‹ Collection des ouvrages anciens concernant MadagascarChapitre 42 sur 117 · NAUFRAGE D'UN NAVIRE HOLLANDAIS DANS LE SUD-EST · texte numérisé non relu

NAUFRAGE D'UN NAVIRE HOLLANDAIS DANS LE SUD-EST

DE MADAGASCAR, vers 1600.

i"" Relation de Barros. — Vers 1600, un navire hollandais, venant de Java avec une cargaison d'épices, s'est mis & la côte dans la baie de Sainte-Luce. Les matelots de ce navire étaient en train de couper des arbres pour construire une embarcation avec laquelle ils pussent se rendre à Bantam, lorsqu'ils virent venir des indigènes qui, les prenant pour des Portugais, les embrassèrent en leur disant en portugais qu'ils étaient petits-fils de leurs compatriotes*, quoique la couleur de leur peau et leurs vêtements n'eussent pu le faire soupçonner; ils demandaient avec instance s'il y avait avec eux des Pères. Quand ils surent qu'ils se trompaient et que ces naufragés étaient des Hollandais, ils leur racontèrent qu'autrefois un navire aussi grand que le leur s'était perdu dans ces parages, que l'équipage s'était sauvé à terre, que le commandant s'était rendu maître de cette partie de l'ile, que tous avaient pris femme parmi les indigènes et avaient eu de nombreux enfants, dont ils descendaient, et que, comme leurs grands-pères et leurs pères exprimaient toujours le désir d'avoir des Pères pour les instruire, eux aussi avaient la même volonté. Une fois l'embarcation construite, ces Hollandais s'en furent à Bantam (ile de Java), où ils racontèrent cet épisode à leurs compatriotes et à Athanase de Jésus, frère augustin portugais qui était leur prisonnier; ils dirent que, faute d'instruction religieuse, ces individus commettaient des

1. Ces métis descendaient probablement des compagnons de Pero Vaz o .Roxo et de Père Annes Frances, qui ont naufragé vers 1527 dans le Sud de Madagascar, et auxquels se sont joints, après avoir traversé Tile de TOuestà TEst, les matelots des navires de la Cerda et de d'Abreu, qui s'étaient perdus dans la baie de San lago, cette même année (voir p. 58 et 60).

erreurs capitales en question de foi, ressemblant plus sous ce rapport aux sauvages avec lesquels ils vivaient qu'à leurs pères portugais. Le frère Athanase donna avis de toutes ces choses à Dom Frei Aleixo de Meneses, qui était alors archevêque de Goa et gouverneur de Tlnde, et qui est aujourd'hui archevêque de Braga et vice-roi du Portugal; avec le zèle qu'il a toujours déployé pour la conversion des infidèles, ce prélat recommanda tout particulièrement aux pères Jésuites qui partirent avec D. Estevâo de Taide pour prêcher l'Évangile dans le Monomotapa, à Mozambique et dans les ports voisins, de tâcher d'avoir des renseignements plus précis sur ces métis pour pouvoir les secourir, s'ils en avaient besoin (Barros, Da Asia portuguesa, Dec. IV, 1613, liv. m, ch. n, p. 263-264*). 2° Relation du frère Athanase. — Étant prisonnier dans une île de la Sonde, j'y ai vu arriver un navire venant de l'ile que les Hollandais nomment Maurice et qui est inscrite sur nos cartes sous le nom de Diogo Rodrigues ; ce navire apporta la nouvelle qu'un bâtiment hollandais de 800 tonnes, armé de 50 canons, le plus grand de tous ceux qui, jusque-là, avaient passé de Texel aux Indes et le même qui vint en rade de Goa du temps d'Ayres de Saldanha ', en s'en retournant en Europe avec la plus riche cargaison qui ait été envoyée de l'Inde en Hollande, s'était perdu complètement sur la côte de l'ile de Madagascar, que nous nommons S. Lourenço. Les naufragés ne purent sauver que quelques pierres précieuses et vinrent en un lieu qui porte sur la carte le nom de Santa-Luzia [port de Sainte-Luce ou Manafiafy], avec l'intention de s'y fortifier et de construire un bateau. Les naturels leur témoignèrent beaucoup d'amitié,

