‹ Collection des ouvrages anciens concernant MadagascarChapitre 23 sur 117 · DESCRIPTION DE L»1LE SAINT-LAURENT, PAR RAMUSIO · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE L»1LE SAINT-LAURENT, PAR RAMUSIO

L'île de Saint-Laurent est plus grande que les royaumes de Castille et de Portugal réunis; elle s'étend de 12« à 26M/2 de latitude Sud, et elle est très peuplée, autant à cause de son climat tempéré qu'à cause de Tabondance de ses productions Daturelles, car elle produit tout ce qui est nécessaire i la vie des hommes. Cest une des îles les plus nobles et les plus excellentes qu'on ait découvertes dans ces derniers temps. On n'en a encore visité que quelques ports ; le reste du pays est inconnu (Discorso sopra li viaggi délie Spetierie [Spezierie], Ramusio, Xavigalionieviaggi, l'edit., 1350, 3* édit., 1563, t. I, p. 373 E).

EXPLORATION DE MADAGASCAR PAR BALTHAZAR LOBO DE SOUSA, en 1557».

Le lo mars 1556,1e Roi envova dans l'Inde une flotte sous les ordres de D. Joâo de Meneces de Siqueira et donna des instructions pour que le vice-roi Francisco Barreto (qui en avait pris le gouvernement général le 16 juin 1555 à la mort de Pedro Mascarenhas) envoyât une personne de confiance explorer les ports de l'île de Saint-Laurent; il pensait qu'on trouverait peutêtre dans cette île quelques-uns des naufragés des navires Bui*galem et Santa Cruz^ qui avaient disparu en se rendant en Portugal en 1553 * et qu'on supposait avoir échoué sur ses côtes, et

1. Francisco d'Andrada, dans sa Cronica del Rey Dom Joâo llly 1613, is* partie, ch. cxx et cxxi, verso de la p. 145 et recto et verso de la p. I W, a reproduit presque textuellement le récit de Diogo do Couto, à l'exception de la dissertation sur la géographie ancienne. Nous ne donnons donc pas la traduction de ce passage et nous nous contenterons de mettre en note les quelques différences que présentent les deux textes, i. Ft. d*Andrada dit que la Burgalesa est partie de Lisbonne en 1550 et la Santa Cruz en 1553.

il désirait ea outre qu'on recherchât Tendroit le plus favorable pour rétablissement d'un port de relâche. Il recommandait aussi qu'on vécût en bonne amitié avec les chefs de la côte, qu'on nouât avec eux des relations commerciales et qu'on se renseignât sur la possibilité de convertir les indigènes â la foi chrétienne (Diogo do Couto, Asia portugUésa^ Dec. VII, liv. m, ch. VI, p. 216).

Francisco Barreto, pour obéir aux ordres du Roi, envoya â Tîle de Saint-Laurent Balthazar Lobo de Sousaav^c une caravelle etdeux/'wstos ou embarcations pouvant naviguera la rame, ces dernières sous les ordres de Joâo Gallego et de Pero Rodrigues Barriga, et il leur remit une copie du message du Roi, à laquelle il ajouta ses recommandations personnelles {Loc. cit., ch. VII, p. 224).

Parti de Goa', Balthazar Lobo de Sousa s'en alla à Tlle de Saint-Laurent dont il longea la côte occidentale, et il ordonna aux navires à rames d'en reconnaître tous les ports, d'en bien fixer la position, d'y prendre des sondages et aussi de s'enquérir s'il n'y avait pas quelques naufragés portugais à terre. Quant à lui, il resta dans la baie de Mauzalage [^Mabajaraba'. trafiquant avec les indigènes. Il y a des personnes qui prétendent qu'il y avait là un roi chrétien avec quelques sujets; mais nous ne le savons pas d'une manière sûre; nous avons seulement entendu parler de ce fail par son fils Diogo de Sousa qui disait le tenir de son père.

Nous n'avons rien de plus à dire de ce voyage et nous allons donner m. \intenanl la description de Tile de Saint-Laurent et de^ Cônu»r^> qui en M^iut voisines.

