EN
Première relation. — Trois navires partirent de Dieppe vers 1527 pour aller aux Indes orientales. L*un d'eux atterrit sur la cùle Sud-Est de Madagascar et y fit la traite, croyant être arrivé dans rinde; il y acheta diverses denrées et en emporta une cargaison qui se trouva n'avoir aucune valeur en France. Un matelot de ce navire resta à terre et fut recueilli plusieurs années après, en 1531, dans la rade de Ranofotsy, par Diogo da Fonseca, en même temps que quatre naufragés portugais dont trois avaient appartenu au vaisseau de Manoel de La Cerda et un à celui d'Aleixo d'Abreu (Voir plus loin, p. 85-87 le récit du voyage de Diogo da Fonseca sur la côte méridionale de Madagascar en 1530).
2* Relation de Correa. — En 1527, partirent de France pour l'océan Indien trois navires armés pour la course, qui se séparèrent en mer, et dont Tun, porté par une tempête sur la côte lit* Tîle de Saint-Laurent, entra dans une baie de cette île pour s'y mettre à Tabri. Ces Français y trouvèrent des indigènes doux, qui leur firent un bon accueil, et ils échangèrent ce qu'ils avaient à bord, notamment des haches, des coutelas et objets divers de fer, contre des pagnes, du piment et de la cannelle sauvages, du mauvais santal, etc., toutes marchandises de peu de prix. Ils se croyaient dans Tlnde. Ils s'en retournèrent alors au port de Neypa [Dieppe], où ils apprirent avec peine que ce qu'ils avaient rapporté n'avaient aucune valeur. Ils renoncèrent à ce métier (Correa, As Lendas da India, t. III, p. 241).
3* Relation de Baruos. — En 1527, trois navires français
partirent de Dieppe, dont Tun alla au port de Diu avec 40 matelots, que le roi du lieu contraignit à se faire musulmans, et dont un autre mouilla dans un port de Tîle Saint-Laurent ; c'est à ce dernier qu'avait appartenu le Français que Diogo da Fonseca trouva à Madagascar, en 1531, avec les quatre Portugais des navires de Manoel de La Cerda et d'Aleixo d'Abreu (Barros, Da Asia portuguesa, Dec. IV, liv. v, ch. vi, p. 583, en note, et liv. III, ch. II, p. 261).
NAUFRAGE DE PERD VAZ G ROXO ET DE PERE ANNES FRANGÉS SUR LA CÔTE SUD-EST DE MADAGASCAR, À la fin db 1527.
En 1527, le Roi de Portugal fit partir deux navires pour porter ses ordres à Pero Mascarenhas, le huitième gouverneur de rinde, et à son successeur Lopo Vaz de Sampayo. Les capitaines de ces navires, Pero Vaz o Roxo et Père Annes Francès, en passant auprès de Tile de Saint-Laurent, s*y arrêtèrent, en violation des ordres du Roi, dans le but de se livrer au pillage, mais ils s'y perdirent tous deux (Corréa, As Lendas da India, t. m, p. 225).
NAUFRAGE D'UN NAVIRE PORTUGAIS, vers 1527 *.
En lanse de Ranofotsy, ont abordé autrefois, il y a cent ans, des galions portugais dont les marins s'y sont établis sous la direction d'un certain individu nommé par les gens du pays Macinorbei [Masinorobé], ce qui veut dire Monsignorbé ou le grand seigneur; les habitants, ne pouvant prononcer qu'avec peine les noms propres des chrétiens et entendant les Portugais s'appeler entre eux Meu senhor et dire que leur commandant
1. Voir plus loin, t. II, le récit de ce même événement dans la Relation du P. Luis Mariano, 1613.
était grand, mot qui se dit bé en malgache, ils le nommaient Masinorobé.
Ce commandant avait fait bâtir dans Tilot d'Anosy (que nous nommons Tilot des Portugais ou de Tranghvate [Tranovato]) une maison en pierres dont les murailles subsistent encore. Les grands rinvitèrent à faire le Missavats [MisavatsaJ, c'est-à-dire à fêter rinauguration de cette maison, et tous les habitants lui apportèrent du vin de miel comme présent et s'assemblèrent sur le bord de la rivière en un lieu nommé Imours [Imorona], sous un bel ombrage où les deux frères Dian Missaran [Andriamiserana] et Dian Bohits [Andriambohitsa] et tous les grands du pays, accompagnés de 500 ou 600 hommes, vinrent se réjouir arec les Portugais; ils demandèrent à Masinorobé de faire apporter ses marchandises, son or, son argent elles divers objets qu'il possédait, pour avoir (disaient-ils) le plaisir de contempler ses richesses. Les Portugais avaient une grande quantité d'or qu'ils avaient extrait de la province d'Anossi [Anosy] ; on ma dit que ce sont les Pères qui ont fait faire les fouilles dans deux mines dont on m'a donné avis '. Quand ils eurent fait apporter leurs coffres et déployé leurs trésors, ils se mirent à lioire du vin de miel et à faire bonne chère; à un clin d'œil de Dian Missaran [Andriamiserana] et de Dian Bohits [Andriambohitsa] qui était le signal convenu, tous les nègres et les grands se ruèrent sur les Portugais, qu'ils massacrèrent ainsi que leur chef et les Pères; ainsi finit Masinorobé avec soixante-dix Portugais. II y en eut cinq qui se réfugièrent dans la maison de pierre avec trente nègres, leurs marmites [??iarom?7a] ' ou
1. L'or que les Portugais avaient entre les mains ne provenait pas, comme le croyait Flacourt, de fouilles faites à Madagascar, mais des nombreux navires qui s'étaient perdus sur cette côte dangereuse.
t. Maromitaj litt. : beaucoup qui vont et qui viennent.
6î OUVRAGES ANCIENS
esclaves, auxquels ils donnèrent des fusils et qui, de temps en temps, firent des incursions dans le pays» mettant à feu tous les villages par vengeance du meurtre de leurs maîtres; ils forcèrent ainsi les habitants à demander une trêve et à leur fournir autant de vivres qu*ils en eurent besoin, jusqu'à ce qu'il vint un navire du Portugal. Les Malgaches tâchèrent de faire accroire au capitaine et aux matelots de ce navire que leurs compatriotes étaient tous morts de dysenterie; mais ceux-ci ne se contentèrent pas de celte affirmation et ils allèrent visiter Thabitation des Portugais où ils trouvèrent les cinq survivants qu'ils emmenèrent; depuis, ils ont abandonné le pays et n'y sont plus venus*.
D'autres disent que Macinorbei [Masinorobé, Monseigneur] et les siens firent la guerre à d'autres Portugais, qui s'étaient établis auprès de Siliva [Tsiliva] et de Maughafia [Manafiafy] , en un lieu nommé Varabei [Varabé], et qu'ils se servirent dos hommes de Dian Missaran [Andriamiserana] et de Dian Bohits [Andriambohitsa] pour les vaincre, et qu'après les avoir subjugués et exterminés, Macinorbei (Monseigneur) célébra sa victoire par une fête pendant laquelle il fut trahi, comme il est dit ci-dessus (Flacourt, Histoire de Madagascar^ 1658, p. 32 et 33).