Tome ir, ^'^\ Partie
Cette difiérenoe en amène une antre. La gu«rre est antérieure au commerce; car la gu«rre et le commerce ne sont que deux moyens différents d'atteindre le même but , cflui de posséder ce que Ton désire. Le commerce n'est qu'un hommage rendu à la force du possesseur pâl* l'aspirant à la possession. C'est une tentative pour obtenir de gré k gré ce qu'on n'espère plus conquérir par la violence. Un homme qui serait toujours le plus fort n'aurait jamais l'idée du commerce. C'est l'expérience qui , en lui prouvant que ù, guerre^ c'està-dire , remploi de sa force contre la force d'autrui 9 l'expose à diverses résistances et k diters échecs , le porte à recourir au commerce , c'està-dire , à un moyen plus doux et plus sûr d'engager rintétét d'un autre à consentir à ce qui convient à son intérêt. La guerre est l'impulsion, le commerce est le calcul. Mais partit même il doit venir une époque où le commerce remplace la guerre. Nous sommes arrivés à celte
époque.
Je ne veux point dire qu'il n'y ait pas eu chez les andens des peuples commerçants. Mais ces peuples faisaient en quelque sorte exception k la règle générale. Les bornes d^une lecture ne me permettent pas de vous indiquer tous les obstacles qui s*opposaient alors aux progrès du commerce; vous les connaissez d'ailleurs aussi que moi : je n'en rapporterai qu'un seul
L'ignorance de la boussole forçait les marinsde Tanliquité à ne perdre les côtes de rue que le moins qu'il leur était possible. Traverser les Colonnes d*Hercule, c*est-â-dire, passer le détroit d#Gilbraiar, était considéré comme l'entreprise la plus hardie. Les Phéniciens et les Carthaginois, les plus habiles des navigateurs, ne Tosèrent que fort tard , et leur exemple resta long-temps sans être imité. A Athènes , dont nous parlerons bientôt , l'intérêt maritime était d'enûron 60 pour *(«r pendant que l'intérêt ordinaire n*était que de douze, tant l'idée d'une navigation lointaine impliquait celle du dan-
De plus , si je pouvais me livrer à une digression qui malheureusement serait trop longue , je vous montrerais , messieurs , par le détail des mœurs, des habitudes, du mode de trafiquer <ies peuples commerçants de l'antiquité avec les autres peuples, que leur commerce même était*, pour ainsi dire, impr^né de l'esprit de l'époque , de l'atmosphère de guerre et d'hostilité qui les entourait. Le commerce alors était un accident heureux: c'est aujourd'hui l'état ordinaire, le but unique, la tendance univer-* selle , la vie véritable des nations. Elles veulent le repos, avec le repos l'aisance, et comme source de Taisance, l'industrie. La guerre .est chaque jour un moyen plus inefficace de remplir leurs vœux. Ses chances n'oifirent plu$ ni
aux individus , ni aux nations des bénéfices qui égalent les résultats du travail paisible et des échanges réguliers Chez les anciens, une guerre heureuse ajoutait en esolaves, en lry>uts,eii terres partagées, à la richesse publique et particulîère. Chez les modernes , une guerre heureuse coûte infailliblement plus qu'elle ne vaut.
Enfin > grâce s^n commerce , à la religion , aux progrès intellectuels et moraux tie Te^pècse humaine , il n'y a plus d'esclayes chez les nations européennes. Des hommes libres doivent exercer toutes les professions , pourvoir à tous les besoins de la société.
On pressent aisément, messieurs > le résultat nécessaire de ces difiérences.
1^. L'étendue dun pays diminue d'autant l'importance politique qui éeheoit en partage à chaque individu. Le républicain le plus obscur de Rome ou de Sparte était une puissance. Il Vi'en est pas de même du simple citoyen de la Grande -Bretague ou Hes Etats-Unis. Son influence personnelle est un élément imperoep* ceptible de la vdbiité sociale qui imprime au gouvernement sa direction.
En seeond lieu^ l'abolition de l'esclavage a cn- ' levé à la population libre tout le loisir qui ré* sultait pour elle de ce que des esclaves étaient chargés de la plupart des travaux. Sans la population esclave d'Athènes , 20,000 Athéniens n^anraient pas pu délibérer chaque jour sur la place publique.