L'îîo !t^ Saint-Laurent, que It-s a'jî^urs ap:*^Ilent Sladaxras<*ar,

Il Madagascar, t. I, p. 98 ^'

Sous son ri'gne, l'empire colonial poriuRai',

a 290 lieues de long sur 100 de large*; sa plus petite largeur est de 50 lieues. Elle commence à HM /2 et finit à 25° 1 /2 de latitude Sud*. Les indigènes sont moins foncés que les Cafres, mais moins clairs que les Maures qui habitent la côte. Hommes et femmes ont les cheveux longs et sont bien bâtis. On présume que celle île a été jadis conquise par les Javanais et que la population de TEst est composée de métis de ces Javanais et lies indigènes -. Elle est régie par une foule de chefs, qui sont continuellement en guerre les uns avec les autres, et avec lesquels nous n'avons pas de rapports, parce qu'on n'a pas encore visité l'intérieur du pays et qu'on n'a pas noué de relations commerciales avec ses habitants qui sont ennemis des Portugais comme, du reste, des Maures; les étrangers, pour quelque motif qu'ils pénètrent dans le pays, sont promptement mis à mort. Les Maures de la côte de Malindi, qui viennent d'ancienne date à Madagascar, y ont fondé deux villes, où vivent encore aujourd'hui leurs descendants sous l'autorité de Cheiks ; lune est dans une île située au milieu d'une baie nommée Manzalage [Boina] dont nous allons parler tout à l'heure, et l'autre sur la côte Nord-Est dans une autre baie nommée Bimaro Vohémar]. Le vrai nom de l'île de Saint-Laurent est Ubuque^y comme l'appellent les indigènes et les Maures qui naviguent dans ces parages. Les géographes présument que c'est l'île Ménuthias dont parle Ptolémée, mais nous avons à ce sujet quelques doutes que nous exprimerons tout à l'heure. Les modernes la nomment

1. Fr. d'Andrada donne à Madagascar 200 lieues de long sur 80 lieues dt- large en moyenne, ajoutant que sa plus grande largeur atteint 100 lieues et que sa plus petite est de 50.

t La latitude exacte des caps Nord et Sud sont 12o57'i7' et 25o38'5r>\

X Fr. d*Andrada ajoute que ces indigènes devaient être des Cafres venus de la côte Sud-Est de l'Afrique.

î. Bouki est le nom donné à Tlle de Madagascar par les habitants de la cùU' du Zanguebar, les Souahili, et par suite par les Arabes.

Madagascar et les Portugais tic de Saint-Laurent parce qu'elle a été découverte le jour de la fête de ce saint.

La rivière ou la baie de Manzalage [baie de Boina], dont nous venons de parler, est par 16° 1/2 de latitude Sud * ; elle est grande, belle, et a, en son milieu, un îlot semblable à celui de Mozambique, qu'on appelle Sada et où habitent des Maures ' ; car sur toute la côte d'Afrique, de Malindi à Sofala, et dans File de Madagascar, les Maures se sont toujours établis dans des îlots afin d'être à l'abri des attaques des Cafres. Tout le tour de la rivière ou baie de Manzalage [baie de Boina] est sous l'autorité d'un roi qu'ils appellent Lingi [Raolingy] ', et dont le royaume s'étend jusqu'à une autre rivière, la Duria [Sofia], dont l'embouchure est par 15° de latitude Sud* et qui prend sa source dans la région orientale et traverse les terres d'un autre roi nommé Tumgumaro [Itongomaro], le plus puissant de tous ceux de l'île; ce roi fait continuellement la guerre à ses voisins et vend ses prisonniers aux Maures de l'île Sada. Tous ces esclaves sont ensuite achetés par les Portugais. Au Nord de la rivière Duria [Sofia], il y a une baie, qu'ils nomment Sinamario \Sahamadio, Narendryl, sur le bord de laquelle vit un chef dont les Etats s'étendent au loin dans l'intérieur; et en avant, du côté de la pointe septentrionale de l'île, sur la côte Nord-Est [Nord-Ouest], il y a une autre baie nommée Tararango [Antararango ou Sada, la baie actuelle de Radama], qui est par 1 3° 1 /2 de latitude Sud " et que gouverne un autre roi. De là à la pointe Nord de l'île, où commence la côte Est, il v a deux autres rois et d'autres baies et cours d'eau.

Page 1