Barros dit qu*il mourut à Mombaz (voir plus haut, p
it'^ Relation de Francisco d^Andmda. — En avril 1528, le Roi de Portugal envoya comme gouverneur de Tlnde Nuno da Cunha .avec une flotte de H navires sous le commandement supérieur de Simâo da Cunha, son frère. Un autre de ses frères, Pero Yaz da Cunha, était capitaine d*un des navires.... Une tempête disloqua Tescadre dans les parages du cap de Bonne-Espérance; les uns gagnèrent directement Mozambique ; les autres, ayant rallié le vaisseau amiral, naviguèrent de concert, mais, le navire de Pero Yaz da Cunha manquant d*eau parce qu*un coup de mer lui avait enlevé toutes ses barriques, on tomba d*accord pour aller à Tlle de Sainte- Apolline [lie Bourbon], où Teau douce est abondante et où il y a beaucoup de bois, d'oiseaux et de poissons. Une autre tempête qui dura un jour et demi les sépara de nouveau et Tun d'eux, sous le commandement de Garcia de Sa, gagna Tlnde, d autres se rendirent à Mozambique, et il ne resta .avec le gouverneur Nuno da Cunha que son frère Pero Vax et Don Fernando de Lima; ceux-ci, sachant par les rapports des pilotes, qu'ils étaient dans l'Est ' de l'Ile de Saint-Laurent, se décidèrent à y aller chercher de bonnes aiguades, dont quelquesuns d'entre eux disaient avoir connaissance. Ils atterrirent i l'embouchure d'une rivière où ils envoyèrent leurs embarcations avec beaucoup de barriques pour y faire de l'eau ; là, ils aperçurent un homme qui les interpella en portugais et qu'ils ramenèrent à bord ; c'était un naufragé du navire de Pero Yaz o Roxo ' qui s'était perdu non loin de là l'année précédente. Il était resté en ce lieu parce que les habitants le traitaient amicalement; c'est au même endroit, à l'embouchure de cette rivière, qu'au dire des indigènes s'était perdu .le navii^e de Manôel .de La Cerda,
1. Si Ton en croit les autres historiens, c*e8t dans rOuest de Madagascar que ratterrissagé a eu lieu. '
2. Les autres chroniqueurs disent qu'il était de l'équipage d*Al* d'Ahreu.
dont tout Téquipage^ après 8*étre sauvé à terre, avait traversé rUe pour ga^er la côte Ouest sur le canal de Mozambique', où ils 8*einbarquèrent dans de petits bateaux ; il n'avait rien su de plus sur leur compte, n*ayant jamais quitté cette localité ; cependant il avait vu un homme qui lui avait dit avoir appartenu i cet équipage et qui lui avait conté que ses compagnons, d abord partis tous ensemble, avaient été contraints par les indigènes, qui avaient peur d une troupe aussi nombreuse, de se séparer en petits groupes de cinq ou de six individus, et qu'il croyait que c'était pour pouvoir les tuer plus facilement qu'ils les avaient empêchés de rester ensemble*, que tous avaient certainement dû être massacrés. Cet homme, du reste, s'en alla peu après et on n'a plus entendu parler de lui. Il y avait déjà deux jours que Nuno da Gunha faisait de l'eau en cet endroit et il se hâtait le plus possible, lorsqu'un vent violent s'éleva et qu'il se déclara un raz de marée qui secoua fortement les navires, surtout celui du gouverneur qui embarqua beaucoup d'eau; les chaloupes qui étaient entrées dans la rivière, ne purent en sortir à cause des vagues énormes qui se brisaient sur la barre et, le vent soufflant en côte, les navires ne purent mettre à la voile; ils commencèrent à chasser «ur leurs ancres et les capitaines firent mouiller toutes celles qu'ils possédaient; le vaisseau amiral ne résista pas aussi bien que les deux autres
1. Si Tatterrisage a eu lieu dans rOuest, comme cela semble probable, c'est la côte Est que les naufragés ont cherché à gagner.'
2. Il est plus probable, si cette version est vérîdique, que c'est pour pouToir trouver des vivres qu'ils se sont divisés en petits groupes; les indigènes, qui n*avaient point d'armes à feu, n'avaient aucun moyen de les contraindre à se séparer, mais il faut tenir compte que dans un pays aussi peu peuplé, où chaque village ne compte que quelques habitants, des centaines d'hommes ne pouvaient s'y procurer des vivres en quantité suffisante et qu'il était nécessaire qu'ils se séparassent par petites troupes et suivissent des routes différentes pour ne pas mourir de faim.
et, malgré ses, six ancres, il fut d^abord porté au-dessus d*uD gouffre où elles n*eurent pas prise, puis jeté sur un banc de sable où il ne tarda pas à être mis en pièces et à sombrer, de sorte que la dunette seule resta visible. Nuno da Gunha passa, avec le coffre-fort et les objets les plus précieux, dans le navire |le son frère. Le lendemain, profitant d'une accalmie, les embarcations sortirent de la rivière et les matelots se répartirent entre les deux navires restants, sur lesquels on entassa les amarres, les ancres, les vergues et tout ce qu'on put sauver du navire naufragé, après quoi on y mit le feu. Ils firent alors voile vers Zanzibar (Francisco d*Andrada, Cronica del Rey Dom Joâo III ^ 1613, secunda parte, chap. xlvu, p. 66 et 67).
