‹ Collection des ouvrages sur le gouvernement représentatif et la constitution actuelle de la (volume 2)Chapitre 11 sur 53 · II" LETTRE · texte numérisé non relu

II" LETTRE

A M. ODILLONBARROT,

Sur k Procès de f^iZérniD Rbgkjult.

ON8IXUR,

Ma première lettre ne, traitant que des formes sni^ ties dafis le procès de Wilfrid Regnaiilt , j'ai pu indiquer les signes manU'estes de la prévention qui a dirigé la partie publique. J'ai pu relever Pioeiactitude des reuseiguemens tournis par des hommes eh place : j'ai pu affirmer que les jurés s'étaient laissé dominer par des |>réjugés résultant de ces rçnseignemens si déplo^ rablenient erronés. J*ai pu tout cela , Monsieur , pour justifier Régnault , et sans diriger sur d'autres aucune iDCiilpation.

Forcé d'examiner maintenant le fond de cette hor* rible affaire , je voudrais m'imposer la même réserve. La lâche est difficile. J'aurais voulu qu'elle ne fût pas iudibpensable , et malgré des engagçmens pris avec une sorte de solennité , qu'on pardonnera sans doute ^

Euii)({a'il s'agit de là vie d'un homme ^ j'aurais été eureui d'y renoncer. Car ^ si je ne puis démontrer 3ue RegnauIt n'est pas coupable , sans renouveler es soupçons dont il m'est douloureux d'être l'organe, moQ mouvement n'est plus aussi complet, ma satis«> faciion n'est plus aussi pure. U est bien difiBâretit de défendre ou d'accuser.

ic6 /

Je le sais ; Von m'n donné l'exemple de flctnr le» l^onimcs sur des bruils vagues, et ceux -là se soM trouvés faux. L'on a travet^i contre Regnaull, en airsertions positives , des rumeurs menVougères» Mais je ii'imiferai |ws cet exemple. Je vojidrais arracher un iunocent ù Férh^faud vers ]e(|uel on le iraine , et non point incnlper des înr#>nnus. Je traçais avec joie cbaque ligne de ma lettre préc(klente. Je remplissais une mission de salut. A pré.^^ent lous les mots qui se placent sous ma plume me IVajficut de scrupule et d'inquiétude.

Cependant Ro.gnauTt est dans un cachot , seul y chargé de fers , sous un arrêt de itiort. D'impitoyables formes trompen^ les regrets des juges suprêmes*. Le malheureux serait sans appui , si quelques défenseurs €}ui ne l'on'i jamais vn l'abandonnaient. Ses vieux payens octogénaires, sa mère , qui ne l'a pas quitté ua itiMant durant les trois qiiarts-d'heure pendant lesquels s'est commis le crime dont il est innocent,, sont luinés, flétris au bord de leur tombe. Il ne faut donc pas déserter sa cause*

Jai commencé, MônsSetir, par ces observations,

i)arce que y depuis la publication de 'ma première ettre, une objection m'a été faite, que je conviens n'avoir pas prévue, et même à présent oe pas concevoir. Si Regnault n'est pas coupable, mVt on dit, qui donc est l'auteur du crime ? Comme si Regnault ou ses défenseurs pouvaient le savoir ! Comme si y

{>réciséraent parce qu'ils n'étaient pas sur le lieu de 'attentat, ils ne devaient pas être dans l'ignorance du criminel qui l'a commis! Comme si, en supposant

Îiue nous eussions des soupçons « que nous pussions orn>er dos conjectures, ce n'était pas un mérite à nous , tant qu'il reste un doute , de nous abbteoir de les produire !

Je ne répondrai donc à cette question qu'en obser-

Tant t|ne rî«[nor»nce oiN Pon est des vVaîs coupaMes ^ n*impli(jue rien contre Regnault , s^il ne s'élève pas d'afilieurs contre lui des preuves : qne la justice'^n'est point teune à trouver nécessairement Tauieur dNm crime ^ mais qu'ellp doit jnger si tel individu «n par— ticulier a pu en être l'auteur ; que notre législation se vent pas , pour que chaque crime soit puni , qu'au défaut d'un coupable on prenne un innocent ; et que tel serait néanmoins |e système qui résulterait de letrange objection -que Ton m'a Faite.

Je montrerai tout-à-l'heure que de tous ceux sur qui le soupçon pouvait planer^ Regnault était celui qu'il devait le moins atteindre ; mais il faut auparavant raconter tous les faits. Je n'ai voulu ici que réf^i*^ ter une prétention , qui tend à exiger que Regnault sache ce qu'il ne peut savoir , sous peine de le i^gai^ der comme convaincu d'avoir fait ce qu'iln'a pu faire.

Le sieur Jean Enouh , marchand de bois , habitait une maison , ou, pour employer l'expression du pays, une masure , dans le \i4lage d'Amfreville. Il tenait ceue maison à bail de Wilfrid Regnault : il lui avait fait , soit pour le moptant du loyer , soit en partie pour d'autres objets , des billets non encore échus. Il avait pour servante une femme , la veuve Jouvin.

Regnault ayant conçu un projet de voyage ou d'éta* blissement lointain , sollicita Ënoult de lui escompter ses billets. Enouh y consentit et lui promit d'aller cher-* cher des fonds à Élbœuf. Il partit en effet , le premier mars , pour cette ville , à dix heures et demie du matin, rendant son absence , et à une heure qu'on peut conjecturer avoir été d'une heure et demie à aeux,parce que le travail fait par la veuve Jouvin prouve qu'ellt^ vivait encore peu avant deux heures y et que les préparatifs de son dtner trouvés sur sa tabla , annoncent qu'elle n'avait pas pris ce repas avant sa mort , cett« femme fut assassinée. Le secrétaire d'Enoull fut foreé j^

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eier de celui qu'il aurait vole. Mais supposer quHl a choisi un momeot où il n'y avait dans la maison qxim rieo ou peu de dhose , u*était-ce pas une étrange conjeo* ture? elle parut telle à tous les«8sistans« L'interpellation du )nge de paii les ëtonna tous , ce qui prouve a-lafois combien cette iriterpéllation leur semblait bixaiTe , et combien peu aussi les soupçons se dirigeaient sur Regnault. (i) Qui le croirait pourtant? dans Facie d^accusation ^ dans les informations particulières^ on a tourné contre Regnault cette preuve de la conviction que le public entretenait de son innocence. Deux magistrats ont affirmé que Fétonuement de l'assemblée avait eu pour cause, non les questions adressées à Regnault I mais sa présence. Vraiment oq est prêt à maudire l'invention du langage'^ quand bn voitquellea conséquences un léger changemeht de mots peut ea* traîner. Regnault répondit, sans entrer dans de grands détails sur ses relations d'intérêt avec Enoult^ et il esc assex simple, quand toute l'attention était occupée d'un meurtre, qu'il n'ait pas songé à rendre un compte exact de ce qu'Enoult lui devait , chose complètement étrangère à 1 événement qui avait eu lieu.

