnts massin [Vohimasina] veut dire « la montagne heureuse ».
2. Dans le vocabulaire malais de Reland, il y a les mots suivants : Anac [ânak], enfant; Ampat fampatj, quatre; Oelar [ûlar], serpent; Angin [ângin], vent; Api [âpi], feu; Batang [batang], tronc; Besar [besâr], gi'and; Boelo [bûlu], poils; Boelan [bûlan], lune; Bonga [bûnga], fleur; Tali [tâli], corde; Tahou [tâhun], année; Toelang [tûlang], os; Toeha [tuâ], vieux; Tanzjong [tanjung], promontoire; Sjalan [jâlan], route; Ratos [râtus], cent; Karang [kârang], rocher; Mata [nitâta], œil; Harong [ârang], charbon; Laki [lâki], homme, etc., qu'il n'a pas identifiés aux mots malgaches, quoiqu'ils aient la même origine et la même signification : Anaka, efatra, olitra, anina, afo, vatana, betsaka, volo, volana, vony, taly, taona, taolana, [ma]toy, tanjona, lalana, zato, harana, maso, arina, lahy (note des éditeurs).
NOTA. — Il n'est pas sans quelque intérêt de mentionner ici qu'en 1099 du riz de semence a été porté de Madagascar à Charleston en Caroline (Amérique du Nord) et que c'est de cette semence que sort tout le riz de la Caroline. Le capitaine d'un brigantin qui venait de Madagascar en a donné en elTet, en cette année 1699, à un nommé Woodward qui l'a plantée avec succès et bientôt le riz a été cultivé dans toute la province. Grâce à l'introduction de cette céréale, les nombreux marais de la Caroline se sont changés en champs fertiles.
450 OUVnAGES ANCIENS
LES PIRATES EUROPÉENS A MADAGASCAR (1688-1716) LES PIRATES READ ET TEAT À MADAGASCAR, EN 1688
On lit, dans un ancien manuscrit', que les pirates, qui auparavant abondaient dans les parages de Madagascar-, étaient peu
1. Description des ports et baies de Madagascar, 1668, Volume 84-, n° 1, du Dépôt des Cartes et Plans de la Marine (Madagascar, Mer des Indes), p. 4 : « On peut caréner à Tîle Marosy (qui est située au fond de la baie d'Antongil), mais il faut y être sur ses gardes pour les gens du pays et les forbans dont il y avait un grand nombre de répandus à Madagascar, mais peu à présent (en 1668), ayant été détruits et étant sans vaisseaux ».
2. Au Mil" siècle, et certainement bien avant, l'océan Indien était parcouru par des corsaires arabes, persans et indiens (a), il en venait jusque dans les parages des îles Comores et de Madagascar (6), mais ce n'est qu'au xvr' siècle, après que Vasco de Gama eut ouvert la route des Indes, que des pirates européens opérèrent dans ces régions. Job Queimado, qui commandait un des navires de la flotte de Tristan da Cunha et qui visita avec lui la côte Nord-Ouest de Madagascar, fut capturé en 1508 dans le canal de Mozambique par des Français. En 1526, partirent de Neypa [Dieppe] en France trois navires coi'saires pour l'Inde, dont l'un, commandé par un Portugais, Estevào Dias Brigas, entra dans la rade de Diu avec 48 hommes et beaucoup de canons; un autre atterrit à Sumatra où il se mit à la côte; le troisième accosta Madagascar et, surpris par une tempête, se réfugia dans une baie bien abritée où il demeura longtemps, car la population y est douce et sociable. Les Français y firent un petit commerce et, à l'exception d'un matelot qui resta à terre et que les Portugais y trouvèrent en 1630, repartirent pour l'Europe emportant des bois odorants, des piments, etc., tous objets sans grande valeur (Correa, As lendas da India, t. III, p. 385 [voir le t. I Coll. ouvr. anc. Madatj., pp. 59, 86 et 87]). Vers 1560, le capitaine corsaire Boudart, de la Rochelle, fut pendu à Mozambique pour avoir pillé des caravelles portugaises dans l'océan Indien (c). Mais c'est à partir du xvii*' siècle que les pirates ont
a. « Vous dis qu'à Socotra viennent maints corsaires et là établissent leurs camps et vendent leur liutin qu'ils ont dérobé et le vendent très bien parce que les chrétiens qui y vivent savent (pie toutes ces choses ont été prises à des idolâtres ou à des Sarrazins ■> (Le livre de Marco Polo, 1298, édit. Pau (hier, t. II, p. e^S).
fj. Les habitants de Kermoha, l'une des Comores (Mohély), vont en mer attaquer et piller les navires (Edmci, Nozhel al-^^osctllak, 1153, trad. Jauberl, 1. 1, f' climat).
c. Les voyaijcs de Vincent le Blanc, 1648, p. Ït6. — Jusque vers le milieu du xvii" siècle, la piraterie était dans les usages des marins, qui n'hésitaient pas, lorsqu'ils étaient les plus forts, à attaquer les navires d'une nationalité dilTérente de la leur, surtout les navires arabes et indiens dont la prise entrait pour
nombreux en 16G8, ayant été détruits et n'ayant plus de navires. Mais, à partir de 1685, ils recommencèrent à faire parler d'eux.
