TROISIÈME VOYAGE DE LA COMPAGNIE ANGLAISE
DES INDES ORIENTALES), en 1608.
Le 1" janvier 1608, au lever du soleil, nous quittâmes la baie de Saldanha... Le 17 février, nous vîmes la terre a environ huit lieues dans TEst et, autant que j*ai pu en juger, par 24'' 20' de latitude S. On mit le cap sur cette terre jusqu*après six heures; étant alors à quatre lieues de la côte, on changea de direction; VHector nous suivait de près. On tira des bordées, et nous ne trouvâmes pas de fond par 80 et 90 brasses, ce dont on ne pouvait s*étonner, car la côte est basse et plate.
Vers midi, nous nous sommes trouvés par le travers de deux petites lies qui semblaient former une bonne rade. Comme on ignorait quelle était leur latitude, on se tint au large jusqu^au
moment où Ton put prendre la hauteur du soleil, c est-a-dire ju8qu*à midi. A deux milles de terre, il n'y avait pas de fond par 60 brasses.
Le 18, étant par 28''7' de latitude Sud, nous avons mis de nouveau le cap sur la terre, supposant que c'était Tendroit cherché. En arrivant près de la côte, nous envoyâmes en avant deux canots, qui ne trouvèrent que six brasses d'eau. C'est pourquoi, vers une heure de l'après-midi, nous avons jeté l'ancre sur un fond sablonneux par 7 brasses 1/2; les deux îlots et le banc de sable étaient dans le Sud-Ouest, à un mille de distance.
A environ trois lieues, au Nord-Est, il y avait un goulet que le patron du navire dit être Saint-Augustin. Désirant s'en assurer, le général réunit un conseil dans lequel on décida de faire un court séjour en ce lieu. On y trouva la variation de IS^'SO'; une autre observation, faite dans la même matinée, donna 15''26', mais cette variation eût été un peu plus forte si l'on n'eût pas été obligé de faire l'observation au-dessus de la terre, à un demidegré de hauteur; le général faisait un grand cas de ces deux observations. Les courants avaient une direction Est.
Le 19, au matin, on leva l'ancre, mais l'une d'elles, étant .mauvaise, se rompit.
On se rapprocha de terre et on trouva, en cours de route, une profondeur de 10 à 20 brasses, mais, en arrivant auprès de la pointe, à l'entrée de la baie, il n'y avait pas de fond, même par 100 brasses, et ce n'est que lorsqu'on fut très avancé dans la baie, que les canots, qui éclairaient notre marche, trouvèrent le fond entre 30 et 8 brasses; puis, plus en avant, l'eau redevint profonde. On jeta deux ancres, l'une par 18 brasses, tandis que l'autre était par 40 brasses. La plus grande profondeur existe sur la côte méridionale; l'autre côté est plus haut par suite du cours des eaux du fleuve.
Le 20, le navire était mouillé par 70 brasses d'eau sur un fond de boue. La terre s'étendait à TOuest i /4 Sud et au Nord ; vers le Nord, on voyait des hauts-fonds et, dans la direction du Nord- Ouest, un banc de sable. Par suite, seulement cinq degrés de Taire du vent se trouvaient exposés ; le fond de la mer sur cette rade est très déprimé et par conséquent la profondeur y est grande; en outre, la rivière y produit un fort courant.
Le capitaine Hawkins étant arrivé à bord du Dragon, le général, qui était indisposé, l'envoya à terre avec les deux canots bien armés. Vers le soir, le capitaine revint à bord sans avoir rencontré personne; il avait cependant relevé en différents endroits des traces fraîches du passage d'êtres humains. Il avait laissé quelques perles et bagatelles dans une barque qui était sur la plage, afin d*attirer les indigènes, mais il lui sembla peu probable que l'on pût se ravitailler dans ce pays ; les matelots, qui avaient été à la pèche de l'autre côté de la baie, lui dirent au contraire qu'ils avaient trouvé une grande quantité d'ossements d'animaux, dont quelques-uns étaient encore garnis de chair.
Georges Evans, de VHector, fut grièvement mordu en cet endroit par un crocodile.
Le général ordonna de faire de l'eau sans retard et, en même temps, il envoya en quête de provisions. Au mouillage, le courant va vers l'Est et, à mer haute, il y a beaucoup d'eau.
