‹ Collection des ouvrages sur le gouvernement représentatif et la constitution actuelle de la (volume 2)Chapitre 12 sur 53 · Tome III, b*. Partie · texte numérisé non relu

Tome III, b*. Partie

i5o "amlro de Creiot , 60û fiU , ei Guillaoïna Levieui tt>ii

gendre.

Il leur a dit ce au'il avoir vu » c'est-à-dire , la reti" ooiure qu'il avait iaiie j de Regnaull armé d'un aabre et couvert de sang , le \^ de mars.

ils lui ont conseillé de faire sa déf5osiiion en juatica.

10^.11 a également rencontré deux euUivaieurs, Liil>in Sauvage et son £iU. Il leur a dit qu'il avait vu Wilfrid Re^nauU sortir de la cour d'EuouIt, Us lui ont conseillé de révéler ce fait,

11^. La veuve Jouvin lui avait dit « le lundi gras ^ ijiio Regnaull l'avait menacée de la tuer.

Tels sont les faits contenus dans la déposition de jMt'inil, et je vais prouver nue de ces faits, les uria bOJit faux 9 les autres iropossiules.

Commençons par les feits faux.

10. Ménil prétend avoir passé par la ruelle de I'Es« ealier pour aller chez un cultivateur nommé Montier, et surnommé dans le village le pcre Président ^ acheter une vergée de ferre.

La ruelle de l'Escalier n'est point le chemin qui conduit de la maison de Ménil a celle de Montier. Elle est b gauche dans une direction tout opposée (i)* Ménil n'a pas été chez Montier , ce Montier n^avait pas de terre à lui vendre. Il n'a été question d'aucune veriic entre eux. Yoici la déposition de Montier a cet égard :

a AJ'époquedu i*' mars dernier , aviez -tous iny> tention de vendre une vergée de terre ?-* Je n^avaia » pas à cette époque , non plus qu'à présent , de

» pièces de terres à vendre. ••. Je ne possède an*

» cunes terres iibourables» «^ Jean Pierre Ménil eai-il > \enu chez vous le i^ mars 1817, et & quelle heure

( I ) f^opes fur le plan figuré , la pof Uion respective de h 4. ûi-MiJi de e<;lle de Mooiier^ et de le meUedesEeeelienk

» y est-il venu? — Je me rappelle très-bien le jour,

D qui était uu samedi. Méoil n'est point venu chez^

D moi ce jour-là. Il en est convenu avec moi depuis

» devant plusieurs personnes. — - S'il n'est pas venu

» chez vous le i*' mars , du moins ne devail-il pas y

» venir ? — Non , il ne devait pas y venir. » (i )

a**, Ménil déclare qu'avant d'avoir rencontré Regnault dans la ruelle de l'Escalier p il l'avait vu à dix. heures , sur la porte de son père , causant avec ua nommé Lemaire.

Or ^ dans son interrogatoire du i8 novembre 1817, Ménil répond à l'interpellation suivante : u^uez-pous vu ce jour 'là ( le 1^' mars ), Regnault d dix heures du maiin , causant sur la porte de son père ? — * Non j c!est un autre jour que je ne puis fixer. Je répète que je ne suis sorti de chez moi qui à deux heures. Ménil se réfute donc lui-même. Et qu'on ne croye pas que je relève des circonstances insignifiantes 9 on verra plus loin l'importance de cette cou-, tradiction de Ménil.

5^. Ménil dépose avoir été }e lendemain sur le chemin de Tourvilie , avec Wilfrid Regnault , François son frère , un nommé Lepage^ et le boulanger Dar. biel. C'est alors que Regnaïut a tenu un propos atroce ^ à l'occasion du meurtre de la veuve Jouvin^ et que, ce propos a fait rire un des assistans , le nommq Lepage.

Yoici maintenant la déposition des deux individus cités par Ménil :

Lepage déclare n'être pas allé à Tourvilie le a mars. Sur l'interpellation du juged'instructioa : « Vous vous » rappelez bien n'avoir pas jeté ce jour-là à Tourvilie ^ n et n'avoir pas rencontré le nommé Ménil ? Il ré*.

(i) £ztraii drsmîmites du tribunal de première instance , p. 17$.

É pond : Je ma ranpelle pftrftMiement bien n'avoir É pas cté h Tourvilie le 2 mars dernier , et n'avoir 9 point parlé ce jourJà k Jean^Pierre Mënil* a Sur une troisième interpellation du juge d'inslruciion ^ auquel on ne reprochera pas d'avoir manqué d^n^it* tance : « N'étes-vou» pas allé à celte énoaue avec VVilà frid et François Regnault k TourTille ? a il répond encore non. Et aur une quattîème quetlion ^ qui Jau« sait b ressource de croire qu'il avait pu ne pas con* naître Méijîl , il déclare le connaître bien (1 j. * La déclaration du boulanger Dabiei n'est pas plua équivoque : < Le i» mars , je suis parti vers sept heures 9 ( du matin ) pour Elbeuf et non pour TourviUe.

jiy J'ai voyagé seul Je n'ai fait rencontre sur le

9 chemin ni de Ménil ni de ftegnault. Comme j^no* D rais l'assassinat de la veuve Jouvin , que je n'ai ar* 1» pris qu'à Ellieuf , k dix heures du matin , je n ai }^ pu parler & qui que ce soit de cet assassinat , doni 3» |e ne me suis jamais entretenu avec Wilfrid Re« Il gnault ni avec Menil n (7).

Ve n'est pas tout : «on -seolement Méntl nomme des individus qui n'étaient ni a%ec Regnauh ni aveo lui ce jonriè ; mais il ignore eettx qui ea eflel ont aC' compagne Regnanlt , et qtu démentent encore Méotl d'une autre manière.

Jean- Baptiste Montier déclare être allé à Tourvilie ^ le a mars , avec Wilfrid et François Renault : m Ffe 9 vous étes*vous pas entreleniis de l'asaasMnat de la » veuve Jouvin 9 demande le Ju/^e dHnHntction : — » 9 Oui 9 Monsieur, nous avons dit que e*était aflreot* 9 «-^ Sur voire -route , n'avez- vous pas reneoniré Jeas* » Kerre Ménil ? ^^ Non , Mon«enr , fe ne Tai p» vo 9 du tout. «— Connaisse^' vous Ineo Jeap^Pierre Mé-

(1} ExUinl des minnlM àm la Coût d*MsiMS«p« %w^

(%j EuMÎi Je» liantes au irilMiflal de prciBi£re iaftaacc, p« xj

» nil ? Oaî I If onûeur , je le connais bien , et il n'a » point parlé ni à moi | ni aux Ac^nault avec le3qiieU » )'étab. r"" Lorsque vous parliez de l'assassinat de la 9 6Jle Jouvin , n'avez - vous pas entendu tenir ce pro* » pos à Wilfnd Resnault : Bab, une de tuée, deux de 9 retrouvées? — Non, Monsieur, je n'ai point du » tout entendu ce propos. » (i)

Ceci est sérieux, ce me semble ^ et doit nous pré* parer k quelque défiance. Ménil dit bien positivement avoir entendu le propos de. Regnault. il le. connaît bien , ce ilegnault , qu'il accompagne amicalement lea, après l'avoir rencontré le i% couvert de sang. Il no peut pas s'être trompé sur ce qu'il dit avoir entendu, ji entre dans tous les détails; il décrit i'impressiouL produite sur d'autres par ce propos ; et voilà que tous ces détails sont des impostures ! voilà que les auditeurs qa'il cite ny étaient pas, et que celui qui y était ei qu'il ne cite pas certifie le contraire ! Quel «st donc le butxle Méoil ? Peut-être éciaircirous*nous plus tard «ette questioUé

4**. Ménil avait déclaré n'avoir pas aperçu Regnatilt ant sa sortie de la cour d'EnouIt; mais Lubin Sauvage , témoin postérieur, dont j'ai extrait la déposition sur laquelle je reviendrai, parce qu'elle contient un aveu de Ménil très* important 3 Lubin Sauvage^ l'un des premiers auprès desquels Ménil avait confidentiellement inculpé Regnanlt après sOU arrestation , dépose que Ménil lui a dit avoir vu Regnanlt rôdant autour de ia masure d'Enoult , et qu'il 1 avait aperçu , une demi 'heure après , couvert de sang et sortant de cette masure. Ou la déclai*ation de Ménil au juge d'instruction , ou sa confidence k Sauvage est fausse. Dans le dernier cas, pourquoi avait -il inventé cette cir-

avant

«wrta

(i) Extrait des miuutes de la Cour d'assises , pag. 2a 1-12$.

constance? Dans le premier 9 pourquoi Vb-vïI sttpptîmée devant la juittce? Ce n'est pas qu'il craigotc décharger Regnault. Serait- ce parce qu'il a craint pour )ui; même d'avouer qu'il était depuis long -temps dans celte ruelle , d'où l'assassin a pu pénétrer dans la cour d'£noult ?