1. Il y a lieu de remarquer que la quatrième décade, que Barros a laissée inachevée, n'a été imprimée qu'en 1613.

2. Ayres de Saldanha, 36« gouverneur et 18* vice-roi de i'Inde portugaise, a été en fonctions de 1600 à 1604.

leur demandant, en les voyant blancs et blonds, s*ils étaient portugais et s*ils amenaient des Pères.

Ceci m*a été raconté par des gens qui en venaient et qui m*ont assuré, ce dont je ne puis douter d'après ce qu*ils m*ont dit, que les habitants de ce pays sont blancs et blonds et de belle apparence, que quelques-uns portent pendues au cou des croix grossières et mal faites, qu*ils se disent tous Portugais et ont des noms de saints ou de saintes, qu'ils appellent Portugal le pays où ils vivent et qu'ils ont dans les rues de leurs villages de grandes croix de bois mal travaillées, il est vrai. Ils avaient dit aux Hollandais que le roi qui régnait alors sur le pays était petit-fils d'un des nombreux Portugais naufragés, lequel ne pouvant retourner en Europe devint un potentat à Madagascar, avec l'aide de ses compagnons qui étaient tous bien armés.

Les habitants de cette partie de l'Ile étaient tous fils, petitsfils ou descendants de Portugais, et ils montrèrent aux Hollandais le tombeau de leur premier roi, le capitaine du navire perdu, avec une croix fort belle à la tête et une pierre sépulcrale portant des lettres si vieilles et si abîmées qu'il était impossible de les lire. Les Hollandais interrogèrent alors les naturels sur leurs rites et leurs coutumes et n'y trouvèrent rien qui rappelât le christianisme ; après la mort des Portugais, leurs descendants, privés de Pères, avaient tout oublié, et, n'eussent été leurs noms et les croix, on n'eût pas cru qu'il y avait jamais eu dans ce pays des chrétiens. Il serait utile de leur envoyer des Pères pour les instruire dans la vraie religion* (Lettre du

1. En réponse à cette lettre du Frère Athanase, le Père Luis Mariano dit en 1613 que c'est à tort que ce religieux affirme que les naturels ont reçu les Hollandais avec joie et leur ont demandé s'ils étaient Portugais et s'ils amenaient des Pères, car « ils ne connaissent rien de notre religion, sauf les croix, les unes grossières, les autres bien travaillées, qu'ils portent à la poitrine, et qui sont faites en un métal semblable à de l'étain

Frère augustia Athanase à Tarchevèque primat Dom Frei Aleixo de Meneses, Boletim da Sociedade de Geographia de Lisboa, 1887, p. 384-385).

RELÂCHE DE L'AMIRAL WOLPHART HARMANSEN AUX ILES RODRIGUES ET MAURICE, en 1601

Au commencement de 1601, cinq navires partirent de Texel sous les ordres de Tamiral Wolphart Harmansen et onze sous ceux de Taniiral Jacques van Heemskerk (pour Tancienne compagnie des Indes) et de Jean Grenier (pour la nouvelle). lis convinrent que, s*il arrivait quelque accident à Tun d*eux avant les îles du cap Vert, ils se retrouveraient à Tune d'elles, Tlle de Mai, et que, pour ceux qui s'égareraient au-delà de ces îles, le ralliement aurait lieu à la baie d'Antongil, à Madagascar, où Ton séjournerait quinze jours; au delà de ce temps, les vaisseaux devaient continuer leur route vers Bantam, laissant dans rtlot qui est au milieu de cette baie un écrit sous un gros arbre proche de Taiguade ou fontaine....