DÉPART DE DIOGO BOTELHO POUR EXPLORER MADAGASCAR, en 1529.
Le Roi de Portugal envoya de Lisbonne, en février 1529, Diogo Botelho avec la mission d'explorer la côte Sud-Est de l'Afrique et aussi l'Ile de Saint-Laurent, afin d'y chercher des nouvelles de D. Luis de Meneces et des deux navires de l'escadre de Manoel de La Cerda qui y avaient fait naufrage l'année précédente (Correa, As Lendas da India^ t. III, p. 282).
NAVIGATION DES DIEPPOIS JEAN ET RAOUL PARMENTIER « SUR LA CÔTE OCCIDENTALE DE MADAGASCAR, en 1529 î.
Le mercredi XXI°* jour de juillet 1529, la hauteur i midy i 23« 14' de lat. S., le cap en l'Est-Nord-Est. Ce jour fut veu grand'quantité d'oiseaux, par quoy nous estimions estre près de l'isle Sainct-Laurens, dite Madagascar'....
1 . Les Parmentier étaient à la solde du célèbre armateur de Dieppe Ango.
2. Ce texte est celui qu'a publié M. Ch. Schefer. M. Pierre Margry en a publié un autre, diaprés un manuscrit un peu différent.
3. Il est .probable que les deux navires ont passé aux environs àesBastas
Le samedi XXI V, ce temps continua; le soir, environ la seconde orloge du second quart, le vent changea et circuit tout soudain; tout i coup on vit la mer troublée et on jetta la sonde, et trouvasmes terre & six et à sept Lrasses, et vismes Tisle de Madagascar à quatre ou cinq lieues de nous.
Le dimanche XXY"*, nous apfochasmes de la terre, et toute la nuit vismes grands feux sur la terre K
Le lundi XXVI^S furent envoyez les deux petits batteaux à terre du Sacre et de. la Pensée. Cependant qu*ils y estoient, vinrent quatre sauvages de terre dedans un batteau faict d'une pièce de bois, environ de 15 à 18 piedz de long et de deux piedz de large environ, de la façon d'une navette de tixeran et, quand ils furent un petit près de nous, ilz s*en retournèrent. Les batteaux qui estoient de terre nagèrent vers eux, et ilz se retirèrent en la mer et abandonnèrent leur barquette. Toutefois, ceux du Sacre visèrent une autre barquette qui estoit vers Teau de nous, qu*ilz poursuivirent si bien qu'ilz en prindrent deux Mores, qu*ilz amenèrent à nostre bord, et leur fut donné des bonnets, des patenostres et du bougran [sorte d*étoQe], puis furent reportez à terre avec ungqui estoit venu de terre de bonne veille avec nos gens; mais, pour ce qu'il y avoit barre [du Manambolo], nostre maistre Michel Mery et le capitaine du Sacre ne voullurent que nos batteaux ne gens aprochassent de terre, craignant les dangers de perdre gens et batteaux; mais ung de nostre batteau, nommé Vassé, et ung du bateau du Sacre, nommé Jacques TEscossais, tous deux vaillans, gens bien délibérez,
de buUa et de Vile Europa, sur lesquelles vivent des milliers d*oiseaux, gui chaque jour volent autour de ces rochers d'où ils vont pêcher souvent à de grandes distances.
i. D*après la latitude et la distance approchée de la terre, les deux navires (*taient sur les côtes du Ménabé, par le travers de la bouche du Manambolo^ à laquelle ils donnèrent le nom de Port de la Trahison.
78 OUVBAGES ANCIENS
demandèrent congé d*aller à terre à nous, ce qui leur fut octroyé ; et, eux, arrivez là, leur firent bonne chère et les menèrent en leurs bois, où ils mangèrent de leurs fruictz ; et plusieurs vindrent avec eux, chargez d*iceux fruictz pour vendre à ceux du batteau, mais, pour ce que nous ne pouvions aprocher, noz gens s*en revinrent à nous, et les sauvages s*en retournèrent. Leurs fruictz, dont noz gens mangèrent, sont de la façon d^ungmelon ou concombre, et beaucoup plus petitz, mais, quand ils sont meurs, ils ont assez bonne douceur.
