‹ Collection des ouvrages anciens concernant MadagascarChapitre 43 sur 117 · DE JAMES LANCASTER (PREMIER VOYAGE DE LA · texte numérisé non relu

DE JAMES LANCASTER (PREMIER VOYAGE DE LA

COMPAGNIE ANGLAISE DES INDES), en 1601.

Notre flotte» composée de cinq navires, < Le Dragon >, « L^Hector », < L'Ascension », < Le Susan » et < Le Guest », a doublé le cap de Bonne-Espérance le 1'^ novembre 1601 et, le 26, nous sommes arrivés en vue de la pointe septentrionale de Madagascar, un peu dans TEst [da,ns TOuest] du cap Saint Sébastien [cap d*Ambre]; à une distance de 5 milles de la côte, nous avions 20 brasses, la déclinaison de la boussole qui varie beaucoup lorsqu'on va de TOuest à TEst dans ces parages étant d'environ 16". Du 26 novembre au 15 décembre, nous flmes, autant que nous le pûmes, route vers TEst afin d'atteindre Tile de Cisne [Maurice], désignée sur quelques cartes sous le nom de Diogo Rodrigues ; mais, après avoir doublé la pointe Nord de Madagascar, nous n'eûmes que des vents soufflant de l'Est, de l'Est-Nord-Est ou de l'Est-Sud-Est, de sorte que nous ne pûmes mettre notre projet à exécution. Gomme nous n'avions pas l'espérance de voir le vent changer bientôt et que nos hommes commençaient à soufl'rir du scorbut, John Middleton, le capitaine du navire vice-amiral V Hector^ proposa à notre général d'aller relâcher à la baie d'Antongil, sur la côte Est de Madagascar, où

rent du poisson fumé, des Dodos salés, des tortues de terre et d'autres gibiers,

provisions qui furent très bien reçues à bord Le 4 août, ils apportèrent

à bord du Bruin-Vis cinquante gros oiseaux, parmi lesquels il y avait 24 ou 25 Dodos, si gros et si lourds qu'on n'en put manger plus de deux à dîner et que le reste dut être salé. Un autre jour, Hogeveen, le subrécargue de West- Zanen, et quatre matelots quittèrent le campement munis de hâtons, de filets et de mousquets, et s'en allèrent à travers les forêts, les vallées et les montagnes; pendant trois jours que dura leur absence, ils capturèrent une cinquantaine d'oiseaux, dont une vingtaine de Dodos qui furent tous salés. C'est ainsi que nos hommes et ceux des autres équipages de la flotte, s'occupèrent à chasser et à pécher pendant leur séjour dans Pile Maurice {Derde voomaenuie Zee-getof/t na de Oost-lndien gedaan ?net de Achinsche en Molukthe Vloten onder de Ammiralen Jacob Heemskerk en Wolferi Hermansz, in den Jare 4B0i^ IBOi^ i60-i, getrocken Uyt de Naarsiige aanleckeningen van Willem van Wesl^Zanen^ Schipper op de Bruin'Vis, en met eenige noodige by voegselen vermeerdert door II, Sop/e- Boom,,' 4% Amsterdam, 1648, p 2i)«

il serait possible d^avoir des oranges et des citrons afin de combattre cette terrible maladie. Son avis fut adopté à Tunanimité.

Le n décembre, nous aperçûmes la pointe Sud de Tîle de Sainte-Marie et, le lendemain, nous arrivâmes entre cette tle et la grande terre; nous y envoyâmes de suite nos chaloupes; elles nous rapportèrent une bonne quantité de citrons et d'oranges, qui furent très précieux pour guérir nos malades. Pendant que nous étions sur cette rade, il s'éleva une violente tempête et trois de nos navires perdirent leurs ancres, qu'ils purent heureusement repécher peu après lorsque, au bout de seize heures, le calme fut revenu. Notre général ne jugea pas utile de prolonger notre séjour en ce lieu, non seulement à cause de l'incertitude du temps et du mauvais abri qu'y trouvait la flotte, mais aussi parce que les vivres y étaient peu abondants, n'ayant pu s'y procurer, en plus des oranges, qu'un peu de riz et quelques pintes de lait de chèvre. Comme le scorbut sévissait encore dans l'équipage et que les vents étaient toujours de l'Est, il fît mettre â la voile pour la baie d'Antongil.

L'Ile de Sainte-Marie est accidentée et boisée. Les habitants sont de beaux hommes, noirs, à cheveux crêpés, qu'il disposent sur le front en forme de diadème haut de trois pouces, comme les femmes en Angleterre. Ils sont nus, à l'exception d'un lambeau d'étoffe qu'ils enroulent autour des reins. Ils sont doux et familiers et paraissent braves. Leur nourriture principale est le riz et le poisson, et cependant nous n'avons pu nous y procurer que très peu de riz, parce qu'on était âla veille de la moisson et que leurs provisions étaient épuisées. Il y a deux à trois aiguades dans le Nord de l'ile, où l'on peut se procurer de l'eau, mais aucune d'elles n'est d'un abord facile.

