XIV
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SUR ANGOLA. Il5
chaque enfant, est de jeter les fondements d'une nouvelle maison , pour le loger après son mariage. Les murs s'élèvent à mesure que Tenfiint croît en âge. Cependant on doit comprendre que cet usage ne regarde que les personnes riches. On n'a point ici d'autre pierre de chàux que des écailles d'huîtres, calcinées au feu , et réduites en poudre.
Quatitité d'esclaves font l'office de barbiers, et sont plus experts que les blancs à se servir, non seulement du ravoir et des ciseaux, mais du scalpel même et de la lancette. En un mot , il y en a peu qui ne soient exercés dans quelque profession; et s'ils ne sont point employés par leur maître , ils se louent au service d'autrui par mois ou par semaine, avec l'obligation de leur apporter tout le profit qui leur reste au-delà de leur subsistance. Ainsi c'est ordinairement pat* le nombre des esclaves qu'on mesure ici les richesses.
Ce Inélangë d'esclaves de différentes nations produit nécessairement une grande variété de caractères et d'usages. Quoique la plupart soient chrétiens , les missionnaires observent que c'eçt moins la persuasion que la crainte de leurs maîtres qui leur fait observer les devoirs de la religion. Les esclaves de l'autre sexe sont accusées de voler souvent leurs maîtresses, pour fournir à l'entretien de leurs amants; et l'auteur en rejette la faute sur leurs maîtresses mêmes, qui ne leur permettent pas de se marier, dans la crainte d'en être plus mal servies. Si leurs amours clandestins sont suivis de la grossesse, elles n'en sont pas plus déshonorées que leurs maîtres;
tiG hitiimi DKA PnRMIKAI VOYAOKims
maitt les mifisionnairoft dcmandont souvent qu'e\\e% soient punies, et les forcent dMpouser leurs amants. Quelquefois, après ces mariages, les hommes conviennent entre eux de changer de femmes. Ils n*pondent aux reproches des missionnaires, qu'il IcMir est impossible de se borner toujours au même ali-* ment. Les négresses qui sont envoyées dans les ferme» prennent aussi des maris do louage, et les entretiennent du fruit de leur travail , & condition qu'ils ne les abandonneront qu'après les avoir rendues mèrcti. Au milieu de ces désordres, les nègres emploient toute leur adresse pour obtenir Tabsolution des missionnaires. Ils ne manquent point, suivant Tordre établi, de Ae présenter au prAtre; et bornant leur pénitence a quitter leur concubine le premier jour de carême ^ ils s'accusent d'avoir mené une vie fort libertine, avec promesse de n'y pas retomber. Mais huit ou quinze jours après Pâques, ils cherchent une autre femme pour toute l'année, et se croient quittes h l'égard de la religion, en cessant de voir celle qu'ils ont abandonnée (i).
(f) Tout M dét«n est tiré de MerolU, Churohtir» CoiUciion » i, I , p. 6y% et tuir.
SUR BENGUELLA. I I 7
Royaume de Benguelia ou Bankella (i).
Les bornes du pays de Beoguella , selon les premiers voyageurs , sont , au nord , le royaume d'Angola , dont quelques uns le regardent comme une partie; à l'est, le pays de Joggi-Cassangc, duquel il est séparé par la rivière de Cunene; au sud, celui de Mataman, et la mer à l'ouest. Battel est le premier auteur qui fasse mention du royaume de Ben* guella (ji). Lopez, qui Fa précédé, nomme seulement la rivière de Bengleli; Livio Sanuto, dont l'ouvrage sur l'Afrique a paru trois ans avant celui de Pigafetta, ne connaît point les noms de Benguelia ni même d'Angola; et du temps de Lopez, en iSSg, on prenait constamment Benguelia pour une partie d'Angola. Suivant cet auteur, la baie des Vaches, où la ville de Saint-Philippe est aujourd'hui située, fait le centre de la cote ; et de là au sud jusqu'au cap Negro, on compte deux cent vingt milles, d'un pays dont le terrain ressemble au côté du nord, et reconnaît plusieurs seigneurs qui sont soumis au roi d'Angola, Il ajoute que depuis le cap Negro , les limites méridionales d'Angola s'étendent , à l'est , au travers de
(1) Merolla l'appelle Banchella ou Banquella. 11 dit que c'est one conquête des Portugais ; mais cela ne peut regarder que les c6te«. Chnrcbiirs Collection , t. i , p. 6o5.
(1) Voyez ci-dessus, t. xiii, p. aS; e« Battel, dans Pinkev»on', t. xTi , p. 3a2 et 3a3.
Monti-Freddi , ou des montagnes froides , qui , vers la ligne, dans quelques endroits où leur hauteur augmente, prennent le nom de Monti-Nevosi, ou montagnes neigeuses. Elles fournissent de l'eau au lac Dumbea-Zocche, et se terminent aut montagnes de Cristal , d'où les bornes d'Angola continuent , au nord, par les montagnes d'Argent jusqu'à Malomba, où ce royaume est séparé de celui de Congo ( i ) par la rivière Coari qui coule entre les deux.