5®« Ménil dépose qu'en revenant de Louviers , où il avait vu Regnault entrer en prison , il a rencontré Loisel père , ei-maire de Cretot , Charles Loisel son iils f et Joseph Levier^s , son gendre ; qu'il leur a fait part de sa rencontre avec le prisonnier^ le i**^ mars , et qu'ils l'ont eihorté h tout révéler. Les individus ^ comme on voit^^ont clairement désignéspar leursnoms, leurs qualités , leurs fonctions anciennes et leurs relalions entre eux. Yoici maintenant leurs déclarations:

Loisel père, sur interpellation suivante : « 19'avez-' 9 vous jamais entendu parler (de l^asêassinat de la

depuis qu'

» le commencement d'octobre. — N'avez-vous pas fait » route avec ledit Ménil , de Louviers a Cretot ^ le 5 on ut \cù mars dernier? — Non , Monsieur ^ je ne l'ai pas n vu depuis qu'il a battu le hié de mon fils* -— N'avez* H vous pas voyagé de Louviers à Cretot avec votre iils 9t ei votre genûre, à l'époque que je viens de \ous > dire ? — Non , Monsieur. (1) »

Loisel fils^ sur l'interpellation du juge d'instruction: 9 N'avez-vous pas voyagé de Louviers à Cretot avec « le rjomnié Méuil, batteur en grange^ à l'époque »*(icsr>, 60U 7 mars dernier? répond : Non^ Monteur, n je n'ai pas vu Ménil depuis qu'il a l>atlu du blé chez A moi. -^ N'avez-vous pas eu connaissance par lui de >» l'assassinat commis â Amfreviiio , ou ne vous en êtes-

(f) Exilait de» minutes, etc. , jsj^. «o 1-208.

TOUS pas entretenu avec lui ? — Noo , Monsieur^

puisque je ne l'ai pas vu , je n'ai pas pu lui en p:irlèr« » --* ^j^vez'vous pas reoconlré Ménii dans la côte 3^ de Louviers? — Non , Monsieur, (i) »

Enfin, Levieux, sur la question à lui adressée: •f Le 5, le 6 bu le 7 , n^avez-vous pas fait le voyage 3^ de Louviers à Cretot avec votre beau-père et votre » beau -frère? répond : Non, Monsieur. -— N^avez* » vous pas rencontré en voyageant le nommé Méuil, » et y a-t-illsng- temps que vous neTavez-vu? — Non, » ]e ne l'ai pas rencontré , et je ne l'ai pas vu ni ne lui » ai parlé depuis la semaison des blés. — MJiûl ne * vous a-t-il jamais parlé de l'assassinat commis à » Amfrcville?— Non, Monsieur j, il ne m'en a jamais » parlé, et je n'ai appris cet assassinat que par la voix » publique. » (a)

6^. Ménii dépose que ta veuve Jouvin lui a dit que Regnault Favait menacée de la faire périr. Ici , sans doute , comme celte conversation doit avoir eu lieu entre IVfénil qui affirme, et la veuve Jouvin qui n'^ést phis, je ne puis citei* aucun tiers qui détruise le fait affirmé. Heureusement, Ménil lui-même vient à mon secours. Qu*on remarque bien ce qu'il a dit : c'est de la veuve Jouvin qu'il tient ces particulaiîtés ; c'est en l'absence de Regnault qu'elle tes lui a confiées. Il répète les mêmes détails dans son interrogatoire du 1 8 novembre. « N'avez- vous pas vu la veuve Jouvin » quelques jours avant te premier mars dernier , lut 7> demande -t -on? — — JePai vue, répondit-il, chez y> Jean Enoutt, ?e lundi gras, en venant emprunter la > selle du cheval d'£noult , et ensuite en rapporiant » cette selle. ~ Que vous a dit la veuve Jouvin ? — - )» Cette veuve m'a dit qu^elle demeurait chez \m bon

(i) Extraft des minutes , etc. , png. 202rv£o3u (s) Extrait des mÎBUtes , pag. 20-4-20&.

9 liofnme^ mm ciii'elle ne le plabaii pas ibris ta maiiofv D parce que Wilfrid Rcgoauk étaii venu l'y menacer p de lui iaire perdre le ijoijit du pain, n Ainii t'occa* Mon ^^pil asHii eondfiil Méuil chez EnotilteM Lien in" (iicpK;Cf c^e^i la re»iiiufion d'une ik^lle» L'époi|ue de f»a cofiver»9iîon avec la veuve Jouvin e^i précUée par lii ;nâme« C'est un rcc'it qu'elle faiu &ef;nauh n'ékaii paa présent* Or voici ce qu'Ëuouli dcpoftc que M/;uil lui a rapporté « tt Mcnil m'a dit depuis laM;iiibinal , (ced^j/U y> la peuue Jouuin ne m'avaiipas /^ar/é^^fue lorMu'U 3S avait rapporté ma selle , il avait vu h la maison wLey> gnault) qui avait cherché querelle ii cette veuve, et 7> avait Hui par lui dire : Tu passeras par mes mains , y^ je te ferai passer le goût du pain* »(i) Voici donc encore une circonstance o{i Ménil , en chargeant Re* gnauit et en rapportant te qui doit lui nuire ^ le r^ir' porte de deu% manier es inconciliables l'une avec Faulre, et qui démontrent qu'il y a roeui^onge dans rune, et par cousérjuence ^ quil ny a crédibilité dans aucune des deui.

Maif> quel inlérct Mcfnil pouvriit-il avoir k 9CCMer im iuuof'cut et â racouteir taiit de circousiancea^lont il se disait ténioiu oculaire? La lépouseâc^Htequcstion u\m point irjdi<»peusab!e a la caitiic de Uegnauk. U suffit q(|^trl t(';mojn se coupe f secoulredise« soit con« vaincu de lucnikOUgeH, pour que ce témoin cesse d'éire i;royablc^ h/rs nu\me que ses moûts secrets seraient inconnus. CVpcudant \g vais oQrir quelques conjecfures. Je couuuencc par déclarer que je n'iosinoc^ en aucune manie e , que Ménil soit coupable ile l'assa^» »iuat altfibiu; a Rcgnault. Je n'écris dans l'inteutioa d'accu<»er personne» J'aurais besoin de preuve* plus claires f|ue le jour ^ pour soupcxinner qu> que ce soit iVufÈ rueurire; et quand j'aurau des soiqK^ofis, je ne

(i) Kttr'iti <k*f mintiUk <iu tributut do pr<mii;r« iuiUmetf f* f t3«

me croirais point le droit , et je né me seolirais ^oint la volonté delesdire. M aïs Ménil n'a-t-il pas pu crainilrfe d'être acousé de l'assassinat de la servante d'Exioitlt ? Il l'a pu , parce qu'il ne justifiait nullement de cû qa'tl avait fait durant toute la journée du premier mar^. Dans sa première déposition , il avait dit qu'il était sorti de chez lui à dix heures. Il se rétracte dans ta secondé, et dit qu'il n'est sorti qu'à deux. Suivant sa confidence à Sauvage , il avait vu Regnanit rôder au^ tour de la maison d'ËoouIt, une demvheure avant qu'il ne le rencontrât, comme il en sortait. Dans sa déposition , il nie qu'il ait vu Regnault avant sa sortie. Ne serait-ce pas un indice qu'il craignait de constater un trop long séjour dans les enviroiEis de ce lieu suspect ? Il y a plus ; Ménil a été jusqu'à dire qu'il n'était pas , le premier mars , dans la commune où Passassinat s'est commis. Ceci est une circonstance asse2 importante pour que je la prouve ; car assurément il est étrange que ce Ménil, qui, le lo avril, se déclarait témoin oculaire , le premier mars, à Am(reville,dela sortie de Regnanit couvert de sang , ait déclaré, le % ou 6 mars, qu'il était absent d'Amireville ce mémie preinier de mars. Voici donc les preuves.

