‹ Collection des ouvrages sur le gouvernement représentatif et la constitution actuelle de la France ou Cours de Politique constitutionelleChapitre 20 sur 25 · DES DISCOURS ÉCRITS · texte numérisé non relu

DES DISCOURS ÉCRITS

Des hommes très-éclairés et très-bien intentionnés ont combattu mon opinion par des argumens d'autant plus plausibles , qu'ils sont toujours partis de l'hypothèse que la moindre note écrite par un orateur , pour ne pas perdre le fil de ses idées ou pour aider sa mémoire, serait interdite* La chambré des représentons de 181 5 avait en effet donné l'exemple de cette sévérité. Mais cet excès serait aussi préjudiciable aux discussions qui doivent avoir lieu que l'excès contre lequel je m'élève. Jeter les yeux sur des notes , ce n'est pas lire un discours* Toutes les fois qu'on traite une question compliquée , une question qui porte sur des lois , des décrets, des faits, des chiffres, des détails

(1) Le renyoi pour cette note s été oiiblié daaf le texte.

de localité, ces notes sont indispensables. Elles le sont également pour tout orateur qui veut répondre avec ordre et dune manière complète aux assertions de celui qui Ta précédé à la tribune. Aucune mémoire n'est asses forte pour saisir en un instant l'ensemble et les parties d'un discours improvisé avec entraînement , prononcé avec rapidité. Le secours de quelques signes qui retracent ce qui a été dit et ce qu'il est important de réfuter est dune nécessita absolue. Les hommes les plus éloquens de l'Angleterre, lord North , M. Fox , M. Pitt ne se le refusaient pas. Ils prenaient des nota pendant les débats. Ils parlaient en tenant ces notes h la main , ne les lisant pas, mais les consultant et s'arrétant même pour les consulter. L'assemblée tolérante et respectueuse envers le talent , les attendait avec patience , et ils reprenaient la parole d'abondance , avec une fécondité et une chaleur nouvelles. Telle est la marche que nos députés doivent suivre. Point de dissertations académiques, point de discours préparés , qui nécessitent un exorde devenu inutile f parce que vingt exordes pareils ont déjà été récités ; en un mot , point de lecture proprement dite , mais des notes qui classent les idées , indiquent les divers points à traiter, rappellent les objections qu'on aurait per-

ducs de vue. On peut s'en remettre à l'intérêt des orateurs pour ne pas rendre ces notes trop volumineuses. Us se nuiraient à eux-mêmes : un coup d œil rapide ne leur suffirait plus pour se retrouver dans un volume. D y à mille choses dont une assemblée fait justice , indépendamment et sans la lettre d'un règlement. Il faut se confier à son bon sens naturel , à ce tact juste et sûr qui dirige les hommes réunis. Un orateur qui abuserait de la faculté de consulter ses notes pour les lire, serait réprimé par le ridicule1. Si vous interdisiez ces notes , comment discuterait-on les rapports des ministres , les calculs du bud jet , les répartitions de levées d'hommes , enfin mille questions , où les données les plus positives sont requises , et doivent pouvoir être sans cesse reproduites avec précision? Ainsi, dans tous les cas, de pareilles notes doivent être admises.

Un autre objet sur lequel il nie parait clair que la prohibition des discours écrits ne devrait pas s'étendre, ce sont les propositions que tout député est autorisé à faire à la chambre. Mon but dans l'interdiction des discours écrits serait de faciliter la discussion que ces discours entravent ou plutôt qu'ils détruisent. Mais quand un membre de l'assemblée fiait une proposition , la discussion n'est pas encore ouverte ;

sa proposition est la base de la discussion future. 11 n'a point a répondre à des objections , puisqti'aucune n a pu être faite encore. Il est donc indiffèrent qu'il lise ou qu'il improvise , et je dirai même qu'il vaut mieux qu'il lise.

11 y a dans les hommes une justice innée , qui fait toujours entrer en' ligne de compte, dans le jugetnentqu'elle porte de la convenance des paroles, la situation de celui qui parle. Telle expression imprudente ou peu mesurée, que cette justice publique pardonne à un orateur 9 au milieu d'une discussion vive et orageuse , serait sévèrement réprouvée dans une proposition faite de sang-froid, avant que la contradiction et la lutte eussent produit dans les acteurs et dans les spectateurs cette chaleur sympathique qui excuse ou qui justifie la véhémence. Mais si l'auteur d'une proposition l'improvisait, il serait impossible qu'il apportât cette mesure , cette réserve qui doivent caractériser un acte médité à loisir , et présenté à l'assemblée avec une sorte de solennité*

D'ailleurs les propositions soumises aux chambres sont l'examen des lois existantes , ou l'indication des lois à faire. On ne peut démontrer les améliorations désirables dans les lois qui existent , sans rapporter le texte de ces lois. On ne peut rapporter ce texte sans le lire. On

ne peut le citer de mémoire ; ce serait entraver la discussion au lieu de l'éclairer; ce serait multiplier inévitablement les citations inexactes , et perdre tout le temps qui serait consacré à relever ces inexactitudes. Il en est de même des propositions pour les lois à faire. La bonté d'une loi dépend en grande partie de sa rédaction. On ne saurait improviser la rédaction d'une loi. Il faut que chaque mot soit pesé , car chaque mot a son importance (i).

En adoptant le milieu que je propose entre l'abus des discours écrits qui fatiguent nos assemblées et dénaturent nos discussions , et l'interdiction de ces discours , au risque d'enlever à des hommes sages et éclairés , mais dépourvus du talent d'improviser, le droit de faire profit

(i) Le droit de proposition est à la fois l'une des plus importantes et des plus délicates attributions de nos députés. L'espèce de crainte et de jalousie , qui a motivé la suppression de l'initiative directe , ne demanderait pas mieux que de s'appuyer de propositions imprudentes ou intempestives pour disputer à nos représentons la faculté déjà très-insuffisante d'exprimer spontanément leurs voeux , sans pouvoir les convertir en projets de loi. Il faut en conséquence ne fournir aucun prétexte à des inquiétudes vraies ou simulées. Chaque proposition doit porter l'empreinte de la maturité et du calme ; et , soui ce rapport , l'improvisation serait dangeredse.

ter It nation de Iran Inmftre* , on concilierait tout. Au milieu d'une di*cu**ion ddjfcentamde, le» di*cour» dcrit* ne peuvent que 1* retarder et le refroidir. Den* ce ce*, le* homme* qui m peuvent pe* perler <f abondance doivent eéier le perole eux entre* j mei* f quand il «'agit de proposition* , il n'en e*t pe* de même, Àlor* Je* discour» derit* ne retordent ni ne refroidi** *ent rien , et Ton rdnnit ton* le* avantage*. L'on nict k profit tonte* le* iddee, toute* le* facnU té h. L'on ne condamne point h nn injuste *»l<mced«*ddputd*recomm*ndable*, et cepen»

dent, quand le* di*cn**ion* *ont engagée*, on ne 1m interrompt plu*. Le choc de* opinion* e*t rdel, là tribune ne devient pee une ec*~

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