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CHAPITRE VII

Mœurs et usages des habitants d'Angola et de Benguella.

Dans toutes les parties du royaume d'Angola on distingue quatre ordres de nègres, qui composent la nation. Le premier, qui est celui des nobles, se

(i) Merolla, Churchill's Collection, t. i, p. 607 et suiv. ; et Pigafetta , p. i3.

1^4 HÉHVMi DM PliKMlEAM VOYAGEURS

nomme mocatas. On donne au second, dans la langue du pays, le titre d'enfants du pays, ou indigènes* 11 renferme tous les habitants libres, qui sont la plupart artisans ou laboureurs. I^ troisième ordre est celui des quisicos, sorte d'esclaves qui appaii|ieunent au do» maine de chaque noble , et qui passent de même à rhc'Titier. Enfin, le quatrième ordre se compose des esclaves ordinaires, qui s'acquièrent par la guerre ou le commerce. Les nègres du second ordre peuvent mi'Titer par leur conduite d'être réduits à l'escla» vage. Un sova, par exemple, qui découvre dans ((uelqu'un de ses vantaux le dc;HS(ûn de lui nuire ou d'assister ses ennemis à la guerre, a droit non seu* Icment d'en faire son esclave, mais de réduire sa femme et tous ses parents h la mâme condition ( i ). L'habillemc^nt des nègres d'Angola ressemble beaucoup à celui des habitants du C<mgo. Leurs or* nements consistent en grains de verre rond, qu'ils nomment anzolos. La ressemblance est si grande entre les deux nations, qu'il reste peu d'éclaircisse*' ments à joindre aux détails qu'on a déjà lus. Pigafetta s'étend sur le goût, ou plutôt sur la passion que les nègres ont ici pour la chair de chien. Ils la préfèrent à toute autre viande. Les chiens sont soigneusi^ment engraissés, et se vendent publiquement dans les marchés. C'est en outre un animal qu'on estime beaucoup; et Lopez dit qu'un chien avait été vendu pour vingt-deux esclaves , cjui ne peuvent ôtre appréciée à moins de dix <lucats par têteCu). Mattel assure ausM

(i) Oappi»r, Afrique, Mx, d« i<tS(», y. Wu

(3) Pigafotttt, Htlationë dtl rvamv di Congo, p. %'\,

SUR ANGOLA ET B£ICGU£LLA. 1^5

qu'il vit donner la valeur de trente livres sterling pour un gros chien d'Euix)pe (i).

Les armes d'Angola sont l'arc, les flèches et la sagaie; mais les seigneurs ont des lances, des haches, et des sabres depuis leur commerce avec les Portugais. En un mot, comme il y a peu de différence entre leurs armes et celles de Congo, il n'y en a pas davantage entre leurs usages militaires et leur manière de combattre (ti). Ils sont naturellement braves et entreprenants. Quelquefois ils s'engagent à quelque entreprise dangereuse, et prenant congé du roi, ils font vœu de ne pas revenir sans l'avoir exécutée (3).

Battel ne donne pas une haute idée de leur musique; elle consiste, dit-il, dans un seul instrument, de la forme d'un panier. Ils le nomment kas , et le composent d'un bloc de palmier, orné de quelques figures de fleurs. Ils le couvrent d'une planche, sur laquelle ils frappent d'une baguette, et dont ils tirent un son qui approche de celui du tambourin.

Dans un pays si vaste, on ne voit point une seule maison de pierre, si l'on excepte à Loanda et à Massingan, ou Massangano, deux villes bâties par les Portugais. Tous les autres édifices sont de bois et de paille, avec des murs de terre, sans épaisseur et sans force , quoiqu'ils en aient un peu plus dans certains cantons. Les maisons des nobles ont plusieurs appartements qui environnent une cour, et une salle

(i) Battel, dans Pinkerton, t. xvi , p. 333. Purchas dit pour trois esclaves, t. v, p. 766.

(a) Dapper, p. 368.