Le 21, ayant aperçu quatre indigènes, le général leur envoya des perles et d'autres menus objets ; ils promirent, par signes, d'amener du bétail le lendemain.
Le 22, il apparut beaucoup d*individus qui n'apportaient rien. L^amiral impatient descendit lui-même à terre avec une escorte assez nombreuse pour n'avoir rien à redouter. A la vue des armes, les sauvages s'enfuirent; on les suivit sans marquer trop
d'ardeur. Un Anglais, qui s'avança seul auprès d'un petit bois, y découvrit une quinzaine de ces indigènes avec autant de veaux et de chèvres; ils étaient armés d'arcs et de flèches, mais, lorsqu'ils virent qu'on ne paraissait pas disposé à les attaquer, il y en eut deux qui vinrent au-devant de l'amiral, chacun amenant un animal. Ils étaient bien faits et robustes. Quoiqu'ils eussent le corps entouré d'une peau, ils mettaient peu de soin à cacher leur nudité. L'un conduisait un veau et l'autre un mouton. L'amiral tira quelque shillings de sa poche et, de l'autre main, leur présenta plusieurs petits couteaux, leur donnant à choisir entre ces deux modes de paiement. Ils comprirent parfaitement ce langage muet, et, après avoir hésité pendant quelques instants, ils prirent tous deux un shilling et un couteau qu'on leur abandonna volontiers. A peine furent-ils retournés au bois que leurs compagnons en sortirent précipitamment et vinrent offrir leur marchandise au même prix.
L'amiral, fort satisfait de ce début et des apparences de dou^ ceur qu'il avait remarquées chez ces sauvages, résolut d'attendre sans se presser qu'ils lui apportassent des provisions. Il se fit conduire dans sa chaloupe le long du rivage, afin d'examiner le fond de la baie. A la différence des flots, il jugea qu'il s'y déversait une rivière, et il s'avança jusqu'à son embouchure qui n a pas plus d'un mille de large ; comptant y trouver de l'eau douce à une petite distance, et, assuré par son escorte contre tout danger, il la remonta pendant environ deux lieues et trouva que l'eau se ressentait de la mer sur toute cette étendue; mais, ayant vu plusieurs troupeaux de 30 et de 50 moutons qui paissaient paisiblement sur le versant d'une colline, il ne douta pas qu'il n'y eût dans le voisinage des sources d'eau vive. Quelquesuns de ses gens qu'il fit descendre à terre rencontrèrent plusieurs sauvages, qui leur vendirent trois moutons pour autant de shil-
CONCERNANT MADAGASCAR 41 i
lings [1 fr. 25], mais qui, lorsqu*ils eurent aperçu la chaloupe, s'obstinèrent à s'éloigner avec leurs troupeaux. L*amiral descendit lui-même à terre et les appela par signes; il fut très étonné que non seulement les indigènes eussent préféré des shillings à tout autre objet, mais qu'ils n'eussent voulu vendre leurs moutons que contre de l'argent.
En jetant les yeux sur les prairies entre la rivière et les collines, il aperçut un gros ruisseau, où il arriva après avoir traversé un terrain marécageux, et il trouva que l'eau était très fraîche. Cette découverte lui causa une grande joie. Il remonta jusqu'à ce ruisseau avec la chaloupe, et sa satisfaction fut encore plus grande lorsqu'il eut sondé et vu que ses vaisseaux pouvaient s'avancer jusque-là pour faire leur provision d'eau.
En retournant vers la baie, ses gens tuèrent à coups de fusil un crocodile qui marchait lentement sur la rive; quoique mort après avoir reçu un grand nombre de balles, les mouvements convulsifs qu'il faisait encore inspiraient de la frayeur. Il avait seize pieds de long [plus de cinq mètres], et sa gueule était si large qu'il ne nous parut point surprenant qu'elle pût engloutir un homme. Keeling fit transporter ce monstre jusqu'à son vaisseau pour en donner le spectacle à tous ses gens. On ouvrit son corps, et l'odeur qui s'en exhala parut fort agréable; mais, quoique sa chair fût également plaisante à voir, les matelots même les plus hardis n'osèrent pas en goûter.
