LATINA, MALAICA ET MADAGASCARICA LINGUIS, IN GRATIAM
EORUM QUI NAVIGATIONEM FORTE IN ORIENTALEM INDIAM
SUSCEPTURI SUNT, GONSCRIPTiE, A G. ARTHUSIO (1613).
Gotard Arthus, de Dantzig, a publié, dans le Supplément à la LY* Partie de VInde Orientale des frères De Bry, p. 83-88, les trois dialogues donnés par Frédéric de Houtman en 1603 dans son Spraeckende woord-hoeck inde Maleyische ende Madagaskary traduisant simplement les phrases hollandaises en latin. Gomme nous avons déjà donné ces dialogues plus haut, p. 328-334, il est inutile de les reproduire ici.
RELÂCHE À L'ILE MASGAREIGNE [BOURBON]! DU CAPITAINE CASTLETON, br 1613.
Relation de Tatton. — Le 23 mars 1613, par 16"50' de latitude Sud, la variation étant de 23''10', nous avons fait route
1 . D'après le récit de Purchas et des frères De Bry, Newporl et Sherley seraient restés en rade de Saint- Augustin du 18 au 23 juin 1613.
2. Dans Faria y Sousa, Asia portuguesa, t. III, 3« partie, chap. xiii, p. 310, ainsi que dans Kerr qui reproduit le récit de rhistorien portugais [Coll. of Voyages, t. VII), il y a Shurleius; le manuscrit publié par la Société de Géographie de Lisbonne donne se he Erleins.
3. La date de la découverte de Tîle Mascareigne ou Bourbon n'est pas exactement connue, non plus que celle de Tfle Maurice. Il est très probable qu'elle a été vue pour la première fois par des Européens le
vers le Sud-Ouest. Le 27, par 2r de latitude \ nous avons aperçu, dans TOuest-Sud-Ouest, à cinq lieues environ, une île très élevée. A 6 heures du soir, nous avons mouillé sur sa côte Est, à 1 mille de terre, par 10 brasses, fond de sable noir. Depuis 40 brasses jusqu'à 4 brasses, c'est-à-dire tout près de la plage, il y a du beau sable Gn noir.
Nous avons envoyé un canot à terre et nous y avons trouvé un nombre considérable de grandes tortues terrestres [Tesludo tri" carinata^ Bory de Saint- Vincent (?) *], aussi grosses qu'un homme peut porter et qui étaient un excellent manger.
La pointe Nord-Est de Ttle est haute et abrupte. Un peu dans le Sud-Est, la terre est basse et arrosée par un joli cours d eau ; quoique les canots ne puissent pas y pénétrer, et qu'il faille aller chercher l'eau à une certaine distance du rivage, ce n'en est pas moins une excellente place pour s'en approvisionner. L'île est toute boisée; aussi l'ai-je dénommée England's Forest, mais d'autres personnes l'ont appelée PearlIsland, du nom de notre navire.
Il y a une grande quantité d'oiseaux, petits et grands, tourterelles, perroquets', etc., et une grosse espèce de volaille, de la taille d'un dindon, si grasse et à ailes si courtes qu'elle ne
9 février 1507; on attribue généralement sa découverte àDiogo Fernandes Peteira (a), qui naviguait abord du « Cime » et qui lui a donné le nom de Santa Apollonia, tandis qu'il donnait à Ttle Maurice celui de son navire. Mais il n'est pas douteux que l'existence des trois îles Mascareignes était connue des Portugais dès Tannée 1500, où Diogo Dias a découvert Madagascar; car les cartes de Cantino (voir p. 46/4) et de Canerio, qui ont été dressées en 1502 et qui représentent pour la première fois Madagascar, portent dans l'Est de cette fie trois petites Iles : Diva (ou Ile) Morgabim, Uiva Arobi et Diva Moraze, qui sont certainement nos îles Mascareignes et dont les Portugais ont eu connaissance par les Arabes de Mozambique.