apparu en nombre dans les eaux de Madagascar, dont la côte Nord-Est a été pendant plus d'un demi-siècle leur point de relâche préféré (a). « Le 15 août 1642, nous partîmes [Gauche (6) et Regimond] du port de Sainte- Luce [Manafiafy, dans le Sud-Est de Madagascar], à bord du Saint-Laurent, tirant à la mer Rouge avec dessein de faire quelque bonne prise.... Nous prîmes la route du Sud... et au bout de trois jours nous découvrîmes les îles Comores. De cette île jusqu'au cap Guardafui qui défend l'entrée de la mer Rouge, nous ne découvrîmes aucune terre... Notre navire côtoya à gauche, laissant derrière nous l'île de Zocotora[Socotora]. Notre barque fit rencontre d'un petit vaisseau [boutre] venant des Malabars, chargé de
une part dans les prévisions des bénéfices des Compagnies. En effet, un .Mémoire sur le commerce des Indes de 1664 (par Hubert Hugo, Avch. coloniales, Con-esp. Madaq.. carton I, pièce 5 [publié dans le Bull. Soc. Etud. colon, et maril., iH'Xi, pp. y-2o]), raconte que, vers 16-2o, quatre navires français firent l)eaucoup de mal aux Arabes et aux Indiens à l'entrée de la mer Rouge; qu'en 16 46, deux navires également français (dont l'un se mit à la côte à Aden et eut son é(juipage de 36 hommes fait prisonnier) et, en 1660, un autre commandé par Laurent David firent des prises importantes, notamment ce dernier qui s"emi)ara à Perim des trésors de la reine mère de Vidjapour et répandit la terreur dans les Indes. Aussi François Martin (Mémoires ms. sur l'établissement des colonies françaises aux Indes. 1665, Archives nationales, T', 1169) dit-il que le nom français n'était pas en honneur en Arabie à cause <les prises faites dans ces parages par nos concitoyens.
a. Le pirate qui commettait le plus de crimes était aux yeux de ses compagnons un héros, pourvu qu'il eût du courage et de l'intelligence. En effet, la plupart des pirates étaient cruels; on rapporte qu'un certain capitaine fait prisonnier, un nommé Sawbridge, ayant ennuyé ses vainqueurs par ses demandes et ses plaintes, eut la bouche cousue avec une aiguille et du fil à voiles et resta ainsi pendant plusieurs heures. « Les pirates, dit Bucquoy en 1722, sont des misérables, perdus de débauches, hardis dans le mal et capables de tous les crimes, qui ont dépouillé toute humanité lorsqu'ils ont abandonné leur pays dont ils sont l'opprobre. Leurs chefs, qui sont choisis à Télection, sont dignes d'eux, quoiqu'ils leur soient supérieurs par l'intelligence et par le savoir-faire. Leur état-major comprend un capitaine chargé de la conduite du navire et du commandement dans les combats, un quartier-maitre qui a la direction de l'équipage, maintient la discipline, s'occupe des vivres et est dépositaire et distributeur du butin, et divers officiers inférieurs. Chaque bande de pirates a ses statuts, ses règlements, rédigés d'un commun accord et signés par les intéressés, qui prêtent serment de les observer en posant deux doigts sur la Bible ». ("Voir VËxtrait de la relation de J. de Bucquoy, relatif aux pirates de Madagascar, 1722 [publié en 1741], dans le tome lY de cette collection). — Snelgrave dit que, « suivant l'usage de tous les corsaires, ati capitaine d'un vaisseau pirate, qui était élu surtout pour attaquer et combattre les bâtiments rencontrés dans leurs croisières, était toujours adjoint un quartier-maitre qui avait pour fonction de contrôler ses actes au point de vue de l'intérêt général et d'inspecter tout ce qui se faisait à bord; c'est lui qui devait être le premier à l'abordage et commander les embarcations envoyées en mission périlleuse ■■ [A new Account of some parts of Guinea and the Slave-trade, 1734).
6. Il n'est rien moins que certain que Gauche ait pris part à cette croisière du Saint-Laurent.
En août de cette année-là, en effet, une frégate anglaise, le Phénix, commandée par le capitaine Tyrell, qui se rendait à
coton, de draps et de laine, n'y ayant que douze hommes dedans, lesquels se rendirent à nous sans se laisser forcer; nous nous contenldmes de prendre la marchandise, laissant aller les hommes et le vaisseau [boutre].
