INTRODUCTION ET PROGRÈS
trois femmes du pays pour les servir; mais les deux missionnaires, prenant peu de confiance aux habitants, renvoyèrent les femmes après leur souper, et Thomas, ayant chargé son compagnon sur ses épaules, se mit en marche avec ce fardeau pour s'éloigner de la. vrlle. Il ne fit pas beaucoup de chemin sans être forcé de s'arrêter. Il plaça son compagnon sous un grand arbre , où ils passèrent le reste de la nuit. Mais à la pointe du jour, n'étant plus capables d'avancer, et craignant d'être découverts, ils s'efforcèrent dé monter sur l'arbre , dont le feuillage était propre à lés cacher. Leur hôte, surpris de ne pas les retrouver le matin, jugea qu'ils ne pouvaient être fort éiorgnés , et marcha aussitôt sur leurs traces.
Il arriva près de l'arbre où il n'avait pas douté qu'ils ne fussent à se reposer; mais, dans l'étonnement de ne les pas apercevoir, il s'imagina qu'ils pouvaient avoir été enlevés par quelque esprit, et parlant à lui-même (i): «Si c'est le diable, dit-il, (c qui a pris la peine de les emporter, il a voulu sans « doute me priver de la récompense que je pouvais « espérer de mes services. » Ce discours fit rire les missionnaires. Ils prirent meilleure opinion que jamais de cet honnête nègre, et mettant la tête hors de l'arbre, ils lui dirent avec confiance : «Nous « sommes ici , mon cher ami ; ne doutez pas de ce notre reconnaissance : nous n'étions sortis de votre te maison que pour nous rafraîchir un peu aux rayons « du soleil levant. » Le nègre , charmé de les revoir,
(i) Merolla, dans Churchill , t. i , p. 629 et suit.
Dk UL REUGION CHRETIElTlfE AU CONGO. I97
leur offrit deux hamacs, dans lesquels ils se firent conduire au port de Kapinda (Cabiude)^ qui est à deux journées de Bomangoy.
D'un autre côté, un des trois cordeliers qui étaient demeurés en possession du couvent de Sogno, quitta cette mission pour passer dans celle d'Angola. Un autre, efirayé sans doute de la barbarie du comte, lui représenta qu'il se croyait obligé de chercher ses malheureux frères, pour leur rendre les services de la charité , et partant sous ce prétexte , il se garda bien de retourner à Sogno. Le frère lai, feignant de vouloir chercher les autres, s'échappa aussi et ne reparut jamais dans les terres du comte. Enfin le couvent se trouva sans autre habitant qu'un autre frère lai , nommé Léonard , que le comte enferma sous la elef , dans la crainte qu'il ne suivît l'exemple de tous les autres (i).
Ce que Fauteur ajoute doit paraître encore plus étrange. Le peuple , dit-il , furieux de se voir abandonné de ses missionnaires, se souleva contre le comte, le diargea de fers, et, l'ayant relégué dans une lie de la rivière de Zaïre , se choisit un nouveau souverain. Ensuite, ayant appris que ce malheureux prince ne vivait pas tranquillement dans son exil , et qu'il sollicitait même le secours des nations voisines pour se rétablir, il se saisit encore une fois de sa personne , lui mit au cou une pierre fort pesante et le précipita dans le Zaïre avec cette imprécation : tf Va , monsti-e inhumain , va finir tes jours dans la
(1) Merolla, GhurchiU's Collection^ t. i, p. 6a3,
IqS IMTBODUCTlOIf ET PROGRÈS
a même rivière que tu as fiiit traverser à des prêtres a inaocents. » Ainsi mourut, dit Merolla, le persécuteur des capucins (i).
Quelque temps après, le père Joseph Maria fut envoyé de Loaada h Sogoo , pour reconnaître l'état de la mission et s'assurer de la disposition des habitants. En arrivant au cap Padron, à l'embouchure du Zaïre, il fit avertir le nouveau comte de ses intentions ; mais le penchant du peuple était si déclaré pour les missionnaires, qu'il était inutile de consulter le souverain. Une foule de nègres s'empressa de courir audevant du père Joseph. Les uns lui racontèrent comment iUavaient traité l'ennemi des capucins; d'autres lui répondirent des dispositions du nouveau comte: tous jurèrent de défendre la religion et ses ministres jusqu'à la dernière goutte de leur sang. Ce serment fut confirmé, dans la suite, au pied des autels. On pressa beaucoup le père Joseph de s'établir dans le couvent; mais il feignit d'abord que sa commission se bornait de prendre avec lui le frère Léonard et les ornements ecclésiastiques pour retourner à Loanda. Enfin , paraissant se rendre aui instances du peuple et aux désirs du comte , non seulement il consentit à demeurer, mais il engagea le père Sistota , qui était guéri de ses blessures , à reprendre son emploi dans la mission. Depuis cet heureux jour , les capucins ont toujours été respocté* dn comte et de ses sujets (3). Cette contrée demanderait un grand nombre de missionnaires pour répondre à son étendue. Elle en
irchiU.t. I, p. 6i3.
