DE MADAGASCAR
1* Relation de Correa. — En 1528, Nuno da Cunha*, le dixième gouverneur de l'Inde, qu'accompagnaient son frère Pero Vaz et D. Fernando de Lima, se trouvant dans les parages de l'île de Santa-Apolonia [l'une des îles Mascareignes] , y voulut aborder pour y faire de l'eau, mais, surpris par une
1. >'uDo da Cunha est le fils de Tristan da Cunha et de Dona Antonia d'Albuquerque ; il est mort en 1539, à Fâge de cinquante-deux ans, en rerenant de Tlnde.
violente tempête, il fut rejeté vers Tîle de Saint-Laurent, où il mouilla auprès d'une aiguade que connaissaient ses pilotes. Les matelots qui étaient entrés avec les chaloupes dans la rivière pour remplir leurs barriques d'eau douce, furent tout étonnés de s'entendre interpeller dans leur. langue; c'était un des Portugais échappé au naufrage du navire de Pero Vaz o Roxo*, que les indigènes avaient, du reste, .bien traité. Ils l'emmenèrent avec eux et ils apprirent de lui que le navire de Manoel de La Cerda s'était perdu à l'embouchure de cette rivière, que tous les gens de l'équipage s'étaieiit sauvés et étaient de suite partis, à travers l'île pour gagner le canal de Mozambique où ils espéraient trouver l'occasion de se rapatrier. Depuis, il n'en avait eu aucunes nouvelles, si ce n'est que les indigènes, ayant une grande crainte d'eux, les avaient forcés à se séparer en petits groupes de quatre, cinq ou six individus, probablement afin de pouvoir les tuer plus facilement. Il est donc probable qu'ils ont tous été massacrés '.
Les navires étaient en rade depuis deux jours, lorsque survint un fort raz de marée. Le vent soufflant du large, ils ne purent appareiller; quant . aux chaloupes, qui étaient entrées dans la rivière, elles n'en purent sortir à cause de la barre qui était furieuse. Les navires chassèrentsur: leurs ancres et, quoiqu'il en eût six, celui dé Nuno 'dà Gunha* dérapa et s'échoua sur un haut-fond. On transporta l'argent et les objets de valeur sur le navire de Pero Vaz et, lorsque la texnpête fut calmée, on procéda .au sauvetage du reste de la cargaison, des ancres, etc,, puis on mit le feu à la coque et on fit voile pour Zanzibar [où
i. Ailleurs, il est dit que ce Portugais appartenait à la flotte d'Al. d'Abreu, ce qui nous paraît ôtre plus exact.
. 2. II est à remarquer que Correa fait atterrir Nuno da.Cuhha' sur la côte, Sud-Est de Madagascar, tandis, que les autres historiens: le font atterrir dans l'Ouest. ...
Owragft imcUns ccnttmanl Madagascar, t. I, p. €4 *<
NUNO DA CUNHA, né vers 1487,
a accompagné son père Tristan da Ccnha
n exploraiion de la cAie Nord-Ouest de Madagascar en t;o6
ait naufrage sur la cAie Sud-Ouest de cette Ile en i pS.
a été gouverneur de l'Inde Portugaise de i;28 i isiS,
et il est mort en :îî9 ^" revenant en Europe.