(3) Purchas's PUgrimage, t. v, p. 7^6.

ia8 RÉSUMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS

Portugais ont des magasins de toutes sortes de den^ rées dans ces deux villes, entre autres, des ëtofTes à lisière rouge, de grands coutils à longues raies , des draps de kent rouge, des toiles de Silësie et d'autres lieux, de beaux velours, des galons d'or et d'argent de toutes les grandeurs, de Teau-de-vie, de l'huile de lin, des couteaux de matelots, toutes sortes d'épées, du sucre blanc , de larges bèges noires , des tapis de Turquie , du fil blanc et de toutes couleurs , des colliers de verre bleu et noir, de la soie à coudre et à broder, du vin de Canarie, de grands hameçons ^ des ëpingles d'un doigt de long , des épingles communes , des aiguilles , de grandes et petites sonnettes de faucons (i), des queues de cheval, dont les nègres font tant de cas, que pour une seule ils donneraient volontiers deux esclaves (a).

Les zimbis n'étaient point une monnaie courante du temps de Lopez. On faisait servir à cet usage des grains de verre semblables à ceux de Venise , de la grosseur d'une noix , et quelques uns plus petits, mais tous de différentes couleurs et de différentes formes. Ils portaient le nom d'anzolos; mais lorsqu'ils étaient enfilés en forme de chapelets , ou de colliers, ils prenaient celui de mizangas. Angelo dit que les nègres d'Angola vendent et achètent avec des macoutes, des birames, et des pièces des Indes, nommées mulèches. Les macoutes sont des pièces de nattes d'une aune de long. Dix de ces pièces valent cent réaux. Les birames sont des

(i) Dapper, édît. de 1686, p. 368.

(ï) Purchas*9 Pi/||^rima^e , vol. v, p. 766.

S0E AHGOLA feT BEITGlIBLtA. 1^7

OU trois cents lieues dans rintérieur des terres. Lorsqu'ils arrivent sut* la cote, ils sont ordinairement fort maigres et très faibles, parce qu'ils sont mal nourris dans le voyage, et qu'on ne leur donne la Duit que le ciel pour toit, et la terre pour lieu de repos. Mais avant que de les embarquer, l'usage des Portugais de Loanda est de les bien traiter, dans une grande maison qui n'a point d'autre emploi. Ils leur fournissent de l'huile de palmier pour se frotter le corps et se rafraîchir. S'il ne se trouve point de vaisseau prêt à les recevoir, ou s'ils ne sont point en assez grand nombre pour faire une cargaison complète , ils les emploient à la culture de leurs terres. Lorsqu'ils sont à bord, ils prennent soin de leur santé; Hs sont pourvus de remèdes, surtout de limons et de cëruse, pour les garantir du scori)ut. Si quelqu'un d'entre eux tombe malade, ils ne nanq[nent p<Mnt de le loger à part et de lui faire observer un régime salutaire. Dans leur^ vaisseaux de transport ils leur donnent des nattes , qui sont changées régulièrement de douze en douze jours. Cette méthode ne les expose point è perdre beaucoup d'esclaves; au lieu que les Hollandais, qui ne prennent aucun de ces soins pour les transporter au Brésil , ont le chagrin d'en voir périr une grande partie dans le ]>as8age.

Quoique la traite des esclave» soit assez considérable dans la ville de Cambambé , die l'est beaucoup noias que dans celles de Massangano et d'Embacca , ou tous les nègres voisins en mènent sans cesse , lorsqu'ils ont besoin de quelques marchandises. lies

J 3o BESUMi DES PREMIERS VOYAGEURS

nègres ont des intagas, qui sont des pièces d'un< étoffe de coton épaisse , de la grandeur de deux d< nos mouchoirs, et dont chacune vaut environ dixi huit sous, monnaie de Florence. Ils ont une autr< monnaie nommée folingas , d'un coton plus fin , tel qu< celui dont les matelots se servent pour ceinture. Un < folinga vaut trois schellings et demi. Enfin , les mon naies denrées qui répondent à la monnaie d'or d{ l'Europe, sont les birames, espèce de toile fine, dont chaque pièce a cours pour sept schellings et demi oi huit schellings. Les étrangers , non plus que les habi tants du pays, n'emploient ici aucune sorte de mon naie réelle d'or ou d'argent (i).