Nous avons quitté l'tle de Sainte-Marie le 23 décembre et nous sommes arrivés dans la baie d'Antongil le jour de Noël ; nous y

avons jeté l'ancre tout au fond, par 8 brasses, entre un îlot et la grande terre. Le meilleur mouillage est tout près et sous le vent de cet Ilot. Pendant que nous étions sur cette rade, nous fûmes encore assaillis par un ouragan et les trois navires qui étaient les plus près de Ttlot se comportèrent fort bien, mais il yen eut deux qui chassèrent sur leurs ancres, quoiqu'ils en eussent mouillé trois à Tavant, le fond étant vaseux et sans consistance. Ayant mis pied à terre sur Tilot, nous trouvâmes sur un rocher une inscription indiquant que cinq navires hollandais avaient mouillé sur cette même rade, d'où ils étaient partis deux mois avant notre venue. Nous nous sommes rendu compte qu'ils avaient eu beaucoup de malades, car ils avaient perdu en ce lieu de 150 à 200 hommes.

Le lendemain du jour où nous avons mouillé dans cette baie, nous sommes allés à terre, et les indigènes nous ont fait signe que cinq navires étaient récement venus et leur avaient acheté beaucoup de povisions. Néanmoins ils nous ont apporté du riz, des volailles, des oranges, des citrons et certains fruits qu^on appelle des bananes, mais seulement en petite quantité, et ils en ont demandé un prix très élevé. Le lieu de traite était situé sur le bord d'une grande rivière où nous sommes entrés avec nos chaloupes, les hommes désignés pour faire les achats allant à terre pendant que les autres restaient dans les bateaux, l'arme au bras, à une distance de 20 à 30 mètres du bord et cependant en eau profonde afin que, d'une part, les indigènes ne pussent arriver à gué jusqu'à eux et que, d'autre part, ils pussent recueillir promptement leurs compagnons s'il en était besoin. Nous perdîmes notre temps à des bagatelles pendant quelques jours avant de pouvoir faire un commerce sérieux, caries peuples de l'Orient et du Sud sont rusés et astucieux aussi bien pour acheter que pour vendre, de sorte que, si on ne les presse pas l'épée dans les

reins, on n*arrive pas à faire des marchés raisonnables avec eux, car ils changent leurs prix à tout instant, cherchant toujours à obtenir un peu plus que ce qu'on leur accorde; lorsqu'un prix a été payé à Tun d'eux, tous les autres exigent ce même prix.

Aussi, notre général fit faire des mesures (ou quarts) et fixa le nombre de perles de verre qu'on donnerait pour la quantité de riz contenu dans ces mesures; il fixa aussi combien il fallait d'oranges, de citrons, de bananes pour chaque grain de verroterie et il ordonna qu'on n'achetât rien à ceux qui ne se conformeraient pas à cette règle. Après s'y être pendant quelque temps refusé, les indigènes finirent par y consentir et le trafic devint dès lors franc et animé, si bien que pendant notre séjour nous achetâmes 15 tonnes 1/4 de riz, 40 ou 50 paniers de haricots malgaches, une grande quantité d'oranges, de citrons et de bananes, huit bœufs et beaucoup de volailles.

Pendant que nous étions â l'ancre dans cette baie, nous construisîmes une embarcation ou pinasse de 18 tonnes, dont nous avions apporté les pièces d'Angleterre, et, coupant quelques grands arbres dont il y a beaucoup dans l'ile, nous les sciâmes et en fîmes des planches qui nous servirent à la doubler. Pendant notre séjour à Antongil, nous perdîmes : a bord du vaisseau amiral, le second maître d'équipage, le chapelain, le chirurgien et dix matelots; à bord du vaisseau vice-amiral, le maître d'équipage et deux matelots, et, à bord de YAsceyision, par une malchance incroyable, le capitaine et le maître d'équipage. Quand on porta a terre pour l'ensevelir le corps du second maître d'équipage du vaisseau amiral, le capitaine et le maître de Y Ascension vinrent dans une chaloupe assister â la cérémonie et furent tués par le boulet de l'un des trois canons que l'on tira à cette occasion suivant les règlements; quant aux autres qui sont morts en ce lieu, ils ont presque tous été emportés par la dys-

senterie, maladie due, à ce que je pense, à la mauvaise qualité de Teau que nous buvions ; car on était en plein hivernage et le pays était inondé par les pluies qui ne cessaient de tomber. Nous quittâmes cette baie le 6 mars 1602 et fîmes route vers llnde. Le 16, nous arrivâmes en vue de TUe Rogue-Pize [Rodrigues], par 10"" 1 /2de lat. S. ; le commandant y envoya sa chaloupe pour chercher un bon mouillage, qu*on ne trouva pas; cette ile est d'un bel aspect et abonde en oiseaux et en cocotiers (Purchas, Hu PUgrimes, second book, 1625, p, i^Q\ Histoire générale des Voyages^ t. I, 1746, p. 384-386; J. Hamilton Mpore, A new and complète Collection of Voyages and TravelSy 1. 1, 1780, p. 347 ; Kerr s Collection of Voyages, t. VIII, 1813, p. 114-117; Hakluyt Society^ t. LVI, 1877, p. 65-69, et ^n^anananvo^nnua/, 1892, p. lOet 11).

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