Le mardi XXVII"*, vindrent trois ou quatre Mores en une barquette, qui aportèrent ung chevreau et de leurs fruictz dessus ditz au Sacrey et on leur donna des bonnetz, du bougran [sorte d*étofre] et des patenostres. Le soir^ nous partismes de ce lieu et nous en allasmes vers le Nord-Nord-Est au long de la coste pour trouver lieu plus facile à descendre, pour avoir des eaux fresches et du bois, à cause qu*en avions bon mestier.
Le mercredy XXVIII"* au matin, furent envoyez les deux petits batteaux de la Pensée et du Sacre pour voir s'il y auroit lieu propre pour aprocher les navires plus près et avoir des eaux; et leur fut baillé quelque quantité de marchandise pour avoir des vivres, et leur fut comandé de retourner dire ce qu*ilz auroient veu, sans s'exposer sur la terre; ce qu'ilz ne firent à cause de la familiarité qu'ilz avoient eue le jour précédent avec les autres Mores du costé du Sud, et aussy que les Mores qu'ilz trouvèrent en ce lieu firent bonne chère, ostans leurs darts et les renvoyans au bois par deux garçons. Nos gens s'enhardirent et laissèrent leurs rondelles et basions aux batteaux et leur donnèrent des patenostres. Puis s'en allèrent le contre-maistre du Sacre y Jacques l'Escossais et Vassé avec eux; Pollet les suivait et encore deux autres ; ils leur donnoient à entendre qu'ilz les mèneroient là où il y a force zingembre, qu'ilz appellent chelr-
hu', ce que nos gens creurent, et sy leur faisoient semblant qu'il y avoit des foi^eurs d'or et d'ai^ent sur la terre, pour quoy se mirent aux bois avec eux, et si tost qu'ils furent ung peu devant,
C«rte de Hadagascar par Guillaume Le Teslu ' (155!)-
cenz du derrière ouïrent la voix de Jacques qui Ht une grande eiclanaation, et soudainement virent acourir le contre-mai stre et Vassé, qui venoient derrière, qui estoient suivis de seize ou
t. Les noms malgaches <tu gingembre sont Sakamalao ou Sakaviro i. Guillaume le Testn est un géographe français ilu xvi' aitcle dont le SCinistére de la Guerre possède un atlas très soigné, d'où sont extraîles les deux caries de Madagascar figurées, l'une, sur cette page et l'autre, p. 88.
dix-huit Mores tenans darts en leurs mains. Ceux du batteau firent sonner la trompette, afin que ceux qui estoient allés remplir les barilletz d*eau se retirassent au batteau, lesquels ne sçurent si tost venir qu*ilz virent tuer le dit Vassé et le contremaistre du Sacre nommé Bréant, et poursuivirent le demeurant jusques au bord de la mer, tenans déjà la chemise du premier qu'ilz avoient tué, toute sanglante; et celui qui la portoit, de despit qu*il ne sceut rattaindre le demeurant de nos gens, jetta la chemise contre terre et pilla dessus. Puis, retournèrent despouïller les autres et en prindrent chacun leur pièce, puis les vindrent laver au bord de la mer et s*en allèrent vers le costé du Sud. Nos batteaux revindrent bien tard, et, quand les capitaines et maistres sceurent la chose advenue, furent fort courroucez et marris; toutefois, aucuns aportèrent graines croissans au bord de la mer aux arbres de la forest, semblables i cubesbes, ayant quasy goust de poivre; outre plus, ilz recueillirent de Tarène d'entre la mer et la rivière, qui sembloit estre semée de petites limeures ou escailles d*or ou d'argent menu comme du sablon, et pour ce aucuns disoient qu'il y avoit nombre d'argent. Le jeudi XXIX"* jour, on fit passer une once de la dite arène par la cendre et y fut trouvé ung grain ou deux d'argent fin. Ce jour, fut dite une messe et ung Dirige pour les trespassez, et, au soir, fut délibéré de retourner au dit lieu pour avoir de leau et pour veoir s'il y avoit des mines d'argent ou d'or. Nostre capitaine et le capitaine du Sacre y vindrent au dernier quart du jour, nos deux batteaux et les deux batteaux du Sacre esquipez de mariniers et arquebusiers et avec dez futailles pour l'eau ; arrivasnics au point du jour i la terre où il y a une moult belle descente, et, de prime face, allasmes chercher les lieux où nos gens avoient esté tuez : et trouvasmes Bréant enterré hors le bois sur le sablon, ensevely en des feuilles de palme et enfoûy
CONCERNANT AIADAGASCAR 81
