RELÂCHE DE H. MIDDLETON
DANS LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN, en 1610
(SIXIÈME VOYAGE DE LA COMPAGNIE ANGLAISE DES INDES'j.
1*^ Relation de Sir Henry Middleton, commandant la flotte (À bord DU Trade's Increase). — Le 6 septembre 1610, venant de la baie de Saldanha et marchant avec une jolie brise du Sud, par 23''30'de latitude australe, nous avons eu après dtnerla vue de la terre et, avant la nuit, nous avons ancré dans la baie de Saint-Augustin, où se trouvait VUnion, qui était en grande détresse par manque de vivres. Le 1, je suis allé à terre dans le grand canot pour essayer de faire des provisions, mais je
1. La 5<' flotte de la C" anglaise n*a pas touché h Madagascar.
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n*ai pas réussi; toutefois, je me suis procuré du bois et de Teau.
Les gens de Motia [Moka] viennent acheter des esclaves et de Tambre à Gancamarra (Ankonkomaro *) [Manongarivo, dans la baie dite aujourd'hui de Radama], où le capitaine Rowles a été trahi et fait prisonnier (voir plus haut, p. 422-425). C*est en vain que nous avons cherché à avoir d'eux des renseignements à ce sujet, en mai 1611 (Purchas» His Pilgrimes^ t. I, 1625, pi 248 et 261 ; Histoire générale des Voyages^ t. II, 1746, p. 4)»
2" Relation de Nicolas Dounton, capitaine du Pepper-Corne. — Le 6 septembre 1610 ^, à trois heures de Taprès-midi, étant pai* 23°38' de latitude Sud, nous avons aperçu Tlle de Madagascar. Vers le soir, nous avons jeté Tancre par 12 brasses dans la baie de Saint- Augustin où se trouvait déjà VUnion^ vaisseau viceamiral de la quatrième flotte envoyée aux Indes Orientales par la Compagnie anglaise (voir plus haut, p. 422-425). Ce vaisseau, que le manque de vivres retenait dans cette baie, avait dû à cause des mauvais vents, après avoir été à Zanzibar où les Portugais avaient tendu un guet-apens à son équipage et lui avaient enlevé trois hommes, revenir à Madagascar où, n*ayant pu gagner la baie d'Antongil, comme le voulait Téquipage, il avait mouillé dans le Nord-Ouest de Tile dans la baie de Jungomar ou Konguomorro (Ankonkomaro) [Manongarivo, dans la baie dite aujourd'hui de Radama] . Le capitaine de ce vaisseau avait une si bonne opinion du roi de cette baie, à cause de Taccueil amical qu*il en reçut tout d*abord, qu'il était descendu à terre avec plusieurs des marchands qui étaient à bord, dans lespérance d'y recueillir de Tambregriset d'autres produits précieux.
1. Littéralement : où il y a beaucoup de honko ou honko [de palétuviers].
2. La relation porte 1611, mais, comme Dounton accompagnait en qualité de vice-amiral Sir Henry Middleton dont le voyage a eu lieu en 1610, il y a là une erreur manifeste. Du reste, p. 277, il est dit que le départ de la baie de Saint-Augustin a eu lieu le 9 septembre 1610.
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• Le roi lui avait témoigné le désir de^voir aussi le chirui^ea» le trompette et le tambour, mais, ces trois hommes, qui étaient restés dans la chaloupe, ayant refusé de la quitter, lin grand nombre de sauvages armés de javelots, de flèches et de lancés, s'étaient rués- sur eux afln de tâcher. de s*emparer de leur embarcation. Les matelots anglais les avaient repoussés à coups d*arquebuses. Une foule d'autres ifialgaches sortant de la rivière dans* des pirogues s'étaient avancés jusque tout près du vaisseau, mais Tartillerie les avait forcés abattre vile en retraite. Néanmoins, quelques jours après, ils avaient résolu d*attaquer le vaisseau lui-même, qui était resté sur rade attendant le retour du capitaine et des marchands, et ils étaient venus à bord de plus de cent pirogues formant un demi-cercle afin de cerner les Anglais, si bien que ceux-ci avaient dû mettre à la voile.