Un instrument à l'usage d'un couvrent en chaume ayant été trouvé sur des bourrées, donna lieu a penser que le crime pouvait être l'ouvrage d'un nommé Dupuis , couvreur , qui travaillait à Tourville, village à quelque distance d'Ârofrevillej Enoult pria Regnault de s'informer si ce Dupuis ne s'était pas abseuté du lieu ou il travaillait. Regnault se mit en route*

On lui a fait un crime de ce voyage, et malgré la déclaration réitérée d'Enoult qui a totijpurs reconnu I# lui avoir demandé (i), l'on a prétendu qu'il avait solli* cité cette commission pour diriger les soupçons contre Dormis.

(i) Extrait des minutes de la Cour d^assises , pag. i6«*i63, {%)FoftM plus Loia la déposition d'£jaoiilh

• IIO

Le jiige-de-paix demanda ani assistans , s^ils r^ avaient point connaissance des auteurs du forfait^ ou s^ils ne pouvaient pas lui fournir des renseiffnemens qui pussent le ?nettre sur la voie de les découvrir. Leur réponse fut purement négative ; ei le jnge de paix^ considérant que lui-même et le sieur l^lnoult n'avaient non plus aucune donnée-à cet égard , termina les opérations de cette journée, 2 mars (i)«

Il est donc certain que, du moins jusques alors, aucun soupçon ne se dirigeait contre Regnault. Dupuis était l'unique objet des conjectures. Le sieur Diard le déclara encore le lendemain 3 mars : on a vu dans ma première lettre que très-complaisamaieni il avait signé un procès-verbal qui Favorisait cette hypothèse. Mais I>E^gaault lui-même^ revenu deTourville , disculpa Dupuis de la manière la plus positive.

Le 3) le substitut du procureur du Roi se rendit sur les lieux. U entendit d'abord le sieur. Diard , cjui., après avoir renouvelé Pexamen du cadavre y fit un rapport pareil à son rapport de la veille , 6i ensuite , interrogé comme témoin, déclaraque la voix publique soupçonnait Dupuis (2).

Le sieur Ënoalt , parlant après le sieur Diard, ré* pondit qu'il n'avait aucun soupçon relativement aux auteurs du crime. Neuf icmoins turent euiendus successivement (5). Le neuvième de ces -témoins, en attestant l'innocence de Dupuis avec lequel il avait travaillé, certifia de nouveau que la voix publique l'avoit accusé (4). De ces neuf témoins, aucun ne prononça le nom de Regnault, si ce n'est le propriétaire chez lequel il avait clé la veille prendre des renseigne-

(i) Extrait des* minutes déposées au greffe de ia Cour d^assises a Evreux . pag. 23.

(2) Extrait des minutes de la Cour d'assises d'Evrcux , pag. 3i.

(3) Extrait dps minutas, depuis la p;»g. a3 jusq^u'à la pag. 5o.

(4) Ibid. , piig, 4^-49.

mens sur Dupnîs , à la sollicitation cTEnoult , et qiù raconta sa vishe.

Tel était donc Pétat des choses. Aucun soupçon n'atteignait Regnauh. Le seul jugé de paix ^ le sieur firouard ^ l'avait interpellé d'une manière étrange , qui avait surpris tout le monde; mais cela même n^avait pas 6xé l'attention sur lui.

Ici la scène change. Je supplie le lecteur de me partloonerdes développemens, des détails, des répétitions. Tout est important, chacun des mots, chacun des actes, la date noo^seulement de chaque jour, mais de chaque heure, de chaque mînme.

Je recommence donc : Neuf témoins avaient déposé, depuis di% heures du matin, le 5 de mars. Dans aucune de leurs dépositions , Regnauh n'était inculpé. Aucun ne Tavait nommé comme ayant la moindre i^lation avec le crime. Tout-à-coup , à 4 heures et demie , le même 3 mars , M. Lemercier , substitut du procureor du Roi , M. le marquis de Blosseville , ipaire de la commune, M. le j'nge d& paix £usiache Brouard, nn gendarme et deux gardes champêtres se transportent che£ Regnault : et , pu les pièces relatives à fasstissinat^ et attendu le» soupçons qui s^élèpent contre lai , on fait une perquisition chez lui et il est arrêté (1 ).

attendu les soupçons et pu tes pièces! Mais aucun' soupçon ne s'était élevé! iVfais les pièces ne contiennent pas une fois le nom de Regnault comme suspect! Mats son nom n'avait été prononcé par aucun des neuf témoins qui jusqu'alors avaient déposé!

Remarquez bien l'heure. C'est à quatre heures et demie , comme on voit , que la perquisition conti^tt

Regnaiika lieu. La «nbuitut dti procureur du Roi, •on commU, et le juge de paix Brouard, y aswteni , car iU en signent le prooê»7 verbal au domicile de RegnauU même : et cependant, l'autre procès verbal, celui de raudition des témoio* , rédigé par les mêmes pernoDueii ne pai'ait ni interrompu, ni clos. L*audicioa continue: un dixième témoin est entendu ; c'est après ces mesures prises avec éclat contre Regnauli que ce témoin dépose ^ car immédiatement après sa. dé|K>sition le procès verbal est clos , attendu quhloHt huit haures du aoir : et ce lu^ témoin y sur l'interpelUtioM usitée y ê*il a connaissance des auteurs du crifue ^ répond : J^ai entendu désigner le nommé Dupuis par la poix publique. Quant à rnoi , mon soupçon plane sur le nommé ff^ilfrid R(^/fnault(ï ),