Les principales rivières de Benguella sont celles de Longo ou de Moreno ; celles de Nica ou d'Annica y de Catonbella ou de Cuvo , de Gubororo ou de Saint-François , qui traverse tout le pays ; celles de Farsa , de Cutembo , et la grande rivière de Cunene , qu'on a déjà nommée, et qui n'a d'égale en largeur que celle de Gubororo. Toutes ces rivières coulent de l'est à l'ouest.
L'air est si dangereux dans le pays de Benguella, et communique aux aliments des qualités si pernicieuses , que les étrangers qui en usent à leur arrivée n'évitent point ou la mort ou de fâcheuses maladies. On conseille ordinairement aux passagers de ne pas descendre au rivage, ou du moins de ne pas boire de l'eau du pays, qu'on prendrait pour une lie épaisse. Carli ne consentit à dîner avec le gouverneur de Benguella, qu'après s'être bien assuré qu'on ne lui servirait aucune nourriture du pays. On reconnaît aisément , dit-il , combien l'air est dan-
(i) Pigafetta, p. g, i8, 24. Conférez cet important passage avec celui qui est à la page 509 dn tome xiii, en rectifiant la faute d'impression qui s'y trouye. Ligne 16, au lieu de Miguen, lisez neigeux.
SUR BEMGUELLA. I I9
gereux pour les M^ncs. Tous ceux qui habitcot le pays ofit r^r d'autant de morts sortis du tombeau. Leur vpix e&t faible et tremblante, et leui^ respiration eotrecOiMpée comme s'ils la ireteiiaient eutre leurs dents. Notre missionnaire, qui (ait d'eux cette peiiiture , se c^spensa de résider dana uu si triste
Mais l'hymidité et Textrême chaleur du çUmat, qui sont les c^i^es de Vinsialubrité de ce ps^s, sont aussi celles c^ s^ fertilité. La terre y doone toutes sortes de fruits avec une abondance extraordinaire. I A vigne que les Poitugais y ont transportée , non seulement y prospère, visais elle produit des grappics d'une grosseur 4^esurée, dont quelques upes pèsent dix-huit et vingt liyr^ (^)-
L21 haie des Vaches , qui porte le nom portugais de Bahia d^^s Yaccas , n'est pas d'unç étendue extraordinaire ', mais les bâtiments ^e toute sorte de.graudeur y trouvent une fort l^nne ri^de. Elle tire son aom de la multitude des vaches qui se présentent dans les cantons voisins. Le pays esjt plat, çt produit to^l^ sortes de provisions. Il a ipême quelqi,ies métaux, et surtout plusieurs qiines d'argent (3).
Çattei représente ce^e b^ie cquime un mouillage sûr et commode. La côte, dit-il, est fort douce; elle est favorable pour Iç rafraîchissen^ent des vaisseaux
(i) CseU, Chojochiirs ColUcUon, t. i, p. 56o; MeroUa, ibid. , p. 6o5; eti^ochelli, p. 97.
(«) ZoccheUi, p- 98 » notée à tort p. 93- C'e$t une en^ur daps la paginadoD de cet ouvrage , les chiffres 93 à 98 ayant é|é répétas deux fois.
(3) Pigafetta, p. 9,
I3U BiSUHi DES PREMIERS VUTAGEUBS
qui reviennent de l'Inde, et les caraques portugaises y passent souvent pour y reoouveler leurs provisions. Il ajoute que Bahia das Vaccas porte aussi le nom de Bahia de Torre, qu'elle tire d'un rocher en forme de tour(i).
Du temps de Lopez et de fiattel , les Européen» n'avaient aucun établissement dans cette baie ; mais dans la suite les Portugais y ont bâti , du côt^ du Dord,uneviltequ'iIsotttnommëeSan'Felipe, ou Saint- Philippe de Benguella, et qu'ils appellent aussi le Nouveau-Benguelle, pour la distinguer d'une ancienne ville du même nom , qui est située sur les bords de cette contrée, du côté du nord , entre le port de Cuvo et la rivière de Longa ou Rio Moreno (a). Carli , qui se trouvait dans le pays eil 1666 , dit que la ville de Benguella est gardée par une garnison portugaise ^ avec un gouverneur de la même nation. Il ajoute que le nombre des blancs qui l'habitent est d'environ deux cents; que celui des nègres est très grand; que les maisons ne sont bâties que de teire et de paille, ainsi que l'église et le fort portugais(3).
Suivant Battel , les habitants du pays se nomment Endaltambondas (4) , et n'ont aucnne espèce de gouvernement ; d'où il conclut qu'on doit leur ac-
(i) Battel , Finkerton'i CotUctUn, t. XTi, p. 3ii.
