CHAPITRE VIII
Rclifpon tlii Congo, d'Angola et de Benguella.
QiroiQiri! la foi chrétienne ait fait quelques progrès dans ces trois contrées, la plus grande partie des habitants observe encore l'ancienne religion , qui consiste dans te culte des mokissos. A Angola, les idoles sont ordinairement placées au centre de leurs villes. La plupart sont do bois, sous la fonne
(l) PIgifflIta, Mallont ifi Congo, p. :
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d'une chèvre, avec une tête d'écaille de tortue, les jambes et les pieds de quelque animal et de petits os d'éléphant. Elles portent le nom général de ganganjumba. Li'opinion de leurs adorateurs est qu'elles ser* vent d'organe aux mokissos pour s'expliquer. Leurs prêtres se nomment gangas, comme au Congo (i).
Selon Braun (a), les habitants d'Angola adorent un démon, ou un dieu malfaisant, qu'ils nomment Magusche : ce dieu a ses prêtres et ses sacrificateurs qui abusent de la crédulité du peuple pour le rendre malheureux. Son image est partout dans leurs maisons. Ils lui construisent des chapelles, qu'ils nomment Magasilh, dans les places et les carrefours. Us lui font des libations de vin , des offrandes de fruits et de fleurs, et lui sacrifient des victimes humaines. Le principal culte des mokissos d'Angola consiste dans une danse nommée quimbrara, pendant laquelle les habitants prétendent que le mokisso entre dans le corps d'un de ses plus fidèles adorateurs , pour répondre aux questions qu'on lui propose sur le passé et le futur. Les jésuites portugais ont converti un grand nombre de ces idolâtres. L'année i 584 ^^ célèbre par une infinité de baptêmes , et l'on comptait, en 1690, plus de vingt mille âmes somnises au christianisme ; mais on ne lit point , dans les dernières relations des missionnaires, que le nombre soit aujourd'hui si considérable.
Tous les sôvas chrétiens ont un chapelain dans leur banza , ou leur chef-lieu , pour baptiser les en-
(1) Dapper, Afrique, p. 37s.
(a) Braun, dans De Bry, t. t, part. 8, p. i3.
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fants et célébrer les saints mystères; mais entre ceux qui font profession du christianisme, il s'en trouve un grand nombre qui demeurent secrètement attachés à Tidolâtrie (i).
L'usage de défendre certains mets, ou certaines liqueurs, ne règne pas moins dans les royaumes de Congo et d'Angola que dans celui de Loango. On peut dire aussi que le fond de l'idolâtrie y est le même , et que la difTérence ne consiste que dans un petit nombre de cérémonies. A Loango, suivant Battel , on donne le nom de kin à tous les mets défendus. Dans les pays d'Angola et de Congo , on les nomme kejilla(â); mais le scrupule des habitants a la même force pour leur faire observer ces abstinences, et leur respect pour les mokissos va jusqu'à leur persuader que la moindre infidélité serait punie de mort Battel vit mourir plusieurs nègres de ce religieux excès de frayeur; et souvent il prenait plaisir à les jeter dans l'inquiétude , en les assurant qu'il leur avait fait manger leur kin ou leur kejilla. Dans le royaume d'Angola, comme à Loango, l'usage est de mettre dans les champs ensemencés un panier rempli, de cornes de chèvres, de plumes de perroquets et d'autres bagatelles, qui passe pour le mokisso protecteur des fruits de la moisson. Un voyageur fatigué de son fardeau, qui le laisse sur le grand chemin avec un nœud d'herbes entrelacées, pour faire connaître qu'il le met sous la protection
(i) Dapper, édition de 1686, p. 37a. (9) Cayazzi et Zucchelli écrivent Chigilla.
SUR LA RELIGION DU CONGO ET d'aNGOLA. I 49
de soo rookisso , peut s'assurer que pei*sonne n'aura la hardiesse d'y toucher (i).
