DE LA • NOSSA SENHORA DA BARCA >, COMMANDÉE
PAR D. LUIS FERNANDES DE VASCONGELLOS, bn 1559.
Des six navires qui partirent en 1359 de llnde pour le Portugal, Tun d'eux, la Nossa Senhora da Barca, qui quitta Cochin à la fin de janvier de cette année et dont D. Luis Fernandes de V^asconcellos était le commandant, fut surpris par un cyclone dans les parages de Tile Saint-Laurent et, comme il avait déjà 20 paumes d'eau ^2 mètres] dans la cale et qu'il ne gouvernait plus, le pilote chercha à le diriger vers cette île qui était la terre la plus proche; mais les officiers, se voyant perdus, dirent en secret au commandant que, puisqu'ils n'étaient plus qu'à 12 ou 15 lieues de la côte Ouest de l'ile de Saint-Laurent, tous ceux qui le pourraient devraient se sauver dans l'embarcation. D. Luis Fernandes écouta ces paroles avec calme, et, sans avoir l'air troublé ni ému, il fit mettre le bateau à la mer et le fit gréer; le navire s'enfonçait si vite qu'on n'eut que le temps d'y embarquer six matelots avec un baril d'eau, un sac de biscuit et deux ou trois caisses de marmelade; une fois dans le bateau, Vasconcellos choisit les personnes qu'il voulait emmener avec lui, se tenant à distance du navire afin d'empêcher que tous les gens du bord s'y précipitassent et le fissent chavirer. Quand il y en eut soixante, les officiers le prièrent de n'en plus prendre, parce que c'était
1. M. GafTarel a donné en 1878 une nouvelle édition de cet ouvrage.
tout ce que pouvait porter cette embarcation, et il donna Tordre de mettre à la voile. Mais s'apercevant que le Père Fr. Fernando de Castro, de famille noble, était resté à bord où il confessait les matelots, il se rapprocha. du navire pour le prendre dans Tembarcation et lui fit dire qu'il ne partirait pas sans lui. Le Père, mû par la charité, répondit qu'il lui importait davantage de sauver les âmes des 200 hommes et plus qui restaient sur le navire que de sauver sa vie. D. Luis Fernandes et ses compagnons lui demandèrent alors de prier pour eux et ils mirent à la voile, laissant le reste de Téquipage dans les pleurs et les sanglots. Ils étaient à peine partis que le navire s'abîma dans la mer, ce qui leur fut un spectacle douloureux.
Se recommandant à Dieu, ils suivirent la route que le pilote crut la bonne, et le lendemain ils arrivèrent par 20** 1/2 sur la côte occidentale en vue de la baie de San lago [baie de Tsingilofilo, au Sud de Morombé] ; contournant le Sud de Tîle, ils s'en allèrent à la côte orientale, n'ayant pour se nourrir que le peu de vivres qu'il y avait dans le bateau et qu'on leur distribuait en rations si petites qu'elles ne suffisaient pas à les rassasier. D. Luis Fernandes de Vasconcellos ne prenait rien de plus que les autres et, pendant tout ce voyage, il se montra si humain et si bon que ses compagnons en étaient réconfortés et consolés.
Ils s'arrêtèrent à divers ports de la côte Est, mais sans débarquer; les indigènes leur apportèrent quelques volailles que D. Luis Fernandes ordonna de garder pour les malades, ne consentant pas à en manger une seule, quoique tout le monde l'en priât. Ils se nourrirent surtout de coquillages et de poissons, qu'ils prenaient sur les plages où ils accostaient; il y en eut qui mangèrent des serpents d'eau et autres bêtes dangereuses. Nos compatritotes ont trouvé, dans quelques-unes de ces baies, des individus qui leur ont paru être des Javanais; d'où ils
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ont conclu que la côte de TEst a été peuplée par les Javanais, dont les indigènes parlent la langue. Quant à nous, nous croyons pouvoir assurer que ces individus étaient des naufragés, ou des fds de naufragés, venus à bord de navires qui se sont perdus dans ces parages; il ne nous semble pas admissible en effet que, s'ils eussent été les descendants de Javanais venus dans Tîle il y a fort longtemps, ils parlassent encore la langue de leurs ancéires et qu'ils eussent le teint cuivré, car ils eussent certainement perdu leurs usages au contact journalier des indigènes. Nous ne nions pas cependant que cette côte ait pu jadis être conquise et peuplée par les Javanais, comme le pensent beaucoup d'auteurs. Ils s'en allèrent ainsi dans leur bateau, longeant la côte orientale de l'île et voguant vers le Nord ; dans une baie, qui est située par 13** de latitude Sud * et qui est très grande et fort belle [baie de Vohémar], ils trouvèrent une galiote qui, partie de l'Inde pour Mozambique, avait été forcée par les vents contraires d'y relâcher. Quand ils eurent aperçu ce navire, ils furent très joyeux. Son capitaine, ayant reconnu D. Luis Fernandes de Vasconcelles, lui fit le meilleur accueil ainsi qu'à ses compagnons, et les recueillit à son bord. Ils hivernèrent dans cette baie, en attendant les vents favorables pour aller à Mozambique (Diogo do Couto, Da Asia, Dec. VII, liv. vni, ch. i, p. 175-179).
DESCRIPTION DE L'ILE DE MADAGASCAR, PAR MARMOL*, vbrs 1565.
Les habitants de l'île que nous nommons Saint-Laurent l'appellent Magadaster ou l'ile de la Lune'; elle est proche du con-
1. La latitude exacte de la pointe de Vohémar (Vohi marin a) est i3'»21'15'.
2. Louis Marmol-Carvajai est né à Grenade vers 1520; il suivit les armées (le Charles V en Afrique pendant vingt ans. Il y fut fait prisonnier et resta en captivité pendant sept à huit ans, parcourant la Barbarie et l'Efîypte.