Jean-Baptiste Letac , huissier à Louviers , dépose : ce Le jeudi ou le samedi de la semaine où WilFrid » Regnault a été condamné à la peine capitale, je fis 1) rencontre dans ta rue du Neubourg , à Louviers « n du sieur de Lamarre, maire de Crasville, avec qui » je m'entretins de cette condammation , en présence » de Germain , brigadier forestier. Après avoir parlé D de Ménil , comme témoin principal dans le pi*ocès, D le sieur de Lamarre nous dit : J'ai vu ce Ménil dans » la commune de Crasville , peu de jotirs après l'as* D sassinat ; il était avec Yxiji de mes amis. Mon ami D m'apprit qu'il cherchaîi du travail. Après qu'il m'eut )» dit qu'il se nommait Ménil , et lui avoir demandé

» son preDom , qui , selon lui ^ est Pierre , je rengageai y> à me donner des renseignemeos sur l'assassinai de la » Teuve Jouvin. Il me répondit : Qu'il ne pouvait m'en y> donner , parce qu'il n'était pas dans la commune le 3> jour oà ce crime avait été commis, (i) ^

Jacques Theroude , cultivateur à Crasville ^ dépos«^ de même : « L'un des premiers jours de mars dei*niet% >» un homme que je voyais pour la première fois , 9 paraissant venir du côté de Louviers ^ me rejoignit » sur le chemin de Montfort , près de notre communi , » lorsque je dételais mes chevaux de ma charrue pour » aller diner. Cet homme, qui avait un fléau sous le » bras, me demanda de l'ouvrage, et je lui répondis ^ que je n'en avais pas à lui donner. Nous nous trou- > vâmes , en ce moment , à la rencontre du sieur de » Lamarre , maire de Crasvilie , à qui le même homme * apprit qu'il se nommait Pierre Ménil , battear en

S range à Amfreville. Si vous êtes d' Amfreville , lui it le sieur de Lamarre , vous pouvez nous donner des renseignemens sur l'assassinat et sur ses auteur-^. Je ne puis vous en donner , répondit cet fadmme , parce que je n'étais pas oe jour-là chez nous. Tout ce que je puis vous dire, c'est que je viens de Louviers, ou j'ai vu conduire en prison Regnault, bien habillé , et ayant des bottes , lequel ne m'a pas paru bien chagrin. » (a) Voilà , certes , des contradictions bizarres. MM. les juges d'instrnotion , MM. les procureurs du Roi , si difficiles sur l'alibi de RegnauU , attesté par plusieurs personnes à trois-quarts d'heure près, n'ont pas cr'\ qu'il valait la peine de s'enquérir de celui de Ménil qui n'était établi que par lui seul, ou plutôt qne lui-même n'établissait pas. Car, comme on le voi'»

(i) Eiclraît<^esniimitesrlu irihiiTial fie f rcmîiToînslanccpag. G'», (a) Ëztraitdesiniuutesdo Iribpiial de prcîni ère instance , pag. o '^.

en rendant compte de ses actions ce jour-Ià , îl varie sans cesse.

Le dirai je enfin ? Je Hs nne singnlière phrase dans ]adépositiondatëmoinLemoine,du 7 novembre 1817. « Personne y dit ce témoin , ne m'a dit que Ménii eût • participe à l'assassinat de la venve Jouvin , soit » comme auteur, soit comme complice. » Pourquoi est-ce précisément sur Ménil qu'on fait celte décla* ration ? Pourquoi pas sur Enoult ou sur tout autre habitant de la commune f Ne semble-t-il pas qu'un bruit bon à réfuter,' avait circulé? Car nne telle déclaration ne se fait que quand elle est nécessaire ^ quand elle répond à une supposition contraire.

Oui , certainement Ménil était inquiet , Ménil était agité , il craignait quelque chose , et ce ne potivait pas être Regnault , car Regnault était arrêté. Ménil avait été à Louviers le voir entrer en prison. C'est en revenant de cette course, qu'il rencontra deux individus dont je vais encore transcrire les dépositions , car elles donnent beaucoup de poids aux conjectures que je propose. Je prie donc le lecteur de les lire attentivement.

Jean-Pierre Amour de dessus la Mare ,et Thérè:$e Pen ier sa femme , tous deux d'Amfreville , déposent le 8 novembre 1817, que huit ou dix jours après l'assassinat, le soir à huit heures, comme ils rentraient , une lanterne à la main y un homme qu'ils rencontrèrent dans un chemin du village , leur cria tout-à-coup pous me faite fi tort. «Je le reconnus,

* coniinue Thérèse Pen ier, pour être Jean-Pierre

* Ménil, batteur en grange. W nous répéta, vous » me faites tort : votre lumière me fait bien tort , car » elle me fait perdre mon chemin; et il ajouta : c'est » bien malhcnrenx pom* un homme de mon âge de » revenir de Louviers avec de gros sabots. Puisque m vou$ revenez de Louviers , lui denian Ja mon mari ,

p- goelTe nouv^He à Louviers , de l'affaire de Regnaoli ? » Mënil répondit : on veut que je di»e j on veut qae p te dise, et moi je n'ai rieri à dire de Regnault* » Mon raari obéerva à Ménil qu'on ne tourmenlait p pas un bomme pour dire la vérité ; et Ménil , après p nous avoir souhaité le bon soir, s'écria en étendant p les bras : Mes pauvres enfans , la fin de tout ceci p ne sera pas belle ! » (i)

Que voulait dire Ménil , par cette esLcIamation : yc£êê mê faites tort 7 Pourquoi cette terreur à la vue d'une lumière? pourquoi cette répétition de Peielamation qui fui était échappée, et a laquelle il donne un sens si forcé? car, comment cette lumière pouvait-elle lui faire perdre sou chemin » et quel grand tort lui faisaitrelle ? Je ne dis pas , encore une fois ^ le moins du monde, qu'il fût coupable. Je dis qu'il craignait d'être accusé; et certes ^ je ne lui en fais pas un reproche. Il avait près de lui ceux qui ont procédé eo^ntre Regnault. Mais je le répète, ce n'était pas de R<2^nQult qu'il avait peur ; de Rejgnauli éloigné de son dotnieilei de Regnanlt dans les ier». Ménil avait passé toute la journée du premier mars, invisible à loua les regards. Il avait, de son aveu, été da^is la ruelle suspecte. 11 redoutait les soupçous qui pouvaient planer sur lui. De là , ses variations perpétuelles. De là , la contradiction de sa déposition , où il n'a vu Regnautt #|uesortant de la cour d'Enoult, et de ses confidences aux nommés Sauvage, suivant lesquelles il l'aurait vu une demi-heure avant. Delà, sa double assertion qu'il a vu Regnanlt, le premier mars , à dix heures du matin, sur la porte de son père; puis, que c'est un autre jour qu'il ne peut fiMr, n'étant sorti de chez lui , ce jour-là, qu'à deux heures. De là 9 sou euvie d'établir qu'il était absent d'Am&eville. De là , sa frayeur , quand ou le

(i)Extrfiit desntintttflsdu trifafUMlds prtmière instance, p. 47*50.

TeQContm k rimf9<mM , la nm^ dratim ohemift. D» bi su uisies»^» S09 #xcIaoiatWaft« Tout a'explîqu^, ai oa soppOse qiiii# 86^ orsiaUft pQrsmiBalles agitaient , boukepsuÎQot eaii« té<i<| faible d'aa vieillard, dooi le sarnom mêm^ atteste l'imbécUIité. Rieo ne s'exf)lî<|ue, si l'oB con^dère Méoil oomaie un homme qui dépose âraplemeai mr ce qu'il. a vu. Et cette question: S^ quand on m^ interrogera d€ nouveau , ( remaixfiHioa qu'à cette époque il n'avait poiiU encore été interrogé )y je ne dis pas U même chose ^ ne me meiêrat-on pas en prison 't (i) Cette question ne trahit-elie pas la peur qu'il avait? un témoin qui a vu un fait« un témoin qui a dit vrai » n'eatnl pas sur de dire toujou». la même chose ?

Au reste , je ne me lasae pas de le dire» je ne tire de tout ceci nulle infërence contre Méoil. Ilmeaaffit d avoir prouvé qu'il a dit sans cesse ce qui n'était pas« Jk n!ai pas besoin d'expliquer pQunquoi. C'est assea que j'aie prouvé qu'il l'a fait , pour que j'aie dénitontf^ qu'il n'est pas croyable*.