Dapper parle des libotfgos et de quelques autres espèces d'étoffes qui passent pour monnaie à Loanda Il raconte que les nègres de ce quartier ont deux sortes de zimbis : les unes très belles , qui sont péchëes danj l'île de Loanda , et qui servent pour le commerce â Pombo; les autres moins belles, qui viennent de Rie de Janeiro, et qui ont cours à Sogno, dans le pays d'Anna Singa ou Zingha, au-delà de Massangano, et dans la nation des Jagas.

Les zimbis de Loanda sont de deux espèces; l'une plus fine, et l'autre plus grossière. Ceux de la pre* mière espèce se nomment zimbis*sisados ; ceux de la seconde, fonda et boi^ba. Les uns et les autres se transportent au royaume de Congo dans des sacs do paille, sur la tête des nègres ; chaque sac pèse deux arrobcs, qui reviennent à soixante-quatre livres du poids commun de l'Europe.

(i) Merolla, Churchill's Collection^ p. 673.

SUA ANGOLA. l3l

Les noix de cola se vendent ordinairement pour de 1 etofife. Quatre noix valent un libongo, ou une pièce d étoffe sans marque.

Le tacoel, bois rouge de Mayumba, et le pâo de Cobra (bois de serpent), qui vient de Benguelia, ont cours aussi dans le commerce. On le coupe en pièces d'un pied de long, qui ont chacune leur valeur connue (i).

La polygamie est ici l'usage dominant , et la première femme jouit de la supériorité sur toutes les autres. Une femme qui est devenue mère, demeure séparée de son mai*i jusqu'à ce que la nature ait donné quelques dents à son enfant; ensuite tous les parents et les amis des deux sexes le portent de maison en maison , au bruit de leurs chants et de leurs instruments de musique, pour demander des présents, qui leur sont rarement refusés (a).

L'ofEce des femmes est d'acheter, de vendre , et de faire au dehors tout ce qui est le partage des hommes dans la plupart des autres pays; tandis que leiu*s maris, gardant la maison, sont occupés à filer, à fabriquer leurs étoffes et à d'autres ouvrages de la même nature. Elles portent si loin la jalousie , que s'ils parlent un moment à quelque autre femme, elles entrent en fureur, et font retentir leurs cris (3). Battel leur attribue le bizarre usage de tourner le dei"rière à la lune naissante, polir lui marquer leur mé-

(i) Dapper, Afrique^ 1686, p. 364.

(a) Dapper, ibid. , p. 867. Pîîo de Cobra y e«t nommé Pîio d« Hicongo.

(3) Merolla , ChurcbiVrs Collection , t. i , p. 637.

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hi^ur*^», ^i Tott h*tt |m«» r^vnar^ k ik M(\\wn\m f^m-

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/ SUR ANGOLA. l33

vives douleurs. Elle leur fait enfler aussi les yeux , comine s'ils étaient prêts à leur sortir de la tête. Leur remède est de se laver fort soigneusement lanus, et de se mettre un suppositoire de citron qu'ils gardent aussi long-temps qu'ils peuvent le supporter, car il leur cause des ardeurs très douloureuses, et cette douleur même est le véritable signe du bitios. Si l'application de ce remède est assez prompte, ils n'ont pas besoin d'autres secours. Mais lorsqu'on a laissé au mal le temps de se fortifier, ce qui ne se reconnaît que trop aisément à l'enflure du rectum, qui s'ouvre à la fin avec un flux blanchâtre, on est obligé dé faire tremper, pendant deux heures , des feuilles de tabac dans le sel et le vinaigre, de les piler dans un mortier, de se les appliquer au fondement avec des tourments incroyables. Elles dissipent enfin le mal ; mais l'effet de ce remède est si violent, que deux hommes suffisent à peine pour tenir le malade pendant l'opération. Le bitios se guérit aussi par de fréquents clystères , ou par une décoction purifiée de la plante nommée orore de bitios et de roses sèches, mêlées avec un ou deux jaunes d'œufs , un peu d'alun et d'huile de rose. Le blanc de plomb est encore un remède excellent contre le même mal (i).