Sous le 15« degré de latitude Nord, notre barque fit rencontre
d'un vaisseau [boutrej malabarois, beaucoup plus grand que le précédent, son équipage étant de trente hommes, avec douze canons.... Ce vaisseau se rendit aussi et nous fîmes passer dans notre navire l'or et l'argent monnayé que nous y trouvâmes et valant 200 000 écus, avec des pièces de drap écarlate et huit vaches... Nous continuâmes notre route pour retourner à Madagascar et en France et, ayant fait rencontre d'un bateau marchand sans armes, nous enlevâmes la meilleure partie de sa marchandise, laissant libres les marchands et leur vaisseau... Nous arrivâmes à Sainte-Luce en novembre 1643 (Gauche, Relat. Voy., 1651, pp. 105 et 106-HO). En 1685, le Phénix, en route pour Bombay [où son capitaine Tyrell portait la nouvelle charte octroyée à la Compagnie anglaise des Indes par Jacques II], relâcha à Anjouan, où il rencontra un navire anglais le Bristol, occupé à aveugler une voie d'eau dans sa carène. Le capitaine Tyrell, qui était muni d'une autorisation du Roi d'Angleterre, s'en saisit et l'emmena à Bombay ainsi qu'un petit bateau dont il s'était emparé sur la côte de Madagascar, mais le Bristol sombra le troisième jour; quant au petit bateau, il arriva sain et sauf. L'équipage du Bristol fut considéré comme formé de pirates et un certain Mews, subrécargue, fut traduit devant le tribunal du général dont le général lui-même prit la présidence. Suivant sa coutume, il accabla Mews de noms injurieux et le condamna à être dépouillé de tout ce qu'il possédait sur terre et à payer en outre mille livres sterling [25 000 francs], devant rester en prison jusqu'à acquittement complet de cette somme. Mais un juge de l'île de Bombay lui montra (\ne sa sentence était mauvaise de tout point et le persuada de rendre le pauvre homme à la liberté et de le renvoyer en Angleterre (Voy. d'un certain capitaine Hamilton, cité par Barris dans An Historical Account of the intercourse beticeen thc iiihabilants of Grcat-Britain and Ihe people in the Ectst-Indies [Navigantiitm alque Itineranlium Bibliolheca, t. I, 1764, p. 900]).
Il y a lieu de remarquer que les gouvernements d'Europe ont plusieurs fois songé à s'allier aux forbans établis à Madagascar pour les utiliser dans diverses expéditions, mais il n'a jamais été donné suite à ces projets. Dans les Archives coloniales, il en existe un de ce genre, de 1701 («);
a. En 1701, le gouvernement français a étudié un projet (ini lui avait été soumis dans le but d'enlever Batavia et le Cap aux Hollandais, jirojet qui consistait h s'allier aux Arabes ou aux forbans, mais il a été reconnu qu'on ne pouvait faire fonds sur eux ; en elTet. les Arabes sont les ennemis jurés des chrétiens et veulent conquérir le monde pour eux, et on ne peut guère se lier aux forbans; du reste, il serait à peu près impossible de les assembler tous et l'alliance
Bombay, a saisi sur la cote de Madagascar un petit bâtiment qui faisait de la piraterie dans ces parages et un autre à Anjouan
en 1712, le sieur de la Merveille préconise une entente avec les pirates de Sainte-Marie (voir plus loin la note de la p. 623), et, pp. G26-()30 et 631-038, on verra les négociations qu'en 1716 le roi de Suède Charles XII et le roi de Danemark Frédéric IV ont été sur le point d'entreprendre avec eux. Powle Waldegrave [An Answcr to Bootliby, 1645(voirplusliautp. 221-2;i8j], dit que, lorsque le prince Rupert s'occupa d'aller coloniser Madagascar (1636), on s'inquiétait fort en Angleterre des pertes énormes que subissait le commerce dans l'océan Indien du fait des pirates qui avaient leur refuge aux îles Comores et à Madagascar. Il ajoute que c'est pour pirater à son aise plutôt que pour faire un honnête commerce que ce prince voulait s'y rendre. Il y a lieu de remarquer que, comme nous l'avons déjà dit, aux xvi" et xvii" siècles la piraterie était dans les usages des marins de commerce et que au nombre des bénéfices que devaient donner les expéditions commerciales envoyées aux Indes Orientales, le butin fait sur les navires arabes entrait dans les prévisions des armateurs.
qu'une nation ferait avec eux lui attirerait rinimilié des autres peuples et la ferait haïr dans tout l'Exlrême-Orient {Archives coloniales, Fonds de la Compagnie des Indes). Le gouverneur de Surate, Najabat Khan, a écrit le 24 avril 1704 et le 16 avril 1705 deux lettres au ministre de Pontchartrain au sujet des pirateries des « nations qui portent le chapeau •> {Archives coloniales. Fonds Compagnie des Indes, Correspondance générale de 1103 à 1705, G- 67, f°' 223 à 22o (1),
(1) r Letthe du 24 AVRIL 1704. — Au plus illustre gouverneur de la Chrétienté, au plus clairvoyant, à celui qui gouverne avec tant de prudence et d"équité, à Mgr le comte de Pontchartrain, ministre et secrétaire d'Étal pour Sa Majesté très chrétienne en Cour de France, que Dieu vous garde!