(>) Ce pauage indiqne bien !■ poiitioii di l'ancienDc Bengnelli , ■nécoQiiue pir d'AnTÎHe, qai la rejette trop au nord, ainii que le prouve *uui la carte de Pinheiro. Garduer, >nr sa mappemonde , • niî*i d'Anville: ttudi U. Berahaut , nir m carte d'Afrique , » été
•ou, 1. 1, p, Sfio-
je* Ambnndni d'Angola.
SUR BENGUELLA. Ill
corder peu de contiance dans le commerce. Cepen* daDt il les représente si simples et si timides, que trente ou quarante hommes peuvent s'avancer hardiment dans le pays et prendre des troupeaux de vaches, ou du moins les acheter pour des cordons de verroterie bleue d'un doigt de long , qui s'appellent mopindes , et quinze desquels font le prix d'une vache.
Les habitants portent des peaux autour de la ceinture , et des colliers autour du cou ; leurs armes sont des dards de fer et des arcs. Us sont très dëbauchés. La parure des femmes du pays est un collier de cuivre , qui ne pèse pas moins de quinze livres , avec des bracelets du même métal qui leur montent jusqu'aux coudes. Autour de la ceinture elles portent une pièce d'étoffe, composée de l'écorce d'un arbre nommé insandi, qui n'est ni filée ni tissue, et sous les genoux, des cercles de cuivre qui descendent jusqu'aux mollets.
La province d'où ce canton dépend s'appelle Demba (i) , et présente une chaîne de montagnes qui s étendent depuis celles de Cambambé. Elles bordent les côtes au sud et à l'ouest, et si les habitants étaient capables de travail, elles leur fourniraient d'excellent cuivre en abondance ; mais ils n'en tirent que ce qui est nécessaire pour leur parure (a).
Dans un voyage où l'auteur traversa une grande partie du royaume d'Angola , il visita plusieurs de
(i) Battel, uhi sup. , p. Sai. A la page 837, ou trouve Deinba , au liea de Domba.
(î) Battel , Pinkeiton's Colêectioriy t. xvi , p. 3aa.
ia!i RÉSUMÉ DES PREHIEI^S YOTAGEURS
leurs villes. La principale se iiomme Gaschil. Il la représente fort grande, et si remplie de cèdres, de palmiers et d'alicondes, que les ruesî eo sont tout-àfait obscurcies. Au centre de la ville , on voit une figure de la taille d'un homme, élevée de douze pieds, et sous elle un cercle de dents d'éléphants , plantéies en terre. Chaque deqt est couverte d'un grand oomhire de crânes des ennemis de la nation, qui ont été consacrés à cette idole. Les habitants font à ses pieds des libations de yin de palmier et de sapg de bouc. Elle est extrêmement respectée sous le nom de Quesango. L'auteur vit dans toute la ville quantité d'autres idoles, entourées d\issi d'un cercle de dents. l»es rues sont palissadées de branches de palmier en fort bon ordre. La forme de chaque maison représente une ruche, et l'intérieur est revêtu de très belles nattes (i).
Merolla parle avec horreur d'un iisage établi dans un port de ce royaume oîi son vaisseau relâcha (^)* Les femmes, d'intelligence çivec leurs^o^fis, emploient tous les artifices de \e\xx sç^e pour attirer d'autres hommes^ dans leurs b^as, et livrent leurs galants au mari , qui les einprisonne aussitôt pour les vendre à la première occasion , sa^s avoir aucun compte à rendre de cette violence. L'auteu^ décide , en qualité de missionnaire, que \a^ traite des esclaves est un crime sur cette côte.
I^a monnaie du royaume consiste dans de petites
(i) Batte! , u6i sup. , p. 3a4-
(i) Ce port était Traisemblablement Benguella n^éj^ç , çpnf^Qie il parait par 1c8 circonstances suivantes.
SUB AITGOLA ST BERGUEIXA. 1^3
pièces dç corail , que les habitants nomment qiisanga3, ^t qu'ib tirent des Portugais. Elles servent également d^ parure et de monnaie , c'est-à-dire que les nègres de l'un et de l'autre sexe s'en font des bracelets et des ctlliers. Les forts et les maisons des Portugais sont bâtis de bois et de ter^e. On plapte deux rangs de piliers à la distance 4Vn ou deu^ pieds l'un de l'autre ; et leurs somipets sont joints par des pièces transversales de moindre grosseur. Tous les intervalles sont remplis de terre bien battue, dont le dehors, des deux côtes, est poli fort soigneusement et tracé avec tant d'ordre, qu'au premier coup d'œil on croirait le mur de pierre. Les planchers ou les voûtes sont composés de roseaux étendus sur des splives. C'est à quoi se réduisirent les observations de MeroUa , dans l'embarras continuel de ses préparatifs pour la continuation de son voyage (i).
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