Cette maladie a du rapport avec celle que décrit Braun ou Bruno , qui était chirurgien , et qu'il dit être particulière au Congo ; ce sont de petits vers qui ne sont pas plus gros que les vers du fromage ,

(i) Dapper, Afrique , édit. de 1686, p. 363-363.

l34 RlêSUMi DES PREMIERS VOYAGEURS

qui s'engendrent sous les ongles et à Torifice de Tintestin rectum. Us parviennent , en trois ou quatre jours, à dëvorer toutes les chairs, de manière à faire à l'anus une ouverture où l'on pourrait, fourrer le poing. Au bout de neuf jours cette maladie cause la mort. Le meilleur remède est d'introduire dans l'anus, et les parties malades, un citron coupé par moitié , ou dont on a ôté l'écorce. L'acide du citron parvient enfin à tuer ces dangereux animalcules. Cette maladie est d'autant plus à craindre qu'on ne s'aperçoit, souvent de son invasion que lorsqu'il n'est plus temps d'y porter remède (i). Les nègres d'Angola sont souvent attaqués d'une autre maladie, qui leur affaiblit la vue jusqu'à la leur oter presque entièrement ; mais le remède en est simple. Ils prennent un f(Me cru de poule , dont l'application sur les yeux les rétablit parfaitement. Us sont sujets à des maux de jambes, qui deviennent presque incurables. Us ne le sont pas moins à la maladie que les Indiens nomment béribéri , sorte de paralysie qui tombe sur quelque membre, et qui n'est dans sa source qu'un reste de bitios mal guéri. Le meilleur remède contre ce mal est de frotter les jointures devant le feu, avec une espèce d'huile que les Indiens nomment miniac-tennah, et qui découle des rochers, dans l'île de Sumatra, comme le pétrole. Elle est excellente aussi pour les humeurs froides, pour les faiblesses de jambes et pour les entorses.

(i) Braun, dans De Bry, t. v, part. 8, p. i5.

SUR AJNGOLA. l35

Le hoasi est ime pernicieuse maladie de& nègres , qui leur fait tomber en pourriture le nez, les mains, les pieds, les 'doigts, les oreilles, et qui passe d'une jointure à l'autre avec de grandes douleurs.

Lt'eiabasser est un autre mal qui est ici fort commun , et qui vient de ^endurcissement de la rate. Il cause une mélancolie noire. U rend le teint jaune et le corps pesant. Mais les nègres, en connaissent le remède. Ge^sont des bouillons composés de la racine d'un arbre qu'ils nomment embotta, surtout de la partie de ces racines qui est tournée vei^s le soleil levant. La petite- vérole fait ici beaucoup de ravages; et faute de lumières dans l'application des remèdes et des soins, elle est souvent mortelle (i). Les voyageurs ne nous apprennent point quelles sont les méthodes^du pays pour en opérer la guérison.

A la mort d'un nègre , on lave soigneusement le corps, on peigne ses cheveux, on le pare d'un habit neuf, et dans cet état on le porte à la sqiulture, qui est ordinairement une espèce de caveau. On le place sur .un petit siège de terre, avec quantité de coUiers et d'autres ornements autour de < lui. Pour les personnes du premier ordre ^ on fait des libations de sang et de vin (2). lies autres cérémonies funèbres ont beaucoup de ressemblance avec celles du Congo. On les nomme tambo. Merolla observe que ces formalités profanes sont encore en usage parmi quelques chrétiens d'Angola. Pendant son sé^ jour au couvent de Loanda , on avertit le supérieur

(1) Dapper, Afrique, p. 363.

(i) Ibid. , p. 367.

l36 RÉSUME DES PREMIERS VOYAGEURS

qu'il se faisait un enlerretnent de cette nature à peu de distance de la ville. Il s'y rendit promptement , accompagné de quelques personnes de confiance ; le hasard ayant fait rencontrer en chemin plusieurs gardes du gouverneur, il se fortifia de cette escorte. En arrivant au lieu de l'exécution, les gardes ne purent empêcher l'assemblée, qui était assez nombreuse, de se dissiper avec de grands cris. Mais il leur fut aisé d'arrêter la femme du mort, parce que les lois de son prêtre infernal l'obligeaient de ne pas changer de place. Elle fut conduite à Loanda, et condamnée à recevoir publiquement le fouet. Dans la ville de Massangano, où les Portugais ont une garnison, un missionnaire, compagnon de l'auteur, essuya une dangereuse volée de pierres, pour avoir entrepris de s'opposer à ces détestables cérémornies ( I ).