Je n'eumine point comment il se fait que le substitut du procureur du Roi ei le juge de paix aient verbalisé à-la*fois en deux endroits : comment ^ étant occupés , ainsi que Fun des procèS'verbaux leconstate , depuis dix heures du maun jusqu'à huit heures du soir, à recueillir au domicile d'Ënoult les dépositions des témoins , ils ont été à quatre heures et demie , ainsi que l'autre procès-verbalje constate aussi, faire une

{>erqui8iiion dans le domicile de Regnauli , sans qne e premier procès*verbal fasse mention , suivant l'u-* sage I d'une suspension ou interruption quelconque , et comment ils ont toujours régulièrement signé les deux procès-verbaux rédigés par eux simultanément en deux endroits dilTérens. Je me boi*ne au fait , et je dis : A quatre heures du soir, le 5 mars, aueun so*upçon ne s'éleVait contre Regnault , et le substitut du procureur du Roi , et le juge de paix, assistés de M. la marquis de Blosseville, ont fait une perquisition cbes lui , et il a été arrêté , et les magistrats ont allégué ,

( j) Kxtrail due minutes , pag. 5i,

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poar moliver leurs actes contre lui , un fait qui n'était pas. Car'ils ont dit qu'ils agissaient, attendu les soupçons qui s^élepaient j et pu les pièces ; et à quatre, heures du soir aucun soupçon ne s'était élevé, et à' quatre heufes du soir le nom de Regnault, comme* soupçonné , ne se trouvait dans aucune pièce. Je tirerai

dixième témoin, comme je'l'ai dit, déclare '^mô son soupçon plane sut Regnault , ^ après ^on air , sa contenance et ses réponses au sieur Enoult. Et quelles étaient ses réponses si propres à faire naître les soupçons ? L»e sieur Enoult lui ayant demandé s^il n'a-' vait pas connaissance que. lorsqu'il vint chercher des chaumiers près de son four , il y eût laissé ou pu un outil d'ouvrier , il répondit que non , qu'il n'a^ vait pas connaissance de cela. Et aussitôt après cette réponse , vu qu'il était hmt heures du soir , et comme si le but de cette journée eût été atteint, le procèsverbal est clos ; et considérant que les causes de la mort de la veuve Jouvin sont suffisamment constatées j déclarons qui il n'y a aucun inconvénient à procéder à l'inhumation de son cadavre dans les formes et délais prescrits par la loi.

Le lendemain , Taudiiiôn des témoins conlîmiej mais la procédure prend une autre direction. Toutes les questions sont aé nature à faire accuser Regnault ,' et je dois remarquer ici qu'il y avait pourtant des cir* constances qui devaient suggérer d'autres soupçons (i). On ne les démêle que bien difficilement « et en rasr

(x) M. le procureur du Roi à Looyiers le dit forme Uement. O/s a abandonné les soupçons , qu'on ewait eus contre le nommé J^e^m- Pierre Lemoine, 'Résumé des informations et observations particulières de. M. Del^fbj, dans les pièces imprimées à Tappui OLVL procès de Regnault , pàg. x3.-

Tomi m , 5*. Partie, 8

semblant beaueoiip de détails épan , comme échappa aij% rédacteurs de ces étranges proces-verbatn* Maïs il y avait des tnriividns qu'on arait dit avoir escaladé la cotir d'Enoult le jour du meurtre (i) ^ et qui ne rendaient <le leur conduite et de leur alibi durant cette

Î'ournée ^ qu'un compte bien plus vague que celui de tegnault (a). On savait qu^ls s'étaient absentés de trcs-bonne heure le lendemain ^ qu'à leur retour ils avaii»fjt conché le surlendemain à Elbeuf an lieu de rentrer ch^ eum ; et on les avait soupçonna d'avoir Invé des habits comme pour faire disparaître la trace d'un crime. Ajoutez que précisément parmi ces indivu] 119 «c trouvent deux auteurs d'une déposition contre 1h Hcrvante de Regnault» tendant à llnculper de cornpliciic, eiqul a été démontrée fausse» de sorte que sans le hasard qui a permis à cette ûUe la preuve compicie de .«on alibi, ces deux dépositions 1& disaient jiérir (3).

Je ne dis nullement qu'ils fussent fondés , les, soup- ^ons dont je parle. Mais comment se fait-|{ que pas une qne.Mion n'ait éii^ adressée à un seid autre tëmoia relaiiveoieotJt des apparences aussi graves ? Nesensblel-i1 pas qu'on voulait tout diriger sur Regnault?

Le prcuiier témoin de ce second jour , en tout le onzi«une de* témoins, déclare que la nièce de RegnauH e dit f](j'elJc avait entendu dire que son oncle Vviifrid avait été le samedii jour du t^eurtre, chez le sieurEoouIt, pour chercher de l'argent : on a vii que ftegnauUde^

(i) Extrait dc0 minutes du tribunal de première instance k Evroux, pag. 197,

(%) Fofes •vur toutes ces circonstances eisur W suivantes , les quQStiont aHiesiéc» par le juge d'instruction à Jean-Pierre Le* moine , et *cé réponnas extraites des minutes de la Cour d^assises, piig. i5s. Je IcM apporte en entier datis la ^uiie de cette lettre.

(3) Extrait des minutes de la Cour d'as^scs | pag* ^94 et sultantes. (Je reviendrai là dessus pltvi tard.)

1 lO

vaUen recetoir d'Epouh le dimaDche..Qciaire témoins sont examinés sur un ouï-dire : et enhn la nièce Ue Regnauli, enfant de trei;&e ans, dépose qu'elle a en^ tendu dire à une de ses coosiaes , que WilfridRegnault devait aller chercher de l'argent chez le sieur ËnouU'y sans désignation de jour ; que si elle a dit le samedi , c'est par inadvertance ^ et cette cousine atteste en eflei qu'elle n^a rien dit de pareil (i); et npiez ici qu'on Terra plus tard que dans le syslèuie de l'accu^tion» Regnault avait du prendre les plus grandes précautions ^ pour constater, dès le samedi matin , en se montrant à toute heure à diverses personnes, quHI n'avait pas pti aller chez Enoult , et que l'idée qu'il aurait annoncé qu^il devait y aller^ ou raconté qu^il y aurait été, esc inconciliable avec p système. Mais Ënoult avait , comme on Ta vu, promis à Regnault ses iioo francs pour le 9 mars* Il était tout sim|>le qu'il en eiit 'parlée et pour des enfans que la chose n'intéressait point , le )0ur était bien indiffèrent.