Troisièmemenlf^e commerce ne laisse pas » comme la guerre , dans la vie de Thomme des HiterYalles d'inactivilé. L'exercice perpétuel des droits politiques, la discussion journalière des affaires de lÊtal, les dissentions, les conciliabules j tout le cortège et tout le mouv^ent des iâclionA, agitations nécessaires, remplissage obligé 9 si j*ose employer ce terme , dans la vie des peuples libres de l'antiquité, qui au-» nient langui, sans cette ressource, sous le poids d une inaction douloureuse , n'offriraient que trouble et que fatigue aux natL(^ns modernes , ou chaque individu occupé de ses spéculatiuus, de ses entreprises, des jouissances qu*il ()l)tient ou qu'il espère, ne veut en être détourné que momentanément et le moins qu'il est pos« silile.
Enfin , le commerce inspire aux hommes un \\l amour pour Vindépendance individuelle. Le ( ommerce subvient à leurs besoins , satisfait à !turs désirs, sans Tiptervention de l'autorité. <^cUe intervention est presque toujours, et je ne sais pourquoi je dis presque, cette intervenu tic a est toujours, un dérangement et une gène. Toutes lea fois que le pouvoir collectif veut se H* mêler des spéculations particulières, il vexo '.'S spéculateurs. Toutes les fois que lesgouver- :•( rneots prétendent faire nos affaires, ils les • 'Ht plus mal et plus dispendieusement que
ûOUS,
Je vous ai dit , Messieurs , ffàe je tous repar* lerais d'Athènes,dofit on pourrait opposer rexem* pie à quelques-unes de mes assertions, et dont Texerople, au contraire , va les confirmer toates.
Athènes , comme je Fai déjà reconnu , était , de toutes les républiques grecques, la plus commerçante : aussi accordait - elle à ses citoyens infiniment plus d^ liberté individuelle que Rome et que Sparte. Si je pouvais entrer dans des détails historiques , je vous ferais voir que le èbmmerce avait fait disparaître de chez les Athéniens plu* sieurs des difféi;ences qui distinguent les peuples anciens des peuples modernes. L'esprit des commerçants d* Athènes était pareil à celui des coratnerçants de nos jours. Xénophon nous apprend que, durant la guerre du Péloponèse, ils sortaient leurs capitaux du continent de TAttique et les envoyaient dans les îles de FArchipel. Le commerce avait créé chez eux la circulation. Nous remarquons dans kocrate des traces de Tusage des lettres -de-change. Aussi , observe: combien leurs mœurs ressemblent aux nôtres. Dans leurs relations avec les femmes , vous verrez, je cite encore Xénophon, les époux satisfaits quand la paix et une amitié décente régnent dans rintérieur du ménago , tenir compte à Te* pouse trop fragile de la t]rrannie de la nature, fermer les yeux sur l'irrésistible pouvoir des passions, pardonner la première faiblesse et oublier la seconde. Dans leurs rapports avec les étran*
a5ï géra , on les verra prodiguer les droits de cité à quiconque se transportant chez eux avec sa f^ mille , établit un métier ou une fabrique ; enfia on sera frappé de leur amour excessif pour Tindépendance individuelle. ALacédémone, dit un philosophe , les citoyens accourent lonque le magistrat les appelle ; mais un Athénien serait au désespoir qu*on le crût dépendant d'un ma-^ gistrat. . .
Cependant , comme plusieurs des autres circonstances qui décidaient du caractère des nations anciennes existaient aussi à Athènes ; comnafe il y avait une population esclave , et que le territoire était fort resserré, nous y trouvons des vestiges de la liberté propre aux anciens. JjC peuple fait les lois, examine la conduite des magistrats , somme Périclès de rendre ses comptes, condamne à mort les géi*éraux qui avaient commandé ^au combat des Arginuses» En même temps, Tostracisme, arbitraire légal et vanté par tous les législateurs de Tépoque ; Toslracisme, qui nous parait et doit nous paraître une révoltante iniquité , prouve que l'individu était encore bien plus asservi à la suprématie du corps social à Athènes , qu'il ne l'est de nos jours dans aucun état libre de l'Europe.
Il résulte de ce que je viens d'exposer, que nous ne pouvons plus jouir de la liberté des an^ ciens, qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté,
à noaSfdoîtse composer de la jouissance pai&ible derhidépendance privée. La part qae dans Tan- UquitéchacanprenaitàlasouveniiDeté nationale n'était point, comme de nos joiirs^une supposition abstraite, La volonté de chacun avait une influence réelle : Texercice de cette volonté était un plaisir vif et répété. £n~ conséquence, les anciens étaient disposés à £iire beaucoup de sacrifices pour la conservation de leurs droits po« Ittiques et de leur part dans ladministration de FÉtat. Chacun senlant avec orgueil tout ce que valait son suffrage , trouvait , dans cette oons^ cience de son importance personnelle , un ample dédommagement.