Sir Henri Middleton céda volontiers des vivres à VUnion et rétablit la paix dans Téquipage, dont le mattre et plusieurs matelots étaient en désaccord avec Mr Samuel Bradshaw, qui cependant dirigeait les affaires de la Compagnie des Indes avec beaucoup de tact et discernement.
Pendant quatre jours qu'il passa dans la baie de Saint- Augustin, il observa que l'eau y est partout fort profonde, mais que cette profondeur est inégale et atteint quelquefois 200 brasses. Tout le rivage du Sud depuis la pointe de l'Ouest jusqu'aux montagnes est semé de rochers et de bancs qui se découvrent i basse mer. L'amiral avait fait jeter l'ancre par 12 brasses i l'extrémité des rochers, tout près de la moiltagne, mais il aurait pu mouiller encore plus près de terre, par 7 brasses.. Il était entré dans la baie avec un vent très fort de Sud-Sud-Ouest, qui avait cessé tout à coup lorsqu'il avait été près de terre; la brise souffla ainsi tous les jours jusqu'à la nuit, qui était au contraire constamment calme. On était a-lors au moment de la nouvelle
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lune, époque à laquelle le temps n^est pas bon clans ces régions, mais il n a pas pu juger de ce qu*il en est à uiié autre époque. Il lui parut que la chaleur est toujours extrême sar cette c6te, surtout lorsque le soleil est au Sud de Téquatéur.
Les Anglais trouvèrent dans cette partie de Ttle des arbres qui sont aussi résineux que le sapin jaune *. Ayant essayé d*y mettre le feu, ils furent surpris de le voir gagner avec une rapidité prodigieuse de la racine aux branches. Le bois de ces arbres est blanc et fort tendre; ils en trouvèrent une autre espèce dont le bois est aussi dur que celui du Lignum viim [gaïac] et dont Taubier est très blanc et le cœur brunj^tre. On coupa pour le chauffage les arbres qui paraissaient être les plus communs et dont les branches sont chargées d'un fruit appelé tamarin^ fruit contenu dans des cosses de la grandeur de celle de nos fèves; le goût en est fort aigre et on le croit bon contre le scorbut. On trouve aussi dans ce même lieu, en grande quantité, la plante dont on tire Taloès socotrin; elle a tout à fait Taspect du Semper-vivum [aloès] de Socotora. Nous ne savons si les indigènes en font usage.
Les habitants de Saint-Augustin marquèrent beaucoup d*éloignement à converser avec les Anglais, sans qu'on pût en savoir la raison. Nous eûmes une grande peine à nous y procurer des vivres; nous pouvions difficilement avoir pour deux piastres un bœuf, qui s*y vendait autrefois une piastre. Il est probable que ce sont les matelots de V Union qui ont amené ce renchérissement, car, étant sans chef, ils avaient commis une foule de désordres sur la côte et avaient payé sans marchander les prix qu'on leur avait demandés. On dit que les Malgaches sont d'une nature perfide, mais leur conduite à Konkomorre (Ankonkomaro) [baie
i. Ce sont des Euphorbiacées arborescentes, Laro et Famata (Euphorbia laro et E. stenoelada), qui abondent sur la côte Sud-Ouest de Madagascar.
de Radama] et Tordre dans lequel ils s'étaient avancés pour combattre font juger qu'ils ont de la bravoure et qu'ils ont une certaine connaissance de la tactique et de la discipline militaires. Leurs armes sont Tare et les flèches, la lance et de petits javelots qu'ils portent en faisceaux et qu ils jettent fort adroitement. A Madagascar, il faut toujours être sur ses gardes.
Le 9 septembre 1610, la flotte leva Tancre et, laissant V Union dans la baie de Saint- Augustin, elle en sortit avec un bon vent... Le 26, elle fut en vue des îles Querimba et, le n octobre, elle mouilla à Tlle de Socotora (Purchas, His PUgrimes j t. I, 1625, Voyage of N. Dounton to the East-Indies, p. 277-278; Histoire générale des Voyages^ t. II, 1746, p. 48-50; Kerr s Collection of Voyages, L VIII, 1813, p. 409-410).