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C'est une distance bien grande

soin de s'emparer des biens de tous ceux qui meurent, réduisant souvent les veuves et les enfants à la dernière des misères. Cette manière d'agir, si brutale, ne se peut justifier, même de la part de princes musulmans, malgré le pouvoir absolu dont ils sont investis.

Dans la ville de la reine, qui est au bord de la mer, près de la moitié des maisons est inhabitée, parce que les gens de l'île Monille [Mohély] y ont tué quelques personnes et que, dans leur idée, une maison oij a eu lieu un meurtre est souillée et doit être abandonnée, surtout si c'est le maître ou la maîtresse qui y sont morts, car, disent-ils, une fois la racine morte, les branches ne peuvent manquer de sécher et de périr si elles ne sont transplantées ailleurs. Du reste, à leurs yeux, la mort même d'une seule personne souille tellement la pureté d'une maison, que pendant un ou deux mois on n'ose y apporter à manger.

Les habitants de Sainte-Jeanne [Anjouan] se nourissent tous de noix de coco, qui leur fournissent non seulement un aliment agréable et une boisson, mais encore une tasse pour boire. L'arbre qui les produit est très utile à la navigation, car on y trouve tout ce qu'il faut pour construire un bateau, en faire les cordages et le munir de vivres et de boisson. Un peu de riz mêlé avec l'amande de cette noix compose exclusivement la nourriture de toute la population de l'île.

Le roi et les grands du pays donnent quelquefois des festins d'une grande magnificence autant par le nombre des convives, car on y invite des villes entières, qu'à cause de l'abondance des mets, tout ce qui croît dans l'île étant en cette occasion mis à contribution; toutefois le manger consiste surtout en viande bouillie et en riz et on n'apporte pas beaucoup de soins à sa préparation.

Les Anjouanais ne boivent point de liqueurs fortes, non pas parce qu'ils ne les aiment pas, mais parce qu'elles leur sont défendues par la loi de Mahomet. Ils fument beaucoup de tabac et ont continuellement dans la bouche du bétel, qu'ils écrasent entre leurs dents jusqu'à ce qu'ils en aient tiré toute la substance qu'ils crachent ensuite à terre. Le bétel fortifie l'estomac, parfume l'haleine et conserve les dents auxquelles il communique, ainsi qu'aux lèvres, une couleur rouge qui est à leurs yeux un ornement ; il leur donne de la vivacité ; il leur tient dans une certaine mesure lieu de vin et même il enivre ceux qui n'y sont pas accoutumés. Des cavités sont ménagées dans leurs chambres pour recevoir leurs crachats; le plancher de la salle où le prince nous reçut en était tout plein.

Au centre de la ville de la reine, il y a une mosquée très fréquentée, oîi l'on nous permit d'entrer, en nous obligeant toutefois à ôter nos souliers. C'est une permission que les musulmans accordent rarement. Devant, se trouve une fontaine 011 l'on se lave le visage, les mains et les pieds en entrant comme en sortant; elle est fort proprement tenue et le plancher est couvert de nattes sur lesquelles les hommes s'accroupissent pour faire leurs dévotions; les femmes n'y viennent pas. Ils se servent de chapelets pour dire leurs prières, roulant les grains entre leurs doigts tout en s'entretenant souvent d'autres choses.

Les filles sont fiancées à sept ou huit ans, et on les marie à onze ou douze, qui est l'âge de la nubilité dans ces pays chauds; à cette occasion, a lieu un festin qui dure sept jours et auquel prend part qui veut. Il en est de même pour les funérailles.

Les femmes peuvent quitter leurs maris en certains cas. On les tient hors de la vue des étrangers, et elles n'ont pas la permission de sortir dans la rue; toutefois elles aiment tant aller se promener qu'elles s'y hasardent quelquefois, au péril de leur m. 30

vie. En général, les Orientaux sont tous très jaloux de leurs femmes, dont ils surveillent soigneusement la conduite, et ils ne manquent pas de les punir s'ils les surprennent en faute. Les lois contre l'adultère sont extrêmement sévères au Tonkin où les coupables sont livrés à un éléphant, dressé pour cette fonction, qui les prend avec sa trompe et les balance en l'air jusqu'à ce qu'ils soient morts. Au Japon, les femmes adultères sont seules punies; mais, pour le viol, pour la fabrication de la fausse monnaie et pour quelques autres crimes, ce n'est pas seulement la personne qui a commis le crime, mais aussi ses parents qui sont soumis au châtiment.