1. L'ile Bourbon (la Réunion) est comprise entre 20*50' et 21*22' lat. S.
2. Bory de Saint-Vincent, Voy. aux quatre (les d'Afrique, t. II (1801), p. 38.
3. Les tourterelles de File Bourbon [Turtur picturatus?] sont semblables
(a) Parla y Sousa et Correa écrivent Peteira; Barres met Pereira. — Peul-étre même est-ce en 1504 que ce marin a découvert les îles Mascareignes, lorsqu'il alla de la côte Est de Madagascar à Cochin (voir plus haut, p. 10)?
494 OUVRAOCS ANCIENS
peut voler [DidiLS borbonicus Schlegel {Apterornis sotiiarius de Selys)}; ses plumes sont blanches et elle n'est pas sauvage\ comme du reste tous les animaux de cette Ile, aucun d*eux n ayant jusqu'ici été tracassé ni chassé. Dix hommes en tuaient assez, à coups de pierres ou de bâtons, pour nourrir quarante personnes. En parcourant Fintérieur, nos gens ont découvert un autre cours d*eau et un étang couvert de canards et d*oies sauvages*; ils y péchèrent de grosses anguilles, aussi savoureuses qu'en aucun pays du monde ; elles n'étaient nullement farouches et, lorsqu'on les manquait, elles allaient seulement deux ou trois mètres plus loin où on pouvait les prendre tout à son aise. J'en ai pesé une, car ces anguilles étaient plus grosses que toutes celles que j'avais vues jusque-là : elle pesait 25 livres;
à celles qu'on voit en Europe et aussi bonnes à manger. Les pigeons sauvages ont, les uns le plumage couleur d'ardoise, les autres roussÂtre; ils sont un peu plus forts que les nôtres et ont le bec plus gros, rouge auprès du crâne [la cire], les yeux bordés de couleur de feu comme les faisans. Il y a une saison où ils sont si gras qu'on ne leur voit point de croupion. Ils ont très bon goût {Voyages de Dubois^ 1672). Quant aux perroquets, c'étaient le Coracopsis obscura, le Mascnrimis Duboisi, la Sctropsittacus sp, et surtout le Palmornis eques ou Grosse caleau verte, pen'oquet vert à longue queue dont le mâle a le bec rouge en dessus, noir en dessous, et un collier, qui est noir en avant et rouge sur la nuque. Ce dernier oiseau est éteint à Bourbon et est en voie d'extinction à Maurice.
1. Le Dronte est un oiseau des plus intéressants au point de vue zoologique. Il présente avec les Pigeons des afOnités incontestables, mais, tout en prenant place à côté des Colombides dans une classification méthodique, il ne peut pas être considéré comme un vrai pigeon marcheur et i) doit être rangé dans une division particulière de même valeur (A. Milne- Edwards, Sur l'ostéologie du Dronte, Ann. Se. na/.,Zool., 1866, p. 21). A la même époque, Gervais et Coquerel ont émis Thypothèse, impossible à soutenir en présence des pièces du squelette complet qui ont été découvertes depuis, que le Dronte constituait une famille alliée tout à la fois aux Yulturidés et à certains Gallinacés et Echassiers. — On a une belle peinture du Dronte de Bourbon par Pierre Witthoos (A. Newton, T/-. Z. S., 1867, pi. 62 .
2. Les oies sauvages de Tile Bourbon sont un peu plus petites que celles d'Europe; elles ont le même plumage, le bec et les pieds rouges. Elles sont bonnes à manger. Quant aux canards, ils y sont aussi plus petits qu'en Europe; ils ont le plumage des sarcelles ( Voya(/es de Dubois, 1672).
sa chair était exquise. A mon avis, c*ést un endroit pour se ravitailler aussi favorable qu^on peut le souhaiter, d^autant plus que rtle est inhabitée. Le 1^ avril 1613, nous avons mis à la voile (Purchas, His Pilgrimes^ t, I, 1625, p. 331),
DESCRIPTION DE L'ILE DE MADAGASCAR PAR PyRCHAS
Dans rOcéan [Indien], il n*y a que peu d'iles le long de la côte d'Afrique, en dehors du détroit [de la mer Rouge], qui aient été connues des Anciens.