On demande au seizième témoin , qui dépose avotf yn WilCirid Regnatilt ches lui à midi et un quart , s'il ne l'a pomt vu se diiîgeant du c6té de In maisoa d'Enoult , €t si Regnault n'a pas paru embarrassé et préoccupé? Le témoin répond m)n à la première ques* tion, et dit, quanta la seconde, quil n'a remarqué aucun changement dans sa figure (a).

Le 24*« ^ilo ^*- témoins, des Gbarpentî#rs travail* lant chez Renault pour leur compte, attestent sa présence )usqu'^ pltis. d'upe heure, et l'entrée d'un individu chez lui, une heure après environ, et dé* crivent ses vtêtemens, tout différens de ceux que dési-* gnera bientôt le témoin à charge ("5).

(i) Extrait des Tninutes, etc. , pag. 54-6i«

^2) Extrait des raiouteSy etc. , |»ag. 62-63.

3) Extrait dei niinùtos 9 etc.i ^ag. ;4-77«

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Le ^6*. tëmain dépose de nouveau qnll n*â aucune counaUsauce , et n'exprime aucun soupçon sur les auieurs du crime (i).

Le 97*. reconnaît avoir été chez ftegnault ainsi que les charpentiers l'avoieot déclaré, et on ne Finterpelle point cette fois sur l'heure de sa visite (s).

Le siî^. , le sieur Enoult, dont nous avons rapporté ci-dessus la première déposition , certifie auoir fait paru à Regnault de ses soupçons contre Dupuis , et Vapoir invité à s'informer des démarches de ce dernier le jour du meurtre (5). Dans l'acte d'accusation, M. le procureur-général a fait un crime à Regnault de s'être chargé de cette commission , et insinue qu'il l'avait sollicitée (é). On représente à Enoult une clé saisie chez Regnault, et après vérification faite sur la serrure , Enduit déclare que celle clé n'est nullement celle du cellier où sa servanie a été assassinée. Et' M. le procureur-général nous diia dans l'acte d'accusation , qu'on a trouvé chez Regnault un clé suspecte y dont l'usage eût dû être mieux approfondi , indépendamment de la réponse insuffisante du sieur Enoult.

Telles sont les dépositions des 1^ ti ^ mars. Ou voit que malgré l'arrestaiion de Regnault, la voix publique persisté à ne pas le charger. De a8 témoins , un seul dit que ses soupçons planent sur lui. J'aurai lieu d'observer un peu plus loin , sans en tirer pourtatit d'inférences positives , que ce témoin est étroitement lié avec les individus contre lesquels diverses présomptions dont j^ai parié s'étaient élevées. Il me suffit ici de rappeler que ce témoin ne cite, à l'appui

(i) Extrait dos minutes , etc. , pag, ^8, (2) Extrait des minutes , etc. , pag. 80-81. (3; Extrait des minutes , etc. , pag. 8i-83. (4) f'o^'tn ma première lettre. '

de ses soupçons, aucun indice ni aucune Vraisemblance. Mais en arrêtant le procès-verbal , le substitut du procureur du Roi observe , comme par réminiscence, que /or« de la perquisition par lui faite ^ leo^au domicile de ff^ilfrid Regnault , il a pris la mesure des souliers de ce dernier , et que cette mesure s'est trouvée conforme à l'empreinte des souliers dC homme remarquée devant une croisée d'Enoult ( i > indiquée au procès -verbal de M. le juge-de-pcUx. Pourquoi cette confrontation nVt-elie pas été raen-' tionnée au procès-verbal de la perquisition même ? Pourquoi n avait-elle pas été faite en présence de WUfnd Regnault?

Les informations recommencèrent le m mars. Le premier témoin , le même que le 27*. du 5 mars pré* cèdent, interpellé de nouveau , déclara avoir é(e chez Regnault le jour du crime ^ à trois heures et demie , et ne point se souvenir de ses vêiemens. Le second témoin, le sieur Enoult, réitéra ses déclarations précédentes, ce Vous m'avez observé, lui dit le juge dHns- ]> trnction , que d'après une conversation avec VYilfrid "b R<^nault , il avait été arrêté que , lui Regnault , irait » à Tourville , et prendrait des reuseignemens relatifs D au nommé Ûupuis. Est-*ce vous ou le nommé Re-y> gnault, qui le premier a fait la proposition? jR^j70/z«tf* D C'est mqi qui ai fait la proposition. )» (2)

La femme Coquerel , troisième témoin y interrogée sur les liaisons et les querelles entre Regnault et Du* puis , dit avoir entendu dire à une autre femme qu'ils avaient eu des contestations ensemble (5). Le quatrième, un notaire, dit n'avoir remarqué dans ,Re- - — ~^~~ — ^^-.^ — ,^.^^.„ ■ — ^^ ^^^ ^.^ — I

(x) Extrait des minutes , pag. 84.

(2) Extrait des minutes , pag*. 106. Combinons cette insistance du juge dMnstruction , avec fes efTorts des accusateurs de'ReguaiUt pour représenter son voyage à Tourville comme spontané.

(3) Extrait des minutes y pag. «.<.v

ç^Mnlif le maim du lamedî^ ni tfpiation fit trouble* Dans l'opinion publique, derriAride le jiige d'trii* truciiorj ^ M(ti^ez''Pf$uM nur quello p$r$onm tombfi le soupçon de l'asêMsimU ds la vsuvs Joupin? Uo" pinionpuhUaae^ répond te lémotn ^ dit q us Rsf(nauU pourrait en étrs coupable, — (fusils sst potrs opinion sur ^'sla? — -/^ n*ai aucuns opinion (i), R,eroarqne;s c|ue ce» drmaudei et cei^ répoiiiei avaient lien le ïo tnarft , sept jour» aprèi Farreitation ëclaiani e de Re* ^iiaitlt ; ntiafid eetie arre»tation même avait i\%é Tattention liur [id ; (|nafid ceu\ qui étaient inrlttféreni à cette nira'ire, devaient, auivant IWafte den homme» ^ coudure do Tarretiiatiou k la |)Oiij>ihiluci du crime ; et quand ceux <|ui ëiaieut coupable», »'il» étaient dana le fiUagc^ devaient accréditer iea iKiU|K;on» contre llegoauli pour leur propte *6reté«