I>C UL HELIGIOH CHRÉTIENIIE AU rX)llGO. I99
avait anciennement six; mais, dans ces derniers temps, ils étaient réduits à deux. L'auteur et son compagnon baptisaient , dans un seul jour, jusqu'à cinq cents personnes. Il leur venait, de quatre on cinq journées de distance, des mères avec leivs enfants dans les bras pour demander le baptême ou la confession. La nécessité de pourvoir aux besoins d'un si grand nombre de chrétiens abandonnés avait porté le comte et les missionnaires à faire bâtir une église dans Iliaque ville. Du temps de Merolla on en comp* tait déjà dix*huit. Chacun de ces établissemeots était pourvu d^iu nègre qui avait reçu son éducation dans le couvent des capucins, et qui faisait réciter le rosaire, de deux jours l'un, à l'assemblée des fidèles. Le sa* medi , il faisait une instruction publique ; et les jours de fête, au lieu de messe , il faisait chanter quelques pnères de l'Église. Le premier dimanche du mois était célébré par une procession solennelle (i).
Dapper donne au comté de Sogno un grand nombre de maîtres d'école, qui enseignent aux nègres, non seulement les principes de la religion , mais à lire , à tcnre, et qui en font d'excellents écoliers; mais il ajoute qu'au milieu même du christianisme , qui est la religion dominante du pays , il se trouve encore un grand nombre d'idolâtres, et qu'entre ceux qui prennent la qualité de chrétiens , plusieurs n'en exercent les devoirs qu'à la vue des blancs et dans les occasions dont ils espèrent quelque profit (a).
Suivant Merolla , chaque ville de Sogno porte la
(1) Merolla, dans Churchill , t. i, p. 6^3. (1) Dapper, Jfnque, p. 357.
aOO INTRODUCTION ET PROGRES
marque du christianisme par une croix que les habi-* tants ont plantée dans quelque lieu consacré à cet usage. Ceux qui n'ont pas rempli le précepte de la communion pascale, ou qui meurent sans confession, ne laissent pas d'être enterrés dans ce cimetière public, mais les missionnaires ne prennent point de part à leiu* sépulture. Au contraire , ceux qui ont reçu les sacrements de l'Eglise sont ensevelis avec les cérémonies ecclésiastiques. On les assiste dans le cours de leurs maladies ; on leur fournit même des remèdes. Le couvent des capucins n'est jamais sans quelques esclaves expérimentés dans la médecine et la chirurgie; leurs secours s'accordent gratuitement, pour ôter aux nègres la pensée de recourir à leurs sorciers. On a bâti, près du couvent, un hôpital pour les vieillards, les estropiés et les aveugles. Toutes ces charités, dit l'auteur, n'ont pas peu servi au progrès de la religion (i).
Le comte qui régnait à Sogno du temps de Merolla, était un prince extrêmement affectionné à la religion. Pendant la messe on lui présentait, à l'évangile, un flambeau allumé, qu'il faisait soutenir par un de ses pages jusqu'après la communion du prêtre. Les jours de fête, on l'encensait deux fois. A la fin de la messe , il s'approchait de l'autel pour recevoir l'imposition des mains et la bénédiction du prêtre. Lorsque le célébrant quittait l'autel , il se retirait à l'écart pour finir ses prières ; ensuite il rejoignait les missionnaires, qui le conduisaient jusqu'à la porte
(i) Merolla, dans Churchill, r. i, p. 67$.
]>£ LA HKLIGIOir CHRltTlElfirB AU CONGO. aOf
de relise. Aussitôt qu'il était sorti , il se mettait à genoux dans l'assemblée du peuple , et tous les assistants lui renouvelaient le serment de fidélité en se finqppant la joue, suivant l'usage du pays. Il leur marquait, d'un signe de main, la satis&ction qu'il ressentait de leur zèle , et les saluant avec bonté , il se retirait dans son palais. Le capitaine général , les gouverneurs et les manis, avaient leurs places marquées dans l'église, pour éviter toutes les occasions de «pierelles. On accordait aux femmes de qualité des tapis pour se mettre à genoux, mais l'honneur du coussin était réservé. pour la comtesse (i).