Le 12 septembre 1601, le yacht le Pigeonneau (de la flotte de Tamiral Heemskerk), ayant touché à Tile Maurice, en ramena un Français qui était parti quelques années auparavant à bord d'un corsaire anglais et dont presque tous les compagnons étaient morts peu à peu de maladie; ils étaient fînalement restés cinq, qui avaient atterri à Maurice; mais quatre d'entre eux, qui étaient Anglais, ne voulurent pas rester dans cette Ile et repartirent dans leur embarcation, y laissant le Français qui y demeura une vingtaine de mois ; il en avait passé huit tout

et ornées de grains de chapelet. Quant au nom de Portugal, on D*cn retrouve le souvenir que sur la pierre où il est gravé. Nos compatriotes ont certainement fait les grands seigneurs, mais cela leur a coûté cher. .En ce qui concerne les noms portugais, il n'y en a que fort peu ».

Ouvragn anciins concernanl Madagmcar, t. I, p, 168

WOLPHART HAKMAMSES à l'ik Maui Maurice des vi

On trouve

et beaucoup d' s Perroqueis qu'oi

lissent une liqueur excellente,

des Drontes au corps arrondi

n fjis.tnl crier un de leurs «.onpinùr

nu, sans feu, ayant pour toute nourriture des fruits de palmiers et de la viande de tortue crue; il était néanmoins en fort bon état et aussi vigoureux qu'un matelot quelconque de la flotte; il était fort agile et courait fort bien, mais la tète lui tournait lorsqu'on le faisait trop parler ou qu'on lui adressait trop de questions, ce qui n'était pas étonnant à cause de la solitude dans laquelle il avait si longtemps vécu, des misères qu'il avait eues et d'une grave maladie qui l'avait beaucoup fait soufl*rir et pendant laquelle ses vêtements s'en étaient allés en lambeaux....

Le 15 septembre au soir, l'amiral Wolphart Harmansen crut être, d'après l'estime, à environ 8 lieues dans l'Ouest de l'Ile Maurice, autrefois nommée Diogo Rodrigues, mais, en réalité, il était à 25 lieues dans l'Est, comme le montra l'observation

de hauteur. On courut donc à l'Ouest pour chercher l'île

Le 19, vers midi, on vit terre, par 20^6' de latitude; on crut que c'était l'ile Maurice, et on gouverna tout droit de ce côté; à huit heures du soir, on serra les huniers.... Le matin du 20, on envoya à terre trois chaloupes, qui revinrent sans avoir trouvé un bon ancrage. Il y avait tout le long de la côte, à une demilieue, un banc ou plutôt un mur de roches pointues sur lesquelles l'ancre ne prenait pas.

Cette ile, qui est située par 19''45' de latitude Sud^ n'était point l'île Maurice, mais l'île de Diogo Rodrigues; on n'y trouva ni port, ni rade,.... mais on y prit des oiseaux d'espèces diverses et on reconnut que les vivres y étaient abondants, mais qu'il n'y avait pas ou presque pas d'eau douce.

L'amiral se décida alors à quitter cette Ile et, croyant être encore à l'Est de Maurice, fit voile vers l'Ouest-Sud-Ouest.

L'ile de Diogo Rodrigues est entourée d'une ceinture de

1. Cette Ile, l'île Rodrigues, est en effet entre 19*40' et IQHT latitude Sud. :

270 OUTRAOES ANQElfS

rochers. Sur la côte orientale, il y a un petit banc étroit qui s*étend en mer vers TEst; sur la côte occidentale, il y en a un autre, long d*une lieue et demie et également étroit, dont la direction est Ouest et au milieu duquel se trouve un tlot. Dans le Nord, il y a un banc de rochers qui rejoint le rivage et le contourne, empêchant les navires d^approcher de terre; par le travers du milieu de Tîle, les canots trouvèrent un chenal par où ils passèrent pour aller chercher des vivres; proche de ce chenal, est un bon mouillage par 25, 15 et 12 brasses.