au sablon environ un demy pied ou trois paulmes, et, dessus, avoient mis une grosse boise sèche [un tronc d'arbre] et planté ung roseau au bout de la fosse; nou9 ostasmes ung petit de sablon pour veoir lequel c*estoit, et vismes à son visage que c'étoit Bréant, et si aperceusmes aucuns coups qu*il avoit en la poistrioe et au visage, puis fut recouvert, et entrasmes au bois pour chercher les autres; et, assez avant dedans, nous trouvasmes Jacques TEscossois tout nud, couché aux dentz [étendu le ventre contre terre], ayant diverses playes par tout le corps; fut retourné, et luy vismes la poistrine toute pleine de coups de dards et puoit déjà fort. Auprès du lieu où il estoit, nous lui fisraes sa fosse et Tensepulturasmes dedans. En retournant vers la rive, environ quelque espace de ce lieu, nous trouvasmes Vassé tout nud, couché à dentz, percé tout au travers par les reins, si qu'on luy voyoit les entrailles, et plusieurs coups de dards au dos, aux fesses et aux costes, et fut retourné; les tripes luy sortoient du ventre, et avoit plusieurs coups de dards au col et à la gorge. En ce lieu, on fit sa fosse, en priant Dieu qu*il luy plust avoir pitié de leurs âmes. Gela faict, nous relirasroes vers la fontaine qui estoit vers le Nord, environ cent cinquante pas, et y furent menez et roulez nos vaisseaux [barriques], lesquels furent légèrement emplis par la bonne diligence de nos gens avec le bon ordre qu*y mirent nos capitaines; à mesure qu'on .les emplissoit, on les conduisoit aux batteaux. Cependant qu'estions là, fut regardée l'arène et la mer qui étoit bord d*icelle, qui sembloit toute argentée, et fut conclu que c estoit mine d'argent' par ceux qui se disoient à ce connoistre; mais quand nos capitaines l'eurent bien considérée, le coust et le temps qu'il y faudroit mettre pour en avoir quantité, ilz trou
i. C'étaient en réalité de simples lamelles de mica. I. 6
vèrent qu*il y auroit plus de perte que de gain, par quoy fut conclu de ne s'y plus avrester^ Et, cependant qu'estions à emplir nos vaisseaux [barriques], nous aperceusmes dans le bois, sur la montagne, quatre ou cinq nesgres du pays et ung More blanc, qui portoient chacun une dardille ou deux, ayant le fer long, plat et aigu, bien poli, qui, parce nous, nous monstroient vers le lieu où nos gens avoient esté tuez; et nous, refaisions signe de l'autre costé, mais nous n'avions nul qui les sceust
entendre, et aussy qu'ils n'entendoient point le portugais. Hz s'assemblèrent à la fin jusques au nombre de neuf ou dix et approchèrent toujours au long de la montagne, branlant leurs dardilles. On tira vers eux plusieurs coups d'arquebuze, mais ils ne s'en effrayèrent et n'en bougèrent de leur lieu, par quoy nous estimions qu'ils ne SQavoient ce que c'estoit d'artillerie, ainsy qu'en après ilz le montrèrent assez bien. Car, sitost que nous retirasmes vers les batteaux, ils accoururent de toutes leurs puissances après nous, pensans en trouver quelqu'un escarté derrière. Mais nous estions desjà dans les batteaux avant qu'ilz fussent arrivez au bord de la mer; et s'efforcèrent de jetter leurs dards jusques dedans le petit batteau du Sacre, qui estoit plus près de terre; et, combien que tous les arquebusiers tirassent vers eux, ils n'en faisoient compte, et si n'y en eut piega [point] de frappé. On tira ung coup ou deux de passevolant [pierrier], mais poinct ne s'en effrayèrent. Toutefois, le Flament [Flamand] du Sacre, en laschant un passe-volant, en frapa ung par la cuisse, qui s'accroupit tout en ung monceau, et les autres esbahis vindrent voir que c'estoit; puis retournèrent vers nos gens pour jetter leurs dards; mais on tira encore ung passe-volant dont ilz eurent peur, et l'ung d'iceux prit son com* pagnon blessé et le chargea sur ses espaules, puis prit la fuitte vers le bois. Mais le Flament [Flamand] du Sacre tira encore
uDg coup après eux, dont plusieurs de 'nos gens disoient avoir TBu frapper par le dos et abbatre celuy qui estoit navré [blessé] et celuy qui le portoit. Toutesfois, je le vis choir et non poinct relever, et les autres de la bande s*escartèrent. Et, nous en retournant à bord, vismes venir une bande de sauvages qui venoient par dessus le sablon du costé du Sud. Nous retournez à bord, fut conclud entre nos capitaines et maistres de quitter ce lieu au premier vent servant.
