NOMS DE NOMBRE
Isa, roa.
Telo, efatsa.
Dimy, enina.
Fito, valo.
Sivy, folo.
Mandry isa (?) •.
Mandry roa (?).
Anaka roa (?) ^.
Tsy-roa-roa (?) •. Roapolo.
Roapolo iraiky.
Roapolo roa.
Roapolo telo.
Roapolo efatsa.
Roapolo dimy.
Roapolo enina.
Roapolo fito.
Roapolo valo.
Roapolo sivy.
Telopolo.
Efa-polo.
Un, deux.
Trois, quatre.
Cinq, six.
Sept, huit.
Neuf, dix.
Onze.
Douze.
Treize,
Quatorze.
Quinze.
Seize.
Dix-sept.
DiX'huit.
Dix-neuf.
Vingt.
Vingt et un.
Vingt-deux.
Vingt-trois.
Vingt-quatre.
Vingt-cinq.
Vingt-six.
Vingt-sept.
Vingt-huit.
Vingt-neuf.
Trente.
Quarante.
1. Cm noms, qui sont les noms arabes des jours de la semaine, ne sont pas rangés dans leur ordre logique. Houtman a mis le mardi pour le mercredi et vice versa, le samedi pour le jeudi et vice versa. Leur ordre réel, en commençant par le dimanche, est : 1* Alahady; ^ Alattinainy ', y* Talata; 4« Alarobia; 5« Alakamùy; 6> Zoma, et 7« Sabotêy. — 2. Loha andro (?), la tète du jour. — 3. Andafoana, litt. : où on vend (!). — 4. Vattavatëa, nom d'un mois (!). — 5. Litt. : une fois sept, soit un laps de sept jours. — 6. Aicmdry, le compte dort, est complet, et f>a, un, c'est-à-dire la dizaine complète, plus un. — 7. Litt. : plus deux (!). — 8. Ces cinq noms ne sont certainement pas malgaches (!). En tout cas, il nous a été impossible de les identifier. — 9. Litt. : qui n'est pas tout à fait le double.
Diny poelo.
Dimipolo.
Cinquante.
Ennin poelo.
Enifnpolo.
Soixante.
Fi Itou poelo.
Fitopolo.
Soixante-dix.
, Wallou. poelo.
Valopolo.
Quatre-vingts.
Sivy poelo.
SÎTipolo.
Quatre-vingt-dix.
Si'atou.
Zato.
Cent.
Heetsi.
Hetsy «.
Mille.
Foelo heetsi.
Folo hetsy.
Dix mille.
Siatou lieetsi.
Zato hetsy
Cent mille.
1. Betty vent dire cent millo, folo heity (on mieux tapitrùa)^ on million, et zato tœtPf, dix millions. MiUe se dit arivo.
RELÂCHE DANS LA BÂlE D'ANTONGIL, en 1604 D'UN DES NAVIRES DE LA FLOTTE DE VAN DER HAGEN.
En arrivant à Bantam (Java) le 31 décembre 1604, l*amiral van der Hagen apprit qu'un de ses vaisseaux, qui s'était écarté des autres, avait trouvé dans la baie d*Ântongil T < Alckmaar >. Ce navire étant hors d*état d'aller jusqu en Hollande, les autres vaisseaux de la flotte avaient pris sa cargaison et continué leur route vers le Cap (De Constantin, Recueil des voyages hollandais, 1725, t. IV, p. 93).
RELÂCHE DE C. MATELIEF À L'ILE MAURICE, en 1606.