J'arrive maintenant k la partie de la dépositioa de Méail, qm efaar^e direotemiuit Regnault. Ici, s'il £fiat en croire Méml^ils étaient seuls; personne^ ea. conséquence, ne peut le contredÂce. Ce sont dooe des téoaoins d'un autre genre > l'heure , la distance , la possibilité physique et morale, les vêtemenadbo Hegnault, les blessures de. la femme; assassinée, qu'il faut consulter.

C'esd le premier de mars, à deux henres on deux heures et demie au plus tard t que Ménil a vu sortir Kegoault de la masure, occupée par Ëoonk. U ,en est sorti par le. petit potnis qui est. près de la cave. &^^ gnault était vêtu d'uue veste ou. habit eaurt , couleue jaune ou blanchâtre, sur laquelle il y avait dos tacher

(i) Voy€Si ci-dssBQS , pag . f sa.

'clé 8aii|^ , AÎnM que sur sa culotta et sur ses mains; Il tenait dans Pune de sesi mains une espèce de lame i;n forme de sabre , de la longueur d'un pied et demi. Il avait des souliers , des guêtres , des bas de coton blancs, et uno culotte i)lai)ch&tre de laine.

Prenons d'abord les vétemens , parce que Regnault , s'il en a changd, aàh employer quelque temps à cetie toilette , et que ce temps néaoftsaire doit entrer dans nos calculs quand nous traiterons de l'heure.

Doux charpoutiers qui travaillaient pour leur compte dans hd cour, déposent l'avoir vu habillé d'une redingotte ou d'un Itubit brun, d'une culotte blanche, de gros bns de laine f;ris avec des sabots (i).

Pa^sous ù l'heure* Mëuil a rencontré Regnault f après lo crime, a doux heures et un quart ^ au plus tard k dciiK heures et demie. Les doux charpentiers l'ont vu ^ midi on midi et demi , (piand ils se sont mis à dtnei** Il a causé avec eux durant tout le temps de ce diner , qui a duré à-peu-près cinq quart s-d'beure. U les a quitte» pour entrer dans Ja cuisine de son père* Il pouvait âtre alors, disent'^ls, une lieui*eetdemie(9)« Une demi-heure après est arrivé chez Regnault un outre habitant de la commune. Cet individu, que les charpentiers ont vn entrer chez Regnault une demiheure après leur dîner, c'est-à-dire peu après deux heures, dit n'être survenu qu'à trois heures et un ifuarli il a, dans les débats, admis la possibîitté qu'il fût arrivé plutôt; mais j'accorde le fait: c'est une règle qoe jerae sub imposée, et qu'on me verra suivre sur beaucoup d'autres points, parce que je nuis tout ac* corder sens nuire à ma cause. Ôet hanitant de la conlmiine a donc trouvé à trois heures et un quart , Regnault avec sa mère , et un petit neveu malade qu'il

(r) Extrait des minutes de la Cour d^aMÎMs , pas. 7^-77* (2} Extrait des miuutes de la Cour d^aaiiMii mcmu pegef.

\»oaii sar «es geimo» ; mais il ne s'^en 3vk pas qoè Dont devions admeiu^e que le crime a-pu être commis entre une heure et demie et trois heures et un quart. La déposition de.Ménil est claire. C'est à deux heures et «n quart , au plus tarda deux heures et demie , qu'il a vu Regnault tout couvert de sang : c'est donc entre «ne heure et demie ou deux heures et demie an piusy que le crime a dû se commettre. C'est après une heure ei demie que Renault a dû changer ses vétemens , mettre on habit-veste , des bas de ootoa , des souliers et des guêtres. .Restreignez le lemps de cette toilette , qai y soit dit en passant, est bizarre avant un meurtre^ car elle ne servait en rien h empêcher Regoault d'être leconouj restreigne9,dis-je, le temps de cette toilette autant que vous voudrez ; elle a du pourtant prendre un temps quelconque ; Regnault a dû ensuite sortir en plein jour , sou sabre sous le bras, ûi faire lé trajet de sa maison à celle d'EnouIt. Ce trajet, par la voie OErdi-^ naire, est d'un grand quart-d'heure : par une autre route, on a prétendu qu'il pouvait être fait en sept minutes; j'y consens^ Ayant qntilté les charpentier^ après une heure et demie^ ay^nt fait une toilette com* plète, et par là même un peu longue, ayant mis sept loLautes à parvenir jusqu'à la maison d'Eooult, Re« goault a dû observer les lieui^ avant d'y entrer , car il ne poavail savoir où ëiait la femme Joovin. Si elle n'éiait pas dans le cellier, toute tentative d'assassinat était inutile. Il ne pouvait l'altaquer ni dans la maison, si voisine de celle de Lemoine , que ses cris n'auraient pu manquer d'être entendus, ni dans sa cour, entourée d'un mur assez bas pour que les voisins pussent voir par-dessus ce mur tout ce qui s'y ferait ; circonstance détaillée dans leur interrogatoire (i). U fallait qu'elle fût dans le cellier;

(i) Kojr. leur înttiTogatoire que faî cité en entier, paj^ 119-za^*.

i44 il fallait ausM qite personne ne le trouvât atee elle.

Iiéfit'ei^ et demie (s) et k quatre heures ^3), on e»t entré dans )a cour d'RnouH, et «lue la nlle Jouvin a voulu Ikire visite a sa m^e. Il faut donc de toute nécesitié accorder quelques minutes à Regnauh pour qu'il éfne le moment favorable : et remarquez que Ménil Favsit. senti. Dans sa nremière conudence k liubio 8'iuvage, il lui avait ail avoir vu Regnauh tourner autour de la maison d'Enonh une demi-heuie avant le crime. Et vraiment un homme n'entre pas toin droit dans un lieu ou il vécu commettre on meurtre, en plein jotir , sans s'assurer nue la personne qu'il veut frapfier n'est pas h même d'être secpuruc. Mënil avait donc ftiit très-sagement , dans son système^ de ra]ypor4er cette circonstance. Mais lors de ce r<^xit arirangé de la sorte , on n'avait pas encore la déposition des charpentiers* Maintenant que deut^ci ont établi jusqu'à Tévidenee, qu'ils avaient vu RegoauU dans la cuisine de son père, après une heure et demie^ il n'est plus possible que le mémeRegnault fût , â la même heure , piès delà maison d'Enoult, après avoir ftiit sa toilette, ci franchi t'«tipace qui sépare les deux maisons. Ladéposition descbarpeUtiers est'du agmars ; et Ménil , qui avait fait le ] S sa confldence k Sauvage, la corrige le lo avril ; et dans sa déposition du t8 novembre j pour tout concilier , il alfirme avoir seulement

(i) Fû;^êM la dépoiiti on ée Cypille létcomU, enUé pour em]punter uiifl brouette y et revenu pour la renilre. Eyttait dea iniouus,

(») P^o^fM la éépo»U\an de la fiUrFemamel , aotrërpour pmiacr de Teau; ibid, pog* i^i* (S) Tn/rjr U d<^pofiiioa de Roie Jouvin , catrëe pour voir aa

dîià SanVage , qu'on faisait courir le bmit qneplusienrs personnes avaient ainsi vu Regnault. Conûniioris. Re* ^ault, à une heure et deuiie passée, change doue tous ses vêiemeus. Fait un trajet que ses accusateurs réduisent à un demi-quart de liene , eu bahit*vesie et on sabre sous son bras , arrive , s'assure qu^il ne ren* contrera pas d'obstacle à l'exécution de son piojet , traverse la cour d'Enouit, et entre dans le cellier. Certes , il devait bien , à cette époque , être un pea

Îlus de deux heures. S'il ne trouve pas la veuve ouvin justement dans le cellier, s'il faut qu'il s'y cache , et qu'il l'y attende , . U va perdre encore du temps ; car il ne peut espérer de l'y aitirer. Il l'a menacée de la faire périr \ elle ne s'enfermera pas librement dans une cave avec l'auteur de cette met nace , armé de son sabre. Il ne peut l'y entraîner de force; il faudrait traverser toute la cour, dominée par les voisins,, que ses cris frapperaient, et qui re^ garderaient pai*-dessus le mur. Mais j'ai dit que j'accordais tout. Regnault a saisi le moment précis, le moment unique où la veuve Jouvin était dansie cellier^ moment assez court , car elle n'y était que pour remplir, un petit vase du cidre qu elle buvait à dîner» 11 l'y trouve donc. A l'aspect de celui qui l'a déjà fait trembler, elle n'essaye pas de. s'échapper , ou il l'en empêche, soit. Il s'enferme avec elle, et la tentative du qfveurtre oom-^ mence. On neprétendiapiaâque laveuve.Jouvirisesoit laissé, égorger sans se défendre. Les blessiirc^s trouvées sur elle prouvent assez qu'elle s'estdéfendué. Je n'exs^^ mine poini encore le genre d^ ses blefist^res» Jenj parlerai plus tard, et demanderai eomment.iji arrive que le sabr^ de RiegnaoU fasse des blessures en formel d'équerre^ et que l'assassin lui fasse sept blessQiK^v (|uî;^ ne la tuent pas, au lieu de lui enfoncer. SQO* iïîaibfi^;çlanii le corps, ce qui aurais fini la lutte. * ,.,