Lorsqu'un missionnaire visite les églises du pays , le gouverneur ou le mani de la ville prend le temps de la nuit , où l'on suppose que tous les habitants sont retirés , pour Usure publier dans toutes les rues qu'il est arrivé un prêtre , et que tout le monde doit loi exposer ses besoins spirituels. Si le mani parait négliger ce devoir, les missionnaires lui font ôter son emploi (a). Comme la ruine de l'idolâtrie n'a pas guéri les nègres d'un certain penchant pour leurs anciennes pratiques, surtout à l'égard des mariages et des enchantements , les missionnaires ont fait pubUer quelques ordonnances dont ils maintiennent soigneusement l'exécution, i"". Tous les mauis ou les gouverneurs qui ne sont point engagés dans un mariage légitime , sont privés de leurs offices, a*. Toutes les femmes enceintes doivent porter quelques re* liques consacrées par la religion, et ne pas user
(i) MeroUa, dans Charchill, 1. 1, p. 632. (a) M«Tolla, dans Chnrcbill, t. f, p. 63o.
aoa II7TAOPUCTIQV EX PROGRÈS
d'autres préservatifs à la naissance de leur enfant (i). 3"". Tous les parents doivent présenter leurs enfants à l'église dans l'espace d'un certain temps après leur naissance, et s'engager pour eux à quelque pratique particulière de piété , telle que de réciter le rosaire une ou deux fois le jour, de jeûner les samedis ou de s'abstenir de viande les mercredis , etc, 4**- Le vol ou le dommage causé aux biens d'autrui doit être puni par le fouet. 5^. Au lieu des préservatifs magiques pour la garde des champs et des moissons , on doit employer des branches de palmier consacrées, et planter des croix par intervalles (a). Cette police , ajoute MeroUa , n'a rien de rigoureux dans l'exercice; mais la rigueur des missionnaires est extrême à la faire exécuter.
La foi chrétienne, dans le royaume de Loango, doit son origine au zèle d'un capucin , qui se nom* mait Bernardino Ungaro. Ce missionnaire étant arrivé à Sogno, après avoir parcouru quantité de régions barbares , eut l'occasion de traiter dans son couvent un voyageur portugais , qui chercha , dans la suite , à lui marquer sa reconnaissance par l'éloge qu'il fit de son caractère à la cour de Loango. Le roi prit une si haute idée de son mérite , qu'il envoya ses deux fils à Sogno pour recevoir ses instructions. Ces deux jeunes princes, auxquels le missionnaire ne manqua pas d'inspirer les principes de la foi , confirmèrent son éloge à leur retour, et firent naître au
(i) La plupart de ces lois sont le contre- pied des usages païen» qu\>n a rapportés dans un article précédent. (i) Merolla, dans Churchill, t. i, p. 697.
DE LA R£I.I6ION GHR^TIXimS àJS GOITGO. ao3
roi leur père une forte envie de l'attirer dans ses états, n en écrivit au gouverneur portugais d'Angola, qui obtint du supérieur de la mission l'ordre qu'on lui demandait pour Ungaro. Dans un espace de temps fort court , le missionnaire instruisit le roi et la reine ; il les baptisa et leur donna la bénédiction du mariage : ensuite il baptisa le fils aîné du roi et trois cents personnes de la cour, à l'exemple de la famille royale. Dans Tespace d'un an , il donna le baptême à douze mille âmes.
Mais sa mort ruina bientôt de si belles espérances. Le frère Léonard, qu'il avait appelé dans sa maladie, et qui n'arriva que pour le voir expirer, fat envoyé par le roi au supérieur général de la mission pour lui demander un prêtre du même ordre. Dans son absence , un prince du sang royal , soutenu par quel- <{aes chrétiens apostats, enleva au roi sa vie et sa couronne. Cet usurpateur mourut presque aussitôt, et son successeur entreprit, avec le secours d'un autre capucin, de continuer l'ouvrage d'Ungaro; ®ais fiaiute d'un plus grand nombi'e d'ouvriers, le it)yaume retomba insensiblement dans l'idolâtrie. Merolla raconte plusieurs entreprises qui se renouvelèrent de son temps avec aussi peu de succès; ^oique les espérances, dit-il , fassent mieux fondées fie jamais , depuis que le roi avait interdit le com*^ ^erce de ses états aux hérétiques (i) , pour avoir Tendu des armes à feu dans quelques unes de ses provinces.