Le 24, Keeling fit remonter la rivière à ses deux bâtiments, afin de leur faire faire leur provision d'eau. Les sauvages, qui observaient ses mouvements, éloignèrent leurs troupeaux de ce voisinage, ce qui n'empêcha pas quelques-uns de se présenter avec des bœufs, des moutons et des chèvres. Les Anglais achetèrent trois vaches, deux jeunes taureaux et quatre veaux pour la somme de 15 shillings [18 fr. 75] et quelques perles de verre.
Les bœufs de ce pays ont une viande d'un meilleur goût que ceux de la baie de Saldanha, quoiqu'ils soient assez difformes, avant sur le dos une masse de chair comme les chameaux, avec la seule différence qu'elle est plus près du cou. Ils trouvèrent là un fort joli animal [la maque à queue annelée, de couleur cendrée (Lemur calta)].
Keeling fait remarquer que les araignées de ce pays, sans avoir rien d'extraordinaire en elles-mêmes, font des toiles beaucoup plus brillantes que les nôtres, et d'un tissu si fort et si moelleux qu'elles pourraient être filées comme la soie.
Dans la familiarité qui augmentait de jour en jour entre les Anglais et les indigènes, on s'aperçut que les hommes étaient circoncis, mais on n'eut pas l'explication de cette pratique étrange.
L'eau qui baignait le navire, était douce à marée haute et, .contrairement à ce que suggérait le bon sens, très salée à marée basse. Au passage du flux, on avait de Tcau douce d'un côté du navire et de l'eau salée de l'autre.
Le 25, il s'éleva du Nord-Ouest un orage si violent que le vaisseau de Hawkins chassa sur ses ancres, dont il perdit la plus grosse. Le danger était d'autant plus redoutable que le rivage est, dans la plus grande partie de la baie, bordé à un demi-mille de terre par un mur ou un récif de rochers sur lequel les lames se brisent continuellement et entre lequel et la terre il y a deux brasses d'eau. Il y a là du poisson en abondance et, comme il est facile de s'y servir de filets, on en prenait tous les jours une quantité prodigieuse. Cette espèce de digue est aussi fort avantageuse pour les chaloupes et les petits bâtiments, qui y demeurent très à l'abri, mais elle est fort dangereuse pour les grands navires que pousse le vent ou qui s'approchent de terre sans précaution.
Après avoir acheté un veau, un mouton et un agneau à grosse
queue pour la somme de 2 shillings 3 pence [2 fr. 85], les navires quittèrent la baie de Saint-Augustin le 28 au matin. Il y a un banc à 4 milles au Sud-Sud-Est de la pointe Nord de la baie. La montagne, qui ressemble à un toit ou à un grenier, est située a environ 5 milles au Nord du centre de la baie.
Malgré les vivres que la flotte s'y est procurés, Keeling regarde cette rade comme un lieu où Ton doit venir chercher des provisions seulement en cas de nécessité. Outre que les indigènes ne veulent faire de commerce que pour de l'argent et que le bétail n'y est point très abondant, l'eau y est trop peu profonde, la côte y est dangereuse et le fond y est si dur qu'à la moindre agitation de la mer les câbles sont coupés (Purchas, His PU- Orimes, I" partie, 1625, liv. 111, ch. vi, §2, p. 191-192; Histoire générale des Voyages, t. I, 1746, p. 466-468; Kerr s- Collection of Voyages, t. VIII, 1813, p. 205-206, et Antananarivo Annual, 1889, p. 11-13).
OBSERVATIONS FAITES DANS LA BAIE DE SAINT-AUGUSTIN, À .MADAGASCAR, PAR WILLIAM FINCH, en 1608 >.
Saint-Augustin, qui est situé dans la grande Ile de Saint-Laurent ou Madagascar, est plutôt une baie qu'un cap, car il n'y a pas de pointe de terre qui fasse une saillie bien marquée. Il est par 23*'38' de latitude S.*, et la variation du compas y est de 15H0". On trouve facilement cette baie, car il v a des brisants
1. William Finch était un traitant qui a accompagné le capitaine Hawkins jusqu'à Surate et qui, de là, est revenu en Europe par terre.