Lopez rend témoignage que, de son temps, le roi d'Angola et tous ses sujets n'avaient point en-* core d'autre religion que l'idolâtrie. Il ajoute que ce prince ayant formé le dessein d'embrasser la foi chrétienne, à l'exemple du roi de Congo, lui fît demander, par un ambassadeur, des prêtres et des missionnaires; mais que le royaume de Congo n'en avait point assez pour s'en défaire en faveur de ses voisins (2). Depuis le même temps, l'état de la religion a reçu peu de changement dans le royaume d'Angola^ excepté dans les viUes de Loanda, de Massangano, et quelques autres lieux immédiatement soumis aux

(i) Merolla, Ghurchiirs Collection, t. i, p. 674.

(!i) Pigafetta, Relatione di Congo ^ p* ^4* •

SUR ANGOLA. l37

Portugais. Loanda est un siëge ëpiscopal , sufTragant de celui de Saint-Thomas.

Les habitants , suivant Tobservation du même au* teur, sont extrêmement livrés à la divination par le vol des oiseaux. S'ils en voient partir un du côté gauche , s'ils croient remarquer quelque différence dans son cri, ils consultent leurs prêtres, qui en tirent des conséquences et des règles pour leur conduite (i). Tous les champs du pays étant sans haies et sans défenses , on plante aux environs quelques rangées de pieux , qui sont revêtus , par les prêtres , d'un peu de paille ou d'herbes consacrées. C'est, dans l'opinion des nègres, un préservatif si puissant contre le vol , qu'il causerait la mort à ceux qui en-» treprendraient de nuire aux moissons (a).

Gouvernement et forces militaires du royaume d'Angola.

Les rois d'Angola n'étaient anciennement que des gouverneurs ou des lieutenants du roi de Congo , qui s'étaient acquis de l'autorité par l'étendue de leur administration. Ensuite, lorsqu'ils eurent embrassé le christianisme, ils usurpèrent le pouvoir absolu dans un pays qu'ils gouvernaient au nom d autrui; et joignant diverses conquêtes au royaume d'Angola, ils devinrent aussi riches et presque aussi puissants que leur maître. Cependant ils ont ton-

(i) Pîgafetta, Relatione di Congo , p. a3.

(i) Merolla, Churchiirs Collection, t. i, p. fiay.

■ 38 niavMÉ du phsmum vuTAGEiiis ymn cootervé um ombre de dépendance, sota» ffi nom d'un tribut qu'ils ne paient qu'Ji kur gr«'t ( i y. Du temps de Lopex^ les deui monaK|ue» vivaienl en bonne intelligence, surtout depuis quecelui d'Af>gola s'était déterminé 11 faire une juste mitdaetif»n pour l« massacre des nègres du Congo «t des Poth tugaii i Cabazo (a).

Mais Dapper s'attache plus «xactenwnt que Ijopez h développer l'origine des rois d'Angola, ou àf Dongo. Il observe d'abord qlj'ilt ne rendeat aucuiw soumission au roi de Congo , quoique ancienoernent le pays fût divisé en plusieurs seigneuries, dont les sôvas, ou les chefs, étaient dans sa dépendance. Ver» le milieu du seizième siècle « un de ces petits prînc<>s , nommé Angola, déclara la guerre à tous les autres , avec l'assistance des Portugais, et les rendit su4Trit< sivcinent hcs tributaires. Il fut le premier qui prit U couronne avec le nom d'Ineve, qui exprimait la multitude de ses peuples. £d effet , I/ipez aMure que son pouvoir naissant n'était point infiirieur ii celui dit roi de Congo. Angola-lneve étant mort en 1 5f>(> , Dambi'Angola son fils, ennemi mortel des Portugais, fut élu pour lui succéder. Il mounit après un 'ègne do dix*huiLans; et le plus jeune de se» fils, lomm^ Quilonge-Angola, qui signifie puissant srijneur, hérita de ses richesses et de sa couronne ( 3}.