Les gangas ou les prêtres nommés singhillis (a) , c est-à-dire dieux de la terre, ont un supérieur, ou un souverain pontife, qui porte le titre de ganga-chi* torné(3), et qui passe pour le premier dieu de cette espèce. C'est à lui qu'on attribue toutes les productions terrestres, telles que les fruits et les grains. On lui en ofire les prémices, comme un juste hommage; et lui-même se vante de n'être pas sujet à la mort. Pour confirmer les nègres daus cette ridicule opiuioQ, lorsqu'il se sent près de sa fin par la faiblesse de l'âge ou par la maladie, il appelle un de ses disciples pour lui communiquer le pouvoir qu'il a de produire les biens de la terre ; ensuite il lui ordonne publiquement de l'étrangler avec une corde , ou de le tuer d'un coup de massue. Cette exécution se fait sur-le-champ , à la vue d'une nombreuse assemblée. Si l'office de grand-pontife n'était pas rempli continuellement, les habitants sont persuadés que la terre «leviendrait stérile , et que le genre humain toucherait bientôt à sa ruine. Les gangas inférieurs finissent ordinairement leur vie par une mort violente , et la plupart volontairement.
Selon Cavazzi, les nègres du Congo ont un nomire infini de ministres, de prêtres et de sorciers qui l^s entretiennent dans toutes leurs superstitions.
(0 Battel, dans Purchas, vol. y, jj. 770. Ce passage de BaUel *« rapporte à Loango.
(>) Chinghilli on sînghilles.
(3) MeroUa , Clinrchills' Collection^ p. 619. Cayazzi (voyez ci- >près,p. i5o) donne au grand-prétre des gangas le nom de €hi<« lonié on cbitombé.
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Cavazzi entre dans de grands détails à leur égard; mais tout en combattant leurs pratiques superstitieuses, il n'hésite pas à ajouter foi à leurs enchantements et à leurs maléfices, et à en attribuer le succès, dans plusieurs circonstances, à la puissance du diable, qui se plaît à entretenir ces peuples dans l'idolâtrie (i).
Le chef de tous ces gangas, ou prêtres, porte le nom de chitomé , ou chitombé. Les nègres le regardent comme un dieu sur la terre. On lui offre les prémices de toutes les récoltes ; certains poissons et certains animaux délicats lui sont exclusivement réservés, et personne n'oserait en manger que le chitombé. Ce grand-prêtre entretient, dans toutes les libattes , des agents qui administrent en son nom les affaires religieuses et civiles ; car le pouvoir du chitombé s'étend aussi sur ces dernières. Lorsqu'il s'agit de l'élection d'un sova, par exemple, si le grandprêtre ne lui donne pas son suffrage, son élection est nulle , et le peuple refuse obstinément de le reconnaître et de lui obéir (a).
Il entretient jour et nuit dans sa case un feu allumé , que l'on regarde comme sacré , et que l'on vient lui acheter fort cher. Il n'y a pas de charge dans l'état qui puisse élever au-dessus du chitombé. Lorsqu'un nouveau gouverneur vient lui rendre vi-» site, il se prosterne devant sa case, et demande ave© de grandes instances qiie le chitombé daigne le re-j cevoir sous sa protection. Celui -ci se fait long-tempa
(i) Gayazziy p. 74 ; Labat, t. i , p. %BS , sgx et 3o (1) Cavazzi, p. yS ; Labat , 1. 1 , p. a56. Voyez ci-coi
[9 p. »88, sgx et Joi.
p. i56. Voyez ci-contre , p. 149^^
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attendre, et. ne se montre que pour accabler de reproches le suppliant. Il le fait ensuite coucher sur le dos, le couvre de poussière, et lui passe deux ou trois fois sur le ventre, en lui ordonnant de jurer obéissance à ses commandements et à son pouvoir. Ce n'est qu'après cette humiliante cérémonie que le gouverneur peut être installé dans sa charge (i).
Les nègres croient que ce prêtre ne meurt jamais de mort naturelle, et qu'un semblable accident bon* leverserait toute la terre. Cavazzi ajoute que , pour entretenir le peuple dans cette superstition , le successeur présumé du chitombé se charge de le faire périr lorsqu'il vient à tomber malade.
Le ministre qui tient le second rang chez les nègres du Congo se nomme ngombo. 11 prédit l'avenir et guérit de toutes les maladies par ta vertu des amulettes. Il excelle dans l'art de feindre des con» Tulsions et de faire des tours de force; il ma^rche souvent sur les mains , la tète en bas et les pieds en lair, et se tient très long-temp& dans cette' attkude &tigante(2).
Outre ces deux principaux charlatans, il y en a une foule d'antres qui ont chactm leur attribution. I^ ngosci marche toujours accompagné de onze femmes, nombre mystérieux qu'ail ne pewÉ ni airgmenter ni diminuer. C'est par la bouche dfe ces femmes que les idoles rendent leurs oracles. Le npindi gouverne à son gré les éléments; la pluie est soumise a sa puissance, et obéit à ses ordres. L'amoloco dé-
(i) CaYazxî, p. 7S-76 ; LAbat , 1. 1, p. aSS. (a) Cayazzi, p. 77 ; Labat, t. i , p. 1^1-161.