A la mort de leurs parents, les Anjouanais se livrent à de grandes lamentations. Ils n'ont point d'endroit particulier destiné à leur sépulture, ils les ensevelissent au milieu même des champs. Leur vêtement de deuil est simple et peu coûteux; il ne consiste qu'en quelques feuilles d'arbres, qu'ils s'attachent à la ceinture et qui forment comme une frange autour de leur corps'. Cette coutume n'est pas plus extraordinaire que celle des Tonkinois qui portent le deuil en blanc.

Les enfants reçoivent leur nom sept mois après leur naissance; à cette occasion, on offre un banquet à tous les amis de la maison. Si l'enfant vient à mourir avant ce temps, ils sont persuadés que leurs prières lui assurent un bonheur éternel.

Ces peuples n'ont que des idées très vagues au point de vue religieux; ils sont très superstitieux et ont une crainte continuelle du diable, qui, paraît-il, leur apparaît souvent. Ils lui donnent le nom de « Grégoire » [?] et ils assurent qu'ils le rencontrent fréquemment dans les chemins et dans les rues, surtout

1. Voir dans le tome II de cette Cullection dca Ouvrages anciens concernant Madagascar, p. 399, le portrait d'un Mohélien qui est représenté vêtu de oette faron.

le soir au bord de la mer. La terreur qu'ils en ont les oblige, quand le tonnerre gronde, à s'enfermer dans leurs maisons, dont personne n'ose alors sortir, car, disent-ils, c'est « Grégoire » qui se promène dehors. Tous les ans, à jour nommé, ils ramassent toutes les ordures de la ville et, après les avoir entassées sur un rocher noirâtre qui est placé entre la ville de la reine et le port, ils y mettent le feu de sorte que tout soit consumé ; ils pensent ainsi brûler le diable et s'en débarrasser, mais celui-ci se moque de leurs exorcismes et, pour se venger de cette injure toute imaginaire cependant qu'ils lui font, il leur cause un mal réel, en leur enlevant chaque année un de leurs enfants, qui disparaît quelques soins qu'ils prennent pour l'en empêcher. C'est du moins ce qu'ils nous ont assuré à maintes reprises, en manifestant un grand chagrin de ce malheur.

Il y a à Sainte-Jeanne [iVnjouan] certaines personnes qui passent pour avoir commerce avec le diable, usant des secrets de la sorcellerie pour l'invoquer et recourant à lui pour les affaires importantes; il ne manque jamais, paraît-il, de leur répondre, quand l'invocation est bien faite. Ils nous dirent qu'il les avait avisés de la prochaine venue sur les côtes de leur île de plusieurs vaisseaux français et anglais, ce qui en effet est arrivé, car, peu de temps après notre départ, le Herbert ', navire de commerce appartenant à la Compagnie anglaise des Indes Orientales, fut attaqué à Anjouan par trois ou quatre vaisseaux

1. .< Johanna [AnJouaHj, qu'on voit de Comora Ha (irande Comore^, est une île où il y a beaucoup de bœufs, de chèvres, de volailles et de gibier, ainsi que des citrons et d'excellentes oranges; aussi la plupart des navires anglais qui se rendaient jadis à Moka [dans la mer Rouge], en Perse et à Surate y relàchaient-ils d'ordinaire pour s'y ravitailler, jusqu'au moment où les pirates ont commencé à fréquenter ces parages. La flotte de la Compagnie anglaise des Indes Orientales a perdu deux navires auprès de cette île de Johanna [Anjouan]; l'un, V Herbert, navire de 800 tonneaux, armé de 56 canons, que commandait le capitaine Burton,

français et malheureusement sauta, après s'être vaillamment défendu, alors qu'il s'apprêtait à leur donner la chasse. Quant à nous, nous avons échappé à ce danger, car nous avions déjà à ce moment quitté Sainte-Jeanne [Anjouan]. Nous sommes arrivés le 29 mai 1690 à Bombay, qui est sans contredit un des meilleurs ports de l'Inde (Jean Ovington, A Voyage to Suratt in 1689 [Voyages de Jean Ovmgton faits à Surate et en d'autres lieux de l'Asie et de l'Afrique, traduits de l'anglais par le R. P. Niceron, t. I, 1725, p. 100-125).

LE PIRATE DAVID WILLIAMS A MADAGASCAR (l690-1709).