(i) liaicholea dit qoe le rni J'Angoli enToJ« d«i fnéntnu in ») d« Congo ) ni«i« Mm lire non T>tHl.

(l) Pigifrlld , UrUlioat di CangB , p. i^.

(J) D»p|i*r, Afrique, éflil. At ifiafi. p. 168, &mf#fM (;««wi. . «III, p. i^i (I* rcllM hilInJM,

SUB AHGOLA. iSq

Ce prince renouvela l'audeone allianoe de ioo aïeul avec les Portugais. Mais daus la suile de soo règne , sans avoir reçu le moindre sujet d ofhnse, il en fit massacrer trente ou quarante, que le commerce avait amenés dans sa ville royale de Cabaco. Paul Diaz de Novaes vengea sa nation de cette insulte en se saisissant de plusieurs places, Àont les PiMlugaîs ont conservé la possession. Quilonge* Angola étant mort, en 1640, sans héritier mâle, lûssa trois filles et un neveu. L'ainée de ces filles , nonunée Anna Singa , ou Scfainga , ou Zingha ( 1 ) , est celle dont nous avons entretenu nos lecteurs dans la relation de Cavazzi (a)«

Selon Braun(3), la personne du roi est très révérée à Angola; et pour au^enter la vénération des peuples, il ne se montre que quatre fois dans Tannée. Lorsqu'il prend ses repas et qu'il boit, tout le monde doit se prosterner; et si on le regardait boire, on serait mis à mort sur-le-champ.' Notre auteur vit un des fils du roi , âgé de neuf ans , qui s'était comme les autres prosterné le visage contre terre, lorsque son père se mit à boire, mais qui, ennuyé de cette position, se leva avant qu'il n'eût bu, et alla se précipiter dans ses bras. Le manna magusche, ou le prêtre , qui se trouvait présent , ordonna aussitôt que cet en&nt fut mis à mort ; et sur-le-champ , et en présence de son père, on lui coupa la tête; on en fit

(1) Xinga, dans l'original ; mais la pronoDCÎation portugaise do ce nom est Schinga. Cavazzi écrit Zingha ; et Feo , Ginga. (1) Voyez ci-dessos, t. xiii, p. 174 et soiy. (3) Braun , dans De Bry , t. y, part. 8 , p. 11.

l4o RIÉSUMIÉ DES PREMIERS VOYAGEURS

jaillir la cervelle j et le magusche rougit de son sang le bras nu du roi.

Dapper fait observer que les rois d'Angola entretiennent, comme ceux de Congo, un grand nombre de paons, et que ce privilège est réservé à la famille royale. Leur vénération va si loin pour ces animaux , qu'un de leurs sujets qui aurait ta hardiesse d'en prendre une seule plume, n'éviterait pas la mort ou l'esclavage.

Les provinces d'Angola, sont gouvernées, sous l'autorité du roi, par les principaux seigneurs de sa cour; et chaque canton par un chef inférieur, qui porte le nom «de sova. Chaque sôva préside à l'assemblée d'un certain nombre de macottas, ou de conseillers , qui ont part à toutes ses délibérations dans les affaires de quelque importance, mais qui n'approchent de lui qu'à genoux, en battant des mains. Il mène d'ailleurs une vie privée, dans quelque village environné de haies épaisses, où l'on ménage quelques ouvertures fort étroites pour servir d'entrée (i).

On ne connaît dans le royaume d'Angola qu'une sorte de punition pour les crimes : c'est l'esclavage , au profit du sôva. Mais après ce châtiment même , un coupable se venge quelquefois de son adversaire par le poison. Les formes de la justice se réduisent à la déposition de l'accusateur, qui est immédiatement suivie de la sentence du sôva.

Le gouvernement de Loanda, et des autres par-

(i) Dapper, Afrique y p. 370.