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truit les maléfices, et préserve de la foudre. Le mutinu-a-maza, nom qui signifie le roi de Feau, tire du fond des rivières ses channes et ses sortilèges. L'amobondu préside à la .conservation des grains confiés à la terre ; d'autres guérissent certaines maladies, ou vendent des remèdes infaillibles pour tous les maux. Enfin, on trouve de ces gangas qui se disent invulnérables , et sont prêts à s'exposer aux plus grands dangers pour prouver la vertu de leurs enchantements. Il parait aussi qu'il y a certaines associations mystérieuses qui se réunissent dans des lieux secrets , au fond des vallées et dans les bois les plus profonds , pour se livrer à des cérémonies criminelles et aux débauches les plus abominables (i).
Cavazzi donne le nom de nequiti aux nègres qui sont initiés à ces réunions impures. Cet auteur parle aussi d'un nègre qui se mêlait de ressusciter les morts. Le bon' missionnaire croit devoir ajouter qu'on n'a jamais vu de ces résurrections qui fussent complètes et véritables ; que le cadavre semble se remuer et proférer quelques sons inarticulés , mais que c'est le démon qui les forme en agitant l'air (2).
Suivant la relation de Cavazzi, les nègres du Congo ont une quantité considérable de divinités. Ils sculptent grossièrement leurs images en bois, et leur donnent à chacune un nom différent. Ces idoles sont invoquées* dans les maladies et dans les circonstances les plus importantes de la vie. C'est une règle scrupuleusement observée par les nègres de cette
(i) Cavazzi, p. 79 à 86 ; Labat» t. z, p. agi et siût. (a) Cayazzi, p. 87; Lal>at, t. i, p. 3oi et suiy.
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contrée, de ne commencer jamais à construire une case sans en mettre les fondements sous la protection de quelque idole. Quand le bâtiment est achevé, le maître n'a garde de l'habiter le premier; il faut qu'un ministre l'ait purifié par des fumigations, et qu'il y ait demeuré quelque temps avant que le maître songe à s'y loger.
Autrefois les naturels du Congo employaient plusieurs jours en sacrifices sanglants avant et après les travaux des semailles; mais, du temps de Cavazzi, cet usage barbare était eu partie aboli ; on se contentait de faire des danses et des festins ; et tout faisait présumer que ces cérémonies cruelles étaient sur le point d'être entièrement oubliées. Les Jagas observaient cependant encore leurs coutumes anciennes; ils ne coupaient jamais leurs moissons avant d'avoir fait des sacrifices, et de s'être gorgés de chair humaine mêlée aux nouveaux fruits de la terre (i).
Les plus dévots parmi les nègres se ruinent quelquefois en sacrifices. Ces cérémonies se font avec la plus grande pompe, et durent trois jours et trois nuits. Le nombre des victimes qu'on immole est proportionné à la qualité et à la réputation de l'idole qu'on veut honorer. La musique, les danses et les divertissements précèdent ces exécutions barbares , où l'on n'épargne pas même le sang humain. Le dernier jour de la fête , on se présente devant la case de l'idole, on y mène les hommes et les animaux qui doivent être sacrifiés, et le ministre les
(i) CaTazziy p. ii5; Labat, t. i, p. 144-34^*
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C'était autrefois une coutume des naturels de la province de Batta de consacrer un bouc noir au démon , avant de donner une bataille. On le plaçait au premier rang de Tavant-garde , et on observait aveo soin ses mouvements ; s'ils étaient lents et qu'il marquât de la crainte, on augurait mal du succès du combat; si, au contraire, sa démarche était assurée et fière , on regardait la victoire comme certaine ; mais s'il arrivait que l'animal sacré fût tué par les flèches des ennemis au commencement de l'action , l'armée prenait la fuite et se dispersait aussitôt. Cavazzi rapporte qu'en i655 , quelques capucins qui se trouvaient dans une armée de nègres congos, furent témoins d'une de ces déroutes. Tous leurs efforts ne purent ramener les fuyards idolâtres. Heureusement, ajoute notre auteur, capucin lui-même, que ces pères , dont un grand nombre ont porté la cui^ rasse avant de prendre le froc de saint François , réussirent à rallier une troupe de nègres convertis , à rétablir le combat, et remportèrent une victoire complète (i).