vO L*autear entend ici les Hollandids et les Anglais,
ào4 INTRODUCTIOir ET PROGRÈS
A l'égard du royaume d'Angoy , MeroUa n'apprit point qu'on y eût jamab vu de roi chrétien. Ce pays, dit-il, a toujours été habité par une nation livrée aux sortilèges , et fort ennemie des nègres de Sogno et de Cacongo. Pendant qu'il attendait à Loanda l'occasion de s'embarquer pour l'Europe , il fut informé, par une lettre des missionnaires de Sogno, que le comte avait fait la conquête d'Angoy; et qu'ayant désarmé tous les habitants , il avait promis au ciel de ne souffrir dans ce royaume aucun officier public qui n'eût embrassé le christianisme (i).
Tous les missionnaires relèvent beaucoup les peines auxquelles ils sont continuellement exposés dans les régions barbares ; mais il n'y en a point qui fasse éclater ses plaintes avec autant d'affectation que Merolla. Bien n'approche , dit-il , des fatigues et des souffrances qui sont inévitables pour les ministres de l'Évangile, soit qu'on veuille considérer la longueur des voyages, la privation des nécessités de la vie, l'insupportable excès de la chaleur, surtout pour des religieux aussi lourdement vêtus que les capucins, les changements de climat, les rochers et les précipices qu'il faut traverser , les persécutions des sorciers, et souvent celles des mauvais chrétiens; enfin les saignées fréquentes, qui affaiblissent les meilleures constitutions, et dont on ne peut se dispenser néanmoins, quand on veut se garantir de diverses maladies dont on est sans cesse menacé (2). Malgré la justice et la vérité qu'on doit supposer
(i) Merolla, dans Churchill, t i, p. 65i. (a) MeroUa, dans Churchill , 1. 1, p. 68î.
BC LA HEUGION CHBiTIENIfE AU COICGO. ao5
dans ce récit , il est tout simple que les missionnaires aient eu quelque chose à souffrir de la haine des sorciers , lorsque , de leur propre aveu , ils n'épargnaient contre eux aucun genre de persécution , et qu'ils employaient même le fer et le feu. L'ardeur de leur zèle les expose quelquefois aussi à divers effets du ressentiment des idolâtres. Entre plusieurs exemples dont Merolla fait honneur à son ordre « on ne s'arrête ici qu'au plus héroïque. Les nègres du royaume d'Overri , ou d'Oware , ou d'Owyhere (i), célèbrent tous les ans un sacrifice solennel à l'honneur de leurs ancêtres , et n'immolaient pas anciennement moins de trois cents hommes; mais dans l'occasion qui fait le sujet de ce récit , ils ne destinaient à la mort que cinq victimes, choisies entre les nobles de la nation. Le père François da Romano , supérieur de la mission , et le père Philippe da Figuar, ayant résolu de troubler cette abominable fête, se firent conduire, par un nègre de leurs amis, jusqa'au troisième enclos de la ville. Us aperçurent d'abord une multitude d'habitants , qui commençaient leurs chants et leurs danses au son des instruments de musique. Mais dans le dessein d'observer mieux toutes les circonstances de leurs cérémonies, ils choisirent un lieu qu'ils crurent propre à leur servir àt retraite , et qui était malheureusement celui dans lequel on conservait les couteaux dont les prêtres ou les sorciers devaient faire usage pour le sacrifice. Les deux capucins furent bientôt découverts par
(i) Voyei ci -dessus, t. xiii, p. i65 h 171.
ao6 iNTROOucTioir et Piiooiiàfl
ces cruels bourreaux, et chassés avec de furieux menaces. Mais loin de s'effrayer, ils percèrent hardi ment la foule , et s'ëtant approchés du roi , ils lui reprochèrent sa détestable barbarie. Plusieurs courtisans, qui entendirent ce langage, se jetèrent aussitôt sur eux, les accablèrent de coups, les tratoèren t hors du cercle ; et recommandant que les rang» fussent mieux fermés, pour achever leur funeste bouchérie, il fut impossible aux missionnaires d'en arrêter l'exécution.