Le cinipuème témoin , le nomuté Dopui» , un ina^ tant »ou[»çouné luini^me, dépose principalement aur fhoxx propre alibi* Fous étss noupçormé, lui dit M« le ju(;e d^in^truciiou , par le nommé 'fVdfrid Rt'unaulti d^ avoir été V auteur de V assassinat , etce , à l'aids d'un couperet à usage de ivoire état, Cerie« ^ lîeo n'était plun propre que cette a^nertioUf que je ne pnif unire concilier avec ce qu'avait rapporté R^gnatilt en i;iveur de Dupui», en tevenantde Tourvilici rien ^ cJia-je f n'était ()lué proftre que celte BMcrtion h exciter Dupuis k repou»»er le aoupi;on »ur tlegnault lui-mém^. Dupuia »e Imrue néannunu» , eu réitéiant ae« preuve» A\diùi^ k di/e nue llit(;uault a lui-même de petite» bacheaea »end>lalde» (3)* Le.tixïéme témoin , le même i|ui, aprè»reiTC»lation de UimauuU ^ avait déirlaré qu'il le aoupçonuiiitt r<;|>ète cette H^Muiun$ «un» r«qq/u}cr de preuve» plti» que la pteirûcic i.n:^.

Le hdîiîème témoin , une femme, dépose qu'allant chercher det*eau dans la cour d'EnouU, le jour du meurtre (i), à deux heures, c'esl-à-dtre , à Tinstaitt filial y elle aentendu le bruit d* une porte qu'on ouvrait p et que ce brait lui a paru venir du cellier. On en a eoncki a?ec assez de vraisemblance , que le& assassins étaîent alors dans le cellier j que , yonlant sortir ^ ils avaient aperçu le tëmoîn y et qu'ils avaient refermé la porte. Celte circonstance sera importante « quand il s'agira de Finnocence de Regnauh. . .

J'omets les dépositioi>s qui ne font que reprodaire ce qui avait déjà été déclarée et dont plusieurs portent de nonveatt sur ce propos d'un enfant de treize ans^ fondé sur un ouï-dire, cité par un autre enfant du même âge, et fendant à faire croire qtie Renault avait été chez Enouit le i^^ mai^. Mais je suis forcé dem'arretersur une déposition qui, bien qu'étrangère à Regnauh, a pourtant son importance*

Le di'ît-huîiième témoin , intciTogé le àfj mars , est un voisin d'ËnouIt ; leurs masures ne sont si'^parées que par une ruelle et un mur assez bas , pour qu'on puisse voir dans la cour d'Enouh. C'est à ce témoin que le juge d'instruction adresse les questions suivantes : -^ a Lorsque vous étiez dans votre masure , D n'avez-vons pas entendu àxi bruit dans celle du » sieur Enouit? — R. Je n'ai entendu que le chica » aboyer sur le midi. — Savîéz-vous qu'EnouU dût )> aller à Elbeuf le samedi premier mars? -—Je savais » qu'ily allait ordinairement, — Saviez-vous qu'il y t'tait » ce jour-là? — Non, monsieur. — Lorsque k ci-ien )> aboyait , l'idée ne vous Cat pas venue de rcynrder }|> dans la cour ? ^"^ Non , monsieur. — ^ Qnaud avez-

(i)Eatradt des minutes , pag. i^5«

n vous appri» rattassioai commis chez EnouU? •— he

3> dimanche au soir, dtant k Ëlbeuf r«vanant de

)5 Aouen. — Pourquoi étes-vous parti U dimanche

.31 matin de bonne heure pour Rouen P *«- Pour parler

y> au »eurBoquet , tanneur à Pont^au-de-Mar* — ' Quel

% jour éies-vous revenu de Rouen ? -— Je suis revenu

}> coucher à Elbeuf le dimanche , et je ne suis rentré

)i chez moi que le lundi, — £taient-ce des affiiirea

j) indispensables oui vous appelaient k Rouen ? — -

y> J'aurais pu les miFérer. — Quel était donc le motif

y> de votre départ dimanche P — C'était pour voir

» M. Bocjueret le nommé Gibert , pour des «ac»

» qu'il avait à me rendre. — A votre retour le lundi,

v n'aviez vous pas fait laver des habits/ —» Non ,

» moutiienr, — Aviez-vous donné rendez'VC(us a Bo-»

» quet , pour vous trouver k Rouen^aveo lui p — Non,

3) mars je savais qu'il devait y être pour pa^^er un billet

D de 4<>o^ f>^' « suivant ce qu'il m'avait du. — » Avant

» votie départ pour Rouen , aviez^vous vu Enoulc 7

y> — Non, monsieur, je ne l'ai vu ni le samedi, ni

9) le <limaiiclk<^ ; cf si j'avais appris la disparition de

7> sa servante, je n'y 'A^mU ims allé. —' Pourquoi

y> cela ? — Parce qii il me semble, suivant moi, que

)) je n'aurais pas ài\ y aller , mon voyage pouvant sa

y) différer. — •... N'avez- vous pas quelquelois regardé

y> par-dcbsus le mur d'Enoult? «i— Oui, monsieur. — >

» N'y avez'von» pas regardé le premier mars ? —Non,

7> monsieur. •— Y avait-il long*(emns que vous n'aviez

» regardé par dessus le mur d'Enoult, avant le premier

)» mars ? — Il y avait quinze jours au premier mars ,

)) que jen'y avais pas regardé. — ... Connai)»^Z''\ous le

D nombre d'in>strumens tranchans qu'avait WiUVid

» Regaault?-— Non, monsieur. ))(i)

J'ajouterai a ces demandes et k ces réponses que ce

(i) Extrait des mîmites d« h Cour d'êm^eê , paj^. iSi'ii'j»

même téraôîn , ainsi questionné , a déclare , le sept Dovenabre , dans le procès en faux témoignage , qu'il était faux qu^il sefât servi d'une échelle pour escw ladefr le mur (FEnoult {}) , et que dans le même procès sa fille, le i3 novembre , déclare <Jrl^W/^ n^a point vu son père escalader ce mur.