2. La latitude de Nosy Vé, îlot qui est situé à rentrée Sud de la baie de Saint-Augustin, est 23*38'58".
3. A Nosy Vé, la déclinaison de Taiguille aimantée a varié de 22*30' (Le Fer de Beauvais, 1770) à 20^' (Owen, 1824), 19*>0' (Fleuriot de Ungle, 1858), 18M6' (A. Grandidier, 1868), 17'28' (Mion, 1889); en 1902, elle est de 16^52' .• La diminution moyenne annuelle est d'environ 2' à 3'.
dans rOuest-Sud-Ouest de chaque côté de l'entrée. L'eau est profonde jusqu'aux récifs, mais l'intérieur est plein de bancs de vase, si bien* que quelquefois Tancre de Tavant est mouillée par 22 brasses tandis que celle de l'arrière l'est par 60; dans certains endroits, il n'y a pas 2 pieds d*eau à basse mer et, plus près de terre, on retrouve de grands fonds.
A un ou deux milles de la mer, le pays est montagneux, aride et plein de pierres et de roches, avec quelques petits bouquets de bois. Deux rivières se jettent au fond de la baie; elles déversent tant d'eau que leur courant n'est jamais refoulé par la marée, qui cependant s'élève de 2 brasses, et cette eau est boueuse; leurs bords sont plats, sablonneux et inondés. De grandes quantités de roseaux sont charriées par ces rivières ; nous en avons trouvé en pleine mer à 20 ou 30 lieues de la terre.
Cette baie est ouverte aux vents du Nord-Ouest, mais la mer est brisée par les récifs de coraux. Nous y avons pris des éperlans longs d'un pied et des crevettes mesurant dix pouces ; le meilleur endroit pour pêcher est auprès de la plage de sable, loin des terres basses, où les indigènes prennent beaucoup de poissons avec de grands filets.
Dans les bois, nous avons trouvé une énorme quantité de melons d^eau qui poussent dans les terres basses, et que nous avons beaucoup appréciés. Nous n'avons rien pris dans les rivières; un de nos hommes y a été mordu par un crocodile.
L'eau n'y est pas très bonne, mais nous avons eu autant de bois à brûler que nous en avons voulu.
Cet endroit ne semble pas être très peuplé, car nous n'y avons jamais vu plus d'une vingtaine d'individus ensemble. Les hommes ont une bonne apparence; ils portent pour tout vêtement une ceinture ou sorte de petit tablier fait avec l'écorce de certains arbres. Leur barbe est noire et assez longue, et leurs
cheveux sont également noirs et longs, tressés et crèpelés d'une curieuse façon; leur corps n*a pas de mauvaise odeur. Ils portent attachés à leur ceinture beaucoup de colifichets, entre autres, des dents de crocodiles; dans les cavités de quelquesunes de ces dents, ils mettent le suif avec lequel ils tiennent brillant le fer des javelots qui sont leurs armes principales et dont chaque homme porte avec lui un petit paquet, en outre d*une grande sagaye qui est également toujours très brillante.
Leurs javelots sont dangereux, étant barbelés des deux côtés ; tous les hommes portent une dague très bien faite qui ressemble à un couteau de boucher. Ils n'ont cependant témoigné aucun désir d'avoir* du fer et ils n'ont rien voulu vendre que contre de l'argent: nous avons payé i shilling [1 f. 25] pour un mouton, 3 sh. 1/2 [4 f. 40] pour une vache; ils demandaient que nous ajoutions des perles de verre à chaque marché, mais, pour des verroteries toutes seules, ils n'ont consenti à nous donner que du lait, qu'ils nous apportaient dans. des calebasses et qui était fort bon.
Leurs bœufs ont sur le dos, entre les épaules, de grosses bosses qui ont la forme et les dimensions d'un pain de sucre; ces bosses sont très grasses et fort bonnes à manger. La chair de ces bœufs n'est pas flasque et molle comme celle des animaux de la baie de Saldanha; elle est ferme et savoureuse et diflière peu de celle des bœufs d'Angleterre. Le mouton, qui appartient à la race à grosse queue, y est aussi fort bon; leurs queues pèsent jusqu'à 28 livres l'une, mais elles sont d'ordinaire enlevées aux brebis.
Dans les bois, le long de la rivière, il y a beaucoup de bétes grosses comme des singes, avec une belle fourrure de couleur cendrée, qui ont une tête fine et une longue queue comme les renards; cette queue est annelée de blanc et de noir [Maki
mococo OU Lemur catla*]. Nous en avons tué quelques-unes, n*ayant pu en prendre en vie. On y voit des chauves-souris dont le corps est presque aussi gros que celui d*un lapin et dont la tête rappelle celle du renard; elles ont un pelage serré, mais, sous les autres rapports, elles ressemblent aux chauves-souris ordinaires ; leurs cris sont forts et perçants ; nous en avons tué une dont les ailes étendues mesuraient une aune [1 m. 20!].