Ce dédommagement n'existe plus aujourd'hui pour nous. Perdu dans la multitude, Tiudividu n'aperçoit presque jamais Tinfluence qu'il exerce. Jamais sa volonté ne s empreint sur lensemble ^ rien ne constate à ses propres yetix sa <xx>péra* lion. I/exercice des droits politiques ne nous offre donc plus qu'une partie des jouissances que les anciens y trouvaient, et en même temps les progrès de la civilisation , la tendance commer* ciale de Tépoque, la communication des peuples entre eux , ont multiplie et varié ii Tinfini les moyens de bonheur particulier.
li s'ensuit que nous devons être hîen plus at* tachés que les anciens à notre indépendance individuelle; car les anciens, lorsquib sacrifiaient cette indépendance aux droits politiques, sacri*
fiaient moins pour obtenir plus; tandis qu en fav sant le même sacrifice , nous donnerions plus pour obtenir moins.
Le but^s anciens était le partage du pouvoir social entre tous lea citoyens d'une même patrie : c^était là ce qu'ils nommaient .liberté. Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées; et ils nomment liberté les ga< ranties accordées par les institutions à ces jouissances.
J*ai dit en commençant que, faute d'avoir aperça ces différences, des hommes bien intentionnés d'ailleurs , avaient causé des*maux infinis durant notre longue et orageuse révolution, A Diea ne plaise que je leur adresse des reproches trop sévères i leur erreur même était excusable^ On ne saurait lU^e les belles pages de Tantiquité» l'on ne se retrace point les actions de ses grands hommes sans ressentir je ne sais quelle émotion dui^ génie particulier que ne fait éprouver rien de ce qui est moderne. Les vieux éléments d'une nature antérieure, pour ainsi dire, à la nôtre, semblent se réveiller en nous à ces souvenirs. U est difficile de ne pas regretter ces temps oii les facultés de rbomme se développaient dans une direction tracée d'avance, mais dans une car** rière si vaste , tellement fortes de leurs propres forces, ^ avec un tel sentiment d'énergie et de dignité ; et lorsqu^on se livre à ces regrets; il est i.npossible dç nç pas vouloir imiter ce qu'on re->
a54 grette. Cette impression était profonde, surtout lorsque nous vivions sous des gouvernements abusi& , qui , sans être forts , étaient vexaioires , absurdes en principes , misérables ^ action ; gouvernements qui avaient pour ressort Tarbitraire , pour but le rapetissement de Te^ièce humaine , et que certains hommes osent nous vanter encore aujourd'hui, comme si nous pouvions oublier jamais que nous avons été témoins et victimes de leur obstination , de leur impuissance et de leur renversement. Le but de nos réformateurs fut noble et généreux. Qui d'entre nous n'a pas senti son cœur battre d'espérance à l'entrée de la route qu'ils semblaient ouvrir ? £t malheur encore à présent à qui n'éprouve pas le besoin de déclarer que reconnaître quelques erreurs commises par nos premiers guides , ce n'est pas flétrir leur mémoire ni désavoiier dt's opinions que les amis de l'humanité ont professées d'âge en âge !
Mais ces hommes avaient puisé plusieurs^ de leurs théories dans les ouvrages de deux philosophes qui ne s'étaient pas doutés eux - mémef des modifications apportées par deux mille ans aux dispositions du genre humain, rexaiwinerai peut-être* une fois le système du plus illustre àt ces philosophes, de Jean-Jacques Rousseau^ et je montrerai qu'en transportant dans nos temp*^ modernes une étendue de pouvoir social , de souveraineté collective qui appartenait à d'au-
a55 Ires siècles , ce génie sublime qu'animait l'amour le plus pur de la liberté, a fourni néanmoins de funestes prétextes à plus d'un genre de tjtannie. Sans doute , en relevant ce que je considère cronome une méprise importante à dévoiler , je serai circonspect dans ma réfutation, et respectueux dans mon blâme. J'éviterai , certes , de me joindre aux détracteurs d'un grand homme. Quand le hasard fait qu'en apparence je me rencontre avec eux sur un seul point, je suis en défiancedemoi même ; et, pour me consoler de paraître un instant de leur avis sur une question unique et partielle, j'ai besoin de désavouer et de flétrir autant qu'il est en moi ces prétendus auxiliaires*
. Cependant, l'intérêt de la vérité doit l'emporter sur des considérations que rendent si puissantes l'éclat d'un talent prodigieux et l'autorité d'aune immense renommée. Ce n'est d'ailleurs point à Rousseau , comme on le verra , que l'on doit principalement attribuer l'erreur que je vai» combattre ; elle appartient bien plus à l'un de ses successeurs, moins éloquent , mais non moins austère et nfille fois plus exagéré. Ce dernier , Tabbé de Mably , peut être regardé comme le représentant du système qui , conformément aux maximes de la liberté antique , veut que les citoyens soient complètement assujétis pour que la nation soit souveraine « et que l'individu soit esclave pour que le peuple soit libre.