SUR AKGOLA. l4l

ties du royaume qui reconnaissent l'autorité des Portugais, est entre les mains d'un gouverneur; de deux bradores , qui sont ses conseillers ; d'un ovidor, qui est le chef de la justice criminelle , et de deux juges , avec un secrétaire. Les gouverneurs nègres, ou les sôvas des cantons que les Portugais ont soumis par les armes, leur paient un tribut annuel d'esclaves, et leur rendent d'autres services à titre de vassaux. Ce tribut est affermé, par le gouverneur portugais, à divers particuliers de sa nation, qui, portant leurs exactions beaucoup phis loin , s'attirent une haine mortelle des nègres. Outre le tribut et les services militaires , chaque sova est obligé de fournir aux Portugais, dans leurs voyages, des pmteurs pour leurs hamacs et leurs autres voitures (i).

Le roi de Portugal tire du royaume d'Angola un revenu considérable, soit du tribut annuel des sôvas, soit des droits qu'il impose sur la vente des marchandises et des esclaves. Ces droits , joints à ceux du transport dans les colonies de l'Amérique , s'afferment dans Lisbonne à quelque négociant de la Dation, qui tient son comptoir à Loanda, sous le titre de contratadory et qui, servant de conseil, juge en dernier ressort toutes les difficultés qui regardent le commerce et les échanges. Sa cour de justice est composée d'un secrétaire, de deux notaires et de deux huissiers {p).

Les révolutions du royaume d'Angola n'ont point

(i) Dapper, jéfirique, p. 870- 87 a.

(a) Dapper, Afrique, p. 37a.

l4^ RÉSUMÉ DES PREMIERS VOYAGEURS

empêché qu'il ne soit demeuré fort puissant. Lopez observe que depuis l'établissement du christianisme dans le royaume de Congo, le nombre des habitants y est beaucoup diminué ; au lieu que l'ancien usage de la polygamie, qui subsiste toujours dans le royaume d'Angola, le rend plus peuplé qu'on ne peut se Timaginer. Le ménîe auteur ajoute que suivant l*usage du pays^ qui oblige tous les sujets de suivre le monarque à la guerre, il peut mettre en campagne un million d'hommes (ï). Dapper confirme ce nombre; mais il ajoute que, dans une occasion pressante, le roi peut lever promptement cent mille volontaires; puissance redoutable, si la conduite et le courage répondaient au nombre. On reconnut assez que ces deux qualités leur manquent, en i5849 lorsque cinq cents Portugais, assistés d'un petit nombre de Mosioongos, défirent une armée de douze- cent mille nègres d'Angola. L'année suivante, deux cents Portugais et dix mille nègres en battirent six cent mille (2). Cependant Lopez vante leur habileté et leur discipline. Il cite plusieurs exempleis de leurs batailles contre les Portugais, où, les attaquant pendant la n>ait et dans les temps humides, pour diminuer le péril des armes à feu, ils se divisaient même, dans la vue de les harasser par quantité d'attaques et d'escarmouches (3).

Malgré cet éloge, il est certain, par le témoignage de tous les voyageurs, que la manière de com-

(i) PigafctUy Relatione di Congo, p. a3.

(9) Dapper, Afrique, p. 368.

(3) Pigafetta, Relatione di Congo , p. ii.

SUR ANGOLA. l43

battre est à peu près la même parmi les nègves de Congo et d'Angola. Ils combattent à pied; ils divi» sent leurs armées en plusieurs troupes ; ils se forment suivant le terrain qu'ils occupent, enseignes et bannières déployées; leurs mouvements sont réglés par le capitaine général , qui , se plaçant au centre de son armée, donne ses ordres par le son des instruments, comme on les donne en Europe par le son du tambour.