Le 21 novembre 1605, Tamiral Cornelis Matelief de Jonge doubla le cap des Aiguilles et fit voile vers les lies Comores; mais, ayant trouvé des vents du Sud-Est, il ne put les atteindre et, le V janvier 1606, il mouilla à la pointe Ouest de Ttle Maurice ; il y rencontra deux vaisseaux hollandais, dont Tun était commandé par Tamiral van der Hagen, qui avait quitté Bantam ' le mois précédent. . .« L*tle Maurice est située par 20''22' de lat. S. * ; elle est haute et pierreuse et a 30 lieues de circonférence '. Elle est déserte et est couverte jusqu^à son sommet d'arbres qui ne
i. L'île Maurice est située entre i9o59' et 20<»31'30" de lat. S. Le Port- Louis, qui est sur la cdte occidentale, est par 20^9' (Martello Tower). 2. Sa circonférence est d'environ 200 kilomètres.
donnent point de fruits; il y a beaucoup de palmiers et d'ébéniers dont le bois est fort beau. I^e bois de la plupart des autres arbres est également noir et fort dur, mais facile à ouvrer. . Les Hollandais y ont trouvé, sur la côte Sud-Est, quelques figuiers sauvages' et quelques cocotiers, ainsi que des herbages. Ils y ont planté sept ou huit petits orangers et ils y ont semé en plusieurs endroits des pépins d'orange. lis y ont établi, sur le bord d'une rivière, un verger où ils ont planté des cotonniers et divers arbres fruitiers. Ces plantes prospéreront, si elles ne sont pas ravagées par les rats qui pullulent dans l'île.
On y voit en divers endroits de belles plaines et des vallées dont le sol est argileux et qui seraient fertiles si on les cultivait.
L'île est remplie d'oiseaux d'espèces diverses, pigeons, perroquets, corbeaux des Indes, éperviers, faucons, grives, hiboux, hirondelles et autres plus petits en grand nombre, hérons, •canards, oies, etc., si privés qu'on les peut prendre à la main'.
On y trouve un oiseau nommé Dodaersen ou Dronle^ que les premiers navigateurs ont appelé Oiseau dégoûtant, parce qu'ils en prenaient beaucoup d'autres meilleurs à manger. Il est aussi grand qu'un cygne et couvert de petites plumes grises; il n'a ni ailes ni queue, mais seulement, aux côtés, des ailerons et, au derrière, quatre ou cinq petites plumes un peu plus hautes que les autres. Ses pieds sont grands et gros; son bec et ses yeux sont fort laids; il a d'ordinaire dans l'estomac une pierre jaussi grosse que le poing.
Il n'y a point d'autres animaux à quatre pieds que des singes '«
1. Ficus mauritiana (Figuier du pays ou Figuier sauvage). On peut encore citer parmi les flguiers originaires de i'ile Maurice : F. sapotoides, F. Ayresiif F. ri/dra, F. pyrifolia et F. terebrata,
2. Pour les noms de ces oiseaux, voir p. 244-245, la note b p. 275 et p. 482-48? (notes).
3. Ce sont des maques, et non point des singes, qu'il y avait à Maurice.
On y Yoit des souris-chauves [roussettes], au moins aussi grosses que des pigeons, qui mordent fort et font du mal aux autres oiseaux. On les fait cuire et leur chair est bonne. Les Hollandais y ont laissé 24 boucs et chèvres et un couple de porcs.
L*île est fort bien arrosée par plusieurs rivières. Les eaux de ces rivières, comme celles de la mer, sont très poiss^onneuses. On y peut pêcher à la seine, parce qu'il y a un banc de rochers qui environne presque toute Tîle et qui est assez éloigné du rivage pour empêcher que la mer s'y brise. Il y a une sorte de poisson qui est à peu près comme une brème, mais dont la couleur est rouge et dont la chair est si vénéneuse que ceux qui en mangent ressentent des douleurs qui les mettent hors du sens ; cette indisposition dure quelques jours, puis on en guérit.
Il y a aussi une grande quantité de tortues de terre et de mer. Les premières ont un mauvais goût, et sont affreuses à voir; celles de mer sont meilleures, elles ont une taille monstrueuse. Il y en a qui ont dans le corps jusqu'à 300 œufs gros comme ceux d'une poule, qu'elles pondent sur le rivage, les enterrant dans le sable où ils ne sont couvés que par la chaleur du soleil. Trois suffisaient pour rassasier tout l'équipage.
Il y a encore des vaches de mer [dugongs], qui ressemblent assez à des pobsons et dont la viande a le goût de veau ; elles mesurent de 10 à 15 pieds de long et presque autant de tour. Elles ont une pierre dans la tête, qu'on dit être fort médicinale.