Monseigneur, par la grande générosité et bonne amitié que vous témoignez à tout le monde, je vous fais savoir. Seigneur, que, le Roi mon Maitre, le Grand Mogol, m'ayant honoré du gouvernement de la ville et du port béni de Surate, j'ai été informé en y arrivant qu'il y a environ vingt années que des gens • portant chapeau », voleurs de mer, ont commencé à piller et prendre les navires des marchands sujets du Roi mon Maître et qu'ils continuent jusqu'à présent, bouchant le chemin par où nos pèlerins les plus dévots vont à nos lieux sacrés de la MekUe, ce qui discrédite tous les « gens à chapeau • dans les Indes. Cette conduite, étant venue à la connaissance du Roi mon Maitre, l'a obligé de se courroucer contre les chefs des trois nations, ce qui a fait fermer tout le négoce en ce port; mais, comme le Roi mon Maitre ne demande que la satisfaction de tout le monde, je l'ai informé de la vérité et, grâce à Dieu, j'ai acheminé les alTaires assez bien en contentant tous les marchands qui ont fait depuis si longtemps de très grandes pertes et qui ne voulaient plus faire négoce à l'avenir; j'ai même écrit au Roi mon Maitre comme intercesseur des trois nations pour ravoir les billets de cautionnement qu'ils avaient donnés, et j'ai fait en sorte de faire partir les vaisseaux de nos marchands celle mousson avec escorte des Nations, (a)
Je suis bien persuadé, Seigneur, de la probité et bonne foi de la Nation fran-
(«) Le Grand Mogol nous a fait avertir comme les Anglais et les Hollandais que, si on voulait avoir la permission du commerce, il fallait donner des vaisseaux pour escorter ceux du Mogol à Moka et que tout négoce serait interdit à ceux qui n'en donneraient pas (Lettre écrite à la compagnie d'Orient par les marchands français de Surate, le 30 nov. 1690 [ArcA. coloniales, Corresp. yén-Jr., Inde, 169-2-1698, fol. 188]).
(le Bristol, bateau anglais) ', et, en 1686, un corsaire danois, Wilken, s'étant emparé de deux navires de Surate qui portaient
1. Alexander Hamilton, A neiu Account of the East-Indies, l. I, 1727, p. 192, et Harris' Collection of Voyages, t. I, p. 900).
raise qui se fait un plaisir d'aider tous ses amis; mais, si sous le gouvernement passé on a pris aussi un billet de caution d'eux, ce n'est qu'au sujet des autres nations anglaise et hollandaise, sous le nom de •• gens à chapeaux ». C'est pourquoi, Seigneur, sachant que vous êtes d'une prudence extrême et que vous prévovez de loin les aiïaires les plus secrètes, c'est pourquoi, dis-je, je m'adresse à vous par la présente pour vous prier, Seigneur, de vouloir informer le Roi le plus puissant de la Chrétienté, votre Alaitre, le Roi de France, de toutes les affaires des Indes ainsi que des pirateries qui s'y font, priant Sa Majesté de vouloir bien vous ordonner à vous, qui êtes son ministre le plus clairvoyant et le plus opulent, de faire en sorte et de donner des ordres pour chasser tous les Coureurs fie mer et laisser les mers des Indes nettes et libres de toute piraterie. En cela. Seigneur, le Roi mon Maître connaîtra votre prudence et générosité et, en même temps, votre zèle pour le bien iiublic. Je ne vous écris pas davantage sur ce sujet, m'en remettant à tout ce que vous ordonnerez.
2° Lettre du 16 aviul 1705. — Dieu est le tout-puissant, éternellement vainqueur! Que le chapeau de la sagesse soit toujours sur la tête et le manteau de la prudence sur le corps de l'élite des Chréliens. Au meilleur de ses pareils et des grands et magnifiques seigneurs ses égaux, au plus illustre des Commandants des Francs, à M. le comte de Pontchartrain, ministre et secrétaire d'État de Sa Majesté très chrétienne, auquel, nous souhaitons d'être sans cesse et sans interruption l'ornement de sa Cour.
Nous faisons savoir à Votre Excellence pleine de sincérité que, ces jours-ci, un ordre du Trône Impérial a été donné au gouverneur du bienheureux port de Surate, serviteur de ce même trône, qui est le centre d'adoration des Rois et des Sultans de la Terre.
Étant arrivé au dit port, il nous a apparu que depuis l'espace de vingt années en i;à, les Corsaires portant chapeau n'ont pas cessé d'infester les routes de la mer et d'y causer des désordres et des pirateries continuelles, pillant et déprédant les navires des marchands des Indes et fermant même les chemins aux pèlerins qui vont visiter les lieux saints de la Mekke et de Médine, desquels Dieu augmente la gloire et la Sainteté, lesquelles actions ont apporté un très grand déshonneur à tous ceux qui portent le chapeau en ce pays. Celte vérité ayant été représentée aux pieds de Sa Majesté impériale dos Indes, notre Maitre, il en a été fait de sanglants reproches aux Directeurs des Comptoirs des trois nations, et le commerce de ce port en a soulTert un grand préjudice, pour ne pas dire qu'il en a été entièrement bouleversé.
Mais comme notre intention toujours droite n'a en vue que le bien des peuples et la tranquillité des créatures de Dieu, nous avons avec le secours divin et la volonté du Roi des Rois, notre Maitre, rétabli en quelque façon ledit commerce en encourageant et favorisant les marchands, qui, à cause des pertes considérables qu'ils ont faites depuis un si long espace de temps, avaient perdu tout courage et désir de continuer leur négoce.