Le samedy matin, dernier jour de juillet, le vent vint au Sud- Sud-Ouest et fismes voille au Ouest-Nord-Ouest et passasmes plusieurs bancs à quatre, i cinq, à six et à huit brasses. A midy, à dix lieues de la terre, fut prise la hauteur & 19 degrez justes, selon la déclinaison des Portugais [et, selon la déclinaison de M. Pierre Monder, astrologue du Sacre, nous estions à 23 degrez 52 minutes]. Et environ midy, vismes plusieurs bancs venans de quelques costez, que Ton estimoit bancs du commencement» mais ce n*estoient qu*herbes et ordures; et, vers le Nord, enviroû 7 à 8 lieues, on voyoit de grans brisans qu*on estimoit bancs ou battures; et si on vit de la hune une isle ou deux, et, vers le soir, nous en vismes sept, et ancrasmes auprès de la sixiesme; et entre ces isles, et bien cinq ou six lieues outre, sont ))lusieurs banos et battures.
Le premier jour d'Aoust, jour de saint Pierre et dimanche, nous descendlsmes en la cinquiesme isle, nommée par nos capitaines VAndouîll^y à cause qu*eUe est longuette et grosse, et y fut dit la grand messe sans consacre, et y passasmes le demeurant de la journée à Tancre *.
1. Ces Iles sont indiquées sur les cartes sous le nom d'Iles Barren on Iles
Stériies^ nom que leur a donné Van Keulen en 1753 (DroogtensEylanden).
Ribero, en 1529, et la plupart des anciens cartographes les appelaient Basses
de Pracel fc'est-à-dire Bancs d'écueils]. Entourées de bancs dont elles for-
Bieilt les limites au Sud et au Sud-Ouest et qui se prolongent sur la côte de
Le luiidy deuxiesme jour d'aoust au matin, nous déhallasmes, et fut mis le cap à TOuest, et jusques i midy fut toujours envoyé le petit batteau au devant avec la sonde, et trouva-t-on encore plusieurs bancs et plastières [hauts-fonds] jusques environ six lieues de la sixiesme isie, où nous avions ancré, et la compagnie de toutes ces islés furent nommées les Mes de Crainte [les Iles Stériles actuelles] à cause des craintes qu^elles nous donnèrent; et chacune à son i part fut nommée d*un nom propre : la !'•, prochaine de terre ferme, Vfsle Majeure [Nosy lava]; la 2% V Enchaînée [Nosy Dondosy] ; la 3% La Doquillone [Nosy Andrano] ; la 4*, Lintille ou V Utile [Nosy Mangily]; la5', Vhle Saint- Pierre [Nosy Androtra] ; la 6', VAndouîlle [Nosy Maroantaly] ; la !•, VAvanturée [Nosy Mavony], et le lieu où nos gens furent tuez, fut nommé .le cap de Trahison. Le. soir, fismes petite voile au Ouest-Nord-Ouest.
Le mardy troisiesme jour, i midy, il calmoit, et la mer grosse et fascheuse, et fut nommée la Mer Sans Raison. Et est à sçavoir que, depuis que nous commençasmes à doubler le cap de Bonne Espérance, les gens de noz navires commencèrent à devenir las, faillis et vains, ayant maladies de reins et aucuns aiguillons de fîebvre '; autres avaient mal de jambes, qui se faisoit comme
Madagascar jusqu'au cap Saint-André, elles méritaient bien le nom dalles de la Crainte, que leur ont donné les frères Parmentier.
1. C'était le scorbut qui produisait ces maux. En voici les symptômes, tels que les donne François Martin de Vitré {Premier voyage des Français aux Indes Orientales en /tf0/-/6'02, 1609, p. 186-187) : « Les accidents qui accompagnent le scorbut (scurbut des Flamands, ce qui signille ventre ouvert) sont une dureté de rate, une pesanteur et tension aux hypochondres, une grande difficulté de respiration, une tumeur œdémateuse des jambes et des pieds, de la douleur aux reins, de la lassitude dans Tépine dorsale et surtout dans la région lombaire, de la dureté dans les parties nerveuses, de la douleur dans les muscles des bras et des jambes ; la couleur du visage est souvent blême, parfois jaunâtre; Thaleine devient puante, les gencives sont pleines de petits ulcères avec surcroît d'une chair baveuse et livide qiii couvre parfois toutes les dents et empêchl3
par taches roeurdries de gros sang, et aucuns avoient les jambes et cuisses couvertes de pourpre, sans les autres maladies qu'aucuns avoient gagnées par leurs mérites en nostre terre avant que partir,. comme les maladies vénériennes....
Des Isles de la Crainte [Iles Stériles], les Parmentier firent voile vers le Nord et gagnèrent Tarchipel des Gomores qu*ils atteignirent le 8 août, mais sans s*y arrêter {Le Discours de la Navigation de Jean et Raoul Parmentier, par Gh. Schefer, ISSS^ et P. Hargry, Navigation des Dieppois dans les mers Orientales, [Bull. Soc. Normande de Géographie, mai-juillet 1883, p. 183- 184, et 233-238J).
