‹ Collection des ouvrages anciens concernant MadagascarChapitre 91 sur 117 · QUATRIEME VOYAGE DE LA COMPAGNIE ANGLAISE DES INDES · texte numérisé non relu

QUATRIEME VOYAGE DE LA COMPAGNIE ANGLAISE DES INDES

1"" Relation de Samuel Bradshaw. — R. Rowles, ayant perdu de vue le vaisseau-amiral VAscensioii pendant une forte tempête dan$ les parages du cap de Bonne-Espérance, fit voile pour la baie de Saint-Augustin dans l'espoir de l'y retrouver. Il y passa vingt jours à l'attendre ; pendant ce temps, il fit de l'eau et prit diverses provisions. Après quoi, il s'en fut à Zanzibar; mal accueilli par les habitants, il y perdit trois de ses marins ' ; il en partit en février 1609. Les vents étant Nord-Nord-Est, par conséquent contraires pour aller à l'île Socotora, après avoir longtemps croisé sans pouvoir avancer, et une grande partie de l'équipage étant atteinte par le scorbut, Rowles céda à la nécessité et se laissa porter par le vent vers la pointe Nord de Madagascar. Son inten-

1. Le commissaire du bord, Richard Kenu, et un matelot y furent tués, et un marchand, Richard Wickham, y fut fait prisonniev.

tioQ était de relâcher dans la baie d^AntoDgil, mais il atterrit dans une fort grande baie de TOuest que les indigènes nomment Kauquomorro [Ankonkomaro^ litt. : où abondent les palétuviers, honko [Ryzophora mucronala]) [baie de Sada ou bouche du Manongarivo], dont les bords et le pays avoisinant sont fertiles et agréables. Après tant de fatigues et de dangers, la vue de ce charmant séjour fut une consolation pour les Anglais qui résolurent d*y attendre le changement de la mousson et d*y rétablir leur santé.

Les indigènes leur parurent d'abord fort honnêtes et ne marquèrent point d'éloignement pour entrer en relations avec eux. Le roi lui-même reçut les étrangers avec bonté et cordialité.

Rowles, se fiant aux apparences, alla visiter ce prince avec Richard Rêve, marchand principal, Jeflrey Castel et trois autres personnes. Samuel Bradshaw, qui avait déjà été plusieurs fois à cette cour barbare, eut le bonheur d'être retenu à bord par d'importantes occupations qui l'empêchèrent d'accompagner le capitaine; ce fut une faveur singulière de la Providence, car les indigènes avaient préparé un guet-apens. A peine Rowles et ses compagnons eurent-ils en eflet mis pied à terre sur le rivage, qu'ils furent entourés par une troupe de sauvages qui les entraînèrent de force. Les matelots de la chaloupe, ne pouvant les secourir, s'éloignèrent de la plage en toute hâte à grande force de rames, et c'est avec difficulté qu'ils regagnèrent leur navire; une foule de boutres et de pirogues, montés par des indigènes qui poussaient de grands cris, était en effet sortie de la rivière pour leur couper la retraite. Ces sauvages n'hésitèrent même pas à s'approcher du vaisseau et à l'attaquer ; flèches et javelots tombèrent dru à bord. Dans la confusion du premier moment, les Anglais craignirent d'être envahis et de ne pouvoir se garantir contre cette attaque; mais, ayant enfîn mis leurs canons

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en batterie, dès les premiers coup^ ils coulèrent à fond six i sept des plus grands canots. Cette exééution refroidit le zèle des autres qui, après un combat de deux heures, se retirèrent plus vite qu ils n'étaient venus. Les Anglais demeurèrent encore dans cette baie quatorze jours.

Cependant le capitaine restait prisonnier avec ses trois compagnons. N'osant espérer qu'on leur rendrait la liberté, et jugeant que, les indigènes s'étant soulevés sans aucun prétexte, il n*y avait que de nouvelles perfidies à attendre d'eux, Bradshaw, qui avait pris le commandement du navire, pensa que le plus sûr était de quitter ce lieu maudit. Un autre malheur qui frappa les Anglais,. ne leur permit pas d'hésiter plus longtemps; sept hommes, parmi ceux qui avaient servi les canons av^c le plus d ardeur, moururent presque subitement, sans qu'on pût assi* gner d'autre cause à ces morts que la force de quelque poison lancé par les nègres à l'aide de leurs flèches et de leurs javelots»

Bradshavv prit donc le parti de lever l'ancre avec l'intention de chercher dans la même lie une autre baie où les habitants fussent plus sociables, car le vent ne permettait point encore d'affronter la haute mer. Mais, avant qu'il eût appareillé, les sauvages vinrent de nouveau dans une foule de pirogues auprès du vaisseau, sur lequel ils firent pleuvoir une grêle de flèches avant que l'artillerie pût fonctionner. Cependant la crainte de ces armes terribles les fit retourner rapidement à terre, où ils descendirent avec précipitation, comme s'ils y étaient plus hardis et plus forts. Bradshavv, connaissant leur méchanceté et ne doutant pas qu'ils préparassent quelque nouveau mauvais coup pendant la nuit, usa de ruse de son côté. Il s'approcha par un mouvement presque imperceptible de la plage et, lorsqu'il la crut à portée du canon et de la mousqueterie,il fit faire une décharge qui joncha le sol de cadavres. A la vue de tant de morts et de blessés, les

indigènes pris d'eflroi abandonnèrent le rivage en poussant des hurlements affreux. ,

Désespérant, après cet événement» de trouver dorénavant à Madagascar un lieu où les habitants n*eussent pas la terreur et la haine de leur nation, les Anglais quittèrent cette baie où ils laissaient quatorze des leurs, 7 prisonniers des Malgaches et 7 morts de maladie, et ils firent voile pour TArabie, où ils mouillèrent le 4 juin (Purchas, His PilgrimeSy 1. 1, 1625, liv. m, ch. ix, p. 233; Histoire générale des voyages^ t. I, 1746, p. 540-842; Kerr's Collection of Voyages, t. VIII, 1813, p. 335-338).

2'' Relation du Père Luis Mariano. — Un navire anglais ayant enlevé un fils du roi d^Ankoala [de la baie actuelle «de Radama], Tongomaro, ce roi tua le capitaine et quelques matelots de ce navire sept ans * avant que Paul Rodrigues da Costa vint dans cette rade avec sa caravelle, le 6 juin 1614 (R. P. Luis Mariano, Exploraçâo portuguesa de Madagascar em 1613-1614, Boletim da Sociedade de Geographia de Lisboa, 1887, p. 349).

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