Nous avons intercédé auprès du Trône aussi sublime que le Ciel pour les directeurs des Comptoirs des trois nations portant chapeau, qui avaient reçu des reproches; nous avons olfert pour eux des passeports au Tribunal aussi élevé que Saturne, alln d'obtenir leur pardon, et nous avens établi une escorte des porteurs de chapeau pour les navires marchands, encore que les vaisseaux se sont mis en voyage.
Quoique les bonnes intentions et la droite manière d'agir des gens de votre
pour 400 000 écus de marchandises et d'argent', cette riclie prise éveilla la convoitise des flibustiers ou boucaniers des Antilles qui, n'y trouvant plus aussi facilement à s'emparer des galions espagnols, lesquels avaient pris l'habitude de s'armer et de se défendre, s'empressèrent de changer de champ d'opération. En effet Read, son lieutenant Teat et le quartiermaître H. More vinrent écumer la mer des Indes et le canal de Mozambique; on les trouve, en 1688, sur la côte orientale de Madagascar-, aidant un roi du pays dans une guerre contre ses
1. Wilken, qui venait des Antilles et dont l'équipage comprenait des Anglais et des Danois, fut tué lors du partage de ces richesses.
2. François Martin dit qu'en 166o « le nom français n'était pas en bonne odeur dans la mer Rouge par des courses que des navires de notre nation avaient fait à l'entrée de cette mer depuis quelques années » (Mémoires sur l'établissement des Colonies françaises aux Indes, manuscrit des Arclnven nationales, T*, 1169, registre in-folio de 031 feuillets; copie Biblioth. Grandidier, p. 102), et il signale la présence en 1684 de pirates dans les parages de Madagascar : « L'aumônier du navire le Saint- Nicolas, nous dit que le vaisseau le Saint-François d'Assise (sur lequel il était parti de l'Inde le 31 janvier 1684) avait su des habitants de l'île Mascareigne [île Bourbon] qu'un navire corsaire anglais avait mouillé en rade de cette île où il avait pris des victuailles et des rafraîchissements, qu'il avait chèrement payés, y ayant laissé près de 40 à 50 000 francs en
nation nous soient parfaitement connues, cependant, comme sous le gouvernement précédent il est arrivé du désordre et qu'à cause de cela on avait pris des passeports du Général de leur Comptoir et parce que les désordres des Corsaires portant chapeau ont causé une diminution de crédit, d'honneur et d'estime pour les Comptoirs des porteurs de chapeau, en conséquence de cela, noua écrivons à Votre Excellence afin que, suivant sa sagesse et sa prévoyance ordinaires, elle prenne la peine d'informer de ces choses Sa Majesté Impériale de France pour qu'elle y fasse attention et qu'elle emploie sa puissance et sa sagesse pour procurer les moyens de faire cesser les pirates, afin que la sûreté puisse de nouveau exister sur les routes de la mer. Ce qui ne manquera pas de produire un bon elTet, en rétablissant auprès du Trône île notre grand Empereur le crédit et la réputation des Francs, et ce sera très utile et avantageu.x tant à leur État qu'à leurs biens. Sur quoi, n'ayant rien à écrire davantage, nous souhaitons à Votre Excellence toutes sortes de prospérités. Le onzième de la Lune de Tilhadgé, l'an huitième de l'avènement de notre Empereur à la Couronne [le 16 avril 1705]. — Le sceau en cire rouge contient ce qui suit : L'an Hio, le Servileur de la Religion et du Royaume Nedgabet [Najabat] Can [Khan] gouverneur de Surate. — Traduit par Pétis de la Croix, le 18 mai n06 (Archives coloniales, Fonds de l'Inde, Correspondance fje'nérale de iJOS-ITOo, C-, C7, (° 223, recto et verso).
voisins, et, en 1689, dans la baie de Saint-Aug-ustin, où le Cygnet, que commandait Teat, coula bas au retour d'une course dans la mer Rouge'.
DESCRIPTION DE MADAGASCAR ET DE L ILE D ANJOUAN, PAR JEAN OVINGTON' (l690).
Pendant que nous étions [en rade de l'île de Sainte-Hélène en 1689], il y arriva un navire, The New York, chargé d'esclaves nègres, qui venait de Madagascar. Il nous apprit que, dans la baie de Saint-Augustin qui est un des ports de cette île, il y avait trois vaisseaux pirates, deux anglais et un hollandais,
pièces de huit [en piastres]. Ces corsaires sont Anglais, flibustiers des îles Antilles et mêlés apparemment d'autres nations » (Mémoires sur rétablissement des Colonies françaises aux Indes Orientales par François Martin, gouverneur de la ville et Fort-Louis de Pondichéry, manuscrit conservé aux Archives nationales, T', 1169.) — Dampier raconte que l'équipage du Cygnet, armé en Angleterre en 1684 et commandé par le capitaine Swan, se révolta en 1687 et, s'emparant du navire, fit, conduit par Read et par Teat, plusieurs prises de vaisseaux espagnols et portugais dans les parages des îles Philippines et de Ceylan, et que leur navire poussé par les vents s'en vint atterrir à Madagascar; Read, y trouvant un petit bateau de New-York venu pour y acheter des esclaves [a], quitta avec cinq ou six autres pirates le Cygnet pour aller en Amérique. Teat, ayant pris le commandement du Cygnet, se joignit à un brigantin des Indes Orientales commandé par Knight et, après avoir touché à Anjouan, alla croiser dans la mer Rouge; revenu à Madagascar, le Cygnet, qui était un vieux navire, coula dans la baie de Saint-Augustin en 1689 (Dampier [h), A neio Voyage round thc World, 1 689-1690, t. I, 1697, p. 310-511). D'après les Archives coloniales, en 1687, il y avait à Rourbon (sur une population totale de 308 âmes) deux pirates ayant renoncé à à leur vie de course et établis dans cette île.