Mais allons par ordre, Ç'e$t ^près deux h^uui^a que. Tome ni , b\ Partie^ jlq

telle luita a dA commenoer. Pour faire «fpt blMsttriM è UD6 pernonne qui réibte^ il but bien encore quelquee miniitei. Mail eea bleiiurei n'ont pMcamé 1$ nwortile la TeuveJouvin; après l'avoir ttirraisëe^ il a faljii que raiMaiain l'iiranglài, qu'il lui paiiAt donc, une corde autour du cou, qu'il icrràt cette corde avec un bÂton , qu'il fitftt ce bâton «ur son ëpaule gauche , pour que la corde ne se détordit pas* 1 outei ces op<irations en* /levaient encore du tcmpa. 11 ne nous en reste plus beaucoup pour ce que Rcgnault a àti faire eniiuite* La victime est ruoi te. Il faut que l'assassin s'introduise dans l'habitation I qu'il cti ferme soif^ncusemenf louiea les issues qui ont été trouvées fermées , qu'il force un seorétaire , qu'il détache h moitié deun serrures ^ qu^l fouille dans deux tiroirs , qii^il vide des sacs ^ qu^l mette dans les noclics de sou hobit»vaste 300 fiance en pièces de 6 froticsj 6o francs environ en [liècea de t et 9 fr/j et la /i }6 fiancii en gros sous; qu'ainsi chargé^ il sorte par une feuâtre et qu'il la referme^ qu'il essaie son arme avec des linges , qu'il chercbe vne grosse pierre ^ car il n'en avait probablement paa apporté une dans son Itafût- veste , qu'il attache de» knges atJtour de cette pierre, qu'il jette cette pierre dans tiTie itiare, qu'il retourne dans le cellier, puiaqti'il est sorti par la porte ou le potuis qui est tout à eàté^ et parce que^ comme le dit M, le procnreur^génëral dans Kacte d'accusation , il a dû s'assurer nî%e la iric» lime n'était |ms parvenue k se débarrasser du b&ton ^'il avait fikésous son bi'aa, et qu'elle^tait bien morte; car il' avait ^ continue M« le proeuretlr«gén4ral ^ pria trop de précautions préparatoires et d^exéctitioti , pour n'avoir pas pris celle de la consommation dtt erimo* JH a d4 enauite fertner le cellier a elef ^ et (lour cela sermotttMr eouvert de sang et son aabro sdtia le tirae ,

Îamia cour ou tous les vaisine |MMif aient le votr« ec 'oit tme fille qui y puisait de l'eau vMait de sertir ; et

c^est alors qu'il a paru aux yeux dé Mënil , qui était là ^ parce quHl allait voir un cultivateur dont la maison est dans une direction tout opposée ^ pour acheter de lui une pièce de terre qu'il n'avait pas à vendre; c'eA alors, dis-je , que Regnault a paru aux yeux de Ménii, à deux heures et un quart, ou tout au plud deux hearei et demie.

Je le demande , s'il y a une possibilité mathéroa* tique d'accumuler tant d'opérations > qui toutes on( rencontré ^e la résistance , les unes de la part 4^. la victime , les autres , parce qu'un secrétaire et deux serrures ne se forcent pas sans quelque retard ('); y a-t-il une possibilité ihoraie d'imaginer que tontes cas xîrconstances se soient réunies, quand on n'a , pour le croire^ qu'un seul témoin, qui se coupe, qui se contrer dit , qui se rétracte , qui se dément « et que démentent aussi tous ceux qu'il appelle en preuve? Je ferai ressortir dans un instant cette absurdité avec bien d'autres; mais j'ai encore quelques mots à dire sur les blessure» trouvées sur le eorps de la femme assassinée.

J'ai cité dans ma première lettre le rapport du chi^ rurgien Diard; les plaies de Li veuv^ Jouvin étaient en forme d'un T ^ d'un pouce , d'un pouce et demi « de deux et de trois pouces de longueur. Elles avaient dû être faites , d'après la déclaration de ce chirurgien , par le moyen d'une serpe ou d'ime hachette. L'on a vu qu'ils rétracté ce premier rapport qu'il avait affirmé sincère et véritable j il a déclaré l'avoir signé contre sa conviction , parce que des soupçons planaient siir Du puis , et que vraisemblablement le sieur Diard, quand il y a un accusé , se croit obligé de signer tout ce qui charge cet accusé. Soit ; je suis de bonne corn*

(«) .U est mAme comité dans le procès-verbâl qu^on avait essayé d'enfoncer une serrure qui avait résisté» Extrait des mi- BOtes, pag. 8.

EosiiioD. J'admets la seconde version du sieur IKard^ les blessures ont été faites avec un instrument plus léger q«'uùe serpe ou qu'une hachette. Elles ont été fiâtes y si Ton veut , avec un sabre. Méoil dit en avoir TU un dans les mains de Resnault , j'accorde tout. Mais quand un homme armé d'un sabre veut en tuer un autre, lui fait -il sur la tête sept blessures en forme de T ? Ne lui plonge-t-il pas son sabre dans le corps ,

E>ur lui donner plus facilement une mort plus prompte? a veuve Jouvm se défendait, dira- 1- on , Regnauk l'a frappée comme il a pu* A la bonne heure; mais après l'avoir terrassée , comment ne s'est*il pas servi de. son sabre pour l'achever? Craignait -il que les traces du sang ne le décelassent? il en était déjà cou** vert. Comment donc , qu^nd le temps le pressait , quand on.pouvait à chaque instant venir dans la maison,

Suaod Ënoult lui-niâme pouvait arriver d'Ëlbenf, 'où il est arrivé en eGPet peu de temps après , comment Regnault a-t-il préféré passer une corde autour du cou de celte femme , la serrer avec un bâton, et attacher ce bâton sur son épaule ou sous son bras ? Tout cela ^'explique , si l'assassin n'était armé que d'une serpe ou d'une hachette , instrument peu propre à donner la mort. Cela s'explique, sur-tout, s'il y avait plus d'un assassin , si après quelques blessures légères ils ont terrassé ceue malheureuse femme , et que l'un d'eux la tenant à terre , les autres aient pu l'étrangler à loisir. Mais tout cela est physiquement inexplicable

Snand on l'applique à Regnault armé d'un sabre , à LCgnault seul , luttant avec une femme qui a dû se déff^udre en désespérée.

Retraçons maintenant ces diverses circonstance^. Regnault était k une heure et demie chez lui en présence des charpentiers, vêtu comme ces charpentiers l'ont décrit. 11 n'a pas dû, pour aller commettre un meurtre , faire une toilette qui ne lui servait à rien ;

car «Qcore une fois elle ne le rendait pas mëconnaisi^ saUe. Si Ménil eût dépose l'avoir rencontré d^uisé ^ enydoppéd'un manteaa, la figure cachée on converte^ cela se concevrait. Mais changer nne redingotle brnne contre un habit -veste , des bas de laine contre des bas de coton , des guétreé et des souliers , où était le but ^ qodle était l'utilité ? Si les charpentiers avaient vu Regnault en ha bit- veste , et que Ménil l'eût aperçu avec une longue rédingotte , on pourrait dire qu'il avait revêtu cette redingotle pour cacher son sabre ; mais au contraireil aurait ^ suivant Ménil , choisi le vête* ment le plus propre à l'empêcher de cacher cette arme ^ et c'est avec ce vêtement court , que tenant sous son }>ras un sabre d'un pied et demi, il a traversé en plein jour tout le village.

Regnault armé d'un sabre n'a pu faire à la veuv^ Jouvin sept blessures en forme de T. Le complaisant sieur Diard a beau se rétracter sur l'instrument qui a bit ces blessures; il n'a pu changer ni leur nombre, ni leur forme . ni leurs dimensions. L'on ne fait pas avec un sabre de telles blessures.