Les gouverneurs et les chefs puissants entretiennent, pour le service de leur principale femme, une fille qu'on appelle la chivella. On la croit vierge ; chose rare dans le pays; et par honneur pour sa vertu, on lui donne la garde de l'étendard , des flèches et des boucliers du chef, et du tapis de pied, quand sa maîtresse est d'un rang à se servir de cette marque de distinction. Quand cette jeune fille vient à perdre sa virginité , on jette tous ces objets comme immondes
(i) Cavazzi, p. 104» Labat, t. i» p. 344-346.
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et capables d'attirer de grands malheurs sur celui qui s'en servirait. Pour l'ordinaire, ces armes sont suspendues dans la chambre de la chivelia, ou à l'extérieur à des arbres consacrés à cet usage, et qu'il est strictement défendu de couper, ou même d'approcher.
Les nègres de plusieurs provinces du Congo , et surtout de celle de Sundi, regardent les serpents, suivant Cavazzi , comme des divinités tutélaires ; chaque chef choisit un de ces reptiles pour protecteur; il l'encense, l'adore, et lui rend le même culte qu'à un dieu. Noti'e auteur a été aussi témoin de cette idolâtrie , pendant son séjour à la cour du roi de Congo Aairi (i).
Une des superstitions dont nous avons déjà fait mention est surtout très en usage dans la province de Sogno, c'est celle du chigilla ou kigilla; c'est une sorte de consécration que les pères administrent à leurs enfants, ou qu'ils font administrer par les sorciers ou chefs de la terre. Après diverses cérémonies et offrandes au fétiche , on prescrit au nègre, enfant ou adolescent , de ne jamais manger de porc , ou de chèvre , ou de poule ; de s'abstenir de tel ou tel légume , ou de telle ou telle boisson. Ils n'osent jamais désobéir à ces sortes de défenses ou prescriptions, parce qu'ils sont persuadés que s'ils le faisaient ils mourraient sur-le-champ (2).
Comme tous les gangas prétendent à la divination, nos missionnaires leur ont donné le nom de
(1) Labat, t. i, p. 35o.
(1) Zacchelli, p. 176.
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sorciers, et les persécutent sans cesse dans tous les lieux où ils ont quelque pouvoir. D'un autre côté , les prêtres idolâtres portent une haine mortelle à ceux de l'Église romaine , soit par le ressentiment des injures qu'ils en reçoivent, soit par zèle pour le rétablissement du paganisme. Le plus ardent de leurs ennemis est Merolla , qui ne les appelle jamais que singhilles ou sorciers; comme si ces deux mots étaient synonymes , ou comme si les gangas et les singhilles formaient deux ordres différents. C'est de lui qu'on va tirer quelques traits , où l'on découvre également! la superstition brutale des gangas et la simplicité de l'auteur ( i ).
Il assure que la pratique des sortilèges est en horreur aux habitants , et que la plupart de ceux qui les emploient sont de la plus impure lie du peuple. Ces imposteurs , dit-il , ont inventé diverses cérémo* nies pour amuser leurs dupes. En traversant le royauiAe d'Angoy, dans un voyage qu'il faisait à Congo , le hasard le fit descendre dans un lieu où quantité de nègres invoquaient les mokissos. C'était une hutte fort pauvre, bâtie sur une petite éminence. D'un côté pendaient deux tabliers, d'une saleté et d'une puanteur insupportables. Le milieu de la hutte était traversé par un petit mur de terre , de la hauteur de deux pieds , derrière lequel un sorcier prononçait ses oracles. Il avait sur la
(i) MeroUa, Ghorchill's Collection, t. i , p. 619 et suiv. Il dit, p. 617, que le nom de Singhillî ou de dieu de la terre convient proprement aux sorciers ; d'où l'on peut' conclure qu'il y a des •orciers qui ne sont pas prêtres. Cayazzi distingue les sin^hiUes des gangas.
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tête une touffe de plumes entrelacées , et daus les mains deux couteaux nus. Après avoir contemplé cet appareil , Merolla voulut entrer dans le temple ; mais il aperçut tout d'un coup devant lui un grand feu, sans nous apprendre conament il s'y était allumé. U ajoute seulement qu'il en sortait une si affreuse odeur, que tous ses sens en furent tout d'un coup saisis. Cependant il était résolu d'avancer, en s'armaot du signe de la croix et se recommandant à la protection du ciel ; mais le murmure des nègres , qui s'approchèrent de lui et qui commencèrent à se plaindre hautement de son audace , lui fit craindre les dernières violences, et le força de se retirer.