Us manquèrent encore périr] (Gorrea, As Lendas da India^ t. III,
2* Relation de Barros. — L*an 1528, Nuno da Gunha, envoyé
par le Roi Jean III comme gouverneur de Tlnde, partit de Lisbonne le 18 avril avec plus de 2 500 hommes sous ses ordres. Laissant derrière lui une partie de sa flotte, en juin, il mit toutes voiles dehors et arriva en vue des îles de Tristan da Gunha, où il fut assailli par une violente tempête. En juillet, il doubla le cap de Bonne-Espérance, et, après une série de calmes, il arriva en vue du Sud de Ttle de Saint-Laurent ; les vents ne lui permirent pas d'accoster le cap Sainte-Marie, oii il eût voulu faire de Feau, dont il avait un grand besoin ; les trois navires qui allaient de concert, le sien, celui de son frère Pero Yaz da Gunha et celui de D. Fernand de Lima, n'en avaient pas en effet à eux tous plus de 60 pipes pour 1 144 personnes ! Â cause de ce besoin d eau, il mouilla le 23 août sur la côte Ouest dans le port de San lago, par 21'' de latitude Sud ^ [baie de Tsingilofilo, au Sud de celle de Morombé]. A trois lieues environ de Feutrée de ce port, il se jeta sur des hauts-fonds où il manqua se perdre et où s'étaient perdus, comme ilFapprit plus tard. Manuel de La Gerda et Alexis d*Abreu. Ayant échappé à ce danger, il jeta Fancre dans la baie de San lago, dont l'entrée est si large que beaucoup de navires peuvent y mouiller à la fois ; elle forme une sorte de golfe s*avançant dans les terres, au fond duquel il y a une anse avec beaucoup de bancs de sable si accores que la poupe du navire était par 80 brasses tandis que la proue était par 12. Toute cette aose est entourée de hautes falaises qui ne présentent qu'en un seul point une coupée par laquelle débouche une rivière formée par la jonction de deux affluents qui viennent de l'intérieur et
1. Cette baie de San lago est en réalité par 21<>52' de lat. S. 1. 5
se réunissent tout près delà mer; elle a tant d'eau que les grands bateaux peuvent la remonter assez loin. Une fois les navires de Nuno da Cunha à Fancre, beaucoup de nègres, ayant les cheveux crépus comme ceux de Mozambique, vinrent de l'intérieur à la côte, amenant des moutons, des poules, des grains, des haricots et d'autres vivres qu'ils échangèrent contre des morceaux de fer et divers objets de peu de valeur; cette région est en somme très peuplée. A la suite de ces échanges et à cause des bons traitements que les nôtres leur firent, ces nègres furent si contents que, deux jours après, ils amenèrent un Portugais, si défiguré avec ses cheveux emmêlés et ses vêtements de cuir de bœuf qu'il avait beaucoup moins bonne tournure que les indigènes. Le plaisir de cet homme fut si grand quand il se vit dans notre navire qu'il resta comme pâmé en présence de Nuno da Cunha, sans pouvoir répondre à ses questions. Mais dès qu'il eut repris ses esprits, il raconta comment Manoel de La Cerda et Alexis d'Abreu s'étaient perdus en 1527, ayant mis de nuit leurs navires sur un haut-fond, où ils restèrent jusqu'au lendemain matin, et comment ils se sauvèrent sur des radeaux avec quelques marchandises de troc. Les matelots de Manoel de La Cerda étaient allés dans l'intérieur, mais il ne savait où ils s'étaient installés, parce que les noirs, ne sortant jamais de leur canton, n'avaient pu le lui dire. Quant aux gens d'Alexis d'Abreu, toujours suivant les indigènes, ils avaient traversé l'île. Lui, était resté sur la côte parce que, quand Alexis d'Abreu, avec lequel il était venu, s'était résolu à aller parterre à la recherche d'un port d'où, soit avec des radeaux, soit par tout autre moyen, il pourrait passera Mozambique, il était si malade et si faible qu'il était incapable de faire un pas. Tant qu'il avait eu des vêtements, les noirs s'étaient montrés hostiles à son égard et lui avaient causé toutes sortes de tracas, mais lorsque, dénué de tout et nu comme eux, il
n*eut plus rien qui pût leur faire envie, ils devinrent ses amis et le traitèrent fort bien, car ce sont des gens paisibles, qui vivent en petites communautés et n*ont pas de grand chef pour les commander.
Ce Portugais, qui était, parait-il, un domestique d*Antonio de Noronha, comte de Linares, raconta ces choses et d'autres encore sur les mœurs des habitants de Tlle. Après avoir échappé à tant de périls, il mourut peu de temps après à Mombaz (Barros, Dec. IV, liv. m, chap. u, p. 256-259).