Il y a beaucoup de Hérons, blancs, noirs, bleus et de couleurs variées, ainsi que des Oiseaux de proie et d'autres oiseaux d'espèces et de colorations différentes, la plupart [Coua crisiata pyrrhoptjga] ayant des crêtes sur la tête comme les paons.
Les lézards et les caméléons abondent. Ceux-ci répondent fort bien à la description qu'en a donnée Pline, mais il n'est pas vrai qu'ils vivent d'air pur,, sans prendre aucune autre nourriture, car, en ayant gardé un à bord pendant une seule journée, nous l'avons parfaitement vu attraper des mouches d'une manière étrange. Quand il en apercevait une posée près de lui, il lançait soudain avec la rapidité d'une flèche quelque chose hors de sa bouche, peut-être sa langue, ce qui était du reste fort dégoûtant à voir, et il l'attrapait et l'avalait; le tout était fait si vivement que l'œil avait de la peine à suivre les diverses phases de son repas.
Dans les montagnes, il y a beaucoup d'araignées qui filent d'énormes toiles d'un arbre à Tautre; leur soie est excellente, forte et d'un beau jaune, comme si elle avait été teinte artificiellement. Il y a aussi sur certains arbres des gros vers, comme nos chenilles, qui ont beaucoup de pattes et qui s'enferment dans une double enveloppe de soie blanche [chenilles de Satumia].
Il y pousse beaucoup de ces plantes qui fournissent l'aloès,
1. Cette espèce de maque est très commune dans le Sud de Madagascar.
ainsi que de gros tamariniers le long des cours d'eau, et on y trouve en abondance une plante étrange que je crois être une espèce de cocotier sauvage [Satra {Hyphœne coriacea)] : elle atteint rarement la taille d'un arbre ordinaire et a plutôt Taspect d'un arbuste, avec des pétioles épineux longs de 2 yards [1"82]*, au bout de chacun desquels il y a une feuille de la dimension d'une grande feuille de chou, coupée demi-ronde comme une morgeline des moissons [le mouron des champs]. Du sommet de cette plante, parmi les feuilles, surgissent beaucoup de branches portant autant de fruits que possible, quelquefois une qua* rantaine, qui forment une grappe sur chacune de ces branches. Ces fruits sont à peu près de la grosseur d'une poire de Catherine \ ils sont d'abord verdàlrcs et ont à peu près la forme d'une clochette de mouton avec une peau lisse; daiis l'intérieur, il y a une coque, dure comme celle de la noix de coco, qui renferme une amande creuse, de consistance grasse et comestible, contenant une cuillerée d'eau fraîche et sucrée comme le lait de la noix de coco.
Il y a un autre arbre [Voavonlaka [Brehmia spinosa)t], de la taille d'un poirier, fort branchu, dont les feuilles ressemblent & celles du laurier et qui produit des fruits sphériques, gros comme un ballon, suspendus à une longue tige, et dont l'écorce est divisée par des sillons en quatre tranches ; cueilli vert, il contient une substance visqueuse comme de la térébenthine. L'écorce est très épaisse et consiste en plusieurs couches d'une substance brune comme l'agaric, maïs plus dure; elle renferme 13 cellules dans chacune desquelles est contenue une grosse amande d'une couleur d'un blanc sale, dure, amère et de mauvais goût (Purchas, Mis Pilgrimes, t. V, 4625, English Voyages to the East-
i. Ce palmier, qui est rabougri, est très commun dans toutes les plaines arides et sablonneuses de TOuest et du Sud de Madagascar.
roi à Taide d*un interprète et il apprit qu*il avait quelquefois des relations avec les Portugais, dont il parlait un peu la langue, mais il n*en obtint pas moins toutes les provisions dont it avait besoin. La différence entre la plupart des langues d'Afrique est si grande que, malgré l'interprète qu'avaient les Anglais, on était le plus souvent obligé de recourir aux signes pour s'entendre.