Les nègres d'Angola ont trois sortes de musique martiale : la première est composée de grandes crécelles, attachées à des caisses de bois, qui ne sont qu^nn tronc d'arbre creusé et couvert de cuir. Ils frappent dessus avec de petites baguettes d'ivoire. 1^ seconde sorte a la forme d'un cône , ou d'une clodiei renversée. Elle est composée de plaques de fer fort minces; on frappe dessus avec des baguettes de bois, et souvent on a soin de les fendre pour rendre le son plus dur et plus militaire. Les instruments de la troisième espèce sont des dents d'éléphant creusées, dans lesquelles on souffle par une embouchure transversale , comme celle du fifre. Le son n'en est guère moins belliqueux que celui de la trompette (i).

Ces instruments sont de grandeur inégale. Les plus grands sont ceux du général , qui s'en sert pour communiquer ses ordres par divers sons ; et les officiers inférieurs, qui en ont de plus petits, répondent par les mêmes notes, pour lui faire entendre

(i) Hgafetta, Relatione di Congo, p. ao.

l44 RÉSUMÉ DES PREMIERS VOTàGEtTRS

qu'ils comprennent ses intentions. On se sert des mêmes instruments dans l'action. Les chefs, ou les plus braves soldats, marchent à la tête, avec cette espèce de tocsin; jouent, dansent, encouragent leurs compagnons, et leur font connaître, par la différence des sons, quelle est la grandeur du danger et quelle sorte d'armes ils ont à redouter.

Dans leurs marches, les commandants portent de grands bonnets carres , garnis de plumes d'autruche et de paon, pour rendre leur figure plus pompeuse et plus terrible. La partie supérieure de leur corps est nue, à l'exception de quelques chaînes de fer dont ils se couvrent les épaules. Depuis la ceinture jusqu'en bas, ils ont une sorte de hautes chausses de toile, qui sont couvertes d'étoffe, et qui leur tombent jusqu'aux talons; mais ils les retroussent vers la ceinture et les y tiennent attachées. A leur ceinture, qui est ordinairement fort bien travaillée, ils suspendent des sonnettes, dont le bruit les anime au combat. Us ont aux jambes des bottines à la portugaise. Leurs armes sont l'arc et les flèches, l'épée, la dague et un bouclier. L'épée et le bouclier se portent ensemble. Ceux qui sont armés d'un arc y joignent la dague, mais ne portent point de bouclier. Le commun des soldats est nu de la tête jusqu'aux reins, et n'a pour armes que l'arc et les flèches, avec une hache à la ceinture. La longueur des arcs est de trois pieds. Les cordes sont d'écorce d'arbre ; les flèches, de la même longueur que les arcs, mais moins grosses que le doigt. Elles sont armées de fer par la pointe , et garnies de plumes à l'autre bout. Chaque

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soldat en porte six ou sept dans la main de l'arc ^ sans le secours du carquois (i). Dapper leur donne les mêmes armes; Ils avaient appris des Portugais à se servir de la hache et du sabre ; mais ils n'étaient pas encore accoutumés à l'usage du fusil (â).

Dans les batailles, ceux qui sont armés d'arcs et de dagues marchent vers l'ennemi avant le corps de l'armée , et défient au combat par des reproches et des injures, en faisant des sauts continuels pour se garantir des flèches. Ils sont soutenus par la plus brave jeunesse. Lorsque cette petite guerre a duré assez long-temps, le général les rappelle par le son des instruments qu'on a décrits, et d'autres guerriers leur succèdent. Ces escarmouches continuent sans interruption jusqu'à l'engagement général (3). Ils ne reconnaissent d'ordre et de discipline, ni dans l'attaque , ni dans la retraite. Les deux armées s'avancent au bruit des tamboiu*s et des autres instruments. Chacun tire ses flèches , et ne pense ensuite qu'à sauter d'une place à l'autre , pour éviter celles de l'ennemi. Les plus hardis voltigent à la tête des bataillons, et le bruit de leurs sonnettes encourage les autres. L'action se passe ainsi en différentes décharges, qui recommencent successivement, suivant l'ordre du général, jusqu'à ce que le nombre des morts ou la frayeur de l'un des deux partis décide de la victoire (4). Lopez observe que le roi

(i) Pigafetta, Relatione di Congo, p. il. {%) Dapper, Afrique , x686, p. 368.

(3) PigafetU, Relatione di Congo, p. ii.

(4) Dapper, J/nfue^ p. 368.

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