Les deux navires d*où se sauvs^ le Portugais dont il est parlé dans le chapitre précédent et qu'emmena Nuno da Gunha, faisaient partie de la flotte qui partit du Portugal en 1527 et dont
le commandant en chef était Manoel de La Gerda Cette flotte
comprenait cinq navires, dont trois arrivèrent sains et saufs dans rinde en septembre, mais les deux commandés par Manoel de La Cerda et par Alexis d'Abreu se perdirent sur la côte occidentale de nie de Saint-Laurent, sur les hauts-fonds de la baie de San lago [baie de Tsingilofilo, au Sud de Morombé], celle dans laquelle mouilla plus tard Nuno da Cunha; leurs équipages se sauvèrent à terre et creusèrent des tranchées en dedans desquelles ils établirent leur camp et entassèrent les armes qu'ils avaient sauvées du naufrage, ainsi que divers objets qui leur servirent à acheter des vivres aux indigènes. Cette partie de Tile est du reste très pauvre et ils y vécurent très misérablement, en attendant que quelque navire vint à passer et vit leurs signaux. Il y avait une année qu'ils étaient dans cette baie, lorsqu'Antooio de Saldanha vint dans ces parages, accompagnant la flotte du gouverneur Nuno da Cunha; dès qu'ils eurent aperçu ce narire, les naufragés, comme il commençait à faire nuit, allumèrent de grands feux disposés en croix, afin de montrer qu'il V avait là des chrétiens perdus en plein pays sauvage. A la vue
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de ces feux, Antonio de Saldanha fit amener les grandes voiles et mit à la cape; au petit jour il se rapprocha de terre, sans oser toutefois atterrir parce qu*il ne connaissait pas cette côte, mais dans Tespérance qu*il viendrait quelque embarcation et qu'il apprendrait quelles gens lui faisaient ces signaux. S'éloignant de terre la nuit, s'en rapprochant le jour, Saldanha croisa dans ces parages pendant huit jours, au bout desquels, assailli par une violente tempête, il continua son voyage. Les naufragés, voyant leur espoir s'évanouir, se déterminèrent alors à passer de l'autre côté de l'tlc, où ils pensaient trouver quelque embarcation pour se rendre à Sofala ou à Mozambique; ils se divisèrent en deux bandes et pénétrèrent dans l'intérieur, abandonnant le malade que recueillit plus tard Nuno da Gunha, et qui fit connaître la perte de ces deux navires* (Barros, Dec. IV, Da Asia, liv. m, ch. II, p. 259-264).
Pendant que l'équipage faisait sa provision d'eau dans la rivière qui se jette au fond de la baie de San lago [le Mangoka qui à cette époque débouchait au Sud de Morombé], Nuno
1. Le roi Jean III, instruit par Nuno da Cunha de ce malheureux événement, envoya les deux frères Duarte da Fonseca et Diogo da Fonseca chercher ces naufragés avec deux navires qui arrivèrent en 1530 à Tile de Saint-Laurent. Comme nous le verrons plus loin, p. 85-88, Duarte da Fonseca entra dans une grande baie (baie d'Ampalaza ou baie des Masikoro?), où il se noya en allant à terre avec le3 dix matelots qui étaient dans Tembarcation. Diogo da Fonseca, en longeant la côte, vit un port (baio de Ranofotsy?), d'où il s'élevait de grandes colonnes de fumée ; il envoya une barque s'enquérir de ce que c'était, et on y trouva quatre Porluguais, trois du navire de Manoel de La Cerda et un de celui d'Alexis d'Abreu, et un Français d'un navire de Dieppe qui s'était arrêté dans ces parages quelques années auparavant et qui faisait partie d'une flotte de trois vaisseaux allant aux Indes. Ces hommes furent recueillis par Diogo da Fonseca auquel ils dirent qu'il y avait beaucoup d'autres Portuguais dans le pays, mais qu'ils étaient tellement dispersés dans l'intérieur qu'il serait impossible de les trouver. Fonseca les emmena à Mozambique, se faisant suivre par le navire de son frère; parti pour l'Inde en avril 1531, il se perdit sur l'ile de Socotora.
da Cunha, voulant avoir des renseignements sérieux sur le pays et sur la valeur des terres, envoya D- Pedro Lobo, Luis Falcâo, ManoelLobato et plusieurs autres personnes de noblesse» avec quelques soldats» visiter un village d'indigènes, mais avec défense d*y entrer, et il leur recommanda de bien se rendre compte de la fertilité du sol et il leur confia des échantillons d'or, dargent, de girofle, de cannelle et d'autres sortes d'épices, afin qu'ils les montrassent aux nègres et leur demandassent s'ils connaissaient ces diverses choses et si elles avaient du prix à leurs yeux. Nuno da Cunha fixa à ces gentilshommes un temps très court pour cette excursion; ils en revinrent très contents, ayant trouvé le pays fertile et d'un aspect agréable et les habitants d'un naturel pacifique et sans méchanceté; ils rapportèrent des vivres qu'ils avaient achetés avec les divers objets qu'ils avaient emportés avec eux, mais ils ne purent rien savoir au sujet des épices et des métaux, parce que ces nègres ne connaissent rien du pays au-delà des limites de leur canton.