C*est le 23 qu'on quitta Diogo Bodrigues; le 26, sur les dix heures du matin, par 20^27' S on aperçut Tile Maurice et, i 4 heures du soir, on arriva près de terre; on n*osa pas entrer dans le port, parce qu'il était trop tard, et on louvoya avec peu de toile, mais lorsque, le lendemain, le jour vint, on fut déçu parce qu'on avait tant dépalé qu'il n'y eut plus moyen de remonter au vent de l'ile. Le 27, on vint à la pointe Sud- Ouest, nommée le cap du Poison parce que le poisson qu'on y avait péché était vénéneux', et l'on y mouilla l'ancre par un fond de mauvaise tenue, au pied d'une haute montagne. Les canots nagèrent aussitôt vers la terre et les matelots qui s'y étaient embarqués, revenus le soir même à bord, rapportèrent qu'il y avait beaucoup d'oiseaux et de dattes, mais point d'eau. Le yacht le Gardien fît alors le tour de l'île pour voir s'il ne trouverait pas une rade meilleure et de la bonne eau; il découvrit en effet un bon mouillage où il y avait une aiguade et où l'on pouvait se procurer des vivres en abondance.

Le 20, les vaisseaux se rendirent, non sans peine, sur cette rade où le fond est excellent et où ils mouillèrent par 25 brasses.

1. L'Ile Maurice est comprise entre les parallèles de 19^59' et 20<»3r30'.

2. On a guéri ceux que ces poissons ont rendus malades, au moyen d*un mélange d*huiie et de vinaigre.

On débarqua les malades. Il y a une petite rivière qui se déverse dans cette baie et dont Teau est bonne. La mer y est basse le matin et le soir et haute à midi et à minuit, car les marées y sont fixes et non point variables comme dans nos mers.... On s'y ravitailla, on y fit de Teau et du bois, et on nettoya les vaisseaux.

Le 20 octobre, on remit à la voile. A deux lieues de la pointe Nord de Vile Maurice, sont placés six ilôts. Selon ce dont on a pu se rendre compte, celte île a de 25 à 30 lieues de tour, et elle est située par 20** de lat. Sud et 107° de long. Est*.... Le 26 décembre, Tamiral Harmensen arriva à Bantam (De Constantin, Recueil des voyages qui ont sei^vi à rétablissement et aux progrès de la Compagnie des Indes orientales formée dans les Provinces-Unies des Pays-Bas^ t. III, 1725, .p. 416, 417 et 427-437).

RELÂCHE AUX ILES COMORES ET MAURICE DE JACQUES VAN HEEMSKERK (1601-1602) «.

La flotte hollandaise, sous les ordres de Tamiral Jacques van Heemskerk, partie le 23 avril 1601 en même temps que Tamiral

1. Nous avons déjà dit que Tile Maurice est comprise entre 19*59' et 20»31'30" de latitude Sud; elle est dans l'Est de Paris entre 55» et SS^SO' de longitude. Si Ton ajoute à ces deux derniers nombres 20° (différence de longitude entre Paris et File de Fer, d'où les géographes européens comptaient autrefois toutes leurs longitudes), on a 75<^ au lieu de 107^.