Regnault armé d'un sabre ne se serait pas arrêté i faire ces blessures inutiles. U aurait enfoncé son sabre dans le corps de sa victime.

En admettant qu'il ne l'eut pas pu d'abord , il l'aurait pu , et il l'aurait fait plus tard , au lieu de l'étrangler, au lieu de s'exposer par la lenteur de cette opération , à être surpris par des voisins ou par Ënoult luimême.

Regnault , qui était dans son domicile à un bout du village à une heure et demie , n'a pas pu être vu par Méml à deux heures et un quart, au plus tard à deux heures et demie , à l'autre extrémité du village^ après le crime; c'est-à-dire , après le changement complet de tous ses vêtemens , après sa marche , après sou examen du^ Ueu où était la veuve Joun^in j après sQft

entrée âMêlê ecttUff , êprh «a lutta avM eêUêtêmmBf âprèiii^H MeiAtiret iiiuaft dan» oatte lutta, afrè* 1» mort mufiéô pnv un nouveau moyen plu» longf aprâa aa êû'ïiii de la ea^a, apré» *ou eflraction à^uu êeeri" , luira at de deux «ernire» , aprè« «ou retour daoi le eel« lier pour eontiater que la veuve Jouvin était marier a|)rèa le t«$mp« n^éaeMaire (>our e*»uyer avec de» liogfaa aon arme «anglaniei (KHir aitacher ce« linf^a» autour d^ine pierre , enfin aprè» un «i^'jour prolongé ilaoa e# eailier, ear une (ille entrée dam la cour a deu% lieiirea et demie, dénoua qu'elle entendit ouvrir ou Ikrm^r U porte du cellier, par con«équeni iiegnauli y émit encore et n'en eit lorti quVpréa que cette iille ae foi retirée*

J'ai parlé de« imnoMibilité» matérielle». Je vaia parler d'une impodMoilité morale qui ii'a|^liqua apé'* cialament , uniniiemeni à Regnaultt

Deux iupf)0§iuon» »ont adnii»ftililea pour npru|iter raaaa»»tnat dont il e»i qucaiion» De» étranger» , dea mendifln» , de» vagabond»^ ont pu (acilement pénétrer, conduit» par le liaiard , dan» uuê, mai»on dont la cour a troi» iti«ue» qui ne »ont jamMi» fei niée», maiaou dt»* tante d'un quart de lieue de celle de Hegnaidt , y troi»' ver une femme »eute , concevoir en cet instant la po»« aibitité delà tuer, pour »'empaper de ce que cette tnttinon reuiermait, accompagner ou attirer celte femme dan» le cellier ,»ou« quelipie* préte»ie»| et la commettre le crime.

D'une autre part , mai» je »ui» bien loin d'ia»i«ier itir cette hypotlièfe , et même je la rejette , le» voiaine de la mai»on d'Knoult auraient pu épier le moment oll la veuve Jouvin était de»eendiie dan» le cellier , »V ali»»er a|)ré» elle , »'y renfermer , et aprè» l'avoir bleaaée, racbever en. l'étranglant avec un% corde# Je di» qu'ila l'auraient pu ; je ne di» point qu'il» Taient fait, parce qu'efi fait de erime^ fe ne eroia que ce dont |'ai le preuve évidente*

iSt

Ifai^dan) tous les cas ^ il est manifeste <fs^ Us aasàsr lÎDS s^elaieul glissés dans la maisoa d'£aouli toog-* temps avant l'heure où Regnauli aurait pu s'y rendre» Tous les témoins déposent que las aboiemeos extraor** dioaires du chien enchaîné dans la cour ,.oat comr meocé à onze heure» et demie ou à midi. Le }ugf d'instrticlion et le juge*de-paix ont rapporté cette cii*T eoDstance plusieura fius dan^ leurs procès- verbaux, parce qu'elle leur a été sans cesse ceriifiée (i). N'est<*il pas étrange qu'ils ne l'aient jamais rapprochée de la certitude cfui devait leur être également acquise, que Reguault n'aurait pu arriver dans ce lieu que plus dp deux heures après? Ont -ils cru que le chîen avait aboyé par pressentimeut ?

Il est probable que les assassins étaient au moina deux. Car on ne saurait guère croire qu'un homme seuh avec une arme qui ne pouvait pas. donner la mort , ait pu attaquer y renverser , étrangler une femme qui a défendu sa vie jusqu'à la dernière extrémité , et qui a reçu sept blessures en la défendant Mais ce qui est iocontcsiable , c'est que les assassins , quel qu'ait été leur nombre ^ ont été favorisés par un hasard qu'ils n'avaient pu calculer d'avance, qu'ils ont profité de ce hasard a Tiiisiant même où il s'est oBert à ea&| qu'ib.en ont profité parce qu'ils étaient déjà sur les lieux.

flegoaiiU , au coiftraire , était éloigné « il était chez lai immédiatement avant le meurtre. Comment auraitil pu savoir s'il trouverait la femme Jouvin seule ? Comœeni aurait-il pu être sûr que, dtirant l'absenoe de son maftre ,entre une heure et demie et deux heurea

(i) Vojre^ la de position du voisin d*Bnoalt, que \W citëe tout •a long , et une seconde déposition du même » dans les minutes <t» tribunal de première instance « pag» SS. Etant dans ma masure (voisine de celle d'EnoultJ , vers ïes on^e heures et demie du m tin ,j*ai eniènda ubofrerjortement h chitn*de^hoiiu d^EtfuÙ*

0, IffI <|[ffift t pif COII#éfJf»^Wt W> fifoffi jMfff #MV7fl

fc«lfif «n f fie le tnue^nfiftnni thez elfe 7 Qnelle eetti^ lifde ntirit'il i|MVUe iierMt il^m le cellier « 0^ die iy# àe^n'ti reiier iifi^uri in^iem ? ^il mifo^Ufliit ret fr>i»l«fic imir|«^f tofif im «teteneii impm^îhle ^ ei il éiàiî h «iree •or» .«"«We^ defiifii mie femme #)ii^il «t«ii mefiM^^

3ut eM u\fp^U h Mfi ifi^le et rftii eni ^^ ^eecrfirtie^ J^irt éjii #lit r|fi^l fie pofituii reriiri«iiirr fie fi^if ee ^ if ireter» tffie Gthir $frtêem*t^f oiiterle <le Htm êMé^f et 4«i»f le#|ffe)te le* taiMii» «tffieuf l^aliîinde de f^tàer k rlfii<|ffe ifi^fnDt 9 |f»r' dr^in» le m iin P^mr Mjfpotiisr qnm Be^fMfill Hfii mr\i /le chet lui d»tij> nnfenfiofi à€ €€ €t'unëf |vfH<f|fi»l porfMf «on» aoi» lifftt^ dit'On ^ fin^ iftirffeiii «leMfffé ^ le eorrin/elin' ^ i|ijM Mni fimté jt^nêti mt f^rui mou eut (fit PesécfiifoD en f6l fio^ible ^ qn^il eii de l« Mvfie deviné i^iie féififinn de eirevymiâfiee» fiifiiiiieftf tonle» fvére*«f»fre» pour #(iie eeiie po^e tiiHi^ êt'tMhi ^ el doni ee| er >dff » f il ne lott^inî ffrrer»f(ef im fififlffiser nfiefiftef je ne toi* ^t/nfi mo^^efi ^ e^eM d^iMl' ftiHi^e f|ne Im teiite Jontin Ini «tMidonti^ rendes^

Condrien d'iincre» irn^roMiliililé^Nipr^^ienfenf ^ <|fie ^ devrffi.<» d^t^iller |Tefii' être ^ et que le d^#illerm en effei « m ieiie eiotui* éire ptfftentf k IVvidefieef

One UnltUë de )legn«nlf ^ df fn^iH (miëf 11 b** ]yff^»if vu Hfiparfernf^nt i^/paré de reltii de Nin p^o p«r Im efif f f ménfed*n% Imp ii^lle le<i eharpeniier#friiirt»iUafieM« CVm di»n> If» rni'vine dp' Nin pèt e qn'il» Tofit tt» eoirer* P«mr /t»e rev/^'ir dej^hul/it» qne Ménil prétend et<»r ^m^ il nnrftif dfi lerm^ter |H»r celte eonr« Le* ekerpeoiieri r^offiienf m «rçn dent foi* de jilti # f et le*eeofid# foie d'n<^MM %/!>enien* fionteff»i%« Ibiiiireient confirma Im M if'^iWm de Mén»l| un lien de 1» défr»»ire« S^oH^il Ir l/dl4* i:lie// *on |yère? Aftiit'il déposé ce# ir^emene th% ^nif (onr iromper lofi* le* retti»rd*? Mef*elorf ^i^u i^ie et *e mire ëurient dm» m confideoco^ Ile

Poat TU partir en hnbît court , et teùant en rnaîn le «abre fatal ; ils sont ses complices.