Le 27 janvier 1606, après le prêche et les prières, la flotte mit à la voile pour Malacca; elle arriva en vue d'Âtchin (Sumatra) le 22 mars {Journael ende htstorische Verhael van de treffelijcke Reyse gedaen naer Oost-Indien door den Admirael Comelis Maielief de Jonge in 1605-1608 [Journal et récit historique du beau voyage aux Indes Orientales et en Chine fait avec sept vaisseaux par le courageux amiral Cornelis Matelief de Jonge, parti en
i605, et aventures qui ont signalé ce voyage pendant les années suivantes 1606, 1607, 1608], Amsterdam, Joost Hartgers, 1648, p. 5; De Constantin, Recueil des voyages hollandais aux Indes Orientales, l. V, 1725, p. 260-264).
RELÂCHE À MAYOTTE pE P. VAN GAERDEN (PENDANT SON SECOND VOYAGE AUX INDES), bn 1607.
Le 8 juin 1607 [ventant du Monomotapa], nous avons mouillé Tancre sur la rade dç Mayotte» Tune des Comores. C'est une belle lie, qui est fertile en fruits et qui abonde en bœufs, en vaches, en boucs et en produits divers, de sorte qu'on y trouve assez de vivres. Les habitants sont à peu près nus; les hommes ne couvrent que leurs parties naturelles; les femmes portent une peau velue, longue de deux empans, qui est attachée à la ceinture et qui leur pend devant, et elles ont en outre un petit mouchoir carré jeté sur les seins; le reste du corps est nu comme chez les hommes.
Le 16 juillet, nous avons pris congé du roi et mis à la voile. Depuis le 8 juin que nous y avions mouillé jusqu'à ce jour-là, nous avons troqué et meqé à bord des sept navires et du yacht, 366 bœufs et 276 chèvres, sans compter les poules qui furent consommées dans les carrés des officiers et une extraordinaire quantité de fruits... Le 31, après avoir longé la côte et vu plusieurs petites lies, nous sommes arrivés en vue de Mozambique (De Constantin, Recueil des voyages de la C^ des Indes Orientales des PayS'BaySy t. VI, 1726, p. 345-346),
VOYAGE DE G. MATELIEF AUX INDES ORIENTALES, kn 1607.
Le navire Y Orange trouva à Bantam, le 27 novembre 1607, Heerfgen Olferls, premier commis, et Guillaume Jansz, maître du vaisseau VOuest-Frise, qui avait péri sur la côte de Tlle Mau-
rice, ainsi que Nicolas Simonsz Meebal; premier commis, et Jean Fransz, maître de la carraquc qu'avait prise l'amiral Warwyck et qui avait été déchargée à Madagascar parce qu'elle ne pouvait plus naviguer. Ils avaient conduit avec eux à Madagascar un yacht de 60 tonneaux dont ils s'étaient emparés et ils s'en étaient servis pour revenir i Bantam chercher des navires qui pussent transporter en Hollande les objets qui étaient sur la carraque, qu'ils avaient laissée dans un tlot sous la garde de 40 hommes.... On jugea qu'il fallait retirer de Madagascar les objets provenant de la carraque, mais il y avait de la difficulté à se servir de VOrange à cet effet et, tout en ordonnant de préparer le vaisseau comme s'il devait aller quérir ces objets, on se réserva à résoudre ce qu'il serait le plus expédient de faire, lorsqu'il serait en état de partir. Sur ces entrefaites, un yacht anglais ayant atterri à Bantam i destination de Banda, on n'envoya pas VOrange, comme on l'avait voulu d'abord, à Madagascar, mais à Banda, afin de donner avis de la venue des Anglais..:. Un peu plus tard, on désigna le Maurice, qui était prêt à mettre à la voile le 27 décembre 1607, pour aller à Madagascar.... L'amiral Matelief rencontra dans le détroit de la Sonde, le 2 février 1608, le yacht Gouda qui, n'ayant pu relâcher à l'Ile Maurice, était allé dans la baie d'Ântongil, où il avait pris quelques rafraîchissements. Le capitaine de ce yacht rapporta qu'on lui avait donné un esclave pour une paire de bracelets de cuivre et un bœuf pour cinq escalins *, que les perles de verre rouges y étaient fort recherchées, surtoutcelles qui étaient octogones et un peu allongées, qu'on n'y estimait point les toiles, que les Noirs s'y faisaient vivement la guerre, que ceux qui étaient à la droite de l'entrée de la baie étaient leurs amis, tandis que ceux du côté opposé ne leur voulaient pas de bien,. 1. Monnaie des Pays-Bas, valaot environ soixante-t^inq centimes.