Né dans le pays de Galles de parents très pauvres, David Williams commença par garder les moutons, puis, voulant chercher fortune, il s'enrôla à bord d'un caboteur et partit ensuite pour les Indes sur la Mary. Au retour, comme la provision d'eau de ce navire était presque épuisée, le capitaine atterrit à Madagascar sur la côte orientale par 20° de latitude environ [à l'embouchure du Mangoro?] ' et envoya son grand canot à terre pour y faire de l'eau. Ce canot fut obligé, à cause du fort ressac, de mouiller à une petite distance du rivage; David Williams et un autre matelot, qui étaient tous deux très bons nageurs, se déshabillèrent et allèrent en nageant jusqu'à la plage. Pendant

y fut attaqué en 1G90 ou 1091 par trois bâtiments français, dont chacun avait autant de canons et d'hommes que lui. Les voyant venir, le capitaine Burlon fit couper les cables et gagna la haute mer, mais, vers deux heures de l'après-midi, un combat acharné s'engagea et après six heures de lutte, à huit heures du soir, V Herbert sauta; tous les hommes du bord périrent, à l'exception de six ou sept qui étaient dans la chaloupe; j'ai rencontré à Mascate quelques-uns de ces survivants. L'autre bateau y fut capturé on 1720 [voir dans le tome IV do la Coll. Oitrr. anciens la prise de la Casi^andra] » (Alex. Hamilton, A ncw Account of thc East Imites from i68S to 1723, t. I, 1277, chap. II, pp. 16-22; 2^ édit. 1744). 1. L'embouchure du Mangoro est par 19°59'30".

qu'ils étaient en quête d'une aiguade, le vent fraîchit et les vagues devinrent si fortes qu'ils ne purent regagner le canot, qui, après les avoir attendus quelque temps, voyant l'impossibilité où ils étaient de réembarquer, retourna au navire, lequel fît aussitôt voile pour la baie de Saint-Augustin, où il fit de l'eau, et continua sa route.

Le pauvre Williams et son compagnon furent ainsi abandonnés, dénués de tout, dans une île qui leur était inconnue; ils n'avaient en effet ni vêtements, ni vivres autres que les fruits sauvages qu'ils cueillaient dans les bois. Ils longèrent pendant quelque temps la côte et furent rencontrés par des indigènes qui les emmenèrent dans l'intérieur et les traitèrent avec humanité, leur fournissant tout ce qui leur était nécessaire, mais qui ne purent empêcher le compagnon de Williams d'être tellement désespéré qu'il tomba malade et ne tarda pas à mourir.

Peu de temps après, le prince auprès duquel vivait Williams, s'étant querellé avec un roi voisin, l'emmena avec lui à la guerre ; mais l'ennemi, qui était très supérieur en nombre, le vainquit et fit beaucoup de prisonniers, notamment Williams, qu'il traita du reste fort bien et auquel il donna un vieux mousquet qu'il possédait, lui disant : « Cette arme sera beaucoup mieux entre les mains d'un blanc qu'entre celles de mes sujets qui n'en ont pas, comme vous, la pratique. Soyez assuré, ajouta-t-il, que vous trouverez en moi un ami et un compagnon fidèle et que vous serez nourri tout comme moi, si vous m'assistez dans mes guerres ».

Il y a lieu de faire remarquer ici que la région orientale de Madagascar est divisée en un grand nombre de petits royaumes ou principautés qui sont presque toujours en guerre les uns avec les autres. Les motifs de ces guerres sont d'ordinaire insignifiants. Ainsi, par exemple, ils cherchent querelle à un voisin

qui possède un grand troupeau de bœufs', lorsqu'ils croient pouvoir s'en emparer, et, dès qu'un ou deux combats ont eu lieu, le vaincu fait la paix en abandonnant au vainqueur le nombre de bœufs et d'esclaves que celui-ci exige. Dans l'Ouest [dans le Nord-Ouest], au contraire, les diverses provinces sont réunies sous l'autorité d'un seul prince qui réside près de Methelage [baie de Bombétoke] et qui [comme nous le verrons plus loin pp. 616-619 et 621], est un grand ami des blancs; car, son père, qui a conquis son royaume avec l'aide des Européens, lui a légué l'obligation de leur fournir tout ce dont ils auraient besoin et de leur rendre tous les services en son pouvoir, le menaçant, s'il désobéissait à sa recommandation et venait jamais à se quereller avec des blancs et à répandre leur sang, de revenir sur terre pour le chasser de son royaume et le remplacer par son frère. Cette objurgation a eu le plus grand effet sur l'esprit du jeune roi, qui a cru fermement que son père la mettrait à exécution, s'il lui désobéissait, car il n'y a pas sur toute la terre de population aussi superstitieuse que les Malgaches.