1. Jean Ovington, A voyage io Siiratt in 1689, p. 102; trad. franc, du P. Niceron, t. I, p. 100. Voir le § suivant.
2. Jean Ovington s'embarqua à Gravesend le H avril 1689 sur le vaisseau le Benjamin, qui allait à Surate.
a. A .Madagascar, comme sur la côte de Guinée, chaque peuplade fait la guerre à ses voisins pour faire des prisonniers qu'elle vend aux Européens ou aux Arabes (Dampier).
b. Le capitaine Dampier (1652-1715) est un célèbre navigateur anglais, qui a été pirate el (jui était tout à la fois un excellent marin et un bon hydrographe.
qui avaient une riche cargaison de soieries prises dans la mer Rouge sur les bateaux arabes qui trafiquent sur les côtes de rinde ainsi que de La Mekke à Surate. Comme leurs cordages étaient pourris et qu'ils manquaient de voiles, ils en firent avec de la soie. Ils avaient été tant de temps à guetter les vaisseaux qu'ils avaient pris et à charger leurs marchandises , qu'ils étaient hors d'état de tenir la mer, ce qui les avait obligés de se retirer dans cette baie pour se ravitailler. Ils y ont prodigué avec excès leurs richesses mal acquises et s'y sont livrés à la débauche, s'y enivrant avec des vins d'Europe qu'ils achetaient à tout prix.
Cette baie de Saint- Augustin est très fréquentée par les pirates européens qui croisent sur ces mers, oii l'on voit souvent une vingtaine d'Anglais ou de Hollandais attaquer sans crainte les plus grands vaisseaux arabes.
Madagascar est une grande île, qui fournit toutes sortes de provisions aux vaisseaux qui y abordent; elle est gouvernée par plusieurs rois, indépendants les uns des autres, qui se font souvent la guerre, chacun, tâchant d'empiéter sur ses voisins, mû par cet esprit d'ambition également propre à troubler le repos de celui qu'il agite et de celui à qui il s'attaque. Leurs richesses consistent, comme chez les rois d'Afrique, dans le grand nombre de leurs esclaves et toutes leurs guerres n'ont pas d'autre but que de faire des prisonniers pour les réduire en esclavage. La valeur de l'or leur est totalement inconnue, et ce « soleil de la terre », comme l'appelle un ancien auteur, ne les surprend point par son éclat et n'embrase point leurs cœurs du désir de le posséder. L'acier et le fer, qui leur servent à se battre et à faire des conquêtes, sont leurs métaux favoris; c'est pour cela que le commandant du vaisseau The New York v a acheté une boule d'or pesant
80 onces en échange d'un objet de nulle valeur qui leur a plu.
Trois mois après avoir quitté l'île de Sainte-Hélène, nous sommes arrivés au Cap de Bonne-Espérance; en le doublant, nous avons été assaillis par une tempête si violente que le commandant, qui était un homme courag-eux et qui avait une grande expérience de ces mers puisqu'il avait déjà été neuf fois aux Indes, avoua qu'il n'en avait jamais essuyé une semblable. Nous n'aurions pas manqué d'y périr, si Dieu n'avait eu pitié de nous et ne nous eût sauvé du grand danger qui nous menaçait.
Mais à peine en étions-nous sortis, que nous en courûmes un autre, que nous n'aurions pas évité si nous ne nous en étions aperçus à temps. Car, comme nous naviguions entre l'Afrique et l'île de Saint-Laurent [Madagascar], nous fûmes poussés par le courant, sans le savoir, vers la côte de cette île, où nous allions nous briser contre un rocher si des matelots ne l'avaient aperçu et ne nous en eussent averti par leurs cris. Il était environ quatre heures du matin et, comme la lune éclairait un peu l'horizon, nous vîmes de suite le péril que nous courions et virâmes immédiatement de bord, ce qui nous sauva. Quelques jours après, nous avons aperçu l'île que nous cherchions, l'île de Sainte-Jeanne [Anjouan].