c|^\x'il y avait abondance de riz, et que Tusage de For et de Far-^ genty était inconnu (De Constantin, Recueil des voyages hollandais, 1725, t. VI, p. 196, 198, 199, 223-225);
RELÂCHE D'ET. VAN DER HAGEN À MAURICE (PENDANT SON SECOND VOYAGE AUX INDES), bn 1607.
[Partis le 15 octobre de Bantam], nous eûmes, le matin du 26 novembre 1607, la vue de Tlle Maurice et, sur les dix heures, nous fûmes proches du port qui est situé au Sud-Est et où nous vîmes un vaisseau à Tancre que nous reconnûmes pour le Médemblické
Quelques jours auparavant, nos deux vaisseaux avaient causé ensemble en mer et, quelques-uns de nos gens ayant dit que le vent du Sud-Est, qui est le vent traversier de ce port et qui y souffle avec violence, fait que, lorsqu'on y est entré, on n en sort pas quand on veiit, il avait été conclu qu'on n'y entrerait pas. Aussi nos vaisseaux dépassèrent-ils ce poH pour se rendre à la rade des Moluques, qui est au Nord-Ouest de l'tle.
Le 27, étant pris par le calme, nous avons mouillé l'ancre sous un cap, formé par une haute montagne, qu'on nomme le cap des Poissons. Nous y avons pris en effet du poisson en abondance, mais nous l'avons rejeté à la mer parce qu'on disait que, si on le mangeait, on serait empoisonné d'une manière extraordinaire. Il n'y a pas à douter que ceux qui ont raconté que cela leur est arrivé n*aient dit la vérité. Mais ils ont peut-être attribué aux poissons qu'ils ont mangés, une maladie due à une autre cause; il %e peut aussi que ces poissons soient vénéneux à une certaine saison et non dàds l'autre. Quoi qu'il en soit, nos gens, s'étant à la fin enhardis, en ont mangé et ne s'en sont pas trouvés mal.
Le 29, le Médemblick nous rejoignit. On l'avait entièrement déchargé «t ^a cargaison avait été déposée dani^ un magasin que
398 OUVnAOES ANCIENS
l^amiral Warwyck avait fait construire dans Ttle. On Tavait ensuite mis a la bande et on Tavait nettoyé aussi bien que possible, n*ayant pas osé Tabattre tout à fait en carène, dans la crainte qu'il ne tombftt sur le côté, car on n'avait rien pour le maintenir. Ce navire était là depuis trois mois. L*équiiiage, composé de 34 hommes, avait mis cinquante-quatre jours à le décharger, à le réparer, à le nettoyer et à le recharger.
On constata que les cocotiers que Warwyck avait plantés dans nie, ainsi que les bananiers et les orangers que le capitaine de la Concorde y avait aussi fait mettre, croissaient assez bien. Le bouc et les chèvres, qui étaient déjà au nombre de 17, étaient en bon état et il y avait 5 vaches extrêmement grasses et fort privées; tous ces animaux se tenaient auprès du magasin et des tentes, si bien qu*il est à craindre que les étrangers qui y relâcheront ne les tuent.
Le l*** décembre 1607, les chaloupes du Lion Noir et des Provinces- Unies, armées chacune de vingt-deux hommes, s'en allèrent à une baie qui est située à une lieue plus au Sud, et où ils descendirent à terre et dressèrent des tentes. Ils avaient du riz, du sel et de la boisson; ils allèrent chercher d'autres vivres dans les bois où il y en avait assez. Ils préparèrent aussi tout ce qu'il fallait pour pêcher et ils prirent autant de poisson qu'ils en pouvaient faire sécher.