A Dieu ne plaise que je tire ici aucune inférencc contre un individu que je ne connais point, auquel il est loin de ma pensée de vouloir nuire ! Je n'ai ni le droit ni le désir de supposer le crime; et comme tout homme qui n'est pas convaincu est innocent à mes yeux j je déclare solennellement ma persuasion de son innocence. Mais il était voisin d'Enoult ; il était » comme on le verra quand je traiterai de l'impossibilité que Regnault soit coupable , bien mieux placé que lui pour saisir le moment favorable à l'exécution* Il en avait été soupçonné (2). Les questions du substitut du procureur du roi ^ sur son absence le lende^ main de ce meurtre , sur les motifs d'un départ subit qu'il aurait pu différer, sur sa rentrée tardive au village , sur son manque de curiosiié , quand il avoit dû. entendre du bruit dans la cour d'Ënoult , tandis qu'il y regardait autrefois sans cesse ; sur ses habits qu'il avait été soupçonné d'avoir fait laver; le besoin qu'il a eu j ainsi que sa fiUe , de répondre à l'inculpation d'avoir escaladé un mur avec une échelle : car on ne nie un fait que quand, d'une manière ou d'une autre, il a été mis à notre charge ; toutes ces choses prouvent que des circonstances suspectes avaient été retnarquées. D'où vient que tout-à-coup , depuis le 2 mars à dix heures , époque à laquelle le crime fut connu , jusqu'au 5 , à quatre heures et demie , tous

(i) Extrait des minutes du tribunal de première instance,. p. iSj*

(2) Voyez les observations du procureur du Roi , de Louvier», eft ma première l<rttre.

tés soupçons s'étaient dissipés ? D*où vient que durant toute rinsirucdon Fon a toujours quesltonoé les témoins uniquement sur Regnault , que rien n'inculpait ? D'où vient que , tandis qu'on loi reproche si souvent son voyage a Tourville ^ quand il est coostatc qu'Enoult l'en avait chargé, on ne reproche poiot au témoin son voyage à Rouen , que lui-même avoue n'avoir pas été indispensable? Certes, je ne vois rien de suspect dans ce voyage; mais je ne vois aussi rien de suspect dans celui de Regnault. D'oii vient enfin que Regnault seul a été arrêté , et qu'aussitôt après son arrestaûon l'on ne s'est appliqué qu'à recueillir et à diriger contre lui les témoignages ?

J'aime a croire que les précomptions qui char* ^eaieat le voisin d'Ënoult ont paru trop légères; l'aime à penser que les magistrats n'ont pas votilu porter atteinie , sans de graves motifs, à la lioerté d'un citoyen ; je les en approuve , je les en félicite ; mais quand on verra comment ces mêmes magistrats ont tout accueilli , tout iaierpréié contre Regnault , l'eu

{;émira de ce qu ils n'ont pas éprouvé vis-â-vls de lui es mêmes scrupules»

Je passe sous silence les recherches faites au fond d'une mare qui se trouve dans la cour d'dnotJt. Ces recherches aboutirent ^ après trois jours de travail , à trouver, profondément enfoncée dans la vase ^ une pierre enveloppée de vieux linges , sur lesquels M. le marquis de BÎosseville , qui présida seul les deux der^ niera jours à l'opération , dit avoir remarqué des taches de sang^ taches assez difficiles à recoonattrc sur des linges Couverts de boue , et qui y avaient se* jourué depuis plus d'un mois (i)

Les iuformations furent reprises le 3 avril. Le même esprit y règne : ail est rapporté, dit le juge d'iiis-

(i) Extrait des minutes de U Cour d'aasiie^ , p»g« 64 cl ^S*

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D troction k an témoin , que toos avez entendu dire*, }D étant dans la société de Wilfrid R^nauli ec de son > frère Lonîs , actoeUément décédé , qne l'un d'eux f ^ en parlant de vols , d'assassinats et de cnnies , au* D rail dit : il y a des criminels de cette espèce dont les D ciiflies auraient élé découverts par ceux-memes ^ qa^ croyait bien avoir tués.-^^Je ne me rappelle D pas ni'étre trouvé avec Wilfiid Regoault et son n frère, m avoir tenu pareille conversation. Je mé }) rappelle néanodOiDs , il y à 16og - temps ^ avoir- }> enteoda parler de moyens propres à cacher aux » poursuites delà justice le cpimîneL *— IN 'est-ce pas i> à WSTrid Regoault que vous ave£ entendu parler » de ces moyens propres à cacher l'auteur d'uu ]> ciime? -^ Non , monsieur , 6n a mal conçu ce que D j'aurais pu dire à cet égard : qîiadd je me suiir y^ trouvé avec Wilfrid Renault , nous n'avons unii> qaement parlé que dé son commerce de bois. j> Et (iaos l'acie cvaccosation et dans les observations particulières, ce propos démenti est rapporté comme une probabilité à la charge de Regnault l Le même témoin est interpellé de dire quelle impression avait faite sur les personnes qui se trouvaient chez Enoult j l'arrivée de Witfrid Regnault ? <i— ^ J'ai remjarqué y ^ répond- il y que tout le monde jeta les 5*eu?i sur lui ^ et parut surpris ,~ parce qiie M. Brouard l'iuterro- » geait et lui demandait si le sieur Ëiioult lie devait » pas lui cj^codapter des billets* J> C'était donc à cause <le la question du jnge-de-paix y que toui le monde jeta les yeux sur Regnault et parut surpris : c'est au juge-de- paix et non i l'arrivée de Regnault qu'il faut attribuer la surprise.

Je ne m'arrête (jas à l'interrogatoire du père et de la mère de Wiifrid Renault y auxquels le juge d'ins^ triiciion demande pourquoi leur fils ^ qui avait le ma^lin une redingote dcdiirée, araii mis un habil po»r

nlier chez nn notaire h quatre hearet^ et «i Ton u Vhn" blinde^ pour aller cbe^le notaire ^ de faire toilette ^i) ; ei j^arnve au lo avrils époque à laquelle Je feol ié* tnoin il charge va enfin paraître.