Chap. IX. — Description de l'île de Sainte-Jeanne [Anjouan]. Servitude des femmes de ce pays. Les Anglais y sont aimés et bien REÇUS. La nourriture des habitants; leurs mariages; leurs funérailles; LEURS SUPERSTITIONS. — L'île de Sainte-Jeanne [Anjouan] est une des quatre îles Comores; leurs noms sont Comore, Mouille [Mohély], Sainte-Jeanne [Anjouan] et Mayotte. Sainte- Jeanne [Anjouan] est proche de l'extrémité Nord de l'île de Saint-Laurent [Madagascar], entre cette île et la terre ferme d'Afrique, par 12°30' de latitude méridionale, selon l'opinion
ordinaire, et par 12''6', d'après nos propres observations '. On suppose qu'elle a environ 30 milles [48 kilomètres] de longueur et 15 [24 kilomètres] de largeur -. Sa fertilité est telle que tous les vaisseaux d'Europe à destination de Surate ou du Nord de l'Inde viennent s'y ravitailler. Le gibier y est abondant et à fort bon marché; les chèvres y sont d'un tiers plus grandes et plus grasses que dans tout autre pays; un jeune bœuf s'y vend deux écus, tandis qu'une belle chèvre, bien grasse, en coûte trois. Il y a beaucoup d'oiseaux. On y cultive le riz, la canne à sucre, le poivre, les ignames, les bananes, les patates, les oranges, les citrons et les limons, les pommes de pin [anones ou corossols?], et il y a beaucoup d'autres fruits qui poussent naturellement; chacun du reste est libre de cueillir à son gré les fruits qu'il veut, car les arbres fruitiers sont communs à tout le monde, à l'exception des noix de coco dont les propriétaires se réservent la jouissance exclusive. Le sol est également propre à la culture de la vigne, du tabac et du coton.
Les femmes y sont pour ainsi dire esclaves; c'est à elles qu'incombent les gros ouvrages et ce sont elles qui cultivent la terre, pendant que leurs maris vivent du fruit de leur travail dans une douce oisiveté. Tous les Orientaux en général tiennent leurs femmes à l'écart et les contraignent à une obéissance et à une soumission plus absolue qu'aucune nation de l'Europe; ce sont elles qui préparent les repas et qui les servent, car elles n'ont pas le privilège de manger avec les hommes et elles ne se mettent à table que lorsqu'ils ont fini. Cette servitude s'accorde mal avec la tendresse et l'affection qui, dans le mariage, doivent accompagner l'union des corps.
1. L'ile d'Anjouan est comprise entre 12°.ï' et 12''22' de latitude Sud.
2. En réalité, elle a du Nord au Sud environ 31 kilomètres et de l'Est à rOuest 29 1/2.
Le sol de Sainte-Jeanne [Anjouan] est si fertile et donne des produits si abondants que ses habitants sont les plus heureux du monde. On a autrefois offert aux Angrlais d'y bâtir, d'y planter et de s'y établir pour toujours; je suis persuadé que beaucoup y vivraient plus tranquillement et plus agréablement qu'ils ne vivent chez eux.
En descendant à terre, nous avons été reçus pai- le frère du dernier sultan, qui, depuis la mort de son frère, a en main presque toute l'autorité, quoique la puissance souveraine appartienne en réalité à la reine douairière à qui elle a été attribuée après la mort de son mari. Il était assis par terre à l'ombre d'un grand arbre, entouré d'une demi-douzaine de ses gentilshommes, assis comme lui sur le sol. Comme il parlait bien anglais, nous avons conversé agréablement avec lui dans notre langue. Sa suite répondait peu à sa grandeur; aucun de ses gens ne portait d'armes et tous étaient pauvrement vêtus. Lui-même n'avait pour trône que le gazon et pour dais que les feuilles des arbres. Nous nous approchâmes de lui sans aucune des formalités ordinaires des présentations de cour et sans avoir besoin par conséquent d'un maître des cérémonies; il nous a accueilli sans façons, avec une grande aflabilité, et il nous a fait asseoir à ses côtés. Persuadés que nous ne trouverions point dans cette ville de nourriture qui nous convînt, nous avions apporté du pain et du fromage; nous en avons offert au Prince qui en a mangé ainsi que ses suivants et qui s'est fort régalé de ces mets, dont nos paysans font si peu de cas. Les habitants de cette île ne savent pas en effet faire de beurre ni de fromage, c'est pourquoi ces aliments, étant nouveaux pour eux, leur ont plu.
Pendant ce repas, le roi nous a questionné sur les affaires de notre pays et s'est enquis des nouvelles de son frère le Roi d'An-
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gleterre. Nous lui avons conté les guerres clans lesquelles il était engagé et les dangers qu'il courait, en même temps qu'il en retirait de la gloire ', ajoutant que nous espérions que Dieu lui conserverait longtemps la santé et lui accorderait la victoire sur ses ennemis; il nous écouta fort attentivement et témoigna un réel plaisir à posséder le portrait de ce prince dont nous lui fîmes cadeau.