Nuno da Cunha était depuis trois jours dans cette baie, qui est toute pleine de hauts-fonds, faisant ses provisions et attendant que le temps fût favorable pour en sortir, lorsque survint UQ vent du large, soufflant en côte; son navire commença à être fortement ballotté et rompit les amarres de ses deux ancres, qu'on remplaça par d'autres qui furent immédiatement brisées non pas tant à cause des soubresauts violents que parce qu'elles avaient élé avariées dans la cale par la chaleur et par l'humidité, et il fut jeté à la côte par trois brasses de profondeur; quelques coups de talon le démolirent et il se coucha sur un banc de sable. Quoiqu'il fût plein d'eau, il était si près de terre que beaucoup d'hommes de l'équipage gagnèrent la côle à la nage et allèrent cfaercfaer les embarcations qui étaient occupées à faire de l'eau, afin qu elles vinssent à leur secours, les autres navires étant en
mer et ne pouvant leur prêter aucune aide ; car, dès le début du coup de vent, ceux-ci avaient eu assez à faire, principalement la Santa Catharina de Pero Vaz da Cunha, qui chassa aussi sur ses ancres, mais que Dieu sauva miraculeusement afin qu'elle pût recueillir tous les hommes de Téquipage du navire de son frère ; ceux-ci, voyant leur navire faire eau de toutes parts, voulaient se jeter à la mer, pensant ainsi courir moins de dangers que s'ils attendaient à bord la venue des bateaux qu'on était allé quérir, mais Nuno da Cunha les en empêcha et les réconforta de son mieux, leur promettant, lorsque les bateaux viendraient, de les
sauver avant lui-même, ce qu'il fit Tout son monde fut
réparti sur les deux navires qui l'accompagnaient; à bord de celui de son frère Pero Vaz, il mit 700 hommes et 1 500 sur celui de D. Fernando de Lima. Le 3 septembre, Nunoda Cunha envoya pendant la nuit mettre le feu à son navire, qui brûla jusqu'au niveau de l'eau ; ainsi furent perdues beaucoup de marchandises du Roi et d'armes. Le lendemain, il mit à la voile
dans l'intention de se rendre à Malindi Son pilote, Jean de
Lisbonne, le conduisit au beau milieu des tles Comores, qu'il prétendit être inconnues; après avoir couru beaucoup de dangers, il arriva à l'tle de Zanzibar, où il se mit au milieu de hautsfonds dont il eut de la peine à sortir. Enfin, le 8 octobre, il atterrit à Malindi (Barros, Dec. IV, liv. m, ch. m, p. 264-270).
3* Relation de Cooto. — Le 6 juillet 1528, la flotte de Nuno da Cunha (qui était partie de Lisbonne le 18 avril) fut surprise dans les parages du cap de Bonne-Espérance par une violente tempête qui dispersa les navires.
Lorsque le vent se calma, Nuno da Cunha et D. Fernando de Lima se consultèrent sur ce qu*il y avait lieu de faire et tombèrent d'accord qu'il valait mieux passer dans l'Est de l'île de Saint- Laurent [Madagascar], parce que, la saison étant déjà avancée»
ils risquaient de ne pouvoir atteindre llnde cette année s^ils faisaient route par le canal de Mozambique. Gomme ils avaient déjà doublé le cap de Bonne-Espérance, ils firent voile vers
TEst-Nord-Est
Un autre navire de cette flotte, sous les ordres d* Antonio de Saldanha, une fois la tourmente passée, arriva, non toutefois sans dangers ni difficultés, en vue de Tile de Saint-Laurent dans les environs de la rivière de San lago [baie de Tsingilofilo, sur la côte Sud-Ouest], où se trouvaient les équipages des navires de Manoel de La Gerda et d*Alexis d*Abreu, qui s*y étaient perdus Tannée précédente et qui y avaient beaucoup souffert de la famine et d^ennuis de toutes sortes. Ges pauvres naufragés espéraient que Dieu leur viendrait en aide et leur enverrait un navire auquel ils pourraient faire des signaux, et dans ce but ils lui adressaient d'instantes prières; leurs yeux ne quittaient pas la mer d*où ils attendaient ce secours et, lorsqu'ils aperçurent les voiles du navire d'Antonio de Saldanha, ils eurent une grande joie, croyant déjà être sauvés. Gomme la nuit venait, ils allumèrent de grands feux disposés en forme de croix afin de montrer qu'il y avait à terre des naufragés et, en effet, les gens de ce navire comprirent que ceux qui leur faisaient ces signaux étaient des Portugais et, amenant les grandes voiles, ils mirent à la cape pour la nuit. Au petit matin, ils se rapprochèrent de terre, sans cependant oser l'aborder parce qu'ils ne connaissaient point cette côte, et ils attendirent qu'il vint quelqu'un à bord d'une pirogue pour leur dire ce qu'il en était; venant près de terre le jour, s'en éloignant la nuit, ils ifestèrent dans ces parages pendant huit jours, sans se déterminer à envoyer une embarcation à la découverte. Un vent violent s'étant alors levé, ils partirent. Les pauvres naufragés furent navrés de voir disparaître le navire, et, après s'être <y>BBuUés:sur ce qu'ils devaient faire, ils se ré^olurent à passer