Les singhilles ou les sorciers , continue le même auteur, s'attribuent le pouvoir d'attirer ou de suspendre la pluie ; mais lorsque l'effet ne répond point à leurs promesses, ils en rejettent la faute sur d'autres causes. Les missionnaires de Sogno avaient bâti dans leur couvent un appartement au second étage, pour servir de garde-meuble à quelques ornements de leur église. La saison des pluies ayant manqué dans la même année , les singhilles s'en prirent à ce nouveau bâtiment, qui était contraire aux usages du pays. Aussitôt le peuple crédule se rendit en foule au couvent pour l'abattre. Un missionnaire demanda la cause de cet emportement. On lui répondit que si le nouvel édifice n'était point abattu , il ne fallait plus espérer de pluie pour les terres de la nation. 1^ missionnaire ayant reproché leur aveuglement à <^^tte multitude d'insensés, les assura que, s'ils vou-
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laient faire une procession à Notre-Dame dePinda, ils obtiendraient du ciel le secours dont ils avaient besoin. Cette procession fut entreprise sur sa parole , et produisit l'effet qu'il avait garanti. Il ajoute que depuis le même temps les nègres ont eu recours à la même pratique, et que sortant de leur ville avec un temps fort sec et fort serein, ils y rentrent mouillés.
Tandis que TaUteur traversait le royaume d'Angola, les singhilles attribuèrent le retardement des pluies, qui arrivent ordinairement au mois de mars, à un mafouc des plus puissants de la côte, dont le fils passait dëjà pour l'héritier présomptif de la couronne. La fureur du peuple mit le mafouc dans la nécessité de se purger par l'épreuve du bolongo, qui lui réussit plus heureusement que ses amis ne s'y étaient attendus.
MeroUa observe, à cette occasion, que les nègres d'Angola ont une autre épreuve qu'ils appellent orioncio. Leur méthode, pour l'administrer, est de mettre du poison dans un fruit nommé nicefi, et de faire mâcher cette composition à l'accusé. Il n'en a pas plus tôt goûté, que sa langue et sa gorge s'enflant avec une ardeur excessive, il meurt infailliblement, ^i le sorcier ne se hâte de lui faire avaler sou antidote. Ceux qui échappent à cette dangereuse opération conservent ordinairement des douleurs très aiguës pendant plusieurs jours. MeroUa parle d'une troisième épreuve nommée oluchenché , qui consiste à lier tous les membres de l'accusé, en les serrant avec plus ou moins de force, pour lui arra-
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cher laveu de son crime (i). Le père François de Pavie, missionnaire capucin , ayant entrepris d*ou- ▼rir les yeux aux nègres sur l'imposture de leurs gangas dans toutes ces épreuves, proposa un jour à deox fiuneux sorciers, tous deux conseillers de la reioe Zingha, de faire leur serment sur la Bible. Ils ne s*y déterminèrent pas aisément ; mais après quelque délibération, s'étant imaginé, dit l'auteur, qnll ne pouvait leur en arriver aucun mal , ils firent tons deux un faux serment. Qu'en arriva«t-il ? le (wemier tomba mort sur-le-champ ; l'autre perdit la connaissance , et mourut six heures après (a).
Quelquefois ces imposteurs sont réduits à confesser leur ignorance, et soumettent leurs lumières à celles des capucins. IjCs habitants d'un port d'Angola, où l'auteur avait relâché, apprenant quelle était sa profession, et qu'il condamnait les pratiques des singbilles, commencèrent à murmurer de son arrivée. Mais les sorciers , pour confirmer le zèle et la foi de leurs défenseurs, affectèrent de mépriser le missionnaire, et déclarèrent que les mokissos, irrités de sa présence, n'accorderaient point de pluie pendant toute la saison. Cependant , à peine se fut-il disposé à célébrer la messe en faveur de quelques fidèles chrétiens, que les nuées s'obscurcirent et versèrent une pluie si abondante , que les sorciers mêmes se virent forcés, dit-il, d'avouer que leurs lumières n'étaient pas infaillibles.
(i) MeroUa, Cknrchill'i CoUeeHon, t- i» p. 617 et tmr, (3) MeroUa, ibid. , p. 618-619. On n'a pat tapprimé cet détatli,. |Mffce qo'ilt serrent à faire connaître le génie de la nation.