Revenons à Williams. Emmené par le prince victorieux qui avait pour lui une grande estime, il vécut en bons termes avec lui. Quelque temps après, ce prince, avisé que l'ennemi qu'il avait si brillamment vaincu avait contracté une alliance avec des voisins pour recommencer la guerre, prit les devants dans l'intention de ravager le pays des alliés avant qu'ils n'eussent pu concentrer leurs forces. Ayant levé en toute hâte une armée, il marcha vers le Sud; à son approche, les habitants abandonnèrent leurs villages et, le laissant dévaster à son gré sans essayer de s'y opposer une vaste étendue de terrain, ils envoyèrent des messagers à leurs amis pour les appeler à leur

1. A Madagascar, les bœufs sont avec les esclaves la principale, presque l'unique richesse des indigènes.

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secours. Dès qu'ils eurent réuni un corps de troupes assez considérable, ils attendirent le moment propice et, profitant de ce que leurs ennemis étaient fatigués et embarrassés par le lourd butin qu'ils traînaient avec eux, ils en vinrent facilement à bout; le roi s'échappa, mais Williams fut pour la seconde fois fait prisonnier et conduit devant le vainqueur^qui lui serra les mains et lui demanda son amitié, ayant une haute estime de son caractère, car il l'avait vu se conduire bravement, tuant avec son fusil un grand nombre d'ennemis et à la fin se défendant à coups de crosse contre ceux qui cherchaient à s'emparer de lui.

Chez ce nouveau maître, chez lequel il vécut pendant plusieurs années, Williams fut traité avec encore plus de respect que chez le précédent. Mais, une guerre étant survenue et son prince ayant été battu, le pauvre Williams, que ses ennemis poursuivaient chaudement, se voyant sur le point d'être pris, jeta son fusil et monta sur un arbre; il lui fallut capituler, non sans avoir la crainte d'être massacré, car il avait blessé et tué un grand nombre d'entre eux, mais ils lui donnèrent quartier et se conduisirent fort bien à son égard.

Le roi de Maratan [Matitanana], entre les mains de qui il venait de tomber, l'emmena chez lui et le traita avec autant d'égards que ses maîtres précédents; il se fit suivre par lui dans toutes ses guerres, qui furent heureuses, car les troupes que commandait Williams avaient toujours le dessus et revenaient toujours avec un butin considérable de bœufs et d'esclaves ; tous les prisonniers que les Malgaches font à la guerre sont en effet esclaves tant qu'on ne les a pas rachetés; ce sont généralement des femmes et des enfants, car, d'ordinaire, ils ne font pas de quartier aux hommes. La renommée des succès et de la bravoure du blanc se répandit dans tout le pays, et son nom seul effrayait

si fort les indigènes qu'il suffisait qu'ils sussent qu'il venait à la tête d'une troupe pour qu'ils se soumissent sans livrer bataille.

Cette renommée étant venue aux oreilles de Dempaino [Andrianampoina], qui vivait à 200 milles de Maratan [Matitanana], ce prince, qui était puissant et avait sous ses ordres plusieurs petits chefs, envoya un messager pour demander au roi de Maratan [Matitanana] qu'il lui envoyât le blanc; mais celui-ci, qui n'avait nullement l'intention de s'en séparer, nia qu'il eût un blanc dans son pays et dit que celui qu'on appelait ainsi était né à Madagascar. Il y a, en effet, dans cette île une race d'indi- A'idus qu'on nomme « blancs » et qui sont les descendants d'Arabes venus, il y a très longtemps, sur la côte orientale, descendants qui se sont mêlés avec les indigènes et qui, en somme, sont des mulâtres, ayant les mêmes mœurs que les autres habitants de Madagascar. L'envoyé de Dempaino [Andrianampoina] demanda à voir cet homme; Williams, qui était fortement bruni par le soleil, eût parfaitement pu, si on l'avait prévenu, passer pour un descendant de ces anciens Arabes, d'autant qu'il parlait parfaitement la langue malgache, mais, ne sachant rien, il répondit tout naturellement à l'envoyé qui lui demandait s'il était Malgache et oîi il était né, qu'il était Anglais, et il lui raconta toute son odyssée, ajoutant qu'il y avait cinq ans qu'il était à Madagascar.