de Tautre côté de File, d*abord parce qu'ils y trouveraient des vivres en abondance, et puis parce qu'ils pensaient avoir plus de chances d*y rencontrer des navires pouvant les prendre i bord ou tout au moins des embarcations avec lesquelles ils se rendraient à Sofala ou à Mozambique. Partagés en deux troupes, d'environ 300 personnes chacune, ils s'enfoncèrent dans l'intérieur, abandonnant un jeune homme qui était trop malade pour les suivre. On n'a plus jamais entendu parler d'eux, de sorte qu'il semble probable qu'ils ont été tués par les indigènes de l'intérieur qui sont très barbares, ce qui a été la fîn de toutes
leurs souffrances
Nuno da Gunha, Pero Yaz et D. Fernando de Lima, une fois la tempête passée, s'en vinrent de concert, avec petit temps et des calmes, à l'Ile de Saint-Laurent, où ils mouillèrent à la fin d'octobre 1528 aux environs du Rio de San lago [le Mangoka, qui à cette époque débouchait au Sud de Morombé], pour y prendre l'eau dont ils manquaient. Le gouverneur Nuno da Gunha envoya à terre, pour y chercher une aiguade, quelques matelots, qui, étant sur la plage, virent venir i eux le jeune Portugais que Manoel de La Gerda avait été contraint d'abandonner à cause de sa maladie et qui leur parut fou, car il les embrassait les uns après les autres et pleurait du plaisir de les voir; à ce spectacle si triste, ils ne purent s'empêcher de verser aussi des larmes, et, le prenant avec eux dans le bateau, ils l'emmenèrent à leur bord où il se jeta aux pieds de l'amiral et lui raconta ses mésaventures et la perte des deux vaisseaux. Il y avait déjà un mois et demi que Manoel de La Gerda et Alexis d'Abreu avaient quitté ce lieu, avec tous les matelots, ne pouvant croire qu'il viendrait d'autres navires si promptement. Nuno da Gunha compatit à leurs malheurs et se reprocha de ne pas être arrivé & temps pour les sauver tous; il ordonna qu'on traitât ce jeune homme le
mieux du monde et qu'on lui donnât tous les soins nécessaires, si bien qu*il arriva en excellent état à Goa, où il se maria et vécut longtemps, remplissant les fonctions d'ofûcier de justice *. Nuno da Gunha et les autres capitaines firent de Teau en cet endroit. Il y avait quatre jours qu'ils y étaient mouillés lorsqu'ils furent assaillis par une violente tempête battant en côte, si bien que le navire de l'amiral, qui était sur une seule ancre, commença à chasser vers la terre ; une seconde ancre, jetée aussitôt, tomba sur des rochers qui coupèrent son amarre, et il en fut de même pour six autres, si bien que le navire s échoua sur un banc de sable où il se remplit d'eau presque jusqu'au pont. Les deux autres navires avaient heureusement des cordages en fibres de coco, qui ne se coupèrent pas comme les autres et qui résistèrent à la houle, quoiqu'ils aient été aussi plusieurs fois en grand risque de se rompre. Les embarcations, qui étaient dans la rivière en train de faire de l'eau, eussent bien voulu venir au secours du navire échoué, mais elles ne purent franchir la barre sur laquelle la mer déferlait furieusement. Tous les gens de l'équipage s'assemblèrent sur le pont où ils restèrent jusqu'au lendemain ; Nuno da Gunha veilla toute la nuit avec eux et fit monter le coffre-fort, qui contenait Taisent, et le plus d'objets possible, afin de ne pas tout perdre. Le jour suivant, le vent se calma et les embarcations purent accoster et prendre le coffre et de nombreuses marchandises, ainsi que l'artillerie. Quand il eut sauvé tout ce qu'il put, Tamiral passa avec une partie de son équipage à bord du navire de son frère Pero Yaz da Gunha et le reste alla à bord du navire de D. Fernando de Lima. Puis ils mirent i la voile pour Mozambique (Diogo do Gouto, Da Asia^ Dec. lY, liv. v, ch.i, p. 331- 332, et ch. m, p. 333-335 et p. 337-339).