Dans son Périple^ Arrien parle de sept îles, qu'il appelle Pyralaon^ et d'une autre, beaucoup plus grande, qui en est assez proche et qu'il désigne sous le nom de Menuthesias ou Menuthias^ notre Madagascar ou île de Saint-Laurent actuels.
Il y a encore dans la mer de Barbarie beaucoup d'autres îles, qui sont de peu d'importance : Don Garcia; les trois et les sept frères de Saint-Brandon; Saint-Francis» Mascarenna [Mascareigne], Do Natal [Ile ou cap de Noël], Gomoro [la Grande ComoJre] et beaucoup d'autres, sans compter celles de Kiloa, de Mosambique, etc., dont nous nous sommes déjà occupés à cause de leur proximité avec le continent africain. Entre toutes ces îles, celle que les Portugais ont nommée Saint-Laurent et (|ue les indigènes appellent Madagascar, doit retenir notre attention, car c'est l'une des plus grandes Iles du monde : s.a lai^ur est de 480 milles et sa longueur de 1 200.
Marco Polo affirme que ses habitants éfaient des Sarrasins et obéissaient à quatre chefs, qu'ils mangeaient de la viande de chameau et qu'ils faisaient un grand commerce et se livraient aux arts. Le Grand Khan de Tartarie ou Empereur mongol a envoyé une mission chargée d'explorer cette île.
Ce que Marco Polo raconte d'un oiseau de cette Ile, nommé
Rock, dont la taille était telle qu*il pouvait enlever en Tair un éléphant, n*est pas digne de foi. Il appelle cette terre, qui est située entre les iV et 26' degrés de latitude Sud, Madagascar.
Il n'y a de musulmans que sur la côte; dans Tintérieur les habitants sont idolâtres, noirs comme les Cafres d'Afrique auxquels ils ressemblent; le sol produit des clous de girofle, du gingembre et de Taisent. C'est une lie qui mériterait d'avoir des habitants plus dignes d'elle; car si Linschot dit la vérité, il y a de nombreuses rivières, jolies et fraîches, des ports sûrs et beaucoup de fruits et de bétail.
L'intérieur est partagé entre quatre chefs, qui sont toujours en guerre les uns avec les autres. Ils n'ont pas l'habitude de trafiquer entre eux, ni de laisser les étrangers venir commercer dans leur pays. Cependant ils ont fait autrefois quelques échanges avec les Portugais, mais sans les autoriser à descendre à terre. Lors de la découverte de l'Ile en 1506, les Malgaches se sont montrés inhospitaliers et traîtres, répondant aux bontés des Portugais [!] par des attaques faites à bord de leurs pirogues qui sont creusées dans des troncs d'arbres. Il y a, paratt-il, quelques indigènes blancs, qu'on suppose être d'origine chinoise.
D'après les récits que font les Hollandais, les habitants de Madagascar ont la peau noire et sont forts et bien bâtis; ils se couvrent le milieu du corps avec une étoffe de coton; leurs oreilles sont percées de grands trous où ils mettent des rondelles de bois. Ils reconnaissent un Dieu Créateur et pratiquent la circoncision, mais ils ne prient pas et n'observent pas de fêtes. Ils n'ont pas de nom spécial pour distinguer les jours les uns des autres, et ils ne comptent ni les semaines, ni les mois, ni les années. Leur numération ne va pas au-delà de dix. Ils ont une très grande frayeur du diable, qu'ils appellent Taiwaddei [Taivady ou Taitnbocty] et qui leur fait souvent du mal.