Après que nous eûmes terminé notre récit sur la puissance et la grandeur de l'Angleterre et sur la valeur de son Roi, il nous confia qu'il désirait vivement réprimer les incursions du sultan de l'île voisine de Mouille [Mohély], qui ne se gênait pas pour venir dans son île et qui lui avait tué quelques-uns de ses sujets; s'il n'en avait perdu que quelques-uns, c'est que ces peuples, qui n'ont ni épée, ni javelot, et qui ont pour toute arme les pierres qu'ils trouvent sur le chemin et qu'ils jettent avec plus ou moins d'adresse à leurs ennemis, n'en peuvent faire un grand carnage. Ils ne connaissent en efîet aucune de nos armes de guerre; dans l'arsenal du roi, il y a en tout deux vieux fusils dont les chiens sont cassés et un pistolet dont la lumière esta peu près aussi large que le canon.
Ce prince, d'une humeur tranquille, que ses sujets respectent profondément et auquel ils sont humblement soumis, est tout aussi heureux que nos plus grands rois et beaucoup plus que ces puissants potentats dont le repos est sans cesse troublé par les ennemis de l'étranger et de l'intérieur.
1. On sait que Jacques II, ayant irrité le peuple anglais par sa prédilection pour la religion catholique, fut obligé en 1689 de se retirer en France, après une guerre civile fomentée par son gendre Guillaume d'Orange, qui s'était fait un parti puissant en Angleterre; il tenta plusieurs fois avec l'aide du roi de France, mais inutilement, de reconquérir son trône. En 1697, à la suite de la paix de Ryswick, Guillaume III força Louis XIV à le reconnaître roi d'Angleterre.
La reine de l'île de Sainte-Jeanne [Anjouan], comme celle d'Atchin [à Sumatra], ne se montre jamais aux étrangers; quand elle veut leur parler, elle couvre son visage d'une étoffe de soie claire qu'elle daigne rarement enlever. Lorsqu'elle est malade, ou qu'elle est obligée de sortir, elle se cache derrière des rideaux qui l'enveloppent de tous côtés.
Le prince de Sainte-Jeanne [d' Anjouan] a plusieurs filles, dont l'une est mariée à un Arabe propriétaire d'un boutre [bateau], qui lui a donné cinq cents écus, le tiers de sa fortune, à ce qu'on dit, des esclaves et des bestiaux. La plus grande partie de leurs richesses consistaient en esclaves et en bétail avant que les Européens eussent introduit parmi eux l'usage de l'argent monnayé.
Les habitants de cette île vont commercer à Patta, sur la côte orientale d'Afrique, où ils portent du riz dans des boutres, bateaux qui sont faits entièrement de bois, sans aucun morceau de fer.
Les Anglais ont abordé pour la première fois dans cette île à la suite d'un naufrage qu'ils ont fait dans ces parages, et ils ont manqué y trouver la mort, à laquelle ils venaient d'échapper par miracle, en dormant la nuit sur la terre, exposés aux brouillards froids qui en émanent et qui sont extrêmement pernicieux; heureusement leur force et leur bonne constitution, jointes aux soins qu'on leur a prodigués, les ont sauvés. Ils ont été traités avec la plus grande humanité par les habitants qui, compatissant à leur malheur, leur ont fourni avec une générosité extraordinaire tout ce dont ils avaient besoin; il y en eut un qui reçut de la Reine en cadeau une pièce d'étofîe de soie et qui, par son ordre, fut logé et nourri h ses frais tout le temps qu'il voulut. L'amitié qu'ils leur ont témoignée et la libéralité dont ils ont fait preuve à leur égard ont établi entre eux une si
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grande liaison, que c'est un proverbe encore en usage parmi eux, qu' « un Anjouanais et un Anglais ne font qu'un ».
Aussi n'y a-t-il pas de nation qu'ils reçoivent avec autant de bienveillance que les Anglais. Notre probité en affaires commerciales n'est pas du reste sans contribuer à nous faire aimer d'eux, car tout le monde, même les gens les plus rudes, se plaisent à traiter avec des gens paisibles et équitables. Ceux qu'ils haïssent le plus, ce sont les Danois, parce que, un vaisseau de cette nation ayant abordé dans leur île à un moment oii le sultan était en guerre avec celui de Mouille [Mohély], ils demandèrent au commandant de prendre à son bord quelques soldats anjouanais pour les conduire contre l'ennemi, lui donnant pour les frais de cette expédition quelques centaines d'écus, et qu'il les trompa; car, au lieu d'aller attaquer leurs ennemis et de conduire les soldats anjouanais au combat, il les emmena ainsi que leur argent, et, depuis, on n'en a plus jamais entendu parler. Ces trahisons les éloignent de notre religion qu'ils en rendent responsable, quoique leur douceur et leur simplicité naturelles les portassent à l'embrasser, s'ils n'en étaient détournés par des actions aussi infâmes.
Dans la campagne, les maisons sont petites et pauvres, mais, dans la ville du roi comme dans celle de la reine, qui sont les principales de l'île, il y a de beaux édifices bâtis en pierre et couverts en [bardeaux del bois. La ville où le roi réside et où il tient sa cour, est à 25 milles [à 38 kilomètres] ' du port; ses habitants ont l'avantage, à cause de sa présence, d'être plus à l'abri des injustices et des passe-droits que ceux des autres lieux.
Ils s'emploient tous à cacher leurs richesses au prince, qui a