JttK|o^ict , j'en appelle i tout me» lecteura , y a^t^l inie aeule circonstance , une seule dépoûtton qui charge Regnault ? Il e»t arrêté depuis quarante jour»* On e»t invité il déposer contre liii«. Toutes les que»' fions sont de nature k le rendre enchisivement l'objet des réponses* Y a't-il néanmoins un seul fait allégué ? JNon« Une seule conjecture jetée en avant comme soa soupçon personnel , sans preuves et sans probabilité» aucune» , par un »eul individu qui la motive »ur une réponse oe Aegnanlt k £noult , telle que Regnault avait dû la faire ^ telle que tout autre Faurait faite i sa place.

Aussi , monsieur le procureur«|B[énéral ^ qu^oo di^» fait soulagé , enfin ^ par Tapparition d'un témoin k charge 9 célèbre-t^l, dans l'acte d'accusation , cette apparuion tardive comme un trait de lumière qui explique tout d'une manière évidente et précise^ Oo ira voir ce que M* le procureur-général appelle évi*» douce et précision»

Jean^Pierre Ménil , surnommé Béta ^ ceqiii veut dire imbécille ^ batteur en grange k Amfreville ^ dé' pose donc le lo avril , en ce» termes : a Le »amedi p premier mar» , entre deux heure» 9 deui heures et 71 demie ^ au plus tard, passant dans la ruelle dite y> l'Escalier , pour aller ches le père Président pour 79 acheter une vergée de terre , j'ai vu lo nommé VVil* ]» frid Reguault , qui sortait de dedans la masure oc* i> cupée par le sieur Enonlt , par le |>eiit potuis nui « est près delà cave* Lorsqu'il m'a vu , il m'a aboraé, n en me disant ; Ne dis pas que tu m'as vu , car il t^eo

(f ) Etlrsil d€i minute» |Stc< , psg. s6;*i73«

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9 souviendrait. H ëtait vêtu d'une ^ veste on habit )> court , couleur jaune ou blanchâtre , sur laquelle D )'ai remarqué des taches de sans , ainsi que sur sa » culotte et Hur ses mains. Il tenait dans l'une de ses » mains une espèce de lame en forme de sabre , de la j> longueur d'un pied et demi , qu'il caehait sous son » bras. Le voyant ainsi , je lui dis ^ te voilà beau y> garçon ! sur quoi il me répondit : J'ai fait une opéy^ ration , je viens de tuer un dinde. Après avoir eu » cette conversation avec Ini^ il m'a quitté et a dirigé D ses|)as du côté des Forrières, tournaiit sur la droiie. ^ Le même jour, je l'avais vu^ à dix heures du m«« y^ tin , sur la porte de son père. U causait alors avec j^ le sieur Nicolas Lemaire, le boiteux. Le lendemain i> dimanche , a mars ^ à dix heures du matin , je suis D allé avec Wilfrid Regnault , sçn frère François , et j> le nommé Lepage , sur le chemin deXourviile. J'al- » lais 'au moulin neuf. Je les ai quittés près de ce » moulin : ils ont contifuirë le chemiu vers Tourville ; D ]>endant que nous cheminiofts ensemble , et parlant » de l'assassinat qui- avait été commis la veille > je dis : )> C'est bien malheureux pour cette fille ! Wilfrid R«- D gnault reprit en riant : Ah! bah ! une de tuée, yi deux de retrouvées I Lepagé se mit à rire sur la ré- > flexion <^e Wilfrid Regnault; je n'ai pas eu d'autre D conversation pendant ma route. Le nommé Dabiel, "» boulanger à Amfreville , était de notre compagnie. )» «—Pouvez-vous vous rappeler comment étaitcbaussé 3» Wilfrid Regnault le premier mars , lorsque vous 9 l'avez vu sortir par le potuis^ donnant sur la ruelle Tè' dite l^£scalier ? -— Il avait des souliers avec des pe- 3s tites guêtres à demi-jambe ^^ bleues , de petite toile, }» à ce que je crois. *-*' Quels bas et quelle culotte ^ avait-il ? *~ Il avait des bas de coton blanchets , et jk une culotte bl^tnchâtre en laine, — - Si l'on vous r^- » présentait l'individu que vous avez vu le premiçir

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» mars, aortîr du potnb d'Eaouk, le raconnatcriezp voiis bieo ? — Oui > je le reconnatlrais bien. — « » Pourquoi avez- vous resté si loog-»ieaips sens révéler » à la justice la coociaisâaooe que vous aviez de la » reocootre que vous avien faite d'en individu en- » sanglante , sortant de la masure du sieur EoouU ? n

» souviendrais si je parlais , est le seul niotif q\ » reteou. '^^ Le dâinanebe ^ lonsque vous eues dans » la cour d'Ënoult, avec les . kabitans de la com- » mune , n'avez^vous* pas été tenté de dire à M. le 3» juge^de-^paix ce que vous aviez vu la veille ?«-«»Oui , » Monsieur, plus de dix fois ; mais j'ai toujours été 9 retenu par la craime qu'il m'amvât du mai. —

• !N'étiez«vous pas ^Ué.dans la. ruelle de l'Ëscaiier, le » matin f premier mars ?^^ Non f Monsieur; je n'y ai a pas été dans la matinée. — r Lo même jour ^ avant » deux heures d'après-midi, a*avez- vous pas vu Wilfrid V Regnauh rôder autour de la jnasure du sieur Enpuli? a Non^ Monsieur, -p** La noéfre ft^egnault ne vous » a-t-elle pas fait demander chez elle pour lui parier? 9 -«^ Non , • Monsieur.. -^ Y a-t^il long«teaips que » vous n'êtes veau a Losuviers ? «-«- Je n'y euis pas n venu depuis le^joiir où Wilfiid Regnault « été con- » duit dans la maison d^avrét*: je l^i vu arriver. •— % Ce même' jour^ lorsque vous êies' retonroé chez » vous, avezvoos rencontré quelqu'un? J'at-ren- » contré Etienne Lotsel , aificién nMÀre de Gretot , tt i^ son fils, et UQ nonimé Guillaume Leviem, sou m (tendre. *-*• Avez^vous Jatt route avec eux ?-«-Oui , 9 Monsieur, -n^ De qivn Ivousétes-vous entretenus ?

