‹ Collection des ouvrages sur le gouvernement représentatif et la constitution actuelle de la (volume 2)Chapitre 33 sur 53 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des differens genres de réaction^.

1 DUR que les institutions d'un peuple soient stahles, elles doivent être au niveau de ses idées. Alors il nj a jamais de révolutions proprement dites. Il peut y aToir des chocs, des renversemens individuels, des bommes déplacés par d'autres hommes, des partis terrassés par d'autres partis; mais tant que les idées et les institutions sont de niveau, les institutions sublistent

Lorsque l'accord entre les institutions et les idées se trouve détruit, les révolutions sont inévitables. Elles leodent à rétablir cet accord. Ce n'est pas toujours le but des révolutionnaires, mais c'est toujours la tendance des révolutions.

Lorsqu'une révolution rcmplitcet objet du premier coup , et s'arrête à ce terme , sans aller au-delà , elle fie produit point de réaction , parce qu'elle n'est qu'un passage , et que le moment de l'arrivée est aussi celui do repos. Ainsi ^ les révolutions de Suisse , de Holhnde, d'Amérique , n'ont été suivies d'aucune réaction.

niais lorsqu'une révolution dépasse ce terme, c'est- HlirÇ| lorsqu'elle établit des institutions qui sont par

delà les idées régnantes» ou qu'elle en détruit qui leur sont conformes , elle produit inévitablement des réactions, parce que le niveau n'étant plus, les institutions ne se soutiennent que par une succèssien d'efforts j et que le moment où ces efforts cessent , tout st relâche et rétrograde.

La révolution d'Angleterre, qui avait été faite contre le papisme, ayant dépassé ce termp^ en abolissant la royauté, une réaction violente eut lieu, el il fallut, vingt>huitansaprès, une révolution nouvelle, pour empêcher le papisme d'être rétabli. La révolution de France , qui a été faite contre les privilèges . ayant de même dépassé son terme , en attaquant la propriété, une réaction terrible se fait sentir^ et il faudra, non pas, j'espère, une révolution nouvelle, mais de grandes précautions, et un soin extrême ] pour s'opposer à la renaissance des privilèges. «Lorsqu'une révolution, portée ainsi hors de ses bornes, s'arrête, on la remet d'abord dans ses bornes ; maison nese contente pas del'y replacer. L'on recule d'autant plus que Ton avait trop avancé. La modéra* tion finit, et les réactions commencent.

,11 y a deux sortes de réactions; celles qui s'exercenl sur les hommes, et celles qui ont pour objet les idées

Je n'appelle pas réaction la juste punition des cou^ pables,' ni le retour aux idées saines; ces choses ap< partiennent, l'une à la loi , l'autre à la raison. Ce qui | au contraire, distingue essentiellement les réactions | c'est l'arbitraire à la place de la loi , la passion à h place du raisonnement: au lieu de juger les hommes on les proscrit; au lieu d'examiner les idées, on lei rejette.

Les réactions contre les hommes perpétuent les révolutions; car elles perpétuent l'oppression, qui ea «st le germe. Les réactions contre les idées rendent les révolutionsinfructueuses, car elles rappellent lesabus* Les premières dévastent la génération qui les éprouve, les secondes pèsent sur toutes les générations; les premières frappent de mort les individus , les secondes frappent de stupeur l'espèce entière.

Pour^mpécher la succession des nialheurs , il faut comprimer les unes; pour retirer, s'il est possible^ quelque fruit des malheurs qu'on n'a pu prévenir, il faut amortir les autres.

Les réaciions contre les hommes , effets de l'actioa précédente, sont des causes de réactions futures. Le parti qui fut opprimé , opprime à son tour ; celui qui se voit illégalement victime de la fureur qu'il a méritée, s'efforce de ressaisir le pouvoir; et lorsque son triomphe arrive, il a deux raisons d'excès au lieu d'une ; sa disposition naturelle , qui lui fit commettre ses premiers crimes^ et son ressentiment des crimes qui furent la suite et le chàliment des siens.

De la sorte , les causes de malheur s'entassent, tous les freins se brisent , tous les partis deviennent également coupables , toutes les bornes sont franchies, les forfaits sont punis par des forfaits ; le sentiment de Tinnocence, ce sentiment qui fait du passé le garant de l'avenir^ n'existe plus nulle part, et toute une génération, pervertie par l'arbitraire, est poussée loin des lois par tous les motifs , par la crainte et par la vengeance , par la fureur et par le .remords. . .

La vengeance est étrangement aveugle; elle pardonne aux hommes même dont les forfaits l'ont sou-

levée , pourvu qu'ils la dirigent contre les instrumens de leurs crimes. Ces honnnes se mettent à la tête des réactions que leurs propres attentats ont provoquées, et ils les rendent plus épouvantables (i).

Les hommes sensibles ne sauraient être féroces ; le reg'ret adoucit la fureur : il y a dans le souvenir de ce qu'on aima une sorte de mélancolie qui s'étend sur toute* les impressions.

Mais ces hommes atroceset lâches ^ avides d'acheter par le sang le pardon du sang; qu'ils ont répandu » ne mettent point de bornes àleursexcës;leur motif n'est pas la douleur, mais la crainte; leur barbarie n'i^st point entraînement, mais calcul; ils ne massacrent point, parce qu'ils souffrent , mais parce qu'ils tremblent , et comme leurs terreurs sont sans terme ] leurs crimes n'en sauraient avoir.

^i cette multitude passionnée, qui, en France » a coopéré aux réactions , eût pu s'arrêter un instant pour contempler ses chefs , elle aurak frémi; elle aurait vu qu'elle suivait , contre des inslrumens exécrables, des meneurs plus exécrables encore. Ces gu/des l'entraînaienl vers la férocité, pour se dérobera la justice. Dans l'espoir de faire oublier leur complicité, ils excitaient à l'assassinat de leurs complices ; ils rendaient la vengeance nationale illégale et atroce, pour marcher devant elle et pour lui échapper.

Ces exemples doivent inspirer une horreur profonde pour toutes les réactions de ce genre : elles atteignent quelques criminels ^ mais elles éteruisent

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