L'envoyé de Dempaino [Andrianampoina] dit alors au roi de Maratan [Matitanana] qu'il devait lui remettre le blanc, car c'était l'ordre de son maître, prince très puissant, suzerain d'un grand nombre de chefs, à qui il serait dangereux de désobéir. Le roi lui répondit que les sujets de Dempaino [Andrianampoina] avaient le devoir de lui obéir, mais que lui ne reconnaissait la suprématie de personne et qu'il n'avait d'ordre à recevoir de

qui que ce fût, puis il le congédia. L'envoyé, de retour chez son maître, lui rapporta fidèlement les paroles qu'avait dites le roi de Maratan [Matitanana], ajoutant qu'il les avait prononcées d'un ton hautain.

Dempaino [Andrianampoina], qui n'était pas accoutumé à ce qu'on ne fit pas toutes ses volontés, envoya un de ses généraux à la tète de 6 000 hommes réclamer le blanc, avec l'ordre, en cas de refus, de déclarer la guerre et de l'en prévenir par un express, afin qu'il vînt en personne avec un autre corps d'armée. Cette invasion fut exécutée si promptement et si secrètement que la ville ennemie fut investie avant qu'aucun avis y fût parvenu. Le général fit aussitôt savoir au roi qu'il dépendait de lui d'avoir la paix ou la guerre et que, s'il lui livrait le Manc, il n'avait rien à craindre. Pris ainsi à l'improviste, le roi, bien à contre-cœur, remit Williams entre les mains du général qui s'en retourna auprès de son maître, sans se livrer à aucune déprédation, mais après avoir exigé, sous peine qu'il prît la ville de vive force et passât au fil de l'épée tous ses habitants à l'exception des femmes et des enfants, cent esclaves et cinq cents bœufs comme compensation aux frais de l'expédition; le roi eut beau objecter que c'était une taxe considérable et injuste, il dut s'exécuter. Williams étant venu sans serviteur, le général demanda au roi si le blanc était son esclave. « Je ne l'ai jamais traité comme tel », lui répondit-il. « Je ne m'en serais pas douté à le voir ainsi sans serviteur », dit le général. A la suite de ce colloque, Williams reçut en cadeau un esclave.

Dempaino [Andrianampoina] accueillit Williams avec beaucoup d'affabilité et le vêtit richement à la mode du pays ; il lui donna autant d'esclaves qu'il était nécessaire pour le servir et il lui fournit tout ce dont il avait besoin, si bien qu'on pouvait croire que ce roi avait mis en mouvement une armée de

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6 000 hommes uniquement pour témoigner de la haute estime dans laquelle il tenait les Européens.

Williams resta avec ce prince pendant plusieurs années, jusqu'au jour où un navire pirate, le Bedforl, que commandait l'Ançrlais Achen Jones, mouilla sur cette côte et l'emmena à la baie de Saint-Augustin. Là, ce navire se perdit par la faute des matelots pendant qu'on le carénait, et l'équipage y vécut jusqu'à l'arrivée d'un autre pirate, le Pélican^ abord duquel une partie s'embarqua pour aller aux Indes. Quant à Williams, il s'en alla avec le Mocha, que commandait le pirate Gulliford et qui, après une croisière dans la mer Rouge, revint à l'île Sainte- Marie oh se fit le partage du butin'-.

Quelques-uns des hommes de l'équipage qui étaient Américains profitèrent d'une occasion pour retourner dans leur pays, mais Williams resta à Sainte-Marie jusqu'à l'arrivée et à la prise du navire du capitaine Fourgette^ Il prit aussi le Speaker (comme il sera raconté plus loin, p. 595 et note), fît une croisière avec lui et vint mouiller à Maratan [Matitanana] *, dont le roi lui demanda quel présent il lui apportait en récompense de l'accueil cordial qu'il lui avait fait jadis. Williams lui ayant répondu qu'il avait été largement payé par le prince auquel il l'avait enlevé et par les services qu'il lui avait rendus auparavant, cette réponse l'exaspéra si fort qu'il lui enjoignit de quitter immédiatement son pays.

Williams partit alors à bord du Prospérons que commandait Howard et qui le mena à l'île Sainte-Marie. 11 alla avec ses compagnons à la Grande Terre et fut un des deux individus qui

1. Il en est parlé dans la vie de North. Voir plus loin, p. iiOl.

2. Les détails de cette croisière sont consignés dans la vie de North et de Gulliford. Voir plus loin, p. ;)01-o62.

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