2. Cette relation « est tirée des notes consciencieusement prises pendant le voyage par Willem van West-Zanen, capitaine à bord du vaisseau Bruinvis et ancien compagnon de Cornelis van Houtman, avec les additions néces-. saires par H. Sœte-Boom ». Ce Sœle-Boom est un écrivain assez médiocre du XVII* siècle, qui a introduit dans le récit de Willem van West-Zanen, des passages de son cru, notamment le suivant où il est parlé de Tîle de Sainte- Marie de Madagascar, quoique van Heemskerk n'y ait point touché [Derde voomaemste Zeegetogt na Oosl-Indien onder Jacob Heemskerk (1601-1603), Amsterdam, 1649, p. 6) : « Houtman est venu se ravitailler à Tile Sainte- Marie, où il y a dans la baie un beau mouillage par 22 brasses et où Ton

Wolphart Harmansen, a doublé le cap de Bonne-Espérance le 40 octobre et le cap des Aiguilles le 13. L'amiral ayant décidé qu*il était nécessaire d'aller nous ravitailler aux iles Comores, nous avons mis à la voile le 23 octobre et, après avoir aperçu le cap Corrientes par 24*21' [en réalité 24* T 30"], nous avons passé le 4 novembre auprès de Tlle Christowa [Jean de Nova].

Le matin du 9 novembre 1601, nous avons aperçu dans le Nord-Nord-Est l'île de Majotte [Mayotte], et, ayant mis le cap sur elle, nous Tavons bientôt eue à deux lieues environ dans le Nord-Ouest; nous étions alors, par 12* 40' de latitude Sud.

Majotte [Mayotte] est à une soixantaine de lieues de Mozambique et n*est pas éloignée de Madagascar. Elle est très élevée du côté Sud. Selon certains géographes, il y a quatre îles Comores : Angasiza [la Grande Comore], Mulale [Mohely], Angovan [Anjouan] et Majotte [Mayotte] ; selon d'autres, il y en a plus.

A Angovan [Anjouan], réside une reine qui gouverne les quatre îles, quoique chacune ait en outre son chef.spécial.

Ses habitants, qui sont musulmans, sont perfides. Ils vont d'ordinaire tout nus, couvrant seulement les parties honteuses. Les femmes portent sur le milieu du corps de petites fourrures, de la largeur de deux mains et un carré de toile sur les seins.

La fertilité des îles Comores est grande; il y a plusieurs rivières d'eau douce. Les épices y abondent, ainsi que toutes sortes de fruits et de végétaux, comme les fèves, les pois, les

peut se procurer beaucoup de poules, de riz, de limons et de citrons, et, de la bonne eau fraîche. Aussi les marins qui y relâchent s*y guérissent souvent du scorbut. La longueur de cette île, du Sud au Nord, est d'un degré à peu près [en réalité, un peu plus d'un demi-degré seulement] et elle est par 17*' de lat. S. C'est un beau pays, plein de grands arbres, très fertile, où le riz et les vivres sont abondants et qui est habité par des Safres XafresJ ou des païens; cependant ils sont circoncis à la mode musulmane. Leurs habitations sont petites, en bois et couvertes de feuilles de bananiers entrelacées avec de la paille de riz >»..

( MaJiigascar , t. I. p. 2^2

L'amiral Jacques van HEEMSKERK i M^yoTte, I'util- des quatre iles Comores, en i< Comoriens apporlani aux Hollandais di's bceufs, des chèvres el deï fruits divers.

haricots, le riz et d*autres céréales, les noix de coco, les oranges, les citrons et les limons. On y trouve des animaux de boucherie et d'autres, des bœufs, des vaches, des chèvres, des boucs, des poules domestiques et sauvages et des poissons en masse.

Au double point de vue de la fertilité et des aiguades [eaux de source] , Tlle de Mayotte l'emporte sur les autres Comores et est un admirable point de relâche pour les navires venant d'Europe. C'est là que nous avons jeté l'ancre par vingt-cinq brasses.

Le 10 novembre, quelques matelots allèrent à terre et achetèrent un assez grand nombre de bœufs et des vivres, notamment des fruits. D'autres se livrèrent à la pèche et prirent une très grande quantité de poissons dont on se reput et régala.

