TOC
En second lieu , appelés par notre heureuse rivoluticn (je l'appelle heureuse, malgré ses s , parce que je fixe mes regards sur ses reliais ) i jouir des bienfaits d*nn gouvernent représentatif^ il est curieux et utile de hercher pourquoi ce gouvernement, le seul l'abri duquel nous puissions aujourd'hui trouver quelque liberté et quelque repos, a été pres<* ]'ic eottèrement inconnu aux nations libres de i intiquilé. ^
Je sais que Ton a prétendu en démêler des
*ràc€$ chez quelques peuples anciens , dans la
r publique de Lacédémone, par exemple, et
• iiez nos ancêtres les Gaulois; mais c'est à tort.
Le gouvernement de Lacédémone était une
vistocratie monacale, et nullement un gouver-
' ''ment représentatif. La puissance des rois était
nitëe; mais elle l'était par les Ephores et non
; irdes hommes investisd'une mission semblable
' ^elle que l'élection confère de nos jours aux .
fenseors de nos libertés. Les éphores, sans
^ u le, a près avoir été institués par les rois, furent
' mmés par le peuple. Mais ils n'étaient que
cq. Leur autorité était religieuse autant que po-
'<]ue; ils avaient part à l'administration même.
i gouvernement, c'est-à-dire , au pouvoir exé^
'U{; et par là , leur prérogative , comme celle
^ presque tous les magistrats populaires dans.
les anciennes républiques, loin d'hêtre simple • nient une barrière contre la tyrannie, devenait quelquefois elle-même une tyrannie insupportable. «
Jje régime des Gaulois, qui ressemblait asse^ à celui qifun certain parti voudrait nons rendre. èlait à la fois tbéocratique et guerrier. Les prtires jouissaient d'un pouvoir sans bornes. I:* classe militaire ou la noblesse, possédait dt^ privilèges bien insolents et bien oppressif. Le peuple était sans droits et sans garanties.
A Rome^ les tribuns avaient , josqu^à v certain point, une mission représentative. In étaient les organes de ces plébéiens que Toi:garchie, qui, dans tous les siècles, est la mémr avait soumis, en renversant les rois, k un > dur esclavage. Le peuple exerçait toutefois ci: rectement une grande partie des droits politiques. Il s'assemblait pour voter les lois , poi r juger les patriciens mis en accusation : il u\ avait donc que de faibles vestiges du systèn.: représentatif à Rome.
Ce système est une découverte des moderne < et vous verrez, Messieurs, que Télat de 10 pèce humaine dans Fantiquité ne permettait j- > à une institution de cette nature de sV inli duire ou de s y établir. Les peu|:Ies anciens i pouvaient ni en sentir la nécessité , ni' en :\ : précier les avantages. Leur organisation soci.. les conduisait à désirer une liberté toute di:férente de celle que ce système nous assure.
a4' C'est à vous démontrer cette vérité que la lecture de ce soir sera consacrée.
Demandez- vous d'abord> Messieurs, ce que, <!e nos jours , un Anglais , un Français , un habitant des États-^Uuis deTÂmérique, entendent par le mot de liberté.
C'est pour chacun le droit de n'être soumis quaux lois, de ne pouvoir être ni arrêté, ni détenu, ni mis à mort, ni maltraité d'aucune manière , par Teffet de la volonté arbitraire d'un ou de plusieurs individus. C'est pour chacun le droit de dire son opinion, de choisir son industrie, et de l'exercer, de disposer de sa prol'irrité, d'en abuser même; d'aller, de venir sans 'Il obtenir la permission , et sans rendre comptt fie ses motifs ou de ses démarches. C'est, pour < liacun , le dfoit de se réunir à d'autres indi** ^ idus , «oit pour conférer sur ses intérêts ^ soit l>our professer le culte que lui et ses associés {^réfèrent, soit simplement pour remplir ses jOurs ou ses heures d'une manière plus conlorme à ses inclinations , à ses fantaisie^. Enfin, t est le droit, pour chacun, d*influer sur l'ad-niinistration du Gouvernement, soit par la nomination de tous ou de certains fonctionnaires, "^Mitpar des représentations, des pétitions, des demandes, que Tautorité est plus ou moins obli- Z'-e de prendre en considération. Comparez main* :vnanl à cette liberté celle des anciens.