• -^ Je leur ai fait pant d^ ce <}ue j'avais vu le saeaedi m premier mars. Ils ont dit que c'était t>ieil raalheu- « reux , et ont -ajouté : à' votre place , noué ne ^arde^ « rions pas le silence; s'il vfinm jkwriit^ il poorraît'

vous locr. -^ Waves-Tons pas reocontrc ëgàlement 1 .ubin SauTage , et son fiis , de Cretot ? — Oui ^ If oo^eùr ; plas , ud charretier. «?^ A quel endroit les avez'vous rencontrés ? — • A moitié de la côte^ en sortant de Louviers , pour retourner à Cretot. — Avez-vons fait ronre longHemps ensemble ? — » près d^une demi-lieue» -!-** De quoi ayez-vous parlé ? -*- Je disais que cetait très^mailieureux pour la servante d'EnouIt , ayant vu la manière dont elle éuit assassinée, et je disais que je l'avais vue la €»rdc au col, -^ N'avez-vous rîen dit autre cbose? 1— * J'ai dit aoe l'on soupçonnait Wilfrid Regoault , et que cela ne me paraissait pas éton* nant y parce que ce n'était pas de bonne chair. Je lenr ai dit alors que je l'avais vu sortir de la ma* sure d'Enoult , le premier mars; ils m'ont couseillë de dire au juge-de-pai^ et k M. de BlosseviUe> maire, ce €jne je savais. -^ Avez-vous suivi Pavis que vous donnait Lubin Sauvage ? — • J'ai difi^é jusqu'à hier soir à dire ce que je savais. — Pourqum avez-vous été » long-temps à parier de ce que vous saviez à M. Bronard ? — ^ Parce que j'avais peur de perdre la vie. J'observe que le lundi gras dernier , la veuve Jouvio m'a dit que Wilfrid Regnaul^ l'avait menacée de la faire périr^ et de lui faire perdre le goût dti pain. liOrsqu'elle me parlait ainsi , elle pleurait , et paraissait très afBigée de sa posiiion , et désirait sortir de chez Enoult. Elle m'a tenu ce même lan* g^ge pinceurs fois. — Avez- vous eu connaissance que vous deviez être appelé comme témoin ? -— Je ne l'ai appris que hier ( i )• * J'ai transerit toute la déposition de Ménil , à PcxeepUon du dernier paragraphe , qui , se rapportant aox endroits où il avait travaillé jusqu'au xo avril ^

(i) Extrait des nû&utes, etc. , pag. x^G-xdp..

jour oii il compftrfitt pour In première foU comme l^* nioio, e»t eouèrement écrfinger k Regoauh» Av^^it d'eitamioer len fait» oui rétmUfui; de oetie dilpa»iiiou, j'analyserai celle de deux deii iudividuii auiqueUMéuil dit avoir parlét

Lubin Sauvage , fils, de la commune de Cretot, dépose : n Allant au Thuit-Signot » avec mon \père , y> noua avpna fait ' rencontre an nommé Ménil, bai* }» leur en grange, auquel je demandai a'il me recon» j> naissait , parce que je ravai» vu revenir de Lou< )) vier», le lundi lomara, lorsqu'il passait Mir le» D sept heures du soir, dans la masure d'Ktienne Lm* 3» sel ; il m'a répondu aue oui , quHl me connaicîstiu » bien» Je lui demandai ce qu'il avait été faire k Lou* » viers ? Il me dit qu'il nVvait pas été v faire grand }> chose. Si vous éties^ demt , je ne vous le dirais pa». 7> Alors il me dit qu'il avait vu sortir celui qui éiaii » pris. Il était plein de sang. Une demi- heure aupa- » ravant, je l'avais vu tourner autour de la coui* » Mon père nous ayant joints alors , la conversaûoa y> changea, Ménil demanda si , quand on l'interroge* m rait de nouveau , il ne disait pas la même chose , oa y^ oe le mettrait pas en prison ? Je lui répoud'u » qu'on le mettrait en prison s'il ne disait pas iai méuie T$ chose.— Ne vous rappcle^^vous pas si Mi^il m y» vous a pas dit dans quelle rue il avait va rôder D autour ae la masure le nommé RegneuU? -^-^ Il ne » m'a point dit dans quelle rue il l'avait va ri5der. h

Lubin Sauvage f père, confirme la déposition de •oa fils I en ceci , que bien qu'il n'eût j^ea entendu sa conversation avec Ménil , <t son (ils lui a raconué ce » que Mi^niL lui avait dit « qu'il avai( vu te oammé » Uegnaiilt^ détenu, rÀder autour de U masure du )» sieur Enoult , et qu'il l'avait vu im» demi^eure y> après , couvert de sang, sortir de ladite masure, ^ (i )

(t) Eilr#it des miuuU9, ctc« , f»%, 16^-1(^4,

MaiDienaDt , réanissons Jes faits <]ue la déposîiioû de Ménil renferme.

1*. Cest eotre deux heures et deux heures et demie an phis lard , que Méoil dit avoir rencontré Wilfrid ft^oanh.

s^. li passait par la ruelle de TEscalier , pour aller ches un cultivateur nommé Montier , et surnommé dans le village le père Piwdeni^ acheter une vergée de terreau. Il a vu Regnault sorûr de la cour d'EnouIt ^ et Regna«lt Fa abordé en ces termes : Ne dis pas que tu m'as vu , car il t'en souviendrait.

<è*. Regnault était vêtu d*nn habit court , jaune ou Blanchâtre , taché de sang^ aiobi qile sa culotte et ses mains.

II avait des bas blancs , des culottes blanches ^ Ae^ souliers , et de;» gueires bleues.

Il portait une lame en forme de sabre d'un pied et demi de long.

Ménil Tavait vu auparavant , à dix heures du ma* Bn , snr la porte de son père , causant avec un nommé Lemaire.

5**. Ménil alla le lendemain sur le chemin de Toutville , avec Wilfrid Regnault , François Regnault , soa frère , un nommé Lepage > et le boulanger Dabiel.

Regnault dît i k l'occasion du meurtre de la vefuve Jouvin : une de tuée, deux de retrouvées.

Sur cette réflexion de Regnault , Lepage se mit à

6^. Ménil s'est tu , effrayé par tes menaces de Re* gliauli.

7^. Ménil n'avait pas a|>ereu Regnault avant deux kenres aprè3-midi près de la masure d Ënôuk.

6^» Méail est allé à Louviers Je jour oi\ Regnault j est arnvé , pour être renfermé dans la maison d'arréi .

9^. £a rev^aiant il a re&eoniré Loisel père , ex-

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