L'abbé de Mably , comme Rousseau et comme
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beaucoup d autres, avait, d'après les aocieus, pris Tautorité du corps social pour la liberté, et tous leamoyens lui paraissaient bons pour étendre l'action de celte autorité sur cette partie récalcitrante de Teicistence humaine , dont il déplorait Tindépendance. Le regret qu il exprime partout dans ses ouvrages , c'est que la loi ne puisse atteindre que les actions. Il aurait voulu qu'elle atteignit les pensées , les impressions les plus passagères ; qu'elle poursuivit rhomme sans relâche et sans lui laisser un asile où il pût échapper à son pouvoir. A peine apercevait-il, n importe chez quel peuple , une mesure vexa* toire , qu'il pensait avoir fait une découverte et qu'il la proposait pour modèle : il détestait la liberté individuelle comme on déteste un ennemi personnel ; et, dès qu*il rencontrait dans Fbistoire une nation qui en^ était bien complète*:ient privée , n'eût-elle point de liberté politique , il ne pouvait s'empêcher de Tadmirer. Il s'esta* fiait sur. les Egyptiens, paître que, disait-il, tout chez eux était réglé par la loi « jusqu'aux délassemeuts , jusqu'aux besoins : tout pliait sous lempire du législateur | tous les mAments de la journée étaient remplis par quelque devoir ; Tamour même était sujet à oetli; intervention reS" peclée , et c'était la loi qui tour à tour ouvrait et fermait la couche nuptiale.
Sparte, qui réunissait des formes rëpnblicaioes au même asservissement des individus , excitait
clans Tesprit de ce philosophe un enthousiasme j)lus vif encore. Ce vaste couvent lui paraissait l'idéal d'une parfaite république. Il avait pour Athènes un profond mépris , et il aurait dit vo« Ion tiers de celte nation , la première de la Grèce, ce qu'un académicien grand seigneur disait de Facadéraie ffanraise : « Quel épouvantable despotisme ! tout le itionde y fait ce qu'il veut. » Je dois ajouter que ce gt*aiid seigneUr parlait de lacadémie telle qu'elle était il y a trente ans.
Montesquieu, doué d'un esprit plus observa* teur parce qu*il avait une tête moinsardente, n'est pas tombé tout-à-fait dans les raémeS erreurs. Il a été. frappé des différences que j'ai rapportées .* mais il n*en a pas démêlé la cause véritable. Les politiques grecs qui vivaient sous le gouverne^* ment populaire ne reconnaissaient , dit - il , d'autre force que oelie de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce ^ de finances, de richesses et de luxe même. 11 attribue cette différence à la république et à la monarchie : il faut l'attribuer à Tesprit opposé des temps anciens et des temps modernes. Citoyens des républiques ^ sujets des monarchies , tous veulent des jouissances , et nul ne peut, dans l'état actuel des sociétés, ne pas en vouloir. Le peuple le plus attaché de nos jours à sa liberté avant l'affranchissemeat de la France, était aossi le peuple le plus attaché à toutes les jouissauces de la vie; et il tenait à sa
liberté surtout parce qu'il j voyait la garanlie dés jouissances qu'il chérissait. Autrefois , là ou il y avait liberté, Toii pouvait supporter les privations : maintenant partout où il y priva* lions , il faut l'esclavage pour qu'on s'y rési|(n& Il serait plus possible aujourd'hui de faire d'un peuple d'esclaves un peuple de Spastiatfs, que* de former des Spartiates par la liberté.