Ils s'emparèrent de quatre vaches de mer [dugongs], qu^on nomme ainsi parce que leur mufle ressemble fort à celui des vaches. Chacune pesait de 5 à 600 livres et, quoique extérieurement elles fussent semblables à des poissons, néanmoins leur chair, après qu'elle avait été bouillie, rappelait tout à fait celle du bœuf. Elles étaient fort grasses, ayant un pouce et demi de lard, et leur chair avait un très bon goût. Elles se tenaient sur les hauts-fonds et sur les bancs de sable, mangeant les herbes
marines qui croissent au fond de la mer. On les prenait avec un harpon attaché à une petite corde et on les suivait, les laissant nager jusqu*à ce qu'elles fussent à bout deiorces.
On avait construit des huttes sur le bord d'une rivière qui* débouche dans la baie. Pendant tout le temps qu'on fut là, on vécut de tortues, de dodos (dodarses), de pigeons, de tourterelles, de perroquets gris et d'autre gibier qu'on prenait à la main dans les bois. Quand on avait pris un perroquet gris, on le faisait crier et aussitôt on en voyait voltiger autour de soi des, centaines qu'on tuait à coups de bâton. Les pigeons et lés'tourterelles se promenaient à terre, sur le bord du bois, si familièrement qu'on les prenait le plus aisément du monde. Il y avait aussi des hérons de diverses couleurs et des oies sauvages, sur lesquels on ne tira point, pas plus du reste que sur les autres oiseaux, afin de ne pas les efTaroucher *.
On y trouve de belles huîtres et des écrevisses de mer excellentes, si énormes, qu'une d*elles suffirait amplement pour le repas de trois personnes, ainsi que des anguilles très grasses, longues d'une brasse et grosses comme la jambe d'un homme.
Partout il y a des palmiers sauvages dont le fruit [le chou palmiste] est enveloppé de plus de cinq cents peaux qu'on coupe, puis on fend le noyau par le haut, d'où l'on tire l'amande qu'on fait cuire et qui a le goût des choux pommés. Ce nous fut un aliment agréable et sain, parce qu'il est laxatif.
On ne trouve point d'ébène près de la rade où étaient mouillés les navires; il n'y avait. pas non plus d'oiseaux, mais les tortues de terre et de mer abondaient.
Nous avons visité le petit jardin que l'amiral Matelief y avait fait faire l'année précédente et où poussaient des ananas, des
, i. Pour les noms 4e ces oiseaux, voir, p; 244-245, la apte 6 p. 275 et p. 482-483 (noies). . ; • • ^ •
orangers et quelques . légumes qui croissent bien, quoiqu'ils ne soient pas cultivés.
Les cocotiers, que Tamiral W. Harmansen y a plantés en 1601, avaient déjà deux brasses de haut et portaient des fruits. Dans les bois, on vit des boucs et des cochons sauvages. . Le 22 décembre 1607, les gens qui avaient été à terre, se rembarquèrent après avoir préparé dix tonneaux de poisson sec, des pièces de bois pour réparer les vergues et les beauprés, du bois de chauffage et de Teau.
Le 26, on mit à la voile, courant au Sud-Ouest.
L*ile Maurice g!t par les 20''15' de lat. S. ' Elle a environ 35 lieues de tour*. Le pays est haut et montagneux. Les mers y sont poissonneuses; il y a une espèce de poisison qui ressemble assez i la carpe et qu*on prétend être vénéneuse; mais nous avons fait Tépreuve du contraire, car des matelots qui n*en avaient pas goûté furent cependant atteints de la maladie qu'on attribue à la chair de ce poisson. Il faut donc conclure que <;e mal vient de Tair et du climat du pays; il consiste dans un changement qui se fait dans toute Téconomie du corps et dans un anéantissement qui gagne tous les membres; mais, une fois le mal passé, on n*en est que plus sain. D*autres ont imputé cet effet aux pigeons qu*on y mange et qui ont le corps et la queue rouges [lYesœnas Mayeri] ; ce n'est pas plus vrai, car quelques-uns de ceux qui en ont mangé n'ont pas été malades, et ceux qui l'ont été en ont souvent mangé après être guéris et ont trouvé que c'était une fort bonne nourriture'.