Le lendemain, toutes les chaloupes allèrent traflquer a terre; nos Hollandais échangèrent avec les Gomoriens-de menus objets ou de l'argent contre des oranges, des limons, des noix de coco, tles œufs, etc. Ces provisions leur suffirent pour leur nourriture pendant les huit ou neuf jours suivants ; ils continuèrent du reste à pécher, car le poisson est abondant dans ces parages et, le plus souvent, d'excellente qualité.

L'eau n'est pas très bonne à Majotte (Mayotte), qu'on considère cependant comme la meilleure des quatre îles Comores, <le sorte que nous ne voulûmes point en prendre, et Willem van West-Zanen fut envoyé le 24 novembre avec son navire à l'île •d'Anguvan [Anjouan] dans le but d'y chercher une meilleure -aiguade. Au moment où il mit à la voile, il y avait 5 brasses <i'eau sur le banc; il porta le cap au Nord-Nord-Ouest, mais, ^!omme il n'y avait pas de vent, il alla à la dérive et le courant l'emmena vers le Sud-Ouest; le 25 novembre, un vent favorable se leva et lui permit de s'approcher d'Anguvan [Anjouan], -où il arriva le soir, toutefois sans pouvoir jeter l'ancre. Le

lendemain, il envoya une embarcation à terre, afin d y acheter I. 18

des vivres ; on ne put s'y procurer que quelques fruits. Pendant ce temps, le navire voguait toujours le long de la côte en quête d'un endroit pour ancrer ; il arriva au cap Sud-Est de Tile le soir du 26 novembre, mais, le lendemain, il se trouva à une lieue et demie de la côte ; il s'en rapprocha, après avoir expédié son « Bouc 9 [sorte de bateau] à Mayotte pour donner de ses nouvelles à l'amiral. Enfin, vers le soir, il trouva un lieu convenable pour mouiller et il y jeta l'ancre par 45 brasses, à un jet de pierre de la côte. Le 28 novembre, des matelots envoyés à terre rapportèrent une vache' et quatre chèvres.

De cette rade, on avait la vue des quatre îles Comores : au Nord-Nord-Ouest, une île haute et, un peu plus vers l'Ouest, une autre, probablement Angasiza [la Grande Comore] et Mulali [Mohély], ce qui, avec Majotte [Mayotte] et Anguvan [Anjouan] qu'on apercevait aussi, faisait les quatre.

Le 24, Willem van West-Zanen envoya de nouveau à terre une embarcation qui ramena deux bœufs, une chèvre et beaucoup d'excellents fruits; mais ce qu'il fallait avant tout, c'était de la bonne eau et, le 30, il la renvoya vers une partie de la côte où l'on pouvait croire qu'il y en avait; elle revint sans avoir rien trouvé, les insulaires n'ayant point permis aux matelots d'aller à la source avant d'avoir reçu quelques cadeaux. Le capitaine fit donner aux Anguvanais [Anjouanais] de menus objets sans valeur réelle pour nous, mais qui avaient du prix à leurs yeux, et ils laissèrent alors prendre autant d'eau qu^on en voulait. Le lendemain, les Hollandais allèrent encore à terre pour acheter quelques bœufs, mais ils ne purent s'y procurer que trois chèvres et quelques noix de coco.

Sur ces entrefaites, le bateau que Willem van West-Zanen avait envoyé à l'amiral revint avec la nouvelle qu'on avait trouvé à Mayotte tout ce qu'on désirait; le capitaine s'empressa

de mettre à la voile le soir du 3 décembre 1601 et il rejoignit la flotte le 5. Le 8, Tamiral Heemskerk (a) quitta les lies ComoreSy avec ses six vaisseaux {b) {Derde voomaemsle Zeegetogt na Oosi'Indien onder Jacob Heemskerk en Wolfert Harmansz in den jare 1601, 160S, 1603, door H. Soete-Boom, Amsterdam, i648 [Troisième expédition capitale aux Indes, par Jacques Heemskerk et Wolphart Harmansen, en 1601-1603, annoté par H. Sœte-Boom], traduction de M. Rutgers van der Loefl).