lis vivent surtout de pêche. Ils n'épousent qu*une femme; les hommes se marient à douze ans et les femmes à dix. L'adultère et le vol sont punis de mort. Les hommes se livrent à la chasse, tandis que les femmes restent à la maison à tisser le coton, dont les arbres environnants leur fournissent de grandes quantités. Si un homme tue un bœuf, tous ses voisins peuvent venir en demander leur part. Cornelis Houtman dit que leur langue est très douce. Ils ont une espèce de haricots ou lobos qui poussent sur de grands arbres [Entada Grandidiert] et dont la. cosse est longue de deux pieds. Ils ont aussi certaines graines dont il suffit de manger quelques-unes pour devenir fou et qui tuent, si Ton en absorbe une grande quantité ; c^est avec elles qu'ils ont trahi et empoisonné trente-huit Hollandais et leur capitaine.
Les Anglais ont aussi acquis à leurs risques et périls quelques notions sur cette île, notamment ceux qui étaient embarqués sur VUnion, Sans trop se fier aux Malgaches, on peut se procurer chez eux des vivres frais; le capitaine Dounton, qui est arrivé dans la baie de Saint- Augustin en 1610, y a acheté plusieurs, bœufs à un prix ^raisonnable (voir p. 472-476).
Les habitants de cette baie sont grands et ont la peau noire r. leurs cheveux sont souples et ils les arrangent avec art. Leurs, armes consistent en lances, dont la pointe est en fer bien travaillé. Leur bétail est le plus beau que j*aie jamais vu; les bœufs ont entre les épaules une bosse de graisse disposée comme le pommeau d'une selle. II y a des tamariniers couverts de fruits verts dont la pulpe, prise en infusion, a guéri nos hommes du scorbut. Les Malgaches ont en abondance du coton, dont ils font des étoffes ornées de bandes de diverses couleurs.
Un voyageur, qui a été dans cette tie avec plusieurs eompa-gnons, dit que les indigènes sont forts et actifs, qu'ils sont polis, honnêtes et intelligents, qu'ils n'ont peur ni des canons, ni des-
mousquets, qu*ils ont pour armes de petites lances, des javelots, des arcs et des flèches. Leurs bœufs se vendent de 3 à 5 shillings [de 3 fr. 75 à 6 fr. 25] ; ils sont aussi gras et aussi bons que les nôtres ; la bosse qu ils ont sur les épaules est d*un goût exquis, et, comme le rapporte un marin qui a constaté le fait, la peau qui recouvre ces bosses peut contenir jusqu i six et huit gallons [de 27 à 36 litres]. Il y a beaucoup de crocodiles.
U Union étant dans le Nord-Ouest de Tlle, à Gungomar [Manongarivo , dans la baie dite aujourd'hui de Radama], fut assaillie un jour par une centaine de pirogues qui se sont avancées vers le navire anglais développées en forme de croissant, pendant que le roi du pays s'emparait traîtreusement du capitaine Michelborne et de divers marchands qui étaient descendus & terre.
A Sainte-Marie, qui est une petite tle située stir la côte orientale de Madagascar, le roi est traité par ses sujets avec respect. Les Hollandais y ayant enterré un de leurs gens en présence des habitants, ceux-ci, par leurs signes, leur ont montré que Tàme du mort était partie au ciel, mais ils voulaient qu on coupât les jambes du défunt aux genoux.
Dans la baie à* Anton Gily qui est située par IB"" de latitude S., les Hollandais reçurent la visite du roi, dont la peau était toute noire et qui portait sur la tête deux cornes et aux bras beaucoup de chatnes et de bracelets de laiton.
C'est un pays fertile, et ses habitants sont braves.
Dans le canal entre la terre ferme et Madagascar, il y a beaucoup d'Iles, grandes et petites, habitées par des musulmans; la principale est Saint'Cristophe (Purchas, His Pilgrimage or Relations ofthe Worldy Africa, the seventhbook, !'• édit., 1613, p. 595; 3* édit., 1617, p. 883-886; 4« édit., 1626, p. 778-780).