Celle-ci consistait à exercer collectivement ,
a4d mab directement, plusieurs parties de la souveraineté toute entière , à délibérer, sur la place publique , de la guerre et de la paix , à conclure avec les étrangers des traitén d'aUiance^ à voter les lois, à prononcer les jugements , à examiner les comptes , les actes , la gestion des magistrats , à les faire comparaître devant tout le peupk , ^ les mettre en accusation , à les condamner ou à les absoudre ; mais en même temps que c etait là ce que les anciens nommaient liberté, ils admettaient comme compatible avec cette liberté collective Tassujétissement complet de Tindividu à l'autorité de Tensemble. Vous ne trouver chez eux presque aucune des jouissances q^ie yous venons de voir faisant partie de ia libertt chez les modernes. Toutes les actions privêts SDOt soumises à une surveillance sévère. Rien n'est accordé à l'indépendance individuelle , oi sous le rapport des opinions , ai sous celui de rindustrie , ni surtout sous le rapport de la religion. La faculté de choisir son calte , faculté que nous regardons comme Tua de nos droits les plus précieux , aurait paru ^ux anciens un crime et un sacrilège. Dans les cliQsrs qui nous semblent les plus utiles, lautorité du corps social s'interpose et gêne la volonté dts individus. Terpandre ne peut chez les Spartiates ajouter une corde à sa lyre sans que Its éphores ne s'offensent. X)ans les relations Un plus domestiques^ l'autorité intervient enoorc.
. a43 Le jeune Lacédëmooien ne peut visiter librement sa nouvelle épouse* A. Rotne , les censeurs portent un œil lîcratateur dans Tintérieur des familles. Les lois règlent Us mo^rs, et comme les mœurs tiennent à tout, il n'y a rien que les lois ne règlent.
Ainsi chez les anciens , findividu^ souverain presque habituellement dans les affaires pu-» bliques, est esclave dans tous ses rapports privés. Comme citoyen , il décide de la paix et de la guerre; comme particulier, il est circonscrit , (vhservé , réprimé dans tous ses mouvements; comme portion du corps collectif , il interroge , tlestitue, condamne, dépouille, exile, fri^ppe (le mort ses magistrats ou ses supérieurs ; comme soumis au corps collectif^ il peut à son tour être ]>rivédeson état, dépouillédesesdignités, banni, mis à mort, par la volonté discrétionnaire de 1 ensemble dont il lait partie. Chez les modernes, au contraire , Tindividn , indépendant dans sa vie privée , n'est même dans les états les plus libres , souverain qu'en apparence. Ça souveraineté est restreinte, presque toujours suspendue ; ^t si, à des époques fixes, mais rares, durant It-'squelles il est encore entouré de précaut^ns «*i d'entraves, il exerce cette souveraineté, ce li est jamais que pour Tabdiquen
Je dois ici , Messieurs , ni'arréter un instant pour prévenir une objection que l'on pourrait nie bire. U jr a dans l'antiquité une république
a44 OÙ rasservissement de Texistence individuelle au corps collectif n^est pas aussi complet que je viens de le décrire. Cette république est la plus célèbre de toutes ;vousdevinez queje veux parler d'Athènes. Ty reviendrai plus tard , et en convenant de la vérité du fait, je vous en exposerai la cause. Nous verrons pourquoi de tous les états anciens, Athènes est celui qui a ressemble le plus aux modernes. Partout ailleurs , la jurisdiclion sociale était illimitée, he^ anciens , connue le dit Condorcet, n'avaient aucune notion des droits individuels. Les hommes n étaient, pour ainsi dire , que des machines dont la loi réglait les ressorts et dirigeait les rouages. Le même assujétissement caractérisait les beaux siècles de la république romaine; Tindividu s'était en quelque sorte perdu dans la nation , le citoyen dans la cité.
Nous allonsactuéllementreroonter à la source de cette différence essentielle entre les ancieus et nous.
Toutes les républiques anciennes étaient reiifermées dans des limites étroites. La plus pnplée , la plus puissante , la plus considérable d'cjitre elles , n*était pas égale en étendae a^i plus petit des états modernes. Par une suite iuéylable de leur peu d'étendue , l'esprit de ce» républiques était belliqueux ; chaque peupto froissait continuellement ses voisins ou était froissé par eux. Poussés ainsi parla nécessité, les
uns contre les autres, ils se combattaient ou se ineuaçaient sans cesse. Ceux qui ne voulaient pas être conquérants ne pouvaient déposer les armes sous peine d'être conquis. Tous achetaient leur sûreté , leur indépendance , leur existence entière , au prix de la guerre. Elle était l'intérêt constant, l'occupation presque habituelle des états libres de Tantiquité. Enfin , et par un résultat également nécessaire de cette manière d*étre , tous ces états avaient des escla*^ \ es. Les professions mécaniques , et même, chez quelques nations , les professions industrielles, ctaient confiées à des mains chargées de fers.
Le monde moderne nous offre un spectacle complètement opposé. Les moindre^ états de lids jours sont incomparablement plus vastes que Sparte ou que Rome durant cinq siècles. I^ division même de TEurope en plusieurs états, est , grices aux progrès des lumières , plutôt rtpparente que réelle. Tandis que chaquepeuple, autrefois, formait une famille isolée^ eunemie née des autres familles , une masse d'hommes existe maintenant sous différents noms , et sous (livers modes d'organisation sociale , mais homogène de sa nature» Elle est assez forte pour n avoir rien à craindre des hordes barbareli. LHe est assez éclairée pour que la guerre liii soit à charge. Sa tendance uniforme est vers la paix.