(a) Certaines bibliographies indiquent un Dictionnaire malgrache par Corneiis Heemskerk en 4603. U y a eu, en efTet, un C. Heemskerk, qui a été commis à bord du • Mauritius », vaisseau que commandait J. C. van Neck, et qui a relâché à Ste-Marie et dans la baie d'Antongil en 1598, mais, dans les livres qui relatent cette expédition, il n*y a pas le moindre vocabulaire malgache. Jacques Heemskerk, qui a été en 1601-1603 dans ces mêmes parages, n'a pas non plus laissé de dictionnaire malgache.

(6) La flotte de Heemskerk a aussi relâché à Tîle Maurice, en 1602. Willem van West-Zanen donne les renseignements suivants sur la faune de cette lie : > U y a à Maurice un très grand nombre d'oiseaux de toutes sortes, colombes [Turiur picturatus, Alectrœnas nUidissima, Nescmtis Mayeii], perroquets [LophO' psillacus maurilianuSf Palœornis eques], corbeaux de Tlnde [Buceros (Calaos)], moineaux [Foudia rubra], oiseaux de proie [Aatur Alphonsi^ Tinnunculus punctalus], grives [Ixocincla olivacea], hiboux [Slrix SauzieH^ Scops Commersoni], hirondelles [Collocalia francica^ Phedina ùorbonica], petits oiseaux d'espèces diverses [Zosterop» mauriiiana et Z. chloronola, Lalage rufivenler, Trochocercus borbonicuê], hérons blancs et noirs [Ardea bubulcus. A, garzeUa, A, alricapilla], francolins (Erylhromaehus sp.), flamants {Phœnicoplenu roseusj Ph, minor), oies [Anêer jp., Saixidiornis maurilianus], canards [Anas Theodori], Dodos [Didus inepluâ], tortues [Tesludo 5umetret?], vaches de mer [Dugongs], etc. Chaque jour les matelots, abandonnant leurs fllets, hameçons et engins de pèche, allaient à terre chasser les oiseaux. 11 n'y a pas, dans cette lie, de quadrupèdes, excepté des chats; depuis, nos compatriotes y ont introduit des chèvres et des porcs. Les hérons étaient moins familiers que les autres oiseaux et difflciles à se procurer parce qu'ils se perchaient sur les hautes branches d'arbres touffus. Nos gens attrapaient aussi de gros oiseaux qu'on appelle Dod-aarsen ou Dronlen^ et que Jacob van Neck nommait Wallich'Vogels parce qu'une cuisson môme prolongée n'arrivait pas à attendrir leur viande, toujours coriace à l'exception de la gorge et du ventre qui étaient bons à manger, et aussi parce que les tourterelles y étant très abondantes, on s'est vite dégoûté de la chair moins savoureuse des Dodos, L'aspect de ces oiseaux est figuré sur la planche de la page 268 bit : leur tète est grosse et surmontée d'un capuchon; ils n'ont ni ailes, ni queue, mais, de chaque côté du corps, de peUts moignons et, par derrière, cinq ou six plumes, plus hautes que le reste. Ils ont un grand bec et des pieds massifs; souvent on trouve dans leur estomac une pierre grosse comme le

poing Ces animaux, qui avaient vécu tranquilles et en paix pendant tant

d'années, ne tardèrent pas à avoir peur de l'homme et tout ce qui était capable de mouvement devint anxieux et inquiet; les Dodos eux-mêmes, aux corps tout ronds de graisse, essayaient d'échapper aux Hollandais, et les poissons se réfugiaient dans les profondeurs de la mer Le 25 juillet 1602, Willem van

West-Zanen et ses matelots rapportèrent quelques Dodos qui étaient très gras; l'équipage tout entier s'en reput abondamment et il en resta Ils préparé-

RELÀCHB À LULE SAINTE-MARIE ET À ANTONGIL

Page 1