1. L'Ile Maurice est située entre 19°59' et 2Do31'30" de lat. S.
2. La circonférence de Tile Maurice est d'environ 200 kilomètres.
3. Cette colombe, qui est particulière à Tlle Maurice, y existe encore, mais elle est extrêmement rare. Bernardin de Saint-Pierre, Tabbé Lacaille, Grant, Desjardins, etc., s'accordent à dire, à tort où à raison, que sa chair est dangereuse et donne des convulsions. •
Il en fut de même de tout ce qu'on mangea; or on mangea de tout ce qu'on prit à la chasse comme à la pèche. Il n*y eut qu*une espèce de poisson dont il y avait à se méfier, poisson long d'un empan, de forme arrondie, de couleur grise, semblable à une petite raie, qu'on trouvait quelquefois dans la seine; dès qu'on y touchait ou qu'on le prenait avec la main, les doigts s'engourdissaient de suite et devenaient insensibles, et leurs jointures craquaient. Le même accident arrivait aux genoux de ceux qui posaient le pied dessus, même avec des souliers, si bien qu'ils s'imaginaient être tombés sur les genoux. On supposa que ce devait être le poisson dont parle Conrad Gesner' et qu'il appelle la Totyille, parce que sa description s'applique assez bien au nôtre et qu'il lui attribue un certain venin. Aussi prenions-nous grand soin de le tuer quand on en péchait.
Les tortues de mer et de terre sont si abondantes dans cette fie qu'on a tout lieu d'en être surpris ; elles sont aussi grasses que des cochons. On en ouvrit une qui avait plus de 450 œufs,, tous réunis au milieu des entrailles, d'où elles les laissent tomber en se secouant. Ces œufs sont gros comme une balle de jeu de paume et ronds; ils n'ont pas de coque et sont simplement enveloppés d'une peau épaisse. On trouva sur le rivage plusieurs endroits ou nids dans lesquels les tortues de mer avaient fait leurs pontes; dans chacun d'eux, il y avait de 200 à 300 petites tortues que la chaleur du soleil avait fait éclore dans le sable où avaient été enfoncés les œufs. La chair des tortues de terre est d*un fort bon goût; on en a salé et on en a fumé, et l'on s'en est bien trouvé, ainsi du reste que des Dodos ' qu'on sala également.
Il se passera beaucoup de temps avant que les navires qui'
1. Naturaliste suisse (1516-1565), auteur d'une Histoire des animaux.
2. Voir la description de cet oiseau, p. 244, 250-251 et 393, et sa figure, t. II.
relâcheront à Maurice puissent retirer quelque utilité du bétail qu*on y a mis, à cause de son état sauvage et de Tétendue de Tile. La quantité des oiseaux a déjà notablement diminué par suite du grand nombre de navires qui y relâchent et qui les détruisent; il y en a bien encore dans Tintérieur, mais on a beaucoup de peine pour les y aller chercher. Ainsi qu*il a été dit plus haut, il y a deux ports et une rade où Ton trouve de la bonne eau.
A TEst et au Sud-Est de Tlle Maurice, il y a quelques ilôts qui sont pleins de cocotiers; on suppose que ces arbres y ont été apportés des !les Maldives et qu*ils s'y sont multipliés.
Le 26 décembre 1607, nous avons mis à la voile par un vent de Sud-Sud-Est, en route pour l'Europe, et, le 13 janvier 1608, nous nous sommes trouvés par Sl^'iO', à 120 lieues au Sud-Ouest du cap San Roman [cap d'Andavaka, qui est situé dans le Sud- Est de Madagascar]; le 2 février, nous avons vu le cap de Bonne-Espérance (De Constantin, Recueil des voyages hoUandais, t. V, 1725, p. 238-247).