BUARTE ET DIOGO DA FONSECA SONT ENVOYÉS À MADAGASCAR À LA RECHERCHE DES PORTUGAIS NAUFRAGÉS (1530).
r Relation de Gorrea. — Le Roi de Portugal envoya, en 1530, Duarte da Fonseca dans un petit vaisseau et son frère Diogo da Fonseca dans une caravelle latine avec la mission d'explorer les rivières et les ports de Tlle de Saint Laurent [Madagascar] et de rechercher les navires qui s'étaient perdus sur ses côtes pendant les dernières années et dont Nuno da Gunha lui avait donné avis. Duarte contourna le Sud de Tlle, longeant de près la côte avec une petite voilure; il vit beaucoup de feux, mais
rasage des aliments solides; les veines paraissent fort grosses et noirâtres; le veDtre est presque toujours constipé et néanmoins on est tenu à faire de grands efforts comme si le ventre devait s'entr*ouvrir. Il y a des malades dont toute la peau est couverte de pustules livides, qui, au début, ressemblent à des morsures de puces, mais qui ensuite deviennent malignes et dégénèrent en ulcères noirâtres et très douloureux. La plupart de ceux qui sont attaqués de cette maladie meurent en peu de jours, 8*ils ne sont secourus avec soin ; les autres deviennent bouffis. On a ouvert plusieurs des Français morts du scorbut et nous avons trouvé, cbex les uns, des tumeurs de la rate, chez les autres, les poumons aussi secs que du parchemin roussi, ou bien dans le foie et les poumons des ^cès qui jetaient une boue puante et noirâtre. »
8é OUVRAGES ANCIENS
quoiquilmtt son navire en panne pendant des journées entières, aucune pirogue ne vint de terre le visiter; il finit par entrer dans une grande baie [baie d*Ampalaza ou baie des Masikoro?] et, ayant mis à Teau la seule embarcation qu*il possédait, il y monta avec dix hommes et des matelots pour aller à terre, mais, auprès du rivage, une vague sourde la fit chavirer et tous ceux qui y étaient périrent. On vitTaccident du bord, mais on n'avait aucun moyen de les secourir. La barque, qui était entraînée la quille en Tair par les courants vers le large, ayant passé près du navire, plusieurs matelots se jetèrent i la nage et réussirent à y attacher une corde àlaide de laquelle on put la ramener à bord. Le maître et le pilote mirent alors à la voile avec Tintention de se rendre à Mozambique, mais Diogo da Fonseca, qu'ils rencontrèrent peu après, ayant été mis au fait de cette catastrophe, prit le commandement du navire de son frère et continua i longer la côte. Arrivé à un grand port [baie de Ranofotsy?] qui n*avait pas de barre et où il aperçut une fumée épaisse, il fit jeter Tancre. Peu après, il vit un feu qu'on allumait tout au bord de la mer; il envoya à la découverte une embarcation qui ramena cinq Portugais, quatre échappés au naufrage du navire de Manoel de La Cerda et un appartenant i un autre navire, et, de plus, un corsaire français. Ces hommes lui dirent qu*il y avait beaucoup de naufragés portugais vivant dans l'intérieur de l'Ile, mais qu'il ne serait pas possible d'aller les y chercher. Diogo da Fonseca se décida alors à gagner Mozambique, d'où il partit pour l'Inde en avril 1531 (Correa, As Lend/is da India, t. III, p. 385*).
1. Francisco d'Andrada, dans son récit (Cronica del Rey Dom Joào Ifï, 1613, secunda parte, ch. lxiiii, p. 89 et 91), copie textuellement Correa. Il y ajoute seulement que le naufragé français était un matelot venu à bord d*un navire de Dieppe qui s*était perdu dans ces parages, il y avait de nombreuses années, et qui faisait partie d*un groupe de trois vaisseaux destinés aux Indes. Il ne parle aussi, comme Barros du reste, que de quatre naufragés Portugais, et non pas de cinq.
T Relation de Sarros. — Le Roi de Portugal, ayant eu connaissance des naufrages de Manoel de La Cerda et d*Aleixo d*Abreu en 1527 et de celui de Nuno da Gunha en 1528, envoya en 1530 au secours de ces naufragés deux navires sous le commandement des deux frères Duarte et Dîogo da Fonseca. Le premier, ayant jeté Tancre dans une vaste baie [baie d*Ampalaza ou baie des Masikoro?], s*y noya avec dix hommes en cherchant à descendre à terre dans sa chaloupe. Quant à Diogo, il longea la côte et, apercevant des feux allumés au fond d*un port [baie de Ranofotsy ?] , il y entra et recueillit quatre Portugais et un Français .
Ne pouvant espérer retrouver les autres naufragés qui, lui dit-on, étaient dispersés au loin dans Tintérieur de Ttle, il se rendit à Mozambique.