Quand il est revenu à travers le village, en plein

Sur , couvert de sang , quelqu'un l'a» l- il vu ? Personne, ais au moins , lorsqu'il est rentré , son père et sa mère ont dû le voir tout ensanglanté : quelle a du être leur surprise , Içur alarme ! £t à trois heures , en adop« taut la version la plus défavorable , un t/émoin les a trouvés paisiblement assis au coin delenr feu , Kegnault tenant un enfant sur ses genoux ^ et ces vieillards octogénaires, que dans le village tout le monde respecte, que personne n'accuse y ont dîné et causé tranquillement devant lui. Enfin ) ces vétemens tachés de sang, où Regnauh les a-t-il cachés ? Chez son frère , insinue M. le Procureur du Roi de Louviers. Mais son frère , alors., pourrait avoir été son complice. L'on n'a fait chez lui aucune perquisition. Ne dirait -on pas qu'on ne voulait qu'un coupable , un seul , mais qu'on voulait que ce coupable fût Wiifrid Regnault , et qu'on a évité i)e mettre d'ailleurs qui que ce soit en cause , de peur de compliquer , on plutôt d'éclaircir l'affaire ?

Cependant je dois tout dire. L'on a trouvé dans le domicile de Reguauh uu habit brun, dont il s'était servi quelquefois pour aller à la chasse , et dans les poches duquel M. le juge -de -paix dit avoir remarqué des taches de sang. Mais cet habit, on Ta montré h Méoii i il a déclaré que ce n'était pas cdui de Regnault lors de leur rencontre. On lui a montré ensuite une veste d'indienne à fleurs rouges et vertes : il a à peu près déclaré la reconnaître. Qu'on devine ce qui est «rtivé f L'on a pris note dans le procès- verbal de la reconnaissance de l'un des habits , et des taches de sang qui se trouvaient dans les poches de l'autre l

Laissons ces détails. J'ai mille choses à dire encore, tt le temps me presse. Je ne comparerai donc plus ces diverses dépositioûs de Ménil ; j écrirais des volumes.

' I On fe vert ait dans celle du 1 8 novembre corri^^er celle

du jo avili y expliquer son «îleoce de quarante {otirs en prêtant à Regnauit des propos mieux arrangé) pour ntoiiver ce longs^ilence; enfin ^ perfeciionnersoii rëcit^ pi'tllier ses invraisemblnncesi, d'âpres Tétude qne lui i,n que d^autre^ avaient faite des objections qui le ikntaiiqnaienl. Vous avez une grande part à ces cor* rections , Monsieur : elles ont été suggérées par vos r%ccllens mémoires, et par le plaidoyer éloquent et con* ragetix du premier défenseur de VVilfrid Regnauit (i) , de ce défenseur auquel l'infortuné, si , comme j'ose l'espcrer, son innocence est reconnue, devra tant de reconnaissance, pnisqu'en défendant son honneur quand sa vie était condamnée, et en ie protégeant ao pied de l'échafaud contre une calomnie doublement anoee, il aura fué sur lui l'attention publique, et déterminé en sa faveur la jusiice du Roi.

i^ n'insïisierai pas non pins sur le caractère moral di} Mcnil. Qu'importe qu'il ait cnché tme chandière pour la voler , ou que , suivant la version de ses pane*-» {^yrisieSf on l'ait seulement soupçonné d avoir voulu la voler, parce qu'il l'avait cachée? Qu'importe qu'on r«iii accusé de trois antres vols? Je ne décide point hW a quelque bien ou s^il mendie ; ou si » te qui pourrait tout concilier , il a quelque bien , et pourtant il mendie, cornnve le certifient des témoins qui lui ont fait l'anmone. Ne suffit-il pas qu'il ait déposé des faits dëriionlrés faux , des faits qui so réfutent l'un l'autre? Je Miis lirs de me traîner à travers tant de révoltantes {.liMinlilés. Une seule me reste encore, que je ne puis «^iiiciire, parce qu'elle est d'une haute importance , q.iVIle aurait pu coûter la vie à im innocent de plus ; fjffV'lle est, enfin , pour employer les paroles de H. le procureur-général Fouquet^ un trait de lumière, et

(i) M. Gaillard la YwViktt.

iî)5

qnc je ven^ opposer ce trait dé lumière à celui qnî a paru si éclatant à M*, le procureur-gënéraL

Je vais, dans ce bat, reprendre de nouveau la suite des dépositions.

Marié * Madeleine Lemoine y femme d'Augustia Coquerel ^ (remarquez bien que c'est la fille du voisin d'Enoult^ et que c'est Honoré-Paul Coquerel qui a le premier déclaré que ses soupçons planaient sur Regnault ) , Marie - Madeleine Lemoine dépose , le 1 1 avril, « qii'elle a vu passer, le premier de mars, )) dans la rne de la Hattrée, qui rejoint la ruelle des » Escaliers (i ),( où Ménil dit avoir i*encontré Re- » goault), la servante de Wilfrid Regnault. J'ignore, » coniinué-t-elle, d'où elle venait. Il était alors cinq y> heures ou cinq heures et un quart. » (2)

Hortense-Eugénie Lemoine , nièce de la précédente, déposé que: ce Le premier mars , sur les quatre heures » du soir , étant rentrée chez son grand-père, et s'étant » mise à travailler , après avoir fait la collation , elle y> a aperçu alors la fille Nanetie , servaTite de Wilfrid )) Regnault , qui sortait de la rue de la Haitrée^ et qui » tournait par la rue des Escaliers , qui borne la ma- D sure d'Ënoulti J'ai fait la remarque ,' ajonte-t-elle, » qu'elle allait assez vite , et lorsqu'elle m'eut aperçue, y> elle a ralenti sa marche. » (5)

Ces deux dépositions sont bien positives.

Que serait-'il résulté si elles n'avaient pas été contredites? Que cette malheureuse servante eût été considérée et traitée -comme complice de son maitre. Elle fut arrêtée, en effet, le i4 avril, et ne fut remise en liberté que quinze jours plus tard. Le crime de Regnault aurait en même temps acquis pluâ de vrai-

Sf^mj^ex^ le plan figure.

Extrait des minutes de la Ccnr d'sasiatS , pâg. X97« (3) Extrait deê minuccs , etc. , pag« 199 v

Semblance. Le meurtre de la veuve Jouvîd 5 xlîfHcîie à exécnter par un seul homme, serait devenu bier^ plus probable 9 si Ton eut pu l'attribuer à deui^ assassins.

Ecoutons, maintenant, les témoins qui suivent :

Ou demande, le 11 avril , à Marie-Hyacinthe Salle^ femme de Vincent Toussaint, boulanger à Sainte- Colombe: (i Si elle n'est pas allée à Ëlbenf le samedi % premier mars ? elle déclare y avoir été et y étrd y^ restée toute la journée. » On lui demande : a Si elld » a vu la servante de Wilfrid Regnault dans le cou^ » rant de cette journée? y> Elle répond: « Qu'elle Va » vue à son étal ^ près de sa voiture, qui vendait du y> pain avec sa maîtresse. » On lui demande : ce A }i quelle heure celte servante à pu être à Amfreville?i> Elle répond : a Sur les huit heures du soir. » (1)

On demande au fils de la femme Toussaint : ec S'il » est resté toute la journée à Elbeuf ? » Il répond : » quUl n'en est reparti avec sa mère qu'une heure ^ avant la fin du jour , qu'il a vu en partant la ser^ y> vante de Regnault, qu'il a fait route avec elle y> pendant une demi-lieue, et a laissé la voiture de D la femme Regnault derrière lui. y>

Lorsqu'on interroge de nouveau, dans le procèsl en faux témoignage , la fîlle et la petite fille de Lemoine, le i5 novembre, voici leurs réponses sur laj déposition évidemment fausse qu'elles avaient faite : (( J'ai vu de notre cour, » dit la première, (c dan^ y> la ruelle de la Hattrée, une fille que j'ai prise pour » Naneite, servante de Wilfrid Regnault. J'ignore » quelle heure il était. » ( Elle avait dit formellement dans sa déposition qu'il était alors cinq heures ou^ciDCj^ heures et un quart. ) « Ce que je puis dire , c'est que D je rentrai à l'instant dans notre maison , où \e fus