Quelques jours après, on leur déclara que le roi les chassait de son royaume. Mats ne s'étant point hâtés d'obéir à cet ordre, ils se virent enviroan^ d'une troupe de nègres, qui paraissaient en vouloir à leur vie. Cependant quelques nobles se présentèrent heureusement pour les sauver des mains de ces furieux , sous prétexte que le roi demandait à les roir. Ils furent conduits au palais, où pour toute audience ils ne reçurent que des coups et des injures , avec un ordre absolu de quitter le pays. Mais lorsqu'ils se disposaient à partir, ils furent jetés dans une hor* rible prison, où ils passèrent trois mois dans les mêmes souffrances. Après cette affreuse épreuve , ils furent vendus à titre d'esclaves aux marchands hollandais , qui eurent assez d'humanité pour les débarquer dans rtle du Prince, et leur rendre la liberté. Ils écrivirent de cette }le à la congrégation de la Propagation de la Foi , pour l'informer des disgrâces qu'ils avaient essuyées. Elle leur répondit que l'Église avait assez de martyrs; et que le royaume d'Overri n'ayant que deux missionnaires, elle leur conseillait, dans
BE LA BSUGiOn CHRiTTKlflfS KV COUGO. S07
l'exercice de leurs fonctions , de consulter moins leur zèle que leur prudence (i).
Les missionnaires sont à Loanda dédommages des outrages des nègres par les bienfaits des Portu» gais. Au lieu d'y être obligés à la quête, suivant les termes de l'auteur, ils voient apporter au couvent une si grande abondance de provisions , que ceux qui ne veulent point être refusés ont des mesures k prendre pour arriver les premiers. Ces bons chrétiens ne bornant point leur générosité aux missionnaires de Loanda, entretiennent plusieurs autres missions dans diverses contrées : charité si nécessaire , dit l'auteur, qu'elles ne se soutiendraient pas sans ce secours.
Il fait remarquer que les capucins d'Italie ont toujours obtenu dans ces missions une sorte de préférence sur tous les autres ordres, de la part même des gouYemeui*s portugais. Dom Jean de Sylva , qui com» mandait alors à Loanda , était si dévoué aux capucins italiens, qu'il n'avait jamais refusé une de leurs demandes. Quelques prêtres de son pays lui reprochant un jour cette prédilection , il leur répondit : « Je n'ouvre et ne lis jamais les placets des capucins pour examiner leurs demandes, parce que je suis sûr qu'ils ne me demanderont jamais rien qu'il ne me convienne d'accorder. Si c'est en &veur d'autnii qu'il» me sollicitent, je ne suis pas moins persuadé qu'ils n'ont pas d'autres motifs que la charité chré-
(1) Merolla, dans Churchill , t. i, p. 676.
!108 mTRODUCTIOJNf ET PROGRÈS
tienne, et qu'ils ne connaissent point ceux de l'intérêt. » Sylva , continue Merolla, ait confirmé dans cette favorable prévention par un événement fort étrange. Deux criminels ayant été condamnés au gibet, un capucin, nommé François de Lyoodia, par le mouvement d'un zèle héroïque, déclara au gouverneur que s'il voulait faire grâce à l'un des deux coupables , il souffrirait volontiers la mort à sa place. Le gouverneur y consentit. Il ajouta même que s'il se trouvait quelque âme généreuse qui voulût rendre le même service au second , il ne ferait pas difficulté de lui accorder la même faveur. Mais un exemple de cette nature n'était pas Êiit pour être imité. Le père Lycodia fut conduit au lieu du supplice. Cependant, avant que l'exécuteur l'eût touché, dom Sylva lui fit ôter la corde qu'il s'était mise lui-même au cou , et lui rendit la liberté avec de grands éloges. Le criminel n'en fut pas moins déchargé; et l'auteur ajoute que si le père Léonard da Nardo , compagnon de Lycodia , eût été poussé du même zèle , il aurait également sauvé la vie au second coupable (i). Ce père Lycodia, qui finit ses jours ensuite dans la mission, avait des talents extraordinaires pour l'éducation des enfants. Il en avait rassemblé une troupe nombreuse qui étaient vêtus de l'habit de son ordre ; sa méthode était de leur faire répéter le soir ce qu'il leur avait enseigné pendant le jour, MeroUa rend témoignage que de son temps il avait soixante écoliers en habit de capucin.
(i) Merolla, ChvœchiW s CoUeetion, t. x, p. 671.
Sm LA KEUGION DU CONGO ET d' ANGOLA. aOQ
On a VU dans la relation de Zucchelli quel était I état des missions au Congo, à la fin du dix-septième siècle; depuis, elles n ont fait cpie décliner; et malgré les efforts de quelques missionnaires français, dont nous parlerons dans le Livre suivant, la religion chrétienne a plutôt vu affaiblir que fortifier son empire dans ces Contrées.