Les hommes qui se trouvèrent portés par te flot des événements à la tète de notre révolution^ étaient par une suite nécessaire de l'éducation qu'ils avaient reçne, imbus des opinions antiques , et devenues fausses qu'avaient mises eu honneur les philosophes dont j'ai parlé. Ls métaphysique de Rousseau, au milieu de laquelle paraissaient tout-à-coup comme des éclairs des vérités sublimes et des passages d'une éloquence entraînante, laustértté de Xiably^ son intolérance , sa haine contre toutes les passions humaines, son avidité de les asservir toutes , ses principes exagérés sur la compétence de la loi , la différence de ce qu'il reoommandait et de ce qui avait existé, ses déclamations contre les richesses et même contre la propriété , toutes ces choses devaient charmer des hommes échauffés par une victoire récente , et qui , conquérants de la puissance légale, étaient bien aises d'étendre cette puissance sur tous les objets. C'était pour eux une autorité précieuse que cdk de
deux écrivains qui» désintéressés dans la question et prononçant anathéme contre le despotisme des hommes , avaient rédigé en axiome le texte de la loi. ils voulurent donc exercer la force publique comme ils avaient appris de leurs guides (|u Mie avait été jadis exercée dans les états libref. Ils crurent que tout devait encore céder de vantla volonté collective et que toutes lesrestriclions aux droits individuels seraient amplement compensées par la participation au pouvoir social.
Vous save2» MessieiMw , ce qui en est résulté* Des institutions libres appuyées sur la connaissance de Tespri^du siècle auraient pu subsister. Uédifice renouvelé des anciens s*est écroulé, malgré beaucoup d'efforts et beaucoup d'actes héroïques qui ont droit à l'admiration. C'est que le pouvoir social blessait en tout sens l'indépendance individuelle sans en détruire le besoin. La nation ne trouvait point qu'une part idéale à une souveraineté abstraite valût les sacrifices qu*on lui commandait. On lui repétait vainement avec Rousseau : les lois de la liberté sont mille fois plus austères que n'est dur le joug des tyrans. Elle ne voulait pas de ces lois austères, et dans sa lassitude, elle croyait quelqtsfois que le joug des tyrans serait préférable. L'ex« périenee est venue et l'a détrompée. Elle a vu que l'arbitraire des hommes était pire encore que les plus mauvaises lois. Mais les lois aussi d oivent avoir leurs limites.
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!Si je suis parvenu , Messieurs , à tous laire partager la conviction que dans mon opinion ces faits doivent produire , vous reconnaîtrez avec moi la vérité des principes suivants.
L*indépendance individuelle est le premier besoin des modernes T en conséquence , 41 oe faut jamais leur en demander le sacriiice pour établir la liberté politique.
Il s'en suit qu'aucune des institutions nom* breuses et trop Vantées qui, dans les républiques anciennes, gênaient la liberté individuelle, nest point admissible dans les temps modernes*
Cette vérité , Messieils , semble d'abord sa* perfiue à établir. Plusieurs gouvernements de nos jours ne paraissent guères enclins à imiter les républiques de l'an^quité* Cependant quelque peu de goût qu'ils aient pour les institutions républicaines , il y a de certains usages républicains pour lesquelles ils éprouvent je ne sais qu'elle affection. Il est fâcheux que ce soit précisément celles qui permettent de bannir, d'exi* 1er, de dépouiller» Je me souviens qu'en i8oaf on glissa dans une loi sur les tribunaux sfé* ciaux un article qui introduisait en France fostracisme grec ; et Dieu ïait combien d'éloquents ora^urs, pour faire admettre cet article» qui cependant fut retiré, nous parlèrent de la U** berté d'A^thènes, et de tous les sacriBces que les individus devaient faire pour conserver cette liberté ! De même, à une époque bien plus ré^
cente, lorsque des autorités craintives essayaient d une raain timide de diriger les éleciions à leur gré, uu journal qui n'est pourtant point entaché de républicanisme, proposa défaire revivre la censure romaine pour écarter les candidats dangereux.
Je crois donc ne pas m'engager dans une digression inutile, si, pour appuyer monassertion^ je dis quelques mots de ces deux institutions si vantées.
L ostracisme d*Âthènes reposait sur Thypotbèse que la société a toute autorité sur ses membres. Dans celte hypothèse, il pouvait se justifier, et dans un petit état, où Tinfluence d^un individu fort de son crédit, de sa clientelle, de sa gloire, hidançait souvent la puissance de la masse, Tostracisme pouvait avoir une apparence d'utilité. Mais parmi nous, les individus ont des droits que la société doit respecter , et l'influence individuelle est, comme je l'ai déjà observé, tellement perdue dans une multitude d'influences claies ou supérieures, que toute vexation, motiNée sur la nécessité de diminuer celte influence, est inutile et par conséquent injuste. Nul n'a le droit d'exiler un citoyen , s'il n'est pas coniimoé légalement par un tribunal régulier, d'après une loi formelle qui attache la peine de . rxil à l'action dont il est coupable. Nul n'a l^ droit d'arracher le citoyen à sa patrie, le pro-