Le roi avait promis de faire visite à Tamiral le 28, mais ses conseillers le dissuadèrent d'aller à bord du navire anglais et on l'attendit en vain. Coverte, l'auteur de la relation, alla le soiir à terre soi-disant pour surveiller les matelots qui y coupaient du bois, mais en réalité pour se rendre compte de l'état d'esprit des indigènes; il ne vit rien d'extraordinaire. Le lendemain, il y retourna avec les trompettes du vaisseau et les fit sonner, ce qui attira une foule de nègres; le roi lui-même sortit de son habitation, suivi par huit hommes qui étaient armés de couteaux larges et fort tranchants, longs d'un pied, et prit plaisir à écouter les sonneries.
Ces insulaires sont doux et polis. Un matelot anglais ayant perdu son épée, l'indigène qui la trouva la porta au roi qui la fît remettre à son propriétaire et qui déclara que, si son sujet l'avait non pas trouvée par hasard, mais volée, il l'aurait condamné à mort.
• Ils ont certaines règles de politesse et des manières agréables. Lorsqu'ils se rencontrent le matin, ils se donnent des poignées de main et se font des compliments d'une voix douce. Leurs membres sont vigoureux, et leur taille est droite et biea prise. Ils sont mahométans. Ils vont nus, portant autour des reins un simple lambeau d'étoffe et un turban sur la tête. Les femmes ont non seulement une pièce de toile enroulée autour des reins, mais une autre qui cache la poitrine et une natte qui forme tablier en avant, de sorte que les bras, le dos et les jambes sont seuls
CONCERNANT MADAGASCAR é2i
a nu. Elles sont si libres que leurs maris ne paraissaient point choqués de les voir rire et badiner avec les Anglais.. Hommes el femmes vont nu-pieds; le roi seul porte des sandales ou babouches, et il a pour vêtement une robe écarlate avec des manches^ robe qui est ouverte par devant, de sorte qu'elle ne le dispense pas de porter, comme tous ses sujets, un morceau de toile autour de la ceinture; de ses épaules tombe une pièce d'étoffe, en forme de manteau, qui lui descend jusqu'aux talons; son turban est fort beau, tout brodé d'or et de soie.
Pendant le séjour des Anglais sur cette rade, les habitants ne cessèrent de leur apporter toutes sortes de vivres, des chevreaux^ des vola.illes, des limons, du vin, du lait, des poissons, etc. ; deux poules se payaient un couteau d'un penny [0 fr. 10], un limon et une noix de coco un- clou. Les noix de coco sont si belles dans cette ile qu'il y en a qui sont grosses comme la tête d'un homme; elles ont au dedans une quantité de liqueur proportionnée à leur grosseur. L'eau douce y est rare; les habitants font des trous en terre, d'où ils tirent une eau bourbeuse à laquelle les Anglais ne purent s'accoutumer; aussi partirent-ils sans avoir renouvelé leur provision.
Ils mirent à la voile le 29 novembre et arrivèrent le 10 décembre en vue de l'île Pemba, sur la côte orientale d'Afrique
(Relatio Anglicujusdam qui < Ascensione » in Indiam Orientalem peragravit. Indice Orienialis pars undecima^ 1619, De Bry, p. 14-15; Histoire générale des Voyages^ t. I, 1746, p. 519-522; Kerr's Collection of Voyages^ t. VIII (1813), p. 319-321).
2® Relation de Thomas Jones. — Au sortir de la baie de Saldanha, le 26 septembre 1608, le navire V Ascension^ que commandait Alexandre Sharpey, fut assailli par une violente tempête qui le sépara de VUnion^ que commandait Richard Rowles. En détresse, et hattus par les vagues jusqu'au
18 octobre, nous arriv&mes enfin en vue de l*ile de Saint- Laurent. Après avoir lutté sans succès pendant deux jours pour doubler le cap Saint-Romain [cap Sainte-Marie?], nous nous sommes décidés à laisser porter sur la Grande Comore qui se trouve entre l'Afrique et Tile de Saint-Laurent par 11* de lat. S. [en réalité entre ll''2r et H'^SS']. Le 26 octobre, nous avons mouillé sur la côte Ouest de Tile par 36 brasses. Le roi du pays et ses habitants nous ont fort bien accueillis, et nous nous y sommes procuré d'excellents citrons, des noix de coco et quelques volailles, ce qui nous a été fort agréable, mais pas d'eau douce. Le 31 octobre, nous avons fait voile pour Zanzibar (Purchas, His Pilgrimes^ t. I, 1625, liv. m, Chap. ix, p. 228).