Comme nous le verrons plus loin, les matelots d*un navire hollandais venant de Java, qui s'est mis i la côte dans la baie «le Sainte-Luce vers 1600, y ont trouvé des gens qui sont venus à eux pendant qu*ils coupaient des arbres pour construire un bateau et qui, les prenant pour des Portugais, leur parlèrent portugais, disant qu*ils étaient petits-fils de naufragés portugais [probablement des compagnons de La Garda et d*Abreu], ce que ni leur couleur ni leur habillement n'eussent cependant pu faire supposer à la première vue. Ils racontèrent que le capitaine du navire qui s*était perdu jadis avait sauvé tout son monde et avait fait la conquête du pays, que les matelots s'étaient mariés et avaient eu beaucoup d'enfants dont ils descendaient, et ils demandèrent qu'on leur envoyât des prêtres pour les instruire dans la religion de leurs pères. Quand les Hollandais eurent achevé leurs bateaux, ils partirent et s'en furent à Bantam (ville de Java), où ils donnèrent connaissance de ces faits au frère portugais- A thanase, qui y était alors prisonnier et qui les rapporta ensuite à l'archevêque de Goa Dom Frey Aleixo de
W OUVRAGES ANaENB
Meneces, qui fut plus tard gouverneur de l'Inde de 1607 à 1609 (Barros, t. VII, p. 258).
VOYAGE Â L'ILE SAINT-LAURENT PAR UN GRAND CAPITAINE FRANÇAIS, vers 1539.
Vers 1K39, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, à tSOO lieues dans l'Est-Nord-Est, on trouve l'Ile de Saint-Laurent,
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Carte de Madagascar par Guillaume le Teslu (1SS5).
autrement nommée Madagascar, qui a 370 lieues de long et environ 80 lieues de lai^e. Cette lie, qui est sous le tropique du
Capricorne, est habitée par une population guerrière et cruelle; les Portugais y sont venus jadis, mais ils n*ont pas continué à V commercer à cause de Taridité des deux côtes. Les habitants ont pour armes des javelots terminés par des pointes en fer, sortes de pertuisanes, dont chaque homme d*ordinaire porte deux (Discorso d*un gran capitano di mare francese di Dieppa ^ sopra le navigationi fatte alla terra nuova delF Indie occidentali, chiamata la Nuova Francîa, e sopra el Brazil, Guinea, Isola di San Lorenzo, Sumatra, etc., Terzo volume délie Navigationi et viaggi di ttamusioj 1565, t. III, p. 429 [verso] ; Estancelin, Recherches sur les navigateurs normands^ Faxis^ 1832, p. 195 et 240; et Vitel, Histoire des anciennes villes de France, t. II, p. 67-1 1 1 [Relâche du Sacre et de la Pensée à Madagascar et aux Maldives]).
DIOGO SOARES VISITE MADAGASCAR, bn 1543.
Le douzième gouverneur de Tlnde, Martin Alfonso de Sousa, a envoyé de Gochin, en 1543, Diogo Soares' avec une caravelle et une barque pour aller s'enquérir dans Tile de Saint-Laurent des nouvelles de son frère Pero Lopes de Sousa qu'il croyait s*ètre perdu sur les côtes de cette lie. Diogo Soares y alla et se livra à des vols et à des pillages. 11 revint à Goa en mai 1543, rapportant de ses déprédations beaucoup d'argent et de nombreux esclaves (Correa, As Lendas da India, t. IV, p. 266 et p. 275).
1. Certains auteurs pensent que ce c gran capitano francese » n'est antre que Jean Fonteneau, dit Alphonse de Saintonge, que plusieurs historieDS font atterrir dans la baie de Boina en 1543 ou 1545. Ramusio, en déclarant qu*il est originaire de Dieppe, veut peut-être simplement dire qu'il dépendait de ce port comme capitaine, mais, d'autre part, il donne, p. 417 (verso), des renseignements qui semblent infirmer cette identification (G. Musset, Jean Fonteneau, BuH. Géogr, histor, et desaipl.j 1895, p. 275, et Froidevaux, Jacques Pronis, Revue historique, 1900).
2. Diogo Soares était un gentilhomme galicien qui était venu dans Tlnde eD 1526 à la suite de plusieurs meurtres qu*il avait commis au Portugal.
9e OUVRAGES ANCIENS
DESCRIPTION DE L'fLE DE MADAGASCAR . PAR ALPH. DE SAINTONGE ET RAULIN SECALART (1545) >.