(i) Extrait des mmutes , etc. y pag» so8«

> obKgée d'allumer ma chandelle pour travailler. Je' » n'ai pas dit que j'avais reconnu parfaitement cetie » fille pour la fille Nanette. (i) a Je suis ceriairie, dit t» seconde, d'avoir vu Nanette, servante de Wilfrid ]) Regoault^ dans la ruelle des Escaliers, le premier » mars dernier, dans la soirée. J'ignore quelle heure il » éiaiu 7> ( Elle avait dit que c'était peu après quatre » heures du soir. ) « Les chandelles étaient allumées » depnis longtemps. Je ne puis dire s'il était plus ou 1^ moins de huit heures. 11 faisait en ce moment beau ji clair de lune, d (2)

Que penser de ces variations sur l'heure, de cette désignation positive de quatre à cinq heures la première fois, puis de ces chandelles allumées la seconde, pour jeter du doute stir l'instant précis, puis de ce clair dé lune qui vient à point nommé, afin d'expliquer qu'on a reconnu une servante à une distance assez grande , et que cette servante a pu distinguer dans une coui' im enfant dont la présence lui a fait ralentir sa marche, circonstance qui n'^est plus meniiounce dans la nou-* >eUe déposition ?

Je le répète. Si le hasard le plus inattendu n'eiii prouvé l'alibi de cette malheureuse servante, elle périssait. Toutes les invraisemblances du crime de Re-^ goault étaient dissipées. Ces deux témoins coûtaient la vie k deux innocens. Et après cet exemple , on' ajouterait foi aux assertions de Ménil , de Ménil qui se contredit d'une manière bien plus manifeste et plus choquante, de Ménil qu'un surnom adopté par tout It village qu'il habile désigne comme stupide , et qui ea effet, doit se trouver heureux d'être considéré désormais comme un misérable imbécille !

J'ajouterai que les deux témoins dont je viens de

(i) EzU-ait des 'minutes du tribuiuil de premier iaslance, p. 1 38. (2; Extrait des minutes , etc. , pag. i33-i34*

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{iQatiIi n'est pus eduptble , et je Taural fait passer ^' je i'^espèiiB, cette conviction, dansTâmede mes lecteurs. Mais je n'ai pu acquérir , et je le déclare , je n'ai acquis aucune donnée sur la probabilité du crime de personne. Cependant , j'aurais mieux aimé n'avoir pas k parler des conjectures que ce crime a fait naili^. L'on m'y a réduit par une objection absurde.

Que maintenant ou ne n^e contraigne pas , par une seconde objection qui serait d'une aosurdité égale, a Ëiire encore un pas dans cette carrière obligée de révélations qui me répugnent. Qu'on ne cherche paç a rendre invraisemblables les injustices , les irrégularités, les violations de forme , qui ont conduit un innocent au pied de l'échafaud, ^n niant que cet innocent fût Tobjet d'une haine acharnée^ et en demandant d'où cette haine acharnée aurait pu naître.

Assurément, je n'abandonnerai pas cet homme que j'ai défendu , lorsque sou innocence n'était que vraisemMabie, je ne l'abandonnerai pas aujourd'hui que son innocence m'est prouvée. Je répondrai donc a tout; mais cette nécessité de ixipoudreà tout , je sou* haiie qu'on me l'épargne.

Croit-on que la réponse serait difticile, quand j'ai déjà pour point de départ ce procès en calomnie dont toute la France a retenu? Ceux qui poursuivaient un maUiei^reux sous la hache des lois j ceux qui répandaient l'opprobre sur tme tête que le glaive allait atteindre ; ceux qui flétrissaient sa vie, quand il ne lui restait qu'un dernier recours pour échapper à la niort, pensent-ils qu'il n'existe au^un vestige de la haine qui les aveuglait?

N'ai je pas des preuves que celte haine .existait auparavant, quand Regnault rendait hommage à la vérité, en Faveur de malheureux paysans qui avaient cempli leurs obligations, et dont on faisait vendre les oieubles?-

9i Vi-je pat de« pretivet que eetie liaîfia $e f>rolonge encore 9 pimqn'on a écrit pour étouffer m plaioie ^ quand cctie plainte était ion seul moyen de talm ? ^t)

Celte liairje , je veux le croire , était Teffet des préventioni» antérieures* L^on avait adopté iur Reg^ianlt des bruits mat fondes* On acciisait cet ancien habitant du faubourg Saint-Antoine d'avoir pris pan aux cnmes qui ont souillé la révolution. Suivant obacurément son commerce paisible « il était resté toujours étranger aces crimes. Il n^avait même jamais fait panie d'aucune association révolutionnaire. M^tis on Pen acctisait , et , dans nos temps d'exagérations , qui ne sait que les esprits prévenus passent ra|ndement de la h^iine pour les opinions à la conviction contre les hommes?

£t cependant , je dois le répéter , Regnault ne la méritait en tien cette haine. jDepttis que j'ai en le bonheur de le défendre, j'ai vu accourir auprès de moi des citoyens qui Tavaient connu ^ et qui , apréa vingt années ) conservaient pour lui l'intérêt et l'amitié qu'inspire on homme doux, inoffensif , et irréprochable.

De ce nombre ( je rapporte ce fait , parce qo^l l%onore trop pour que je le taise), de ce nombre est ce aleur Duuosc ^ du nom duquel on avait abusé 4 êoa insu , et qui ensuite avait signé en faveur de ELegnaolt ua certificat dontj'ai fait mention ailleurs. Questionna de nouveau par M. le [>rciet de police, qui sans donte voulait se convaincre de l'erreur de ses agens poor U réparer, il est venu chez moi ; je ne l'avais jamaia vo , je n'avais point sollicité sa visite. Bien qu'il fût certain que tenues ^cs réponses étaient avantageâtes k

(f) Au titimmnttfU j'<;crU , j^upprerKU lus^on igllfcîte desdécfaritiïimft cQiitrc Hc^riAiih, tin iCcHi mirciMi: mdr^uuirigû à un enikof difmu Htiêf itik (l'un cbdircdci de M. de i5lo«H'vitlt«

Wîlfrid ftegnaruît , il sci*ntaii da conscience 'scrnptieose pour savoir s'il enf aVaîi dit a^sez , s'il D'avaii ni otil)lié ni laissé cicfignrer la moindre èiiican^iarice : el Poo vbvaîi dans chacime d^er ses paroleè la sollicitude d'un ancien ami et Pinmiiéliidé d'un honnête homme. €Jeliii qui laisse de tels son\«érilrs , n'est pas un assassin , n'est pas un homme odieux.

J'entre dans ces déiails, parce qne je suis blessé, je Favoue, de je ne sais qikflle affeciation d'impartialité qu'en rencontre souvent et dont l'amour-fu'opre est le .pnncîpe , el l'injustice la copséquence. Que de fois , en me louant trop d une action très-simple, en reconnaissant l'innocence de Regnault, quant au fait particidier, o'a-t-on pas ajouté que d'ailleurs il n'était probablement pas un sujet très-recommandable! Et qu'en savez-vous, vous. qui le jugez, et qui, précisément quand il a besoin de Topinion ^ prononcez avec né« gligence des mots qui peuvent la désintéresser de sa cause ? Vous ne vous êles certainement jamais donne la peine de descendre dans les détails de sa vie humble et ignorée , mais vous voulez faire acte de di*»cerne* ment , insinuer que votre pénétration rapide fait la part de la conviction et celle du doute , parce que le / doute est une preiive d'esprit ; et pour.vous donner ce brevet de sagacité, vous nuisez autant qu'il est en vous à un homtne qui ne vous a jamais fait de mal , à un homme qui n'est pas encore sauvé I Ah ! si la calomnie vous atteint un jour , vous saurez ce que ç est que cette élégance de scepticisme. L'on ii^inuera aussi que tout en étant victime de l'injustice , vous avez sans doute eu de votre côté (pielques torts , et l'on affaiblira de la sorte dans quelques âmes peu affermies le mouvement qui les porterait à vous défendre ou à vous secourir.

Je termine ici cette lettre , Monsieur. Vous savez mieux qu'un autre tout ce que je ne dis pas. Je ne

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