Et en lest de ce cap Gourint [cap Corrientes], environ cent trente lieues, est Tisle de Sainct Laurens appellée Madacasca [Madagascar]. Geste isle de Sainct Laurens est instituée Nord- Est et Surouest, et a deux cens cinquante lieues de longitude et quatre vingtz et cent lieues de latitude, et le hault d'elle est par les vingt et quatre degrez de la haulteur du polie antarlique ; et entre elle et le cap de Gourrant [cap Corrientes], il y a ung maulvais rochier d^une isle perdue qui est quasi au ineilleu de la mer d*entre la terre et Tisle et dure bien dix ou douze lieues de rondeur et est dessoubz le troppique de cappricorne et s'apelent les bancs de la Juifve [bancs de la Juive et rochers d'Europa], i raison d'un navire qui estoit à ladicte Juifve, qui se perdit en eulx. Et au septentrion d*eulx est Tisle de Sainct Esperit [Nosy Vao?], et aultres cinq isles qui sont auprès d'elle. Celle de Sainct Esperit est à cinq lieues du cap de Saincte-Marie [Cap Saint-André actuel] de ladicle isle de Sainct Laurens et, du costé devers le TEst-Nord-Est, y a cinq ou six isles et sont toutes peuplées de gens blans, et sont, la plus près, de cinquante jusques i cent lieues de ladicte isle de Sainct Laurens; et, au Nord-Est d'elles, y a trois isles, qui sont l'Est et l'Ouest l'une de l'autre.
1. Alphonse le Saintongeois, de son vrai nom Jean Fonteneau, est un célèbre capitaine-pilote de François I«'. On lui doit les Voyages adventureux de Jean Alfonse qui ont été publiés en 1559 (voir plus loin, p. 95) et une Cosmographie composée « pour faire service au Roy », qui est encore manuscrite et d'où est extrait le chapitre ci-dessus. Quoique cette Cosmographie porte accolé à son nom celui de Raulin Secalart, il ne semble pas douteux que ce dernier n*est pour rien dans cette œuvre, qu*il a quelque peu altérée ou mutilée pour faire croire à sa collaboration (voir la Biographie de Jean Fonteneau, dit Alphonse de Saintonge, par M. Georges Musset, Bull, de Géogr. historique et descriptive, 1895, n« 2, p. 275-295).
CONCERN.UIIT MADAGASCAR 9t
et la plus près de Soioct Laureos est à cent lieues et l'aultre à cent trente lieues et l'aultre à cent quarente lieues, et sont de six d^rez et demy jusque» i sept degrez de la haulteur du polie antartique ; et, en l'Est-Ouest de ladicte isle, y a deux isles perdues
Carie de Madagascar par Alphonse le Saiaiongeois.
faîcles en rochiers, qui sont dangereux et sont bien loïng de iadicte isle. Geste isle de Sainct Laurent, du couslé de Norouest d'elfe, est toute plaine de rochiers et de petites isles qui entrent bien en la mer trente lieues, et, devers le Suest d'elle, y a trois ou quatre petites isles peuplées de gens. El, en l'Est-Nord-Est d'elles, y a forces bans et baptures [écueils, hauts-fonda]. Et
ainsi que ladicte isle de Madagasca [Madagascar], par toutes les parties d*elle, est toute environnée d^isles, bans et rochiers, auprès d elle et long d*elle ainsi que monstre la figure ci-jointe. Tournant au cap de Courrans [cap Gorrientes] , je ditz que, dudit à Myne Safalle [Sofcria, le pays des mines] qui est le commancément de TEstiopie orientale, y a quatre vingtz lieues et la roule gist Nord et Su. Safalle [Sofala] est par les dix neuf degrez et demy de la haulteur du polie antartique*. Et, en ce chasteau de la Myne safTalIe [Sofala, pays des mines], y a de Tor, et icy feit faire le Roy de Portugal ung chasteau pour trafiicquer avec ceulx de la terre.
La terre est fort chaude, et sont les gens noirs, comme ceulx de Saint Lorens, toutesfoys ilz sont de meilleures gens que ceulx de Sainct Laurens; car ceu-la de Sainct Laurens sont maulvaises gens, et ne veulent trafficquer avec personne que eulx mesmes ; et le Roy de Portugal y a eu aultrefoys une festurye [factorerie] et luy ont tué trois cens gens. Geste terre de Saffélle [Sofala] s'appelle la Myne [mine] neufve, et baillent beaucoup d*or pour petite chose. Mais pour raison d*un cappitaine portugalloys qui leur feit quelque fascherye, les gens de la terre mirent le chasteau par terre et tuèrent tous ceulx qui estoyent au dedans, et ne voullurent plus trafRcquer avec eulx, ne auculnement les veoir; aultant en ont faict ceulx de Tisle de Sainct Laurens.
La terre est bonne, et se cueuille en ladicte isle de Sainct Laurens forces gymgambre [gingembre] blanc et de bons sucres et y a de la perrerie [des pierres précieuses] et de Tor en pouldre, et, de Myne SafTalIe [Sofala] à Massambie [Mozambique], y a soixante et cinq lieues', et la route est Nordest et Surouest,, et prent ung quart